08.05.2008

Ethique Animale

5faea161897e8722c1e94b6091f657fa.jpgLes animaux ont-ils des droits ? Avons-nous des devoirs envers eux ?Dans quelle mesure peut-on les tuer pour se nourrir, se divertir,faire de la recherche, enseigner, faire la guerre ? En quoi l'élevage industriel est-il problématique ? Pourquoi le foie gras est-il interdit dans certains États ? Quels sont les enjeux éthiques desanimaux transgéniques ? Faut il abolir la corrida, la chasse aux phoques, l'utilisation d'animaux sauvages dans les cirques ? Quelles sont les motivations du terrorisme animalier ?

L'éthique animale est l'étude du statut moral des animaux, c'est-à-dire de la responsabilité des hommes à leur égard. Pour la première fois dans le monde francophone, cette discipline d'origine anglo-saxonne est introduite dans un style clair et pédagogique, dans une perspective interdisciplinaire, à la fois théorique et pratique, qui s'adresse autant aux étudiants et aux chercheurs qu'aux professionnels de la protection animale et au grand public.

Ethique Animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, préface de Peter Singer, Paris, Presses Universitaires de France, 2008. 314 pages,  26€

Lire la suite

06.05.2008

Signons la paix avec la Terre

c32011325e36818688289a05f10f6968.jpgJ'ai mis du temps avant d'oser évoquer ce livre. Je l'ai d'abord lu puis relu. Avec toujours cette même question "pourquoi ?". Pourtant, je sais bien que cette question est un non sens. Elle se base sur deux histoires : l'une "à cause de quoi", l'autre "en vue de quoi". Et puis, je me suis dit "comment". Comment en sommes-nous arrivés là ? Mais où là ? Me direz-vous ? A cette évidence "avec une population mondiale de plus de 9 milliards, selon les estimations pour 2050, il faudra bien que nous changions d'attitude, sauf à précipiter un suicide collectif" (écrit Javier Pérez de Cuéllar dans l'introduction). Revenons l'attitude dont il est question : la pollution, nos habitudes de consommation, notre égoïsme, notre incapacité à modéliser un avenir positif pour la planète (et plus encore à le mettre en place). La réelle question qui se pose, alors qu'au cours du XX° siècle nous avons multiplié par dix notre consommation d'énergie et de matières premières, c'est de savoir "comment répondre aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations de demain à satisfaire les leurs ?". Sous la direction de Jérôme Bindé, ce livre regroupe des textes et des interventions de tous ceux qui essayent de répondre à cette question. Chacun apporte, à sa manière, une solution. Mosatafa K. Tolba nous livre ses réflexions sur le développement durable. Celui à adopter aujourd'hui pour que le monde de demain respire...Il en évoque les différents visages au cours de ces trente dernières années. Cette partie consacrée aux limites de la croissance nous entraîne vers une autre question : celle de l'eau, de sa gestion. Le nouvel or : l'or bleu. Trois articles se répondent et offrent les réflexions essentielles et les changements à mettre en place sous peine de voir l'eau disparaître. Puis la partie consacrée à la biodiversité en danger. Les chiffres, les cartes, les démonstrations se suivent, nous sommes en état d'alerte et personne ne bouge. Nous sommes trop prisonniers de nos habitudes. Nous en oublions l'essentiel. Il nous faut comme le souligne Souleymane Bachir Diagne "faire la terre totale". Ce qui nous entraîne logiquement vers le contrat naturel proposé par Michel Serres. Nous devons, comme il le propose, revenir à une pensée plus solidaire où chaque individu serait membre d'une même famille : l'humanité. Je dis bien "serait". Je mets un conditionnel, là où je devrais mettre un présent. Et toute la difficulté tient en cette conjugaison.
Sonia Bressler 
 
Signons la paix avec la Terre, éd. UNESCO / Albin Michel, coll. "la bibliothèque du philosophe", 120 pages, 16,90 euros. 

