07.02.2011
Et si on émettait de la monnaie de garage ?
La monnaie c’est un jeu?
Mon père avait inventé une monnaie à lui, pour les bonnes notes, « Le Drôlard » qui valait un Euro. Pourquoi pas des euros tout simplement ? La petite monnaie en euro était trop petite, on la perdrait vite, disait-il ! Quand aux billets ou aux pièces, ils étaient trop gros! L’Euro était trop fort. Il nous aurait fallu trimer comme des bœufs pour en profiter vraiment. Sa deuxième monnaie allégeait notre fardeau. Et puis, d’un air un peu mystérieux, il ajoutait « monnaie unique, monnaie inique ».
Quand la monnaie dérive…
Il n’y a pas que les parents créatifs et pédagogues qui émettent de la monnaie et se placent ainsi en dehors des circuits habituels. La monnaie, on l’oublie un peu repose, aussi sur …. des valeurs morales, très fortes. La vraie, la bonne monnaie n’est-elle pas ce que l’homme a inventé pour faciliter les échanges commerciaux ? Echanger, commercer, ce sont des mots forts. Le commerce des idées, les échanges entre les hommes, la main qu’on tend et dans laquelle on frappe pour dire son accord. La monnaie qui doit être mis en circulation ne devrait-elle pas faciliter ce commerce bel et bon.
Les plus grands esprits y sont allés de leurs pensées dans ce domaine : « la monnaie est un voile » ! Non ! Ne riez pas. Ce n’est pas un voile pudique qui recouvre des transactions douteuses et glauques. Ce n’est pas non plus la grand-voile qui va propulser le navire de l’économie en dehors des eaux tempétueuses. La monnaie est un voile parce qu’elle n’est pour rien dans la production et le commerce des choses. La vraie vie n’est pas une vie monétaire et la monnaie n’est tout au plus qu’huile dans les rouages. La monnaie morale, Marx ne l’a-t-il pas décrite ? Rappelez-vous, la bonne économie c’était le schéma marchandise-argent-marchandise. (Les marchandises se transforment en argent pour qu’on puisse avoir des marchandises).Puis, parce que le veau d’or rôde en permanence sur la planète, la fonction « échange » de la monnaie s’est pervertie, la fonction « spéculation » s’y est substituée avec pour moyen la fonction « conservation de valeur », instrument de stockage du temps et de la sueur. Le schéma Argent-marchandise-argent est advenu (la marchandise ne vaut que comme support et moyen d’acquérir de la monnaie) et avec lui les idolâtres de la monnaie, à large bretelles et écrans colorés, capables d’acheter du blé alors qu’ils n’en ont pas besoin et qu’ils n’en prendront jamais livraison, pour jouer avec les cours, pour en tirer de l’argent !
Les monnaies morales à la contre-attaque !
Alors, pour lutter contre le fléau de l’argent « roi », règne des banques et de leurs billets, pour aussi lutter contre la démence des économies qui s’éloignent de l’homme et le laissent sans emploi, on a vu se multiplier les initiatives de monnaies morales. Des monnaies communautaires du genre SEL (systèmes d’échanges locaux) sont nées. Ces initiatives, œuvres de gens et de groupes créatifs, sont parfois appelées « alternatives ». Leur objectif ? Mettre justement de l’huile dans les rouages, faciliter le passage de marchandises à marchandises, de services à marchandises etc. etc. Les monnaies alternatives reposent sur l’idée que l’argent, qui ne vaut que pour favoriser le commerce des gens, doit « brûler les doigts ».
Mieux, des monnaies fondantes, tel le Chiemgauer, le SOL, ont été inventées. Plus longtemps, on les conserve, moins elles valent en pouvoir d’achat. Les détenteurs de ces monnaies ont donc une responsabilité : les faire circuler. On ne peut pas les mettre de côté, les stocker avec peut-être l’intention qu’ils feront des petits puisque leur perte de valeur est programmée. A qui profitera la valeur perdue de cette monnaie. Elle sera affectée à ceux qui sont dans le besoin. Ainsi réhumanise-t-on l’économie et la fonction monétaire.
Cette idée n’est-elle pas fantastique ? Une monnaie qui se consume faute d’avoir servi à consommer ! Consomption de la monnaie faute de consommation des marchandises. Le socialisme dans toute sa portée marxienne originale est là, tout prés, à portée de bourse et de porte-monnaie. Mieux encore, le Chiemgauer, cette monnaie fondante, vient du pays du vrai argent, le pays du Deutsch Mark, toujours vénéré, toujours pleuré dans les chaumières allemandes depuis que l’Euro a été imposé.
Ce système est à l’opposé d’un autre système de déperdition de la valeur de l’argent : l’inflation. Ce monstre hideux et aveugle, qui prélève sa dîme sur le pauvre et ruine ceux qui n’ont que leurs salaires et une maigre épargne.
La monnaie de Garage, pour retrouver la monnaie !
Ces monnaies alternatives, ce sont de vraies monnaies de « garage ». Comme il y a des vins de garage, bien sûr ! Ces vins extraordinaires, nés de vignes élevées dans l’amour du ceps et de la grappe, après une cueillette où grain après grain, le fruit a donné son meilleur. Vins issus du pressage et non pas de l’écrabouillement, puis maturés dans de vrais barriques fabriquées de la main de l’homme et non dans des cuves en béton ou en Inox. Ces vins qui donnent une petit centaine de bouteilles par an, à tomber à la renverse (dixit Parker, qui a eu la chance de tomber sur une fiasque et lui a tout de suite mis 21/20).
Les monnaies dites alternatives, ce que nous appelons ici, des monnaies de garage, se conformeront aux préceptes d’Aristote et même de la Charia ! Elles ne pourront servir à remplir les matelas et les bas de laine. Elles ne seront pas là pour conserver de la valeur, et par voie de conséquence, ne permettront pas au crédit de surgir. Quand le crédit nait, le peuple souffre. Et s’il faut parler de morale, n’en est-il pas dénué celui qui croit pouvoir stocker le temps et le travail sur un bout de papier trop coloré ? Et celui qui voudrait vivre sur le crédit qu’il ferait, sur les intérêts qu’il encaisserait ? Et celui, dont l’arrogance ultime crierait au ciel que la monnaie est installée dans l’éternité des chiffres et qu’elle prétend conserver la valeur et le temps quelque soient les intentions des hommes et les accidents du monde?
Mais au fait, que dit-on ici de l’Euro ? Les monnaies morales seraient la monnaie rendue à sa vraie fonction ? Les choses sont-elles si simples ? N’y a-t-il aucun risque de confusion ? Que doit-on faire de cette idée de Dostoïevski « l’or serait de la liberté frappée ». Ne parait-on pas l’Euro de toutes les vertus lui aussi, les vertus morales incluses ? Pourtant, ce n’était pas une monnaie de garage ! En appeler à l’Euro, c’était il y a encore quelques mois, n’était-ce pas en appeler à l’universel contre le particulier. On croyait entendre les invocations de Michelet au nom de la liberté, au nom de la modernité ? La vraie monnaie morale, n’était-ce pas justement l’Euro qui faisait litière des égoïsmes nationaux. En fait de monnaie qui perd sa valeur dans le flux du temps tumultueux, le souvenir n’était-il pas cuisant de ces monnaies qui avaient fondu dans nos poches. Le franc qui permettait à peine de s’acheter une demi-pinte d’ale en Grande-Bretagne. La lire qui alourdissait les portemonnaies de ses multiples pièces inutiles …pour que la valeur fonde comme crème glacée au soleil, il n’était pas besoin d’en appeler aux monnaies alternatives !
Entre l’euro, les monnaies de garage et le retour de la morale dans la sphère financière … nous voilà bien !
La multiplication des monnaies pour secourir l’Euro!
On voit bien qu’il faut être à l’aise avec une monnaie faute de quoi, le commerce et l’industrie hésitent, le consommateur retient son billet dans sa poche. Les Irlandais, les Portugais… et les Grecs aussi, avaient vu dans l’euro un vrai monde d’opportunités. Maintenant, l’euro n’est plus pour ces pays l’ouverture vers le vaste monde. C’est devenu une charge. Pire, alors qu’il faut le défendre, l’euro est perçu comme la source des nombreuses faiblesses qui minent les pays européens ? Encore pire, les plus riches font mine de vouloir s’en aller et/ou revendiquent de pouvoir ériger des murs afin que la monnaie demeure là où elle est, afin de la retenir et ne pas la partager.
Comment peut-on vouloir être à la fois universel et particulier, être dans le monde et demeurer dans sa coquille, participer aux grands courants et rester à l’ancre dans les eaux tranquilles d’une baie, bien à l’écart ? C’est bien ici que le débat se noue.
Et si on faisait preuve d’imagination ? Prenons un exemple : dans la région parisienne les prix de l’immobilier explosent, entre autres raisons il y a le flux incessant d’investisseurs étrangers qui déversent leurs euros sur le marché. Si la région parisienne avait sa monnaie, on va dire le Parisis, convertible en Euro et rien qu’en euro. Et si les transactions dans l’immobilier n’étaient recevables qu’en Parisis…les étrangers seraient obligés d’acheter du Parisis contre Euro. Ils feraient monter les cours du Parisis… l’immobilier parisien leur serait plus coûteux. Mais les prix, exprimés en Parisis demeureraient inchangés. L’euro ne serait plus pour les franciliens à l’origine de l’explosion des prix. Au surplus, leur pouvoir d’achat à l’égard des autres régions se renforcerait.
Imaginons la Catalogne dont le désir d’indépendance est actuellement si fort. Dotons-la d’une monnaie à elle, le Troubadour, et riche comme elle est, laissons le troubadour monter contre euro. Les Catalans n’auraient plus à se plaindre d’être la poche profonde de l’Espagne puisqu’en s’appréciant, le Troubadour renforcerait leur pouvoir d’achat à l’extérieur de la Catalogne. Cerise sur le gâteau, ils seraient protégés contre l’inflation, payant moins cher leurs achats à l’extérieur du pays catalan.
Imaginons le Portugal, qui referait de l’escudo nouveau… et qui énoncerait que les salaires et les marchandises, comme les biens immobiliers ne peuvent être honorés qu’en escudos… on aurait là une monnaie de grand garage ! Et en Belgique ! Le terrain est bien préparé pour que surgissent deux monnaies de garage supplémentaires (au fait les bières de garage aussi existent !). Ces pays se sentent menacés par la force de l’euro ? L’Ecu Wallon, et le Flamand jaune, et l’escudo nouveau, perdant de la valeur contre euros, l’apport de capitaux serait stimulé et les exportations plus faciles.
Une Monnaie Parker ?
Dans cette fable, qui se développe toute seule, en toute logique, remarquons que pas un instant n’a été évoquée l’idée que l’euro pourrait être abandonné !
On a suggéré l’émission de monnaies, un peu étranges, l’escudo nouveau, le Parisis, circulant en même temps que l’euro et non pas concurremment. On n’a jamais dit, « de l’euro faisons table rase et demain seront les monnaies de garage » !
Pourquoi rompre avec le concept même de l’Euro ? C’est inutile ! L’Euro, qui est fort, va bien avec les forts. Laissons-le-leur. Au surplus, cela fait bien longtemps que l’Euro est la monnaie dans laquelle les banques aiment se parler, échanger, spéculer. Conservons-le, même si, comme mon père le disait« Pour les petits, l’Euro est trop fort ». Justement, conservons-le pour les forts.
En revanche, l’euro ne doit absolument pas être conçu comme le cilice qui fait venir le sybarite dans les voies du seigneur, comme le fouet qui fait s’abimer en extase le flagellant. Dit en termes moins fleuris, l’euro ne peut pas être pour les européens le risque d’être laminés et transformés en européen abstrait et désincarné. La France sait ce que c’est que de transformer des provinciaux aux parlers nombreux et chaleureux en français conceptuels au parler pointu. Les français n’ont pas été très heureux de voir leur pays se désertifier et chaque provincial ambitionner de devenir parisien !
Donc, revenons à l’idée un peu poétique qui consisterait à inventer les monnaies de garage pour …. sauver l’euro.
Une monnaie pour la Catalogne ne veut pas dire que l’euro n’existe plus. La dollarisation d’un pays n’a jamais impliqué l’usage systématique du dollar dans l’ensemble des transactions commerciales. Il est même arrivé qu’une monnaie, sous un même nom cache deux taux de conversion en une troisième. C’était le cas du dollar au milieu du XIXème siècle qui, lorsqu’il était émis par une banque de l’Ouest, ne pesait pas le même poids d’or que lorsqu’il était émis par une banque de l’Est. Résultat : l’Ouest attirait l’épargne de l’Est !
Des zones monétaires AOC ?
Il est temps de proposer : la Commission Européenne aura la responsabilité du sujet : définir à l’intérieur de la Zone euro, des zones « Parker ». La liberté est à Europe ce que la beauté est à Venus.
