30.08.2005
La mémoire, de l'esprit aux molécules
Squire & Kandel, la mémoire, de l’esprit aux molécules, éd. Champs-Flammarion, trad. Par Béatrice Desgranges et Francis Eustache. 414 pages.
Comment expliquer le va et vient des souvenirs ? Comment se fait-il que je me souvienne de certains détails et pas de mon histoire entièrement ? L’amnésie partielle peut-elle s’expliquer ? Depuis quelques années, des progrès spectaculaires ont été établis dans différents domaines scientifiques, notamment les neurosciences. Ils ont permis de mettre en place une explication synthétique des fonctionnements de la mémoire.
Dans ce livre Larry R. Squire et Eric R. Kandel, nous proposent une synthèse unique sur les mécanismes de la mémoire humaine et animale à travers les découvertes permettant de décrire les différents systèmes de mémoire (mémoire déclarative ou non, épisodique, de travail, etc.) et le stockage mnésique.
Tous deux nous ouvrent la voie de la biologie moléculaire de la cognition. Ils conjuguent les apports des neurosciences, de la psychologie cognitive, de la biologie et de la génétique moléculaires. De là à décrypter le fonctionnement de la mémoire par l’analyse moléculaire, nous ne sommes pas loin.
Sonia Bressler
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01.08.2005
Neurosciences & Cognition
Jean Delacour (dir.), Collection "Neurosciences et cognition", éd. de Boeck Université
Voici une nouvelle collection qu'il nous faut saluer pour sa clarté et sa précision. Centrée sur les relations entre neurosciences et sciences cognitives, elle se consacre à l'étude scientifique de la conscience ainsi qu'aux relations entre neurobiologie et éthologie — sans pour autant oublier l'épistémologie des neurosciences. Les sciences cognitives ont pour objet la description, l'explication (ou, le cas échéant, la simulation) des principales dispositions et capacités de l'esprit humain : langage, raisonnement, perception, apprentissage et mémoire, coordination motrice, planification… Nées il y a une quarantaine d'années dans un contexte scientifique fortement marqué par la naissance de l'informatique et le développement des notions et des techniques de traitement formel de l'information, elles constituent actuellement un faisceau de programmes de recherche relevant de différentes disciplines, articulés autour de paradigmes, appuyés sur certains concepts-pivots et animés par un petit nombre d'idées-forces ou d'hypothèses fondamentales concernant la nature profonde de leur objet d'étude et la manière de la dévoiler. Cinq disciplines principales sont ainsi impliquées : la psychologie, la linguistique, la philosophie, l'intelligence artificielle et les neurosciences. Cependant, il règne une certaine confusion dans l'emploi de l'expression "sciences cognitives". Au sens le plus courant aujourd'hui (mais aussi le plus étroit), elles regroupent seulement les programmes de recherche qui, en psychologie, en linguistique, en philosophie (à laquelle est rattachée la logique) et éventuellement dans certaines sciences sociales, tentent de caractériser les aptitudes cognitives humaines (parfois même animales) au niveau dit fonctionnel, c'est-à-dire indépendamment de leur réalisation matérielle dans le système nerveux. En un sens, intermédiaire, nous leur rattachons les neurosciences, au lieu de les comprendre dans un rapport de complémentarité. L'objet des neurosciences étant de caractériser le système nerveux en tant que système physico-chimique, celui des sciences cognitives entendues en un sens qui inclut les neurosciences admet une caractérisation simple : la cognition dans sa réalisation biologique, ou encore "l'esprit/cerveau". Ce n'est qu'en leur acceptation la plus large que les sciences cognitives comprennent également l'intelligence artificielle, rassemblant ainsi la totalité des approches scientifiques de la cognition, dans ses réalisations tant biologiques qu'artificielles. Enfin, il arrive que nous regroupions les sciences cognitives au sens étroit et l'intelligence artificielle. Nous visons alors une caractérisation fonctionnelle de la cognition dans toutes ses manifestations. En introduisant un élément "doctrinal", nous pourrions dire qu'il s'agit ici de constituer une science des systèmes de traitement de l'information capables d'intelligence. A dire vrai, la seule dynamique des idées est loin de suffire pour expliquer le