19.09.2007

Ruwen Ogien, L’Éthique aujourd’hui

b2f02089fccf1900e416d368414c5b10.jpg Incontestablement mon livre préféré de toutes les rentrées... Quoi ? Ciel un livre sur la morale ? Oui mais c'est impossible dans ces temps de révolte à venir... Et bien oui, c'est bien de cela dont il s'agit. Comment se comporter à l'égard de qui, de quoi, de quel(s) principe(s) voilà sur quoi travaille Ruwen Ogien, directeur de recherches au CNRS. 

Nous le connaissions pour son travail sur la pornographie, sur la honte mais aussi pour sa thèse sur "la faiblesse de la volonté" (pour info soutenue devant Bouveresse). Voici enfin son ouvrage qui devrait faire date dans l'histoire de la philosophie comme dans celui des sciences sociales. En effet, ses réflexions sur la morale, le conduisent à dresser une éthique minimale, qui ne suscitera pas que des réactions minimales.

Qu'est-ce donc que l'éthique minimale ? C'est une éthique anti-paternaliste qui donne des raisons de limiter autant que possible les domaines d'intervention de ce qu'il appelle, à la suite de John Stuart Mill, la « police morale ». Elle comporte trois principes.

> La neutralité à l’égard des conceptions substantielles du bien.
> Le principe négatif d’éviter de causer des dommages à autrui.
> Le principe positif qui nous demande d’accorder la même valeur aux voix ou aux intérêts de chacun.

Voici donc les trois fondements de l'éthique minimale. Celle qui sauve en temps de crise, celle qui peut vous sortir de toutes les situations complexes auxquelles vous pouvez vous trouver confrontés. Je n'ai pas peur de le dire, le livre de Ruwen Ogien (glissé dans mon sac à dos lors de ma traversée du Tibet), m'a permis de mieux me confronter au monde, aux agressions extérieures, etc. De retrouver un peu de sagesse. Bref. Revenons à ces trois principes.

c7b96ebf3b770a1480d89f1587da2002.jpgLe principe de neutralité demande de rester neutre à l'égard des conceptions personnelles de la vie bonne. Dans Penser la pornographie il est utilisé relativement aux conceptions du bien sexuel. Il s'agit de rester neutre envers les orientations sexuelles des individus (le sado-masochisme, l'homosexualité) et envers la façon dont ils concoivent une sexualité réussie. L'adoption d'une telle attitude neutre est justifiée par l'impossibilité de s'accorder raisonnablement sur ce qu'est une vie « bonne ». La neutralité prônée par Ruwen Ogien s'explique de façon classique, par le constat de désaccords irréductibles sur les conceptions du bien.
La seconde règle correspond au "harm principle" de John Stuart Mill. L'auteur l'entend dans un sens très étroit : « Il ne concerne qu'une classe très restreinte de dommages : physiques et psychologiques, sur des personnes particulières, lorsqu'ils peuvent être raisonnablement jugés évidents et importants » (Cf. Ruwen Ogien, Penser la pornographie, Paris, Puf, coll. Questions d’éthique, 2003, p. 15).

Demander d'accorder la même valeur aux voix ou aux intérêts revient à exiger une certaine impartialité dans, si ce n'est la prise en compte, la considération accordée aux intérêts et voix de chacun.

Un livre à lire, à relire, à savourer, à faire découvrir... Absolument nécessaire pour bien faire sa révolution avant de faire celle politique, sociale, etc. 

Sonia Bressler 

Ruwen Ogien, L’Éthique aujourd’hui – maximalistes et minimalistes, Paris, Gallimard, Folio « Essais », 2007, 253 p.

16.11.2006

Le cartésianisme, Autrui et la protection de la nature

La question de la nature ne concerne pas seulement nos actes mais engage notre attitude générale. La science moderne s’est fondée sur le projet de rendre l’homme « maître et possesseur de la nature ». Cette métaphysique Cartésienne reconnaît un primat à l’homme connaissant devenu sujet, sur les choses connues, ramenées à des objets représentés. La conséquence en est l’indifférence au monde.