Il y aurait ceux qui décideraient d’être Euro, du haut en bas, petits et grands, entreprises et pouvoirs publics. A leurs risques et périls, mais aussi à leurs bénéfices, car chez eux se trouveraient nécessairement les grandes banques, les grands marchés financiers, les grandes compagnies d’assurance etc.
Il y aurait ceux, qui ont envie, pour longtemps ou pour un petit bout de temps, d’être entre eux. Comme on se resserre, devant le cantou, les uns contre les autres, quand il fait froid. Ceux qui veulent se protéger contre les grands vents qui balayent la planète. Ceux-là pourraient décider de prendre une monnaie pour eux, locale, uniquement convertible en Euro (il ne faudrait quand même pas que les Etats-Unis viennent dollariser ces braves gens… il y a aussi le danger chinois…sans parler des mafias en tous genres) avec un taux de change fixe… jusqu’au moment où il serait décidé un nouveau taux de change !
Pour éviter des gredineries ou des palinodies, on dirait qu’il y a des critères. Qu’il faut au moins 1million de personnes concernée par chaque projet (il y aurait une exception pour le Luxembourg !). On dirait… mais tout ça est connu. Chaque fois qu’il y a un projet européen, il y a des commissions, des rapports, des présidences qui tournent, des sherpas. Simplement, il faudra aller vite, c’est la survie de l’Euro qui se joue ici.
Il y aurait une prudence à toujours garder à l’esprit. La multiplication des monnaies n’enrichit pas sans risque : « trop de monnaies, tuent la monnaie »
13:59 Écrit par B (Webmaster) dans Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : monnaie, pascal ordonneau, économie, finance, crise, point de vue, philosophie
02.12.2010
Et si on pissait des dollars ?
« Pluzieurs ont mandé de Toloze
Une assez admirable choze,
Qu’il ne falloit pas oublier,
Mais, bien plutôt, la publier ;
Sçavoir est, qu’en ce Territoire
Il a pleû, de fraîche mémoire,
Par un miracle sans-pareil,
De beaux Ecus d’or au Soleil,
Sommes-nous en 2010, qui ne fut point un an de grâce , mais une année de peines, de fureurs et de misères ? Sommes-nous à Washington aux coté du bon Ben (Burnanke) ? Mais non ! Nous sommes à Paris ! Surfant sur un blog, usant de la générosité de Sonia qui en ouvre les portes à ses risques et périls, deux débatteurs ou déblatereurs traînaient et se tançaient à force de citations absconses et de textes inconnus, prétendant faire la lumière sur notre temps et ses enjeux.

- « Et pourtant, il nous est bien, ici parlé de pluie d’or. De beaux écus qui brillent au soleil à l’époque où le sieur Fouquet tenait les Finances. Cette pluie d’Ecus, qu’on dit avoir arrosé Toulouse, dans les faits s’abattit sur une petite ville, Alet les bains. Faut-il voir dans cette histoire que les Bains d’Alet étant vides, le Seigneur se préoccupa de les remplir et prit pour ce faire, ce qu’il avait sous la main ? »
- « Nous sommes en 2010, cher Ami ! Pourquoi diable évoquer la pluie d’or sur Alet les Bains qui survint à l’époque du brillant chryso-ministre Fouquet ? »
- « La pluie d’or d’Alet n’est peut-être qu’une fable ? Dans ces jours difficiles de la finance mondiale n’est-il pas bon de revenir sur les messages d’espoirs du passé. N’est-il pas recommandé, parfois, dans les moments de détresse, d’écouter les fables »
- « Si fait ! Les histoires d’or ne manquent pas dans les contes. Remarquez pourtant que dans les contes, il est plus souvent question de coffres que de pluies. Ne vous souvient-il pas de cette histoire du soldat ouvrant les portes des salles mystérieuses défendues par des chiens impossibles ? Ne vous souvient-il pas du coffre de pierres précieuses et de celui qui débordait d’or en toutes formes et espèces ? Alors, dans ces jours de drames monétaires mondiaux, pourquoi des pluies et non des coffres ? »

- « C’est que les coffres ne nous parlent que de ce qui est. L’or, dans les coffres, est enfermé, contenu, et par la forme, et par la taille des coffres. Il est limité. On ne peut pas trouver dans un coffre plus d’or qu’il n’en peut contenir. Or, d’or, en quantité très grande, voire sans limitation, on nous dit avoir besoin. Les coffres peuvent bien satisfaire les soldats en maraude. Ils peuvent bruire de sons célestes dans l’oreille du plus petit des Grands d’Espagne. Ils ne peuvent pas alimenter les Nils monétaires qui, seuls, auront raison de la crise bancaire et financière. Ils auraient bonne mine les Irlandais avec un coffre d’or quand on voit que la finance irlandaise ressemble à un tonneau percé. Non, c’est bien à une pluie qu’il faut penser quand nous pensons à l’or »
- « Bien beau de dire qu’une pluie d’or est utile ! C’est que, sûrement, dans votre langage, vous ne vous permettez pas d’ambigüité. Une pluie d’or n’y est pas autre chose que de l’or en pluie, sous la forme de Sous, d’Ecus, de Napoléon, de Thaller ou sous toute autre forme. Quittez donc cette paresse mentale dans laquelle vous vous enfermez comme on s’enferme dans un coffre d’or. Arrêtez-vous un instant dans vos élucubrations pluvieuses et repensez l’expression. Elle n’est pas si simplette que vous l’énoncez. Il est des esprits qui, pour ne pas effrayer les dames ou les bien-pensants, ont eu à cœur de ne pas évoquer l’urine ou la pisse dans leurs écrits, mais bien « la pluie d’or ». Vous admettrez que, sur le fond comme sur la forme, c’est en toute logique autant qu’en toute pudeur, que pluie d’or, qui est liquide, puisse être rapprochée de jet de pisse qui l’est tout autant. Au surplus, l’or est jaune et l’urine aussi, surtout si le soleil illumine le jet »
- « Banalités, ce ne sont que des banalités ! L’or, reconnaissons-le, apparait sous différentes formes. Ici vous pensez à un opuscule « Pluie d’or, pour une théorie liquide du plaisir », vous auriez pu évoquer d’autres cas, moins scabreux et pourtant tout aussi naturels. Sur le mode végétatif, songez au « cytise (Laburnum x watereri ‘Vossii'), également appelé « Pluie d'or» , arbre à feuilles caduques d'un vert foncé. ». Je suis sûr que vous me demanderez dans l’instant comment j’ai pu penser à pluie d’or au sujet d’un arbre vert ! Doctus cum libro, j’ai appris qu’ « En mai, (cet arbre) nous offre une multitude de longues grappes de fleurs jaunes or ». Ma pluie d’or répond à la vôtre et nous sommes à égalité. »
- « Nous n’avons pourtant pas avancé dans l’explicitation de votre pluie d’or ! Depuis que nous fûmes à Alet-les bains, il ne s’est pas passé grand-chose ! et ces déambulations intellectuelles ne nous disent rien sur l’intérêt qu’il y aurait à faire pleuvoir l’or. »
- « Allons, pensez à la mythologie et à cette étonnante histoire de la fécondation de Danaé par Jupiter. Il usa d’une pluie d’or et il en sortit pour le bien de la Grèce, le héros Persée, qui vainquit Gorgone et délivra Andromède. »
- « Où pouvons-nous nous rendre muni d’un si étrange viatique ? Si l’intention initiale était de trouver un conte pour nous reposer des mugissements de la crise et des hurlements des banquiers en déconfiture, nous voilà biens mis avec vos Persée, Andromède et Gorgone... »
- « Vous n’y êtes décidément pas ! La crise et ses rebondissements vous ont effarés. Il faut vous reprendre. Bernanke est ici le héros. Il fut un temps où il errait de par le monde. Arrivé au Japon, ruiné par un cataclysme économique, il conseilla de jeter des billets de banques par-dessus les villes, et alors la richesse reviendrait. Ce Bernanke ne s’est-il pas inspiré de Zeus qui inonda de son or la belle Danaé ? »

- « Pas de coffre donc ? »
- « Mais non, enfin ! Pas de coffre qui sente la naphtaline et le renfermé ! C’est la pluie qui fertilise qu’il nous faut ! Comme de la pluie de Zeus, Persée est né.»
- « Que vient-il faire votre Persée se surajoutant à Zeus-Bernanke ? »
- «Il est le fruit de la pluie d’or et, au passage, c’est bien là la différence avec les coffres fermés sur des richesses accumulées du passé! Persée, c’est la richesse de l’avenir qui nait de la richesse qui a plu. Cette richesse a su affronter l’horreur absolue, Gorgone, la crise, échevelée qui effraye jusqu'au banquier le plus vaillant. C’est aussi la force qui libère les forces créatives. Androméde, qu’il épousa, vint très vitre enrichir le firmament. »
- « Bernanke ce sont 700 milliards de dollars qui vont être déversés sur le monde américain. C’est l’homme de QE2, qui donne un signal au monde ! Faites pleuvoir l’or sur vos villes. C’est lui qui répond en écho au Duc de Talleyrand-Périgord « le dollar, comme l’assignat sera le Nil de la nouvelle économie. »
Il faut acclamer les hommes qui savent déclencher les pluies d’or et qui pissent des dollars comme les marins pissent au ciel.
23:14 Écrit par B (Webmaster) dans Economie, Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal ordonneau, finance, crise, dollar
08.11.2010
Et si on suivait, pour les obèses, la même politique que pour les fumeurs ?
Il y a quelques mois, dans un article consacré aux fumeurs, qu’ils fussent actifs ou passifs, on pouvait lire « Récemment, certaines compagnies aériennes, ont prétendu déployer leur contribution à la réflexion « passif/actif », en faisant payer double tarif aux obèses…On voit bien que le motif apparent est du même ordre que dans le cas du fumeur. Les non-fumeurs incommodés par le comportement des fumeurs primaires .... » Etc. etc. (Pascal Ordonneau, dans kritiks du 14 juin 2009).
S’il peut paraître imaginable qu’un fumeur exhalant sa fumée provoque une inhalation incoercible chez les non-fumeurs aux alentours, il est plus délicat de démontrer que les obèses en action, c'est-à-dire mangeant, induisent un automatisme de l’absorption de nourriture chez les non-obèses du voisinage. Il est donc difficile d’extrapoler de la problématique des fumeurs passifs une problématique des obèses passifs, soit : des non-obèses atteints d’obésité parce qu’ils cotoient des obèses.
Il n’en reste pas moins que la question des rapports entre obèses et non-obèses se posent dans des termes très similaires à celle des rapports entre fumeurs et non-fumeurs et les décisions récentes prises par les compagnies aériennes citées plus haut imposent une réflexion générale.
Une question lourde… de conséquences
C’est d’autant plus urgent que la question de l’obésité a pris, ces derniers temps, une dimension dramatique supplémentaire avec le roman d’Amélie Nothomb, sur la guerre en Irak, ses horreurs et les stratégies d’opposition pacifiques adoptées par de simples soldats. Ces derniers choisiraient (mais il s’agit d’une fiction) l’obésité plutôt que de recourir à la mutilation, technique tristement célèbre pour s’opposer aux guerres impopulaires. Plutôt que de retrancher quelque chose à leur corps pour le rendre inapte, ils viseraient le même résultat, en ajoutant beaucoup de choses à ce corps.
Le fait qu’il s’agisse de soldats américains confère à cette stratégie une connotation culturelle forte. Les obèses, aux USA, constituent la minorité la plus importante, devant les Afro-américains et les Hispaniques. Minorité qui pourrait devenir majorité : une étude de 2007 estimait qu’en 2035, la part des obèses aux Etats-Unis, serait de 37% pour les hommes et 44% pour les femmes, âgés de 35 ans
Déjà, Paul Claudel, dans son ouvrage sur la dépression de 1929, citait les propos durs, mais clairs, d’un avocat américain, Clarence Darrow. "Nous sommes un peuple de graisse. Nous ne pensons qu'à notre graisse. Nous ne pouvons parler que de notre graisse. La seule chose au monde que nous désirions est un peu plus de graisse!" En quatre-vingt ans la situation ne s’est pas améliorée et Clarence Darrow, s’il revenait, se jetterait immédiatement du haut de l’Empire State Building.
Autrefois, les obèses étaient des gros sympathiques !
S’agit-il d’un hasard, d’une manœuvre sournoise des géants de l’agro-alimentaire américain ou d’une stratégie sociale inconsciente adoptée par une part croissante de la population US, contre quelque ennemi social, les castes dirigeantes, les riches etc. ? C’est ce qu’il faut investiguer.
La question avait déjà été traitée en 1930 par André Maurois « Filifer et Patapouf ». Dans ce livre pour enfants, André Maurois avait mis en œuvre toute sa créativité et sa liberté de pensée pour, finalement, dessiner la société US du futur, conflictuelle et obèse.