prodigieux développement des disciplines de la cognition depuis une trentaine d'années. En psychologie, les méthodes chronométriques se sont perfectionnées au point de rendre possible de fines analyses des processus. Ces dernières se fondent sur l'étude différentielle de temps de réaction très faibles. L'ouvrage intitulé Psychobiologie de M. R. Rosenzweig, A. L. Leiman et S. Marc Breedlove, nous ouvre le cadre spécifique de l'analyse comportementale (en gardant un œil sur ses méthodes). Il s'agit d'une présentation générale des relations entre phénomènes biologiques et comportement. L'un des intérêts de ce livre est de ne pas se limiter aux phénomènes neurobiologiques mais de faire une large place à l'endocrinologie. Son autre mérite est de s'ouvrir également à la biologie de l'évolution. En neuroanatomie et en cytologie, les marqueurs radioactifs, les micro-injections réversibles, les coupes ultrafines, les techniques d'imagerie non invasives procurent une représentation des structures cérébrales et de la connectivité neuronale d'une précision inégalable. En neurophysiologie, les nouveautés ne manquent pas. Il est désormais possible d'entrer au sein même de la boîte crânienne mais aussi de déterminer l'activité de neurones isolés, de les stimuler sélectivement. Il est ainsi possible de mettre en rapport les activités de neurones identifiés avec des comportements. De plus, la miniaturisation et les perfectionnements apportés à la transmission des signaux, à leur traitement en temps réel ont ouvert la possibilité d'étudier l'activité neuroélectrique de l'organisme intact, éveillé et en situation naturelle. Sur ces deux points, l'ouvrage L'Esprit en images de Michael I. Posner et Marcus E. Raichle met en évidence ce qui se passe dans notre cerveau lorsque nous accomplissons nos activités quotidiennes comme des activités mentales complexes. Par la présentation des plus récentes découvertes en neurosciences cognitives, nous découvrons ce champ d'investigations en même temps que les nouvelles techniques d'imagerie cérébrale fonctionnelle. En neurochimie, la biologie moléculaire a rendu possible l'exploration systématique des substances (neurotransmetteurs et neurohormones) engagées dans les processus cérébraux révélant la diversité des unes et la complexité des autres. La conception doublement simpliste du cerveau et du neurone s'en trouve donc bouleversée. L'ouvrage Neurosciences de Dale Purves, G.J. Augustine, D. Fitzpatrick, L. C. Katz, A-S. LaMantia et J. O. McNamara, présente un tel horizon de découvertes non seulement sur la neurochimie mais aussi sur les points évoqués auparavant. Anatomie, production et transmission des signaux nerveux, sensibilité, motricité, développement et plasticité, régulations comportementales et cognitives, tels sont les champs opératoires qui illustrent superbement ce livre sur la structure des fonctions du systèmes nerveux. Tous ces progrès, dont l'énumération ainsi faite est loin d'être exhaustive, figurent parmi les raisons de la solidité des sciences cognitives. Quels que soient leurs choix théoriques et/ou stratégiques dans l'avenir (proche comme lointain), il semble qu'elles aient atteint un point de non-retour. Il est peu vraisemblable qu'un infléchissement remette en cause les acquis comme le statut de ces sciences. Cependant, et c'est ce que nous montre le livre du professeur Jean Delacour — intitulé Une introduction aux neurosciences cognitives —, il n'en va pas de même de leurs rapports mutuels, de leur situation par rapport aux autres branches du savoir, de leur degré de formalisation. Les méthodes des neurosciences cognitives sont souvent complexes et leurs résultats difficiles à évaluer. Jean Delacour se propose alors de clarifier la délimitation de leur champ ainsi que leurs rapports avec les sciences humaines. Car c'est un fait, le statut problématique de ces recherches pose à la philosophie des questions épistémologiques et méthodologiques qui, sans forcément être nouvelles, n'en ont pas moins une acuité et une actualité particulières, notamment par l'intervention de la philosophie dans des travaux qui se veulent fortement appuyés sur l'enquête expérimentale et généralement justiciables d'une évaluation scientifique. C'est ce qui rend cette collection incontournable !
SB.
19:35 Publié dans Neurosciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Philosophie