L’écologie se conçoit comme la réduction de la nature à l’état d’objet. La nature, définie par Aristote comme « ce qui a en soi le principe de son mouvement et de fixité » en est venu à être référée entièrement à l’homme, perdant ainsi tout être propre. Il est remarquable d’ailleurs que l’on ne parle plus de nature, mais d’environnement. Parler d’environnement, c’est en effet concevoir la nature comme nous environnant, c’est-à-dire placer le centre de gravité en l’homme.
Le questionnement que l’on trouve aujourd’hui sur ce qu’est l’homme, alors qu’il était quasiment absent chez les Anciens, manifeste que notre propre être nous est devenu problématique. C’est ainsi une double crise qui a lieu : en même temps que celui de la nature, se pose le problème de l’homme. L’homme est obligé de reconnaître, là même où il affirme son autonomie, autre chose que lui : l’ego. La prétention de Descartes à devenir « maître et possesseur de la nature » était nuancée par l’ajout d’un « comme », qu’il convient de ne pas négliger. Ce veut dire que la science ne repose pas sur une négation du monde et d’un ordre dépassant l’homme, mais simplement en fait, abstraction. Il s’agit de penser un modèle de rapport de l’homme à la nature tel qu’il l’aménage tout en la ménageant, ce qui requiert que l’homme ne se considère pas comme dominateur de la nature, mais qu’il se remette à lui reconnaître une validité ontique propre. Ce déplacement du centre de gravité de la relation de l’homme à la nature n’exige rien moins que de revenir d’une considération de celle-ci comme environnement, c’est-à-dire comme nous environnant, à celle-ci comme nature, voire comme monde. Par la crise écologique, ce qui est engagé, ce n’est pas tant la nature, comme domaine particulier, que le monde, et donc l’homme lui-même. Il ne s’agit peut-être pas simplement de faire attention à la nature, mais de reconnaître l’autre qui nous constitue, l’altérité originaire fondant notre identité. De ce fait, se centrer sur la question de l’environnement, pour lequel il faudrait avoir un comportement moral ou « citoyen », est tout simplement se tromper de cible ; c’est notre être-au-monde lui-même qui est en question. Le fait que nous soyons hommes a en effet sans doute quelque chose à voir avec le fait que nous vivions sur terre, ainsi que l’avaient remarqué les médiévaux faisant dériver homo de humus, la terre. C’est alors en sauvant l’homme que l’on sauvera le monde.
Damien Bazin


Pour une étude détaillée, cf. Bazin (2006), Une introduction au principe responsabilité de Hans Jonas, Paris, Ellipses, coll. philo.



12.11.2006

De la valeur de la nature à une attitude éthique

Le soucis écologique tend à prendre de plus en plus d’ampleur ces derniers temps. Une lecture en terme d’éthique de la responsabilité peut être proposée pour clarifier les enjeux. Le philosophe Hans Jonas dont l’ouvrage Principe Responsabilité peut nous aider à y voir plus claire.