Pourtant, dans ce conte, les Patapouf étaient des citoyens sympathiques, débonnaires et pacifiques. Ce n’étaient pas des gros par revanche, c'est-à-dire des minces ou des maigres aigris cherchant à prendre physiquement davantage de place faute d’avoir jamais eu une vraie place sociale, morale, économique dans la société.
Pourtant, dans l’imaginaire enfantin, comme dans l’esprit de beaucoup de générations, de sociétés, voire de civilisations, l’obésité n’était pas perçue comme un menace, une injure ou une forme d’immoralité. C’est bien connu, les enfants adorent les gros. Ils raffolaient de Carlos, ce chanteur qui a fait une partie de sa carrière en adoptant dans sa chair et, peut-être, dans son esprit, une carrure d’obèse! Rien de plus gai pour un enfant qu’un lutteur de Sumo ! Voudrait-on abattre une carte d’atout, voici la carte Obélix, mais aussi, la carte « magots chinois » et tous ces obèses asiates qui, par leur plénitude physique, leurs gros ventres rebondis et leur joues en ballons de football, faisaient la démonstration de leur réussite sociale et économique.
Les gros sont devenus obèses comme les fumeurs sont devenus des drogués.
Les fumeurs aussi ont longtemps été reconnus et estimés dans la société. Il faut penser à Malraux et ses cigarettes blondes, à Lucky Luke et sa clope vissée à la lèvre inférieure, à Marlene et son fume-cigarette… Ce n’est que très récemment qu’ils ont été mis au ban de la société, devenant ennemis publics numéro 1, mettant en danger de la vie d’autrui, diffusant les cancers de différentes sortes, menaçant l’intégrité des nourrissons. Quand une société est capable de faire passer une population de fumeurs sympathiques, décontractés ou sérieux à un statut de semi-criminels, il n’est pas étonnant que les « bons gros » mutent en obèses écœurants, ruisselant de graisses et d’excès en tous genres.
Et il est vrai que l’obésité est de plus en plus ressenti comme un anarchisme qui peut prendre des formes diverses, porteur qu’il serait d’une destruction des liens sociaux.
L'obèse démolirait les principes de l'économie classique ? Peut-être n’est-ce pas toujours conscient ? Peut-être n’y a-t-il pas cette détermination vengeresse, cette prise de position politique, telles qu’elles se manifestent dans le roman d’Amélie Nothomb ? Il n’en est pas moins vrai qu’en termes d’économie théorique, celle d’Adam Smith, de Vilfredo Pareto et de Léon Walras, qui peut dire qu'un obèse est un intervenant du marché au même titre que tous les autres, acheteurs ou vendeurs, atomisés, homogènes et égaux entre eux et ne pouvant individuellement pas peser d’un poids particulier sur les transactions des marchés et la formation des prix.
La compagnie d’aviation qui fait payer deux sièges pour un voyage d’obèse voit bien qu’il y a intrinsèquement un voyageur en excès. Les pages d’Amélie Nothomb évoquant la théorie des deux personnes dans le même corps sont emblématiques. Le boulanger qui vendra une baguette à un consommateur classique suivant la théorie de la « concurrence pure et parfaite » verra bien qu’un client obèse le confronte à un changement de nature de l’agent économique « classique ». L’agent économique obèse « pèse deux baguettes ». Ou bien, dit autrement, l’unité «baguette » en tant que produit de boulangerie devra, ou doubler de taille, ou se dédoubler pour assurer la satisfaction de la demande
Les obèses déforment les espaces économiques auxquels ils participent.
En définitive, les obèses modifient les conditions de fonctionnement de l’espace économique et en viennent même à le déformer. Ainsi aux Etats-Unis, l’explosion attendue des maladies cardio-vasculaires dues à l’obésité va entraîner la nécessité de nouveaux équipements et le recrutement massif d’un personnel médical spécialisé. Outre les questions classiques sur le transport des obèses, d’autres sujets font question : adaptation des sièges dans tous les lieux publics, modification des normes de construction: largeur des portes, capacité d’emport des ascenseurs, résistance des sols, taille et formes des chaises, fauteuils, lits et canapés. C’est toute l’économie qui doit se réorienter et se réformer sachant que l’emploi des obèses entraînera nécessairement une hausse des coûts de production : la place supplémentaire qui devra leur être allouée se répercutera en coûts supplémentaires, les outils devront être adaptés, la forme des bureaux, la taille des claviers (les doigts obèses doivent trouver leur place)…
La guerre, elle-même, sera plus coûteuse à mener : les cockpits des avions de guerre, la taille des ouvertures de tourelles de char, la forme des gâchettes de flingues et même l’ergonomie des cartouches, trop petites pour les gros doigts, tout conduira à une poussée des coûts militaires à la hausse. Et peut-être, les formes des obèses interdiront-elles les poses martiales et, par conséquent, la guerre ?
L’obésité, version moderne de l’anarchisme et un instrument para-politique pour désorganiser la société et l’économie américaines, contaminerait de proche en proche l’ensemble des économies du monde occidental ; ne relève-t-on pas en France, depuis une quinzaine d’années, une progression régulière de l’obésité. Anarchisme aussi que ce ralentissement du temps de l’action et de la consommation : les obèses se déplaçant lentement viendraient donc ruiner tous les efforts des sociétés modernes « pour aller plus vite », pour décider « vite », pour consommer à une vitesse d’enfer.
Inflation, obésité et bulles….
Plus on pousse le raisonnement au-delà du cas US et plus on voit que l’obésité est une menace sur le plan économique : quelle différence, sinon de degré et non pas de nature, entre inflation et obésité ? Si les obèses triomphaient, alors, ce qui gonfle, ce qui fait grossir, ce qui inflate deviendrait une qualité. Le gonflement de la masse monétaire deviendrait une politique estimable. L’apparition systématique des bulles serait favorisée. Seraient vouées à l’échec, les politiques dites de rigueur et d’austérité, fondées sur la restriction, le serrage de ceinture et la suppression des mauvaises graisses dans la société. Les entreprises ne pourraient plus « dégraisser leurs effectifs », ni l’Etat, les effectifs administratifs surabondants.
La société obèse est-elle donc pour demain ? Les obèses, sont-ils en mesure de transformer radicalement l’environnement social, de porter atteinte aux délicats équilibres sociaux et économiques, de modifier les comportements des citoyens sans possibilité de retour, de subvertir les principes de fonctionnement des agents économiques et, enfin, de bouleverser les conditions sanitaires de vie des populations quelque soit l’âge et le sexe.
La société, pour s’en défendre, devra-t-elle traiter les obèses comme elle a traité les fumeurs ? le débat vient à peine de s’ouvrir. Seule certitude, il sera plus difficile d’être un obèse clandestin que d’être un non-fumeur hypocrite.
12:16 Écrit par B (Webmaster) dans Economie, Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, pascal ordonneau, point de vue, économie, finance, journalisme, reportage
10.09.2010
Et si, par une décision sage, on s’en retournait à Naples…
Et si on revendiquait un peu plus fort, nous rendrait-on le Pausilippe ? Pourrions-nous nous saisir à nouveau de la mer d'Italie ? Et si nous étions un peu plus raisonnables ? Ne nous promènerions-nous pas de Cumes à Sorrente par le golfe ou par les monts ? Ne flânerions-nous pas dans Pompéi en compagnie de Lucilius, disputant sur les nouvelles tendances de la décoration d’intérieur. N’abuse-t-on pas du rouge ces derniers temps ? Ne conviendrait- il pas de s’en tenir à ces vues et à ces petites scènes qui, au milieu, d’une paroi, viennent l’aérer et l’ouvrir ? Ne chercherions-nous pas dans l’ombre des ruelles, l’ombre de Pline à l’écoute des mouvements de la terre et du bruit de ses entrailles ?
Et si on disait « aimable comme un Napolitain » ?
J’ai tant aimé qu’un conducteur de bus m’emporte de Capodimonte, vers le Musée Archéologique insensible à mon aveu : je n’avais pas de billet et je savais qu’il ne pouvait pas m’en vendre.
Devais-je pour autant être refoulé ? Mais voilà que nous étions fort peu nombreux dans ce bus ! Un bus qui n’est pas rempli à ras bord n’est pas un moyen de transport public ! Un bus où on a l’embarras du choix de son siège, c’est une grande bagnole et son conducteur, un hôte. J’ai tant aimé que cet autre chauffeur me vantât le trajet qu’il allait suivre. Oui ! J’aurais raison de monter dans son autobus! C’était certain, il était le seul bus qui s’approcherait raisonnablement près de la Place du Plébiscite. Il me déposerait au pied du Château Neuf et je n’aurais plus qu’une petite marche de dix minutes. Au plus ! Et celui-là, qui m’attend pendant que je vais acheter mes billets, à la gare, trois cents mètres plus loin.
J’ai tant aimé créer ce rassemblement sur le quai du funiculaire, station Victor Emmanuel. Le prochain funiculaire était-il le bon ? Et de mobiliser l’intelligence et le sens des langues d’une napolitaine, puis de deux, auquel s’ajoutait un napolitain, et quelques minutes plus tard, deux autres encore, qui, tous, patiemment, sans s’énerver, sans me faire sentir que je n’étais pas loin du handicap mental, avec délicatesse, s’attachèrent à m’expliquer que quand ma direction suppose de prendre la cabine qui descend, il est préférable de ne pas prendre celle qui monte. Mais tout cela
n’est pas grave ? N’est-ce pas ?… si vous vous trompez, il suffira d’attendre tout en haut que la cabine redescende tout en bas. C’est çà un funiculaire !
Et si on allait à Naples pour les belles filles ?
Dans ces moments si intenses de l’orientation dans une ville inconnue, j’interroge une dame entre-deux âges dont le français date de quelques dizaines d’années et qui sourit avec tendresse. Foin d’orientation ! A Naples, on se laisse aller, et puis, pour elle, l’occasion est si belle ! Elle est si heureuse de me rappeler que Lamartine était français, qu'il a aimé une napolitaine et écrit un si beau roman, Graziella, un très beau roman d’amour pour une très belle femme qu’il ne put rejoindre et qu’il regretta toute sa vie. Heureusement, cette fois-ci, pour la remercier, j’ai su retrouver « Tristesse » au fond de ma mémoire et lui en dire les premiers vers « Ramenez-moi, disais-je, au fortuné rivage, Où Naples réfléchit dans une mer d’azur - Ses palais, ses coteaux, ses astres sans nuage… ». Lamartine aimant et regrettant toute sa vie une napolitaine, les napolitaines seraient donc…nécessairement des rêves. On aurait tort… pour mon goût en tout cas !
Graziella, comment était-elle ? Charnue, généreuse, et non pas ladre et maigrichonne? Et si penser des napolitaines qu’elles sont bien en chair, un peu trop, c’était prendre le risque de laisser croire, à ce compte, que les Venus, les Junon et toutes les « copies romaines d’œuvres grecques » du Musée Archéologique ne seraient que des matrones épaisses et vulgaires. N’ai- je pas déambulé, dans ce fameux musée, dans les accumulations des Farnese, émerveillé comme toujours par ces déesses et ces héros inscrits dans le marbre, le temps et l’espace ? Et s’il fallait autre chose que la peau sur les os pour donner à la voix des napolitains et des napolitaines ces tonalités de basse qui virent au ténor en cas de nécessité harmonique ou psychologique ?
Et s’il fallait un peu de douceur dans les formes du corps pour donner aux mains, aux doigts et aux traits du visage la souplesse indispensable par quoi un vrai napolitain sait fait tenir en un millième de seconde un discours de 20 minutes ?
Et si un jour Naples devenait propre…
Avec des trottoirs dans les vico, et autres via, avec des parties pour les piétons, et des parties entières, pourquoi pas, interdites à tous les engins bruyants. On ne se s’interpellerait plus d’un immeuble à l’autre. Les voleurs ne pourraient plus profiter des réticences hygiéniques de la foule touristique confrontée à quelques tas d’ordures, ni de ces moments d’écœurement qui affaiblissent les défenses et perturbent la vigilance des civilisés venus du Nord.
Faut-il être l'ami du bien ? Sachant (heureusement ?) qu’il n’est pas question du mieux… Des via propres comme des sesterces neufs et des sèche-linges pour tous ? Comment saurais je que la dame du second préfère les dentelles noires et celle du troisième, trois immeubles plus bas,
les strings et soutien-gorges rouge de chez Intimissi.