L’homme, constatant qu’il y a un monde autour de lui, se demande, à l’instar de Leibniz : « Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Cette interrogation oblige de considérer la valeur en tant que telle. Concernant la nature, fonder la valeur dans l’être signifie que l’on reconnaisse à la nature une effectivité faisant de cette valeur une partie de l’équipement de l’être selon Jonas. Jonas insiste sur le fait que la responsabilité intervient principalement dans un rapport ontologique inscrivant l’homme au même titre que les êtres vivants dans une dynamique d’habitation d’un lieu commun dont la vie est le lien unifiant. Il faut ici clairement distinguer le fait de penser aux générations futures et celui de faire attention à la nature. Pour Jonas en effet, les deux ne sont bien évidemment pas sur le même plan, car s’il faut préserver la nature, cela reste en tant qu’il faut sauver l’homme. En effet, la protection de la nature est subordonnée à la protection des intérêts humains. On ne doit pas nier la césure radicale qui existe entre les hommes et le reste des êtres, y compris vivants. C’est ainsi parce qu’il est impératif de penser au droit de l’avenir à être à venir qu’il convient de préserver le capital naturel que nous avons reçu en héritage. Aussi, l’attention à l’homme futur passe par la préoccupation environnementale.
Comment parvenir, collectivement à une attitude responsable ? Pour changer ainsi de paradigme déontique, la prise en compte de l’Autre ne pourra être effective que par le remplacement de l’impératif catégorique kantien : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle », par « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » ou « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie ». Jonas soumet à la responsabilité de l’homme le sort à venir de l’humanité.
 Or, en appeler ainsi à la responsabilité ne demande pas simplement d’avoir des moyens scientifiques et techniques, ni même de prôner des agissements moraux, mais bien plus profondément, d’avoir soi-même une attitude éthique : il faut soi-même avoir une nouvelle vision du monde...
Damien Bazin
Attention, cet article continue la semaine prochaine... deuxième partie : " Le cartésianisme, Autrui et la protection de la nature"

19.10.2006

De la Passion

medium_influence_passions.jpgMadame de Staël est connue ou reconnue comme l'une des grandes figures littéraires de la période dite préromantique, mais elle est moins connue comme philosophe. Cependant son oeuvre, dont l'importance fut largement reconnue par ses contemporains, ne cesse d'influencer les générations. Pourtant nous ne retenons de Madame de Staël qu'un portrait stéréotypé, alors qu'elle joua un rôle indéniable dans l'histoire en ces temps bouleversés. Cette édition de l'Influence des passions nous plonge au confluent de sa vie et de son oeuvre. Fille du célèbre banquier genévois Necker, dernier ministre de Louis XVI, Madame de Staël (dont la mère tint à Paris l'ultime salon littéraire du siècle) grandit en conversant avec les encyclopédistes, les célébrités littéraires, les représentants de l'aristocratie et de la politique. Elle épouse en 1786 le baron de Staël-Holstein (ambassadeur de Suède) mariage mal assorti qui ne cessera de la pousser vers un insaisissable bonheur. De nombreux amants jalonneront cette douloureuse vie dont Benjamin Constant, le plus longuement aimé, saura le mieux lui infliger la torture de l'impossible union. Le salon de Madame de Staël devint le centre de la vie parisienne et se politisa à mesure que les années décisives approchèrent. Toute sa vie, elle tenta de faire triompher la démocratie dont l'Angleterre offrait le modèle. Mais en août 1792 le groupe libéral dont elle est l'âme est vaincu, elle se réfugie en Suisse et retourne à la littérature. En 1796 paraît De l'Influence des passions sur le bonheur. Cet ouvrage est une étude pessimiste sur les souffrances qu'engendrent les passions. Le seul remède qui se dégage : l'étude. Car seule l'étude peut faire progresser la pensée. Il s'agit d'un livre brillant sur l'émergence du raisonnement, la formation de la pensée face au sentiment amoureux. Madame de Staël nous propose un remède à l'amour, bien plus puissant que celui évoqué jadis par Ovide. Un livre à conseiller aux adeptes absolus de Virginie Despentes !

Sonia Bressler

Madame de Staël, De l'influence des Passions, éd. Payot & Rivages

 