A-t-on jamais imaginé retirer les drapeaux qui ornent l’Eglise des Invalides ? Ils valent bien les draps triomphants qui barrent les vico ... Oui, je suis allé à pied à Capodimonte, partant de la Piazza Dante ! Oui, on traverse quelques lieux glauques où, la nuit, s’échangent des seringues qui,
le jour, traînent par terre, entassées en pelotes d’aiguilles, agglomérées comme des essaims de frelons. Et la nuit, pour avoir raté mes funiculaires préférés, j’ai grimpé les marches et les rues aux pavés incertains du quartier espagnol (« visite à faire de jour » comme recommandé par les bons guides de Naples). Tout en escaladant les escaliers, les ruelles, tout en recherchant la meilleure pente, m’écartant pour laisser passer un groupe pétaradant de motocycles en tous genres, j’ai essayé d’imaginer des rues sans ordures, sans plastiques déchirés qui traînent depuis dix ans, sans morceaux de bouteille de bière napolitaine brisée, sans bouchons de lessive ni vieux bidons d'huile.
Je me suis efforcé de penser aux rues sans la myriade des petits commerces alimentaires, échoppes de colifichets et de « granite », des semi-grossistes en boissons gazeuses ou, un peu plus loin, en « eaux tranquilles ». J’ai imaginé des venelles sans Trattoria douteuse, celles où on vous apporte la bouteille « d'eau tranquille » déjà ouverte. Je me suis souvenu de tous ceux qui, au nom de la propreté, avec délicatesse ont insisté « Signore per favore, portez-m’en une autre que vous ouvrirez devant moi ». J’ai essayé de penser que cette ville, pourrait exister sans ce calme souriant qui vous exauce, le client c’est le patron, bouteille remportée au fond de la salle, ré-encapsulée et rapportée dans l’état désiré.
Faites-vous peur ! Cauchemardez ! Et laissez cette ville aux bons soins de gens sérieux, les gens du Nord ! Tout çà nettoyé et géré comme une bonne petite collectivité locale française aime à le faire pour ses administrés, avec de vrais lampadaires qui, tous les vingt-cinq mètres massacrent
la nuit, avec de petits trottoirs, des bordures, au moins, qui disent où est la rue, où est le trottoir, avec des « gendarmes couchés » pour ralentir le pas des promeneurs et des chicanes pour que les motos marquent le pas et respectent le piéton. Avec des bacs en ciment où on met des fleurs…
A la fin, tout ceci ressemblerait beaucoup à un Walt Disney resort. Les patrons de trattoria seraient déguisés en patrons de trattoria et les pizzaioli prendraient tous des cours de canti popolari. Dans les rues propres et gaies, repeintes façon « Prague après la chute du mur de Berlin », de charmantes Napolitaines en costume traditionnel proposeraient des bouquets, les voleurs seraient déguisés en ladrone. Des actrices recrutées localement seraient payées pour que, du bord à l’autre d’un vico, au balcon ou penchées à la fenêtre de logements décorés « insalubre », des Napolitaines typiques se lancent des invectives et s’interpellent, pour que le sort de la petite Maria soit publiquement débattu ainsi que les infortunes de Giulio.
En dialecte napolitain, bien sûr. « Vous savez que les autre italiens ne comprennent pas les Napolitains ! » On prendrait le funiculaire en écoutant, comme c’est malin, « funiculi funicula », et sur tout le trajet, le pampre s’allierait à la rose. Le bien, ici, serait l’ami du pire !
Et si on rendait la monnaie au suivant ?
Le client toujours roi, le service toujours à la hauteur et les machines à la botte ! Question d'honneur. Les machines à carte bancaire ne savent pas communiquer à distance, aussi faut-il se déplacer très loin jusqu’au fond du ristoranto. Que c’est ennuyeux quand on est installé, au pied du
Castel dell’Ovo, à l’angle que forme le quai donnant sur les eaux tranquilles du petit port de Santa Lucia. Vais-me déplacer ? Je n’ai pas terminé la liqueur de citron, un peu d’un deuxième expresso m’attend en refroidissant et il faudrait se lever ?… « Pour vous être agréable, la maison
accepte d’être payée en cash, et pour la monnaie, il n’y a pas de problème ». Le patron est massif, mâchoires et crâne chauve mussoliniens. Patient, il déploie son argumentation financière.
J’opterai pour l’efficacité, pour le moindre effort, c'est-à-dire pour le paiement en liquide. Et il me rendra la monnaie d’un geste noble et précis, quoiqu’un peu distant. Sa ressemblance avec le Duce ?
D’autres façons de rendre la monnaie démontrent les qualités altruistes des Napolitains et montrent qu’il est des sociétés où les machines sont demeurées au service des hommes. Les machines à sous des funiculaires ne savent pas rendre la monnaie mais elles savent compter. J’ai, faute de pièces pour faire un compte exact, dépassé le prix prescrit ? Peu importe ! La machine ne s’adjugera pas l’argent en excès, me signifiant ainsi, comme en France, que ce que j’ai payé en trop n’est que la conséquence de mon imprévision : je n’avais qu’à me munir de monnaie et c’est tout ! Circulez ! Je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même si j’ai perdu dans ma bataille contre la machine. Sorte de taxe prélevée sur les imbéciles !
A l’inverse de Paris, à Naples, il y a place pour l’indulgence. La machine à sous du funiculaire est redistributrice de richesses. Le trop-perçu est mémorisé. Il n’est pas détourné : la machine ne se sert pas à vos dépens. Ce qui a été versé en trop sera mis à disposition de l’acheteur suivant.
J’avais versé dix centimes d’euros en trop ? L’acheteur de billet suivant versera donc dix centimes de moins ! A Naples, maintenant, je suis sûr que la machine s’arrange pour que les plus pauvres suivent toujours les riches, qui, on le sait bien, ne pratiquent que la grosse coupure et les pièces à
haute valeur faciale.
Et s’il ne restait plus qu’à rêver ?
C’est décidé, il faut retourner à Naples, avec un peu de chance, si un riche m’a précédé, le billet d’avion sera gratuit, les rues seront encore pavoisées de chandails, de chemises, de draps et de petites culottes et les pizzas seront toujours les meilleures de toute la Terre.
Pascal Ordonneau
23:41 Écrit par B (Webmaster) dans Economie, Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : pascal ordonneau, économie, agence notation, crise
12.07.2010
Et si enfin on se tournait vers la Chine ?
Par un curieux effet de magie, la Chine semble avoir disparu des écrans de télévision et des téléscripteurs. Par un étrange mécanisme de dissipation des nuages monétaires asiatiques, la Chine, dont le yuan-renminbi était « le » problème d’il y a maintenant deux ans, d’il y a encore un an, ne parait plus obscurcir le ciel économique mondial. Le soleil luit donc sur le monde et l’empire reste sagement au milieu.
Donc, ce pays qui paraissait à l’origine de tous les fiascos américains, qui, érigé en usine du monde, était aussi devenu le fossoyeur des industries du Vieux monde, leur donnant le coup de grâce après les coups de boutoirs des ex-pays en voie de développement, n’est plus le bouc-émissaire, le fauteur de trouble de l’économie mondiale, la puissance déstabilisante réduisant à portion congrue même ses pairs en émergence : les pays africains, une partie des pays sud américains, et quelques asiatiques.
La Chine aurait-elle rabattue de ses prétentions et, sage comme une image, aurait-elle décidé de se faire toute petite ? Son yuan qui était l’alpha et l’oméga des solutions à la crise s’en serait retourné vers son statut de monnaie de sous-préfecture ? Modestie si conforme à la mentalité Chinoise que tracent certains philosophes? Ou art de l’artifice, feu de braise dissimulé derrière les belles bleues et les belles rouges des feux d’artifice comme les aiment les Chinois depuis qu’ils ont inventé la poudre. Cette attitude médiane et, somme toute, d’une fadeur insigne, doit-elle être prise avec des pincettes ? Ou en se pinçant le nez ?
Ou même en se pinçant tout court pour s’assurer qu’on ne cauchemardise pas. On se rassurerait en montrant du doigt les atteintes à la liberté et l’insondable désinvolture des Chinois à l’égard des grands principes de la démocratie. On rappellerait que, Mao disparu et la bande des Quatre depuis longtemps vaporisée, ne signifient en aucune manière un retour en force de la démocratie et des libertés formelles ! On gémirait sur le sort des tibétains et de leurs moines si délicieusement arriérés. On convoquerait la justice immanente en l’intimant de foudroyer ce capitalisme barbare, de punir les fauteurs de tous ces suicides, travailleurs épuisés et stressés des usines d’électroniques et de communication, et aussi, la corruption, et les cadres du Parti qui tiennent le haut du pavé comme le clergé français à la veille de la révolution.
Allons, allons, Révolution ? Et si on reparlait un peu de la chine ? Et si on ne la laissait pas se faire oublier ?
Je te tiens par la barbichette : Chine-USA
C’est le dirigeant d’un des premiers groupes bancaires français qui s’exclamait il y a peu « je dis qu'il faut ou bien délocaliser la FED en Chine ou bien on fait recours á l'or ! ».
La Chine serait-elle devenue le vrai émetteur de la monnaie américaine ? Voici la question qu’on avait lancée, il y a quelques mois, en ajoutant que la Chine, accumulateur de dollars, en avait stimulé la production pour ses propres besoins ! Aujourd’hui, la Chine, observant le désastre du dollar, des banques et de l’économie américaines, pourrait être tentée de préférer l’or par exemple ? Quelque chose de solide et d’éternel, d’incorruptible et de tangible par opposition au dollar dont les propres autorités de tutelle se moquaient impérialement au temps de leur splendeur. Rappelez-vous cette phrase emblématique : « le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème ! » Imaginons-le pire : les autorités Chinoises décident de réduire significativement leur exposition au dollar (et à l’euro, pour éviter les demi-mesures) et se lancent dans un vaste programme d’achat d’or et de tous ses dérivés.
Les dollars des exportateurs Chinois quitteraient le circuit bancaire américain. Les cours de l’or exploseraient, le dollar s’effondrerait et l’économie américaine ferait en plus grand ce que vient de faire l’économie Islandaise : le standard de vie des américains reviendrait à son niveau réel, 30% plus bas (moins pire que les islandais qui ont vu leur standard de vie s’effondrer de 80%).
Y aurait-il des risques pour l’économie Chinoise ? Et surtout s’agirait-il d’un bon emploi des réserves de devises. On pourrait dénoncer cette attitude au nom de la rationalité économique. Ce serait du gâchis, entend-on dire, alors qu’en employant les dollars accumulés, les Chinois pourraient prendre le contrôle de pans entiers de l’économie américaine et de l’économie mondiale, ou bien améliorer le sort de millions de Chinois, vivant dans la misère bien loin des paillettes et du bling-bling de Shanghai et autres lieux.
N’est-ce pas de la bonne sagesse Chinoise que de ne pas essayer d’acheter les morceaux même les plus brillants d’une économie en déclin ? N’ont-ils pas vu les investisseurs Chinois ce que cela coûtait de jouer le chevalier blanc des banquiers américains et de voir s’évaporer les milliards de dollar apportés à grands bruits.
Pour se résumer en une image, la barbichette de l’Oncle Sam fait III ème Empire, soit le temps d’un clin d’œil ! Celle du sage Chinois est garantie pour plus de mille ans.
La nature a horreur du vide : Chine-Russie
« Le sage est dans sa maison, avec raison, quand il en sort, il n’a pas tort».
S’il y a bien des gens qui se sont rarement inquiétés de sortir de leur maison ce sont les Chinois. Franchement, quand on est l’Empire du Milieu, pourquoi diable se propulser à la périphérie ? Pourtant…. Il est des voisins pousse-au-crime.
C’est une bénédiction que de ne pas être limité par la géographie, de ne pas être coincé entre montagnes et mers, de n’avoir pas pour seul horizon les dunes des déserts écrasés de soleil ou les glaces et les neiges au nord de la Toundra. Sous ce point de vue, la Russie, celle qui est née de l’effondrement de l’Empire soviétique, est bénie. Mieux, son déclin démographique rend à tout jamais illusoire un risque de surpopulation et ce n’est pas sa dynamique industrielle qui conduira vite à l’épuisement des ressources naturelles que la Sibérie recèle. Tout ceci représente une merveilleuse opportunité pour le voisin du sud. Et s’il voulait bien se donner la peine de réfléchir, un léger déplacement vers le Nord ne modifierait pas essentiellement sa place au milieu de toutes choses. Peut-être même, le milieu s’en trouverait-il un peu plus au centre ?
Est-ce la raison pour laquelle on assiste à des déplacements de population aussi discrets que complètement naturels, faits de quelques centaines de milliers d’isolés qui, individuellement, pensent que plus au nord, il y a davantage d’herbe et qu’elle est plus verte. Occupation sournoise ? Allons, allons, l’Empire du Milieu ne s’est jamais voulu conquérant. Il s’agit de contribuer au développement de zones mal exploitées, de donner un coup de main en quelque sorte et de valoriser les ressources. La Chine, n’est-elle pas là, juste à coté ? Pourquoi ne pas faire simple et exploiter des mines et des nappes pétrolifères à coté d’un marché en pleine expansion qui a faim de matières premières au lieu de faire compliqué et d’expédier tout ceci à l’Occident au prix d’infrastructures effroyablement coûteuses.
Et puis, les Russes ont-ils vraiment envie de continuer une vie de labeur, dans des conditions climatiques extrêmes. Et puis la Sibérie n’est-elle pas pour eux entachées de mauvais souvenirs. « En Sibérie ! » n’a jamais été un slogan d’agence touristique! Elles ont de la chance les villes de Sibérie, il y a de la main d’œuvre en abondance un peu plus bas…et c’est une main d’œuvre qui ne regarde pas à l’ouvrage et qui a du cœur au ventre.
Au point que la crainte d'une annexion de la Sibérie du Sud-est s’est répandue parmi les russes à l'ouest de l'Oural. La nature a horreur du vide. Comment la Russie peut-elle s’y prendre pour défendre une immense frontière pleine de vide de son coté et pleine de Chinois de l’autre ?
L’Empire du juste Milieu et les confins : Chine- Europe
La Chine qui remonterait vers le Nord, vers la Sibérie, voilà quelque chose qui ne peut pas surprendre. Mais la Grèce, elle-même objet des convoitises chinoises ! ?! C’est une vraie nouvelle ! Une dépêche de l’Associated press annonçait que « L'Empire du milieu vient de signer treize contrats avec des entreprises helléniques ». On comprend bien l’appétit des Grecs. Il faut qu’il fasse de l’austérité sans mettre en risque l’avenir riant qu’ils promettent à leurs jeunes. La faute à Moody’s, Standart and Poors et aux autres ? On dit que les Grecs accepteraient même des Turcs !!! Des Chinois, psychologiquement, c’est plus simple !!!
Est-ce un signe des temps ? Les Chinois se porteraient aussi vers l’Europe, au sens large. Rien ne les arrêterait et ils s’apprêteraient à débarquer de leurs jonques et de leurs aéroplanes pour prendre possession de ce petit bout de terre sans forme et sans dimension. C’est que l’Europe, vue de la Chine, ce n’est pas appétissant, espèce de petite langue fluette de terres qui vont se nicher tout en haut à gauche de la carte du monde vu de la Chine, tout au bout de l’Asie.
Les rares intrusions asiatiques dans cette impasse genre Finistère se sont soldées par des coûts élevés et des gains modestes. Si Attila, n’avait pas été funestement conseillé par deux européens décadents Onégèse, le Grec et Oreste, le Romain, peut-être se serait-il abstenu et aurait-il concentré son attention sur le raffermissement de son Empire.
Les Chinois ont peu de choses en commun avec les hordes d’Attila. Il n’en est pas moins que la richesse concentrée sur ce petit bout de planète fait rêver. Combien de Chinois ne fantasment-ils pas sur un petit Trianon qui serait transposé comme le château de Vaux le Vicomte dans la banlieue de Pékin, « sam’suffit » de luxe pour commerçant cantonais enrichi. ? Combien de Chinois, déferleront-ils, dans moins de vingt ans, sur la France, l’Italie et la Grande Bretagne pour y boire le miel de la culture occidentale et pour faire leurs emplettes de tableaux, de sculptures et de Parthénon en kit. Les Romains de l’Empire ne se cultivaient-ils pas chez les Grecs?
Il est vrai aussi qu’il y a eu de l’imagination et de l’inventivité chez les européens. Vite, se disent les Chinois, par ici les belles machines allemandes. Il faut en faire venir le plus possible avant que tout ceci disparaisse faute d’habitants. Vite, il faut acheter aux Européens leurs avions, et leur proposer de les fabriquer en Chine, où tout est meilleur marché et qui fabrique plus de dix mille ingénieurs par an. Vite, il faut s’associer avec eux qui savent si bien fabriquer du combustible nucléaire et des générateurs d’électricité, vite, ils ont les meilleures technologies pour les adductions d’eau et la gestion des services publics….
Attila, n’était pas Chinois, tout le monde le sait : la preuve, il pillait, il rançonnait. Le sage Chinois sait bien qu’il faut apprendre à pécher plutôt que de tuer le pécheur et lui voler ses poissons. Confucius, réinventant la littérature européenne et la mettant au gabarit de la nouvelle pensée Chinoise, aurait sûrement dit quelque chose comme : « Dessine-moi une usine…. »
L’Empire maritime, le retour II: Chine-Afrique
L’empereur Hong-Hi, était hostile aux expéditions maritimes qui avaient conduit les jonques Chinoises le long des côtes de l’Est africain. L’empereur suivant, Huan Tö, interdit la construction des navires pour aller dans les pays barbares. Les rapports du célèbre amiral Tcheng Ho, conservés dans les archives impériales, furent brûlés. L’empereur ne voulait pas que ses exploits servissent d’exemple, les expéditions lointaines coûtaient trop cher, elles ne devaient plus être encouragées. Se repliant sur elle-même, la Chine mit alors l’accent sur l’agriculture à la place du commerce et de l’industrie.
Tout a changé et, comme le dit ‘le pseudo-Chinois’ Gâ-to: « toujours pareille, l’eau de la rivière coule jusqu’à la mer. Sans bouger, les rives changent bien vite ». Maintenant, la Chine a donné la priorité à l’industrie. Elle fabrique à tour de bras de Chinois mais elle manque de matières premières. A l’inverse, l’Afrique, ne fabrique rien ou si peu, mais elle a beaucoup de matières premières. Pas besoin de convoquer un sage Chinois pour expliquer ce qui est en train de se passer.
La Chine est devenue un investisseur très présent en Afrique, jouant à l’égard des différents pays africains une politique peu intrusive sur le plan politique (en français on dirait : « moins soucieuse des progrès de la démocratie »). Les investissements portent dans tous les domaines, depuis les terres rares et les sables destinés à l’industrie des puces et des nano-composants, jusqu’aux gros gisements de ferreux et non-ferreux et, évidemment, d’uranium. Pour les besoins des industries agro-alimentaires de Chine, des millions d’hectares ou leurs droits d’exploitation sont achetés et plantés de tout ce qu’il faut pour que les estomacs Chinois soient heureux.
Conquête ? Que nenni, l’Empire ne s’est jamais voulu conquérant. Ce retour est limité aux strictes zones utiles à l’acquisition des ressources indispensables à la nouvelle économie Chinoise, celle qui va faire de la masse des habitants des consommateurs à l’Occidentale, bien nourris d’autre chose que de riz, bien logés avec du bois de charpente et de décoration, là où il faut, venant des vastes forêts du continent africain. Conquête ? Pas du tout ! Les hordes de Chinois qui viennent en Afrique, sont là pour bâtir les routes, les villes, les adductions d’eau, les voies ferrées, les hôpitaux… à la place des Africains ? Çà c’est du mauvais esprit à l’occidentale. Les travailleurs Chinois sont habitués à des rythmes et une frugalité qu’un africain normal ne pourrait accepter. Il aurait l’impression de retourner à l’état colonial. Alors, on prend des Chinois, pour faire le vilain boulot, pas des soldats pour transformer les « natifs » en esclaves…
Les fleuves dégringolent du ciel
L’empire ne contre-attaquera pas ! Ce n’est pas dans sa nature. Comme les fleuves, il vient du ciel. Comme les fleuves, il sait changer de cours et, à leur image, quand il détruit, laisse du limon sur les terres qu’il a ravagées où la vie reviendra naître à nouveau et de tous temps.
« Pas de fleuve sans un peu de hauteur ».
La Grèce a inventé le monde en faisant émerger les terres.
Le choc sera donc très fort, entre ceux, au sein des choses, qui les laissent se faire et ne prétendent les aider qu’à éclore, et ceux qui ont voulu l’Etre à l’encontre de la mer et de ses tempêtes, remontant le temps vers les sommets.
Le barrage des Trois Gorges est-il la parodie d’un choc entre l’Occident qui veut et la Chine qui laisse aller ?
Et si la renaissance apparente de la puissance impériale abolie sous la violence de s guerres de l’opium et des boers, sous l’oppression et le pillage des « Concessions », ne sanctionnait en réalité que la déroute d’une pensée, dans un ultime combat ?
Décidés à faire venir leurs concitoyens au bien-être « à l’occidental », les dirigeants Chinois prétendraient inverser le cours des fleuves, érigeant en valeurs le minuscule, l’accessoire et l’éphémère. L’assurance maladie généralisée serait alors un premier pas et symboliquement, un barrage des Trois Gorges social.
Pascal Ordonneau
12:10 Écrit par B (Webmaster) dans Economie, Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal ordonneau, finance, crise, chine, points de vue
28.06.2010
Et si l'Allemagne se rebiffait ?
Paiera-t-elle L’Allemagne ? L’Allemagne paiera ! La France avait bien payé en 1871 ! Pourquoi l’Allemagne n’aurait-elle pas payé en 1918? Très beau slogan dont les Allemands se souviennent comme d’une blessure au fer rouge. Créancier frustré, la France prenait des gages en procédant par saisie territoriale et détournements de flux économiques et monétaires. Vint la Grande Inflation. Vinrent les politiques extrémistes. Finalement l’Allemagne n’a pas payé ! ce n’est qu’un peu plus tard quand l’Allemagne, vaincue une deuxième fois, s’est retrouvée à devoir payer pour tout le monde, tout le temps! Mauvaise pioche finalement !
Remonter dans la nuit des temps, peut-il apporter une lumière utile à la compréhension de la situation actuelle ? L’Allemagne n’est plus dans la position moralement infériorisée qui a été la sienne pendant des années après 1945. Il y a beau temps que les américains ne la rackettent plus ! Rappelez-vous. « Merci de me souscrire quelques milliards de Bons Roosa ! » et puis, encore « Merci de m’acheter une petite centaine d’avions de chasse » et puis « s’il vous plait rehaussez donc le DM » etc…
Comme le dit la chanson « C’est fini, fini, fini, fini, je veux jouer de l’orgue de barbarie…et du couteau aussi ». Les Allemands qui ne voulaient pas payer en 1918 et qui ont été obligés de payer pour tout le monde après 1945 ont la hantise des appels à leur porte monnaie : ils ne paieront plus pour les autres. C’est terminé !
Wachet auf ruft uns die Stimme von der Angela*
Et Angela a violemment tapé du point sur la table pour le répéter. Elle a raison Angela, il n’y a plus d’efforts en Europe. Tout le monde s’est mis à vivre sur l’Euro et chacun pouvait en fabriquer en veux-tu en voilà ! Comme si on avait une belle carte bleue entre les mains et hop, on va au distributeur, et hop, on a des sous, parce qu’on a tapé le bon code ! Rappelez-vous aussi les Irlandais. Grâce à l’Europe et à son tiroir-caisse ils sont devenus un des pays du monde dont le PNB par habitant est le plus élevé.
Et bien voilà que, maintenant, c’est terminé et que le temps du réveil est venu. « Wachet auf ! ».Elle ne nous le fait pas cigale et fourmi, Angela, elle tance vertement « dites, les Grecs ! Vous qui avez des têtes comme des Islandais de base, avec leurs idées de fric facile et moins salissant que la pêche à la baleine, je vous l’annonce, la fête est finie. Feriez mieux de faire comme les autres qui sont revenus dans leurs barcasses pour voir si les baleines à bosse ont toujours le même goût! »
Angela dit des choses que seule une ancienne du bloc soviétique pouvait dire : quand on n’est pas content de quelqu’un, y a qu’à le virer, quand quelqu’un dépense plus qu’il ne gagne, on n’a qu’à l’empêcher de consommer, quand on arrive plus à rien et que le quelqu’un continue à consommer plus qu’il ne gagne, on le met en liquidation, et on brade tout ce qu’il possède, et on le laisse ensuite chialer dans son coin. Et s’il chiale trop fort on envoie la Stasi, parce que çà fait contestation officielle. Vichinsky et Beria, c’était pas fait pour les chiens.
Et si l’Allemagne nous était comptée….
Il n’est pourtant pas si loin ce temps où Chateaubriand hésitait entre une ambassade à Rome, auprès du Vatican, quand il y avait encore des Etats Pontificaux, et Berlin, désert culturel parmi les déserts, ville de province sans intérêt, plantée sur des marécages et assombrie par la fumée des tourbières. Même le Prince de Prusse à cette époque se préoccupait plus de Madame Récamier que de l’Allemagne…
Il n’est pas loin non plus ce temps où les Français qui faisaient de la politique avec leur cœur, voyaient dans la multiplication des Allemagnes la garantie de la tranquillité de la France. Allez, mettez m’en deux ! disait Monsieur Mauriac.Çà aurait fait plaisir à Monsieur Barres. Allez Monsieur Mitterrand, vite au secours de la RDA, ces abrutis pourraient décider de se laisser absorber !
Aujourd’hui, franchement, c’est très différent et les Grecs font une drôle de tête. On est en train de jouer Grèce / Allemagne, sur fond de monnaies qui trébuchent et de menteurs qui ne sont plus simplement des Crétois.