18.10.2006

Lire Descartes autrement

Est-il encore possible aujourd'hui de penser Descartes autrement ? A priori oui. Car René Descartes est à la fois le plus célèbre et le plus grand des philosophes français. Seulement, sa célébrité ne tient pas toujours à son génie mais bien souvent à une simplification désastreuse de sa doctrine. En réalité, nous montre Kim Sang Ong-Van-Cung, la philosophie de Descartes est d'une extraordinaire complexité, et sa richesse est telle qu'il nous est possible d'y découvrir la source de toute la pensée moderne. L'angle d'attaque est ici celui de la création. Penser philosophiquement cette notion, estime Kim Sang Ong-Van-Cung, c'est la traduire selon le registre des quatre causes. Certes mais cela n'a rien d'innovant, c'est juste une lecture précise de l'œuvre de Descartes. En effet, la première thèse (proprement métaphysique) de Descartes est celle de la création des vérités éternelles. Formulée, dès 1630, dans les lettres à Mersenne, maintenue, semblable à elle-même, jusqu'à la fin, elle ne figure pour autant dans aucun des exposés systématiques du cartésianisme. Les vérités éternelles, ce sont des évidences logiques, les structures mathématiques, les essences des choses et, aussi, les valeurs morales. Selon Descartes, Dieu est l'auteur "de l'essence comme de l'existence des créatures", il les a librement posées dans l'être. Ce qui est vrai est donc vrai parce que Dieu a voulu que cela soit vrai. Cette théorie est complétée par celle de la création continuée (nous la trouvons dans le Discours de la méthode, mais aussi dans les Méditations). Selon cette doctrine, il ne faut pas reporter l'acte créateur aux origines du monde. Toute substance finie n'est maintenue dans l'être que par un acte incessant de Dieu, qui la recrée à chaque instant. Et l'action par laquelle Dieu conserve le monde est "toute la même que celle par laquelle il l'a crée". La théorie de la création continuée peut, comme celle de la création des vérités éternelles, être considérée sous deux aspects - qui n'échappent pas à Kim Sang Ong-Van-Cung. En physique, elle sert à distinguer, du mouvement géométriquement défini, la force motrice, dont Descartes place l'origine en Dieu. Métaphysiquement, elle prive le monde de toute réalité véritable, de toute profondeur et de toute autonomie. Pour Descartes, est-il besoin de le rappeler, "la nature n'est pas une déesse". Elle est étalée, spatiale, sans initiative, sans force propre, sans consistance ontologique. Bref, il n'y a rien de neuf dans une façon de lire Descartes qui prendrait la création comme axe de lecture. Par contre l'originalité de Kim Sang Ong-Van-Cung tient davantage dans sa propre définition de la création : une ambivalence entre l'acte et le procès. Une lecture attentive de l'œuvre de Descartes qui nous montre aisément comment l'appel de la science cartésienne à la métaphysique s'opère. Par elle, nous prenons la mesure de la mise en place de la métaphysique à la racine de l'arbre du savoir. Dieu, en effet, y sera moins invoqué comme auteur du monde que comme fondement et garantie de notre connaissance. Un livre à lire avec toujours cette ambivalence de la philologie !
Sonia Bressler
Kim Sang Ong-Van-Cung, Descartes et l'ambivalence de la création, éd. Vrin, Coll. "Philologie et Mercure"