C’est que les Allemands ne sont pas contents du tout des européens, de leurs amis européens, et tout particulièrement de leurs amis européens Grecs. Pour philosopher çà allait encore, pour le soleil sur les îles sans risque de voir débarquer un musulman excité çà pouvait aller, bien que cher, beaucoup plus cher que les croates et les monténégrins qui ont aussi des îles sympa. Mais les Grecs sont allés un peu fort en tirant beaucoup sur la monnaie commune. Il est vrai aussi que tout ce qui est commun est tentant. Rappelez-vous l’histoire du resto entre copains quand on s’est mis à payer sur la caisse commune !
Et si on revenait à la Weltanschauung primitive ? Le DM roi.
Le problème, c’est que tout le monde en Europe « Euro » a eu tendance à prélever sur le commun. Or là est le problème ! Lorsque ce qui est mis en commun est utilisé sans vergogne par une majorité, il y a un fort risque qu’une minorité paie pour tout le monde : c’est ce que pense de plus en plus ouvertement l’Allemagne et çà ne fait pas rire Angela. D’ailleurs même quand elle rie Angela, on a envie de sortir son mouchoir et de la consoler : une prussienne ne peut pas être heureuse quand sur sa terre natale, il n’y a plus que des polonais.
Par exemple, quand on dit à Angela, (c’est Christine qui le dit…) les pays dont la balance commerciale est structurellement excédentaire sont responsables des désordres monétaires internationaux, on ne tient pas un discours pas si agressif que çà, apparemment. Si on veut être honnête, on le dit aux Allemands depuis bientôt 50 ans ! Certes, certes mais les Allemands ont l’impression qu’on leur repasse le même plat encore une fois. Pour du vin, 50 ans c’est limite, pour n’importe quel plat c’est insoutenable. Même une personne élevée à la dure (soviétique) comme Angela s’en trouve un peu écœurée.
Avant, tout était simple : le Deutsch Mark se revalorisait, tout seul. Les Allemands s’enrichissaient en douceur ! Quand ils partaient en vacances, çà leur coûtait moins cher, ils avaient l’impression d’être plus riches que les autres. Malheureusement pour les Allemands c’est fini ! Le Deutsche Mark n’existe plus, il y a de l’Euro pour tout le monde et, du coup, les Allemands qui font des efforts sur eux-mêmes pour éviter que leur économie dérive n’ont plus le sentiment d’être récompensés. Pire, les Grecs peuvent aller passer leurs vacances en Allemagne et payer les prix Allemands sans faire d’efforts particuliers. Re-pire, les Grecs en allant passer leurs vacances en Allemagne peuvent profiter des progrès faits par les Allemands dans leur maîtrise des coûts et des prix !
Alors les Allemands ont dit non à certaines solutions ! Quand un pays ne va pas bien et quand, ayant dépensé trop, il se trouve à court de monnaie et ne peut même plus payer de pourboires, on ne peut pas se taire et trouver çà sympa, parce que ce n’est pas grave, c’est un petit pays, et qu’en plus ce sont les Grecs, et que, quand on est européen, on a toujours une petite pensée tendre lorsque le mot Grèce est prononcé. Après tout, ils avaient foutu une sacrée avoinée aux Turcs. Et, ils sont prêts à y retourner. Çà peut servir.
Als wär's ein Stück von mir**
Mais dans cette histoire qui consiste à donner une fessée aux mauvais élèves les Allemands sont dans leur rôle de toujours. Quand on fait une faute, on doit être puni ! Quand on dépense tout son argent alors qu’on a un ménage à faire vivre, une femme et des enfants à entretenir, il est juste qu’on soit rabroué et qu’on fasse les vrais efforts pour que tout redevienne dans l’ordre.
Les membres de l’UE adhérents à l’Euro qui ne savent pas contrôler leurs dépenses publiques ? C’est comme dans la chanson qui raconte l’histoire du pauvre camarade de combat qui a reçu une balle dans la figure, c’est triste, il est quasiment mort et il aimerait bien qu’on lui tienne la main. Mais voilà son pote a autre chose à faire, il est dans l’utile le pote, il recharge son fusil, alors « Kann dir die Hand nicht geben, bleib’ du im ew’gen Leben, mein guter Kamerad ».***
Quand elle dit çà aux Grecs, Angela, ils prennent leur air le plus étonné. A une époque où ils demandaient « des armes et des balles » tout le monde accourait, les Allemands les premiers qui se disaient même qu’ils pourraient caser un dynaste allemand quelconque pour faire monarque. Aujourd’hui les Allemands, suggèrent aux Grecs qu’ils pourraient peut-être vendre quelques bijoux de famille. Délos, par exemple, un des rares endroits de Grèce où les bâtiments anciens font plus de 50 centimètres de hauteur, la Crète avec ses belles reconstitutions hollywoodiennes.
Si on résume bien la pensée des Allemands, ils suggèrent que les Grecs soient mis en liquidation ! Ce qui est une idée astucieuse quand on y réfléchit trente secondes. À première vue, on peut trouver çà étrange ! La mise en liquidation d’un pays on voit à peu prés ce que cela signifie quand on pense à l’Islande. Ils sont tellement endettés et ils doivent tellement d’argent aux pauvres épargnants anglais et scandinaves que la seule solution c’est de vendre tout ce qui est vendable y compris les femmes et les enfants et de se payer sur le produit de la vente. Avec un pays de 300 000 habitants, il n’y a vraiment rien d’autre à faire. Et puis, les islandais, ils ne sont même pas dans l’euro ! Mais, la Grèce, quand même, ils sont plus nombreux, c’est un des pays fondateurs de l’Union Européenne. Ils ont fait un effort méritoire pour être amis avec les Italiens et les Allemands à qui ils avaient des choses à reprocher !
Et si ce qui a fait agir les Allemands a toujours été une sorte de puissant manque de maturité ?****
« Un gouvernement économique européen doit s'aligner sur les Etats membres les plus rapides et les meilleurs, pas sur les plus faibles » a dit Angela.
Et pour cela, on peut choisir plusieurs solutions : l’exclusion. Quand les plus faibles empêchent vraiment les meilleurs d’avancer, il ne faut pas tergiverser, il faut couper. Franchement ! Dans les films américains, au fin fond de la jungle siamoise, il y a toujours le type qui est blessé, qui a la gangrène et qui ralentit la progression de la colonne qui doit faire sauter un pont. Qu’est ce qu’il fait le chef, après un long débat vachement émouvant ? Et le blessé, qu’est ce qu’il fait ? Il dit qu’il est d’accord avec le chef « les gars tirez-vous, je vous retarde, laissez moi juste avec une grenade » tout le monde chiale et, un peu plus tard, la grenade pète et çà fait un « plus faible » de moins et des chialeurs en plus.
La sélection naturelle n’est pas faite pour les chiens ! Les pays qui pataugent et qui n’arrivent pas à s’en sortir, on coupe les liens, on les laisse s’embourber et s’ils sont emportés par les sables mouvants, c’est tant pis ! Bien sûr, on ne peut pas aller contre le droit et le Ministre allemand qui a proposé cette idée a reconnu que les traités n’envisageaient pas l’abandon du pays fautif en rase campagne….
Une autre solution un peu moins cavalière ou expéditive avec un peu moins de relents malodorants serait la mise en cessation des paiements. Çà, pour le coup, c’est une idée intéressante ! Résumons : puisque la Grèce fait partie de l’euro elle ne peut pas dévaluer et de ce fait infliger à ses citoyens une perte de pouvoir d’achat et en capital à tous ceux qui ont acheté des valeurs mobilières ou fait des dépôts dans des banques grecques.
Donc, la Grèce ne pourrait pas faire face à ses paiements ! Les créanciers de la Grèce, qui se sont permis de penser que grâce à l’euro il n’y avait rien à craindre pour le bon remboursement des dettes, seraient refaits. On pourrait même aller plus loin en disant que les banques grecques comme le trésor grec sont dans l’impossibilité de faire face à leurs engagements. En conséquence, les créanciers viendraient négocier leurs créances qui perdraient 50, 60%. La dette grecque serait allégée. Les Grecs, ne pouvant plus faire de transactions bancaires avec l’étranger ne pourraient acquérir des frivolités Françaises, espagnoles ou italiennes et devraient se porter vers des choses qui produisent de la valeur, des machines allemandes, par exemple. Et chez les Grecs tout reviendrait dans l’ordre.
Evidemment, au passage quelques banques européennes sauteraient, dont des banques allemandes….
Et s’il « reste à abdiquer un dernier égoïsme: la patrie. »…..*****
« Ne soyons plus Anglais ni Français ni Allemands. Soyons Européens. Ne soyons plus Européens, soyons hommes. - Soyons l'humanité. »
Qu’il est doux parfois de revenir à quelques poètes pour penser l’Europe ! Car enfin, le cas de la Grèce, qui va être bientôt le cas du Portugal et, peut-être, celui de l’Espagne, c’est le cas qui se produit à l’intérieur de n’importe quel ensemble économique. Ils ont raison les Allemands à leur manière. Mais si nous les suivions dans leur façon directe, simple, sans faux semblants et idées compliquées, nous, Français, il y a beau temps que nous aurions largué la Corse. (Voir plus haut sur les faibles qui ralentissent la marche des forts). Quant aux Antilles, quant à la Réunion et tous les gens qui bénéficient de la continuité territoriale, Terre Neuve, les Kerguelen, l’île de Sein, le neuf-trois….ils se seraient tous retrouvés dans le fossé.
Simplement, quand on y réfléchit bien, avec cette merveilleuse solution simplissime et de bon sens allemande, on se retrouve devant ce problème économique célèbre: si les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, les riches ne pourront plus s’enrichir et les pauvres partiront, ce qui ne pourra qu’appauvrir les riches et ruinera tous les espoirs de tout le monde de devenir un jour riche sur place. Mais au moins, pourra-t-on dire comme la Reine de Cœur à Alice « il restera la patience du Chien ».
Quand même, pour les Allemands ce n’est pas juste, ils ont fait les efforts et, si on suit la proposition ci-dessus, ce sont les autres qui vont en profiter !
Allons ! Il y a des solutions, il suffit d’être créatif. Tenez ! Voilà quelques idées créatives, comme çà, à la volée :
-On leur refile les clefs de la maison et on leur dit : « allez les gars ! on s’est tabassé plusieurs fois, on a cru que vous aviez reçu la raclée du siècle et vous avez repoussé comme le chiendent ! Allez ! Vous êtes les plus forts, voilà les clefs de la maison ! »
-Ou bien, version opposée, on leur casse la gueule, une nouvelle fois. Avec leur démographie à l’envers ils n’auront que des seniors à nous opposer. Pour que tout le monde se marre en même temps, on demandera un petit coup de main aux Russes pour qui ce sera une chouette occasion de reprendre un bout de conversation avec les Ukrainiens et les Polonais.
-Ou bien, on leur propose une nouvelle « Réforme » ! On leur fait croire qu’ils ont été élus par Dieu ! On leur fait comprendre que, pour être un peuple élu, il faut avaler le brouet un peu répugnant des choses communes en Europe et on les fait bosser. En quelque sorte, on fait comme lorsqu’on a lancé l’Euro, on met les Allemands en commun !
On peut en trouver d’autres. Le tout c’est de sauver l’Europe. C’était quand même une belle idée, l’Europe ! Non ? Il y a une autre hypothèse : les Allemands quittent l’Euro. Mais çà c’est pour un autre article.
Pascal Ordonneau
* levez-vous, nous crie la voix d’Angela (d’après une cantate de Bach)
** un morceau de moi-même
*** « Je ne peux pas te donner la main, Reste dans la vie éternelle, Mon bon camarade... »
**** Thomas Mann
*****Victor Hugo
11:52 Écrit par B (Webmaster) dans Economie, Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal ordonneau, économie, crise, finance, agence notation
25.06.2010
Les Agences de notation à la tâche : trois Etats dégradés d'un seul coup!
Dans les contes d'Andersen, le petit tailleur inscrit sur sa ceinture: 7 d'un coup! Les agences de notation progressent... 3 d'un coup! leur attitude est criminelle s'est exclamé le Président de la République Française! Est-il encore temps de prendre leur défense? on peut essayer, mais il faut reconnaître qu'elles ont tout fait, ces derniers temps, pour être condamnées.
Les agences de notation, prises à partie par plusieurs responsables politiques français et européens et dans la plupart des journaux, ont été sévèrement étrillées dans différentes contributions parues ces derniers mois. Tirer les agences de notation est, ainsi, devenu plus commun et de moins en moins risqué pour les audacieux de la dernière heure. Peut-on passer quelques instants de l’autre coté de la barrière et s’interroger sur les bons cotés de leurs attitudes, analyses et leur façon de communiquer ? ne dit-on pas qu’ « A quelque chose malheur est bon… ». il faut, par honnêteté intellectuelle, s’y essayer, sans trop se leurrer, l’histoire récente vient de le montrer.
Les Agences de notation seraient-elles des empêcheurs de financer en ronds ?
On peut se demander en effet, si les agences de notation, retrouvant leurs missions d’origine ne se comportent pas dans certains cas en véritables diffuseurs d’informations. Le pire n’est pas toujours le plus sûr ? On imaginerait l’histoire récente sans agence de notation. Donc, personne n’aurait signalé dans tous les supports d’information que la mauvaise orientation des finances publiques grecques. On penserait à de petites compagnies d’assurance-vie, trop petites pour disposer d’une capacité sérieuse de traitements de données et d’analyse de l’information, ou ressortissant de petits pays. On les présenterait comme devant compenser des tombées d’emprunts obligataires et recherchant de bons supports d’investissement pour maintenir la poche euro des portefeuilles de leurs clients à un bon niveau de rendement et de sécurité. Les voilà qui se précipiteraient sur de la bonne dette d’Etat, le genre qui évite des dépôts de bilan (pensez à General Motors, pensez à AIG….tout aussi récemment, pensez même à quelques banques privées, américaines, anglaises ou néerlandaises) et surtout une dette d’Etat très rémunératrice, celle de l’Etat grec !
Nos petites compagnies, sans capacité d’analyse de la dette d’Etat grec aurait ramené la question à ces quelques termes: C’est un Etat, au surplus un pays fondateur de l’UE, et, par-dessus tout, un membre de la zone euro. Donc c’est bon ! Patatras ! La crise de la dette grecque survient. Le défaut de paiement de l’Etat grec est annoncé. Un dimanche, il va de soi ! Faute d’une bonne information, les investissements de nos assureurs vie ont été très malheureux. La discrétion avait été bien préservée, aucune information n’avait filtré, permettant d’anticiper l’évènement. Le monde financier est un monde d’information. Sans bonne information, pas de bonnes décisions. Or, au lieu et place d’une bonne capacité interne d’analyse, il n’y avait pas d’indicateurs synthétiques pour qualifier l’état réel des finances grecques, pas de grades, de notes etc. ….
… Condamnables les agences de notation?
La dégradation récente, en l’espace de 48 heures de trois pays européens, la Grèce à nouveau, le Portugal, et l’Espagne, a été unanimement dénoncée. L’Elysée aurait même condamné « une attitude criminelle »… Le ton monte et c’est bien. Cela montre que le sujet intéresse. Criminel, renvoie à ces périodes délicieuses du « couteau dans le dos » de la « finance interlope» et du capitalisme « apatride ». Criminel nous renvoie surtout à une ardente obligation, celle de ne pas réfléchir avant de parler ou d’agir. Est-elle criminelle Angela, quand elle s’imagine traiter la question des finances publiques européennes et peut-être mondiale en proposant les recettes applicables à la gestion d’un compte de ménage ? Ne fait-elle pas penser à ceux-là qui voulurent infliger une bonne leçon au monde bancaire en laissant tomber Lehmann Brother ? N’est-ce donc pas criminel que de s’en prendre aux agences de notation qui n’ont peut-être pas d’autres vertus que celle du thermomètre….mais qui ont au moins celle-là : donner la température !
Les agences de notation, un aiguillon pour faire avancer l’attelage européen ou créateur d’aubaine pour les investisseurs ?
Les agences de notation ne déclenchent-elles pas des réactions utiles avant que tout casse de façon irrémédiable? Elles seraient une forme d’aiguillon, qui venant se planter dans les fesses des responsables politiques, européens dans la circonstance, les pousseraient à se réveiller et à avancer un peu plus vite. En déclenchant la pagaille et la panique sur les marchés, les agences de notations assumeraient un rôle social qui n’était pas ou plus rempli. La nature politique, ayant tout autant horreur du vide que la nature scientifique, aurait inventé les Agences de notation pour compenser l’insuffisance de lucidité des dirigeants politiques et économiques des pays modernes ! Les Banques Centrales dont le métier est de s’assurer que la monnaie et l’épargne sont protégées contre l’attitude irresponsable des politiques, n’ont-elles pas perdu la main ? Depuis que l’euro a été mis en place, elles se sont de moins en moins posées en défenseur crédible de la monnaie commune contre la tentation des gouvernants de tirer des chèques en euros pour financer leurs déficits ? Elles ne peuvent guère émettre que de timides objurgations dont tout le monde se fiche puisqu’elles n’ont plus aucun pouvoir ! Lorsque l’euro n’existait pas, elles pouvaient tancer les pouvoirs politiques ne serait-ce qu’en leur annonçant que mauvaise gestion signifierait, inflation, et plus tard, dévaluation, donc appauvrissement général des particuliers et des entreprises.
Dans ce concert confus, il faudrait donc tresser des couronnes de laurier à ceux qui indépendants des gouvernants et des bons plaisirs des princes, ont proclamé à forte et intelligible voix, leurs déficiences et leurs méfaits?...les agences de notation !
Posons le principe qu’elles ont eu raison de dégrader la Grèce. Posons ce principe avec d’autant plus de sérénité, qu’après tout ne l’eussent-elles pas fait, l’information aurait filtré dans un cercle étroit, d’« initiés », proches des pouvoirs politiques ou de quelques grandes institutions financières. Les liens de connivence et de complicité sont toujours à la source de profits occultes. Pour autant, quoiqu’ayant dégradé la Grèce en toute clarté, devant l’opinion financière du monde entier, on ne peut aussi s’empêcher de penser que les agences de notation ont fait gagner et perdre de l’argent à beaucoup de gens sans avoir eu à prendre le début du commencement d’un risque.
Et, à ce titre, on voit mal ce qui a pu pousser les agences de notation à en faire des tonnes. Pourquoi diable, s’être pris d’un prurit de notation et avoir dégradé, d’un seul coup, en 48 heures, trois pays ? L’effet ne pouvait pas être inattendu. C’était de l’ordre des évidences que cette dégradation aurait des conséquences graves sur les marchés financiers et monétaires. La dégradation ainsi annoncée devait se traduire immanquablement par une baisse violente des bourses européennes, et tout spécialement de celles des pays intéressés ? Il était aussi de l’ordre des évidences que dégrader trois pays, dont un, l’Espagne, n’est pas un « petit pays », valait annonce pour la notation future de pays de taille équivalente : l’Italie, l’Angleterre…et la France …pourquoi pas ? A qui profite cet effet d’aubaine ? L’affaire Lehmann Brother n’a de sens que par l’effet domino qu’elle a déclenché. Quel intérêt y-a-t’il à déclencher un effet domino de la dette publique européenne et donc mondiale ? Quelques âmes désintéressées et scientifiques prétendront que la vérité est toute pure et toute nue et que, lorsqu’elle se présente à nous, elle ne s’embarrasse jamais de finesse. « Facts are stubborn things » disait Jefferson. La vérité des chiffres et des situations est là, qui s’impose. Ils diraient que c’est bien dommage si tout est cassé sur son passage, que la folie des hommes et leur refus d’affronter la vérité mérite de temps en temps le passage d’un fléau. Attila, n‘était-il pas présenté par les chrétiens comme le fléau, l’arme, de Dieu, pour pourfendre un monde dépravé, ennemi de la lumière et de la Vérité. D’autres iront penser que les âmes désintéressées n’existent pas dans le domaine économique, que les décisions de dégradations ne débarquent pas d’un chapeau, un jour, comme çà, par hasard, et que lorsque des gens perdent de l’argent sur des marchés qui s’effondrent, d’autres gens en gagnent tout autant parce qu’ils avaient misé sur la baisse au bon moment….sur la base de bonnes informations…ou meilleures…ou plus tôt….
Dégradez les tous, le marché reconnaitra les siens…..
Les leçons de l’histoire abonde de maux qui ont fait du bien, le bras aveugle des agences de notation appartiendrait à cet univers de moralisation primaire, ou les méchants finissent pas être mis à terre et les bons, comme les anges, sont installés, après avoir trépassé, dans le firmament, le paradis, le Walhalla, ou tout autre endroit du même acabit, à la table des dieux.
Qu’on pense un instant à la révolution française. Il faut se laisser aller à rêver à ce qui se serait passé si les agences de notation avaient existé. Necker étant appelé, les agences de notation maintinrent une notation honorable. Le Royaume précédemment dégradé à AA, bien que lourdement endetté, était débarrassé de colonies parfaitement inutiles en Amérique du Nord. Il était en paix avec ses voisins et même l’Angleterre. La chute de Necker conduisit à une brutale dégradation en BB. On pouvait redouter une crise des paiements du Royaume. Et ainsi de suite jusqu’à la création des Assignats. A ce moment, l’agence Fichtre père et fils donnait à la France, le grade le plus bas. 8 ans plus tard, en 1797, elle replaçait les finances publiques au grade le plus haut.
Cela veut-il dire que grâce à Fichtre père et fils, la Révolution française aurait suivi le parcours nécessairement douloureux mais efficace d’un apurement consciencieux des finances publiques ? Cela ne signifie-t-il pas au contraire que si les notations de Fichtre père et fils avaient sévi, elles n’auraient jamais eu qu’un seul effet : aggraver la situation, doubler les nombre de décapités et pour finir, apurer les finances publiques par l’amputation des dettes d’Etat de 9/10 ème de leur valeur et non pas des deux-tiers comme le Directoire finit par le décider en 1797!
La faillite de Law ne fait-elle pas partie de ces périodes qui marquent l’histoire comme la manifestation d’une grande catastrophe, alors que son impact financier et économique a probablement été positif. Fichtre (qui n’était pas encore père et fils) et son principal concurrent de l’époque, l’Agence Pauvre avait dégradé les Finances de la France du Régent BB- à surveiller. Pourtant, une fois, l’affaire terminée, l’inflation enregistrée, l’or revenu dans la circulation, l’économie du XVIIIème siècle français pouvait être celle de l’expansion et de l’enrichissement, quand celle du XVIIéme siècle n’avait connu que déflation et stagnation.
Quel aurait été l’apport de Fichtre et de Pauvre son concurrent ? Probablement de créer des effets d’annonce, donc des effets de panique… donc rien, de significatif et de sain, globalement. Les agences auraient suivi l’évènement, n’auraient pas eu d’autre effet que de le dramatiser et de lui donner un caractère plus irrémédiable encore. Renforçant la violence de la rue, provoquant la panique des petits épargnants et suscitant des masses de pendaisons à la lanterne.
Constatant et incapables d’anticiper, les Agences de Notation ne font que distribuer des notes, sans imagination. Et même les bonnes sont douteuses ! comparé à la Grèce d’aujourd’hui, le Portugal de Salazar, endormi sur ses réserves d’Or, la veille de la révolution des œillets, avait surement une excellente note…
Pour terminer par ce petit tour d’histoire, osons imaginer la notation de l’Allemagne de l’Ouest, en 1947….avant que Ludwig Erhard ait proposé une réforme drastique de l’économie et de la monnaie allemandes. Elle aurait été tellement désespérante que la population allemande de l’Ouest aurait unanimement décidé de devenir soviétique. Tant qu’à être désespéré, autant le faire dans un contexte radicalement nouveau.
Chantecler, tout en haut sur son fumier, cocoricoïse avec brio et brillant quand le soleil apparait.
Quels points communs, le coq d’Edmond Rostand avec les Agences de notation ? Chantecler s’imagine que c’est pour entendre son cri que le soleil s’est levé. Les agences de notation s’efforcent de faire penser que les situations économiques reflètent consciencieusement les notes qu’elles ont dispensées. Elles savent, elles connaissent, elles détiennent les bonnes méthodes d’interprétation des situations économiques financières et monétaires de tout, sur tout, partout dans le monde. Et, finalement, dominant le poulailler mondial ont ceci de commun avec Chantecler, qu’elles tissent les évidences comme on enfile les perles « O soleil ! Toi sans qui les choses Ne seraient pas ce qu’elles sont ! ». Les agences de notation viennent apposer leurs étoiles et leurs ++, un jour, et le jour suivant quand les choses ont changé, elles reviennent reprendre une ou deux étoiles et mettre un – ou deux. Et ainsi de suite au fur et à mesure, qu’en dehors d’elles, les choses se déroulent.
Alors que faire ? Récemment devant le déferlement des notations hors de propos, auquel s’étaient livrées les agences de notation les plus importantes, une autorité monétaire quelconque rappelait qu’il a été décidé que les agences de notation ne pourraient exercer leur industrie en Europe, qu’après avoir suivi un processus d’agrément, tendant à assurer qu’en Europe au moins elles ne pourraient se livrer à ces notations à l’emporte-pièce qui font leur réputation depuis quelques années. Propos lénifiant qui, s’il a été tenu sérieusement, doit inquiéter sur la naïveté de la pensée sous-jacente. Comment peut-on croire que des firmes de services internationales, supranationales même, pourraient voir leur offre de service (leur capacité de nuisance ?) gênée ou freinée par la mise en place d’une réglementation particulière dans l’espace économique européen. Pas plus que les cendres des volcans islandais n’ont demandé la permission pour survoler l’Europe, les notes énoncées Ubi et orbi, depuis des bases non européennes, ne seront jamais gênées par une réglementation européenne !