15.10.2006

La liberté en question

medium_supporter_liberte.jpgLa question de la liberté s'aborde selon trois niveaux. Le premier est celui du langage ordinaire. "Libre" est un adjectif qui caractérise certaines actions humaines présentant des faits remarquables : ce sont des actions intentionnelles ou faites dans une certaine intention, on les explique par des motifs (en donnant à ce mot le sens de "raison d'agir", non celui de "cause"). Le second niveau, où nous retrouvons un autre discours sur la liberté, est celui de la morale et de la politique. La liberté n'est plus seulement un caractère qui distingue certaines actions des autres actions dites non libres. Le mot de liberté désigne alors une tâche, une exigence, une valeur... quelque chose qui doit être et qui n'est pas encore. Réfléchir sur la liberté, c'est réfléchir sur les conditions de sa réalisation dans la vie humaine, dans l'histoire mais aussi sur le plan des institutions. Enfin le troisième niveau est celui de la philosophie (dite fondamentale) où le discours sur la liberté procède d'une question. Comment la réalité dans son ensemble doit-elle être constituée pour qu'il y ait dans son sein quelque chose comme la liberté ? Cette question repose sur une double articulation : - qu'est-ce que la réalité pour que l'homme y soit un agent, c'est-à-dire l'auteur de ses actes (tel que l'entend le premier niveau de discours) ? - qu'est-ce que la réalité pour que soit possible une entreprise morale et politique de libération (telle que l'a laissée entendre le second niveau de dsicours) ? A ce niveau, il s'agit de parler de l'essence ou de l'être même de la liberté. Il s'agit, en conséquence, de placer la liberté parmi les modes d'être. Chantal Thomas nous montre que ce dernier discours n'est pas indépendant des autres. Ceux-ci contiennent déjà des indications du mode de l'être libre. Comment supporter sa liberté ? est un index pointé vers l'apprentissage de notre liberté. Il s'agit alors de développer ces suggestions implicitement contenues dans tous les discours et de les rattacher à une problématique purement philosophique. Mais attention : il ne s'agit pas d'un mode d'emploi. C'est une invitation aux déplacements, à la curiosité, aux absences. C'est une belle manière d'habiter les marges (qui ont réussi à demeurer marges) mais aussi et surtout de célébrer la solitude !

Sonia Bressler

Chantal Thomas, Comment supporter sa liberté ? Ed. Payot & Rivages, Paris 2000

06.03.2006

Laïcité, état des lieux

À lire. Cet ouvrage va vite devenir une référence pour qui s’intéresse à l’un des piliers de notre République.

La Laïcité, de Sonia Bressler et David Simard. Éditions Bréal, collection « Thèmes et Débats ». 130 pages, 6,30 euros.

Dans le monde des débats et des idées, l’événement éditorial devait être honoré. Les éditions Bréal viennent de lancer une nouvelle collection intitulée « Thèmes et Débats », avec la sortie des trois premiers numéros, tous destinés à un large public. L’un d’eux arrive opportunément dans le paysage politique actuel : la Laïcité. Écrit par Sonia Bressler, docteur en philosophie, et David Simard, enseignant en philosophie à l’université Paris-XII (1), ce livre admirable de simplicité va vite devenir une référence pour tous ceux qui s’intéressent à l’un des piliers de notre République : la loi de 1905. Conçu comme un état des lieux de la notion de laïcité telle qu’elle apparaît aujourd’hui, l’ouvrage n’en est pas moins un récit historique irréprochable et incontournable pour se « repérer » dans le fourmillement singulier de notre histoire. Brassant par ailleurs, dans un chapitre instructif (« Le monde est-il laïque ? »), une espèce de « panorama » planétaire de la progression ou non de ces idées qui nous sont chères, les auteurs nous permettent une plongée tout autant géopolitique que religieuse pour comprendre les bouleversements actuels, liés, d’un côté à la propagation croissante de l’islam, de l’autre au « choc des civilisations » entrevu et assumé par l’administration de George W. Bush. À la question « Seules les religions menacent-elles la laïcité ? », on découvre avec plaisir que les lois du marché (de conception libérale), par exemple, sont autant de freins aux idéaux universels que bien des ayatollahs et autres intégristes fous de Dieu. Lecture obligatoire.

Jean de Leyzieu

(1) Respectivement rédactrice en chef et directeur de la revue Res Publica.

07.12.2005

Comprendre Kierkegaard

France Farago, comprendre Kierkegaard, éditions Armand Colin, coll. « cursus », 2005. 224 pages, 17.50€ (ISBN : 2-200-26815-7)

Voici une introduction bien pensée et accessible à un auteur pas si aisé. Comprendre Kierkegaard ne peut se faire que de façon pédagogique. France Farago nous propose une lecture de ses grands textes. Les grandes notions de temps, d’existence, de religion se trouvent éclairer. Autant de notions qui se dévoilent au fur et à mesure que nous prenions aussi conscience de l’incarnation de la philosophie de Kierkegaard dans son itinéraire personnel pathétique.
SB.

Toutes les notes