11:17 Écrit par B (Webmaster) dans Economie, Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal ordonneau, économie, agence notation, crise
20.06.2010
Agences de notation : un mauvais procès ?
Découvrez en ligne l'émission de RFI dans laquelle
Pascal Ordonneau (notre chroniqueur "Et si ?" et Expert Financier)
répond à Jean-Michel Six,
représentant Standard & Poor's France au sujet des agences de notation !
22:55 Écrit par B (Webmaster) dans Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : agence, crise, banque, pascal ordonneau
24.04.2010
Et si les philosophes étaient enfin des femmes ?
Les cartes sont conçues pour montrer des lieux et proposer des chemins. Bien sûr, on montre les lieux qu’on connait. S’il n’y a rien sur la carte, ce n’est pas parce qu’il n’y a rien. C’est signe peut-être qu’on ne sait pas ce qu’il peut y avoir. C’est une invitation à aller voir s’il y a quelque chose. On utilise aussi les cartes pour localiser des choses, des animaux ou des gens. Evidemment, on ne peut pas associer quelque chose à un lieu qu’on ne connait pas ! De même qu’on ne peut pas associer rien à un lieu qu’on connait.
Des histoires de Lepidoptères
Dans cet ordre d’idée, un exemple intéressant est fourni par une carte de la philosophie et des philosophes dont le principe est simplissime : il s’agit en effet d’associer des portraits de philosophes, épinglés sur une carte géographique, à des lieux. Les amateurs de lépidoptères font çà avec des images de ce genre d’insecte. Une épingle. Un lépidoptère. Son lieu. Une épingle, un autre lépidoptère, un autre lieu. Avec les mouches, çà marche aussi, sauf que les catégories de mouches sont si nombreuses, qu’on risque de ne plus voir la carte, ou alors, il faut une très grande carte. Pour les philosophes ça va encore ! La carte est bien couverte, avec quelques zones vierges, mais cela aurait été vrai aussi pour les baleines, les pandas ou d’autres animaux encore. Peut-être que si on y allait, pour vérifier, on trouverait des lieux qu’on ne connaissait pas et même des philosophes à associer à ces lieux. Donc le fait qu’il y ait des zones où on n’a pas pu épingler un philosophe ne nous renseigne pas sur les philosophes.
En revanche, dans cette aventure cartographique, on se trouve confronté à une singularité. Chaque fois qu’on veut fixer une lépidoptère au coté du lépidoptère initial (s’il s’agissait d’un mâle) on ne rencontre pas de difficultés. Il est des cas où, s’il s’agissait de mantes religieuses, par exemple, on n’aurait peut-être pas de parité. C'est-à-dire qu’il y aurait probablement plus de femelles que de mâles, compte tenu des mœurs de l’animal. En ce qui concerne les philosophes, la singularité est totale. Avec les philosophes mâles c’est comme avec les mouches, on noircit la carte. En revanche, si on cherche à épingler les philosophes femelles, on ne se retrouve pas avec quelques zones désertiques « normales ». C’est l’univers tout entier qui est désert. La question n’est même pas celle des lieux. Il n’y a pas d’hésitation du type « ah ! Tiens, zut ! Je ne sais pas où les épingler. Je n’ai pas de lieu ». Il y a simplement qu’on n’a rien à épingler ! La catégorie « femmes philosophes » à épingler est vide. Même pour en planter une dans le grand nord, ou au beau milieu du désert du Kalahari. S’agirait-il d’une conséquence des mœurs des philosophes mâles (voir les annotations sur les mantes religieuses) ? On ne peut vraiment pas le dire, l’anthropophagie familiale des philosophes n’étant pas un fait social reconnu.
12:07 Écrit par B (Webmaster) dans Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal ordonneau, écriture, journalisme, réflexion, kritiks, art
17.04.2010
Et si les enfants se croisaient les bras ?

Il y a des déclarations qui tuent ! Pas le déclarateur, bien sûr ! Car celui-là, il est généralement très content de lui. Parmi les déclarations mortelles, celle, récente, attribuée à Johny Deep. "Vanessa et mes enfants sont plus que jamais ma priorité... Ils m'ont sauvé la vie en quelque sorte !». Dramatique ! Voici un père qui crie sur tous les toits qu’il doit sa peau à ses enfants !!!!
Pourquoi est-ce dramatique ? On pourrait dire, on devrait dire, que c’est touchant ! Surtout lorsque c’est un père, un homme quoi ! Un homme c’est fort et, pourtant, on nous raconte qu’un homme peut trouver une source de jouvence et de renaissance dans ses enfants. Incroyable d’entendre çà ! On a l’impression que Kronos ne s’est jamais avisé de bouffer les siens et qu’Abraham n’a jamais eu l’idée saugrenue de vouloir massacrer son fils. En d’autres termes, dans le sens inverse, jamais enfant n’aurait eu l’idée de tuer ses parents… on voit sur le champ que ce genre d’idée doit être maniée avec précaution. C’est tout Freud qui y passe...et plus généralement, les fondements de notre civilisation occidentale.
L’idée qu’un fils, qu’un enfant et même pourquoi pas une fille puisse aider, sauver et soutenir son père et sa mère, quand on y réfléchit trente secondes est une réelle absurdité. Tous les mythes grecs, romains et les autres dans les autres parties du monde, ne parlent jamais de monsieur fils ou de madame fille qui vont donner un coup de main à monsieur père ou madame mère.
Cherchez bien ! Vous ne trouverez pas ! Ou fort peu. Il y a des cas dans les faits divers. Par exemple : « il a six ans, et sauve son père en prenant le volant de la voiture évitant ainsi qu’elle tombe dans …la Seine, un trou, n’importe où » ou bien « il a deux ans, il se met à pleurer parce que la fumée lui pique les yeux et réveille ses parents qui découvrent que la maison est en train de brûler » . Bien sûr que des histoires comme çà, il y en a plein….mais, en fait c’est pipeau ! On voit bien que si on en parle c’est parce que c’est exceptionnel, ce n’est pas une habitude, les enfants ne sont pas là, en général, pour sauver leurs parents. Revenons vers la tradition. L’imagerie grecque ou latine. Cherchez bien, essayez donc de trouver des récits sur les enfants qui sauvent leurs pères et mères. Vous aurez bien du mal.
Il y a Enée, lors de la prise de Troie, les Achéens ayant bloqué toutes les portes, qui se débrouille pour sauver Ausone, son père invalide, en le portant dans ses bras. Pourtant, il n’y a pas que là qu’on trouve des enfants qui sauvent leurs pères. Diderot fait grand cas d’Arianus et de Metellus qui « échappèrent au fer des assassins par les soins et le courage de leurs enfants ». il y a aussi Oppius, « qui voit sauvé son père infirme, en le portant de lieu en lieu sur ses épaules » et, de là, ils filent tous les deux en Sicile. Et bien sûr, tous les cœurs français résonnent encore des cris de Philippe le Hardi, 14 ans, « père ! garde-toi à droite… ».
Il faut arrêter là cette énumération car sa longueur est trompeuse. Les exemples de pères sauvés par leurs enfants sont rares, à ce point qu’en mettant tous les moteurs de recherche sur la question, il ne vient à la surface de l’écran que les exemples cités plus haut, ou bien des histoires de chiens écrasés, plus ou moins bidonnées par des journalistes en mal de sensationnel.
Or donc, l’aveu de Johny Deep, tout impressionnant qu’il puisse paraître ne répond pas à aucune réalité ni aucune vérité spirituelle, sociale, religieuse. En vérité, la réalité est exactement inverse.
La tradition occidentale, c’est que le fils et la fille ne donnent pas de coup de main à leurs parents, ils devraient donner, ils donnent, un coup de couteau ou un autre coup dans le même genre.
Ce long développement pour mettre en valeur à quel point la situation des sociétés occidentales est devenue complètement anormale et se trouve peut-être comme la cause première du déclin desdites !!! Car qu’en est-il de ces sociétés ?
Et spécialement de la Société Française ?
Disons-le directement : les jeunes payent pour les vieux. Pas plus compliqué que çà. La retraite par répartition, honnêtement, qu’est ce que c’est sur le plan du principe ? sinon le fait de ne plus travailler pour le motif qu’on est vieux, qu’on a atteint l’âge, avancé, qui permet de se reposer, de se retirer (les anglais utilisent même le « retirement » et non le mot « retreat » et évitent ainsi une confusion désagréable). Donc, à un certain âge, des gens ont le droit de dire, à d’autres, plus jeunes, de façon très naturelle « je me retire, je ne joue plus, mais vous, les plus jeunes, vous allez continuer à jouer dur, pour me permettre de vivre confortablement…. »
C’est fou çà ? C’est la retraite par répartition. Dans beaucoup d’autres pays dira-t-on, la retraite par répartition n’existe pas, c’est la retraite par capitalisation qui l’a emporté. (Et qui a été un peu emportée par la dernière crise économique…) Certes, certes…mais quand on y réfléchit bien, la retraite par capitalisation, c’est la même chose en hypocrite comparée à la retraite par répartition. Cette dernière dit directement leur fait aux jeunes : ce que vous allez payer, on va le répartir entre les vieux. C’est clair, pas d’ambigüité. La retraite par capitalisation, c’est : « tenez les jeunes on vous passe de l’argent, soyez gentil faites lui produire des petits, c'est-à-dire, bossez pour qu’il nous permette d’encaisser de belles pensions. »
Donc, dans nos sociétés occidentales, Oedipe est couillonné, il tourne en rond, il ne pourrait même pas ambitionner de marier la Jocaste. Au contraire, au lieu de flinguer Laïos, il viendrait lui donner un coup de main, l’aider à manger, le balader en chaise roulante etc etc…
D’autres exemples ? Le pire des exemples peut-être, l’assurance maladie ! On pourrait la faire remonter à Enée d’une certaine façon : il sauve son père invalide en le portant dans ses bras… voilà très exactement ce qui se passe de nos jours. L’allongement de la durée de la vie a multiplié les Ausone. Les invalides, grabataires, personnes dépendantes, atteintes de toutes sortes de maladies, se multiplient comme le chiendent. Tout çà a un coût. Et plus les vieux deviennent vieux, plus le coût s’élève. D’autres études insistent sur le fait que la moitié des dépenses de santé sont engagées dans les cinq dernières années de la vie.
Qui paient cette fantaisie ? Les gens qui ont des revenus bien sûr ! C’est-à-dire ceux qui travaillent, c'est-à-dire les jeunes…. Et voici qu’à nouveau nous nous retrouvons en face de l’injure faite aux traditions de notre civilisation. Les sociétés occidentales ont complètement inversé ces traditions. On a anéanti l’hostilité naturelle du fils à l’égard du père, son désir de prendre sa place sinon dans son lit au moins aux commandes de l’entreprise familiale ou dans la jouissance des avoirs et du patrimoine. Lui a été substitué une chaîne plus dure que tous les esclavages, l’obligation pour le fils de payer pour le père.
Mais il y a pire. L’horreur dans l’inversion des sens n’est jamais loin et dans le domaine des dépenses pour la vieillesse, elle est là, omniprésente.
Les mêmes études ont montré que les dépenses de santé des personnes en fin de vie (majoritairement des vieux, cela ne surprendra personne) ne sont pas fonction de la gravité des dommages ou des maladies, elles ne dépendent pas non plus directement du niveau de fortune. C’est dire que ce n’est pas nécessairement parce qu’on est riche qu’on dépense plus en soins médicaux en fin de vie. Le niveau des dépenses reflète tout simplement l’importance attachée à la vie par les gens qui sont en train de la perdre. Et ici tout n’est que logique : la valeur d’une dépense de santé est nulle quand on est mort. En revanche, tant qu’on ne l’est pas, le désir de survivre prend une dimension d’autant plus élevée qu’on se sent proche de la mort. Il en résulte selon les études américaines, que suivant son intérêt personnel, un individu aura tendance à dépenser toute sa fortune pour essayer de durer le plus longtemps possible. Cela expliquerait la moitié des faillites personnelles.
Ainsi la prodigalité s’accroitrait avec l’approche de la mort !!!!
Ainsi non seulement, le fils est obligé d’accueillir le père prodigue, mais, au surplus, il paiera pour ses prodigalités ante-mortem.
Et si les jeunes décidaient d’inverser cette tendance sacrilège pour revenir aux bonnes vieilles relations hostiles ?
Nos sociétés retrouveraient leurs racines et les comptes de la Nation se remettraient dans le bon sens…
Pascal Ordonneau
13:02 Écrit par B (Webmaster) dans Economie, Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal ordonneau, critique, point de vue, culture, journalisme, kritiks


