24.12.2008

Et voilà le travail !

babel.jpgBaby baby, baby babylooone ! Benjamin ou Adorno ? Ma mémoire fait défaut. L'un des deux, les deux sans doute, aurait vu en Babylone l'image tragique de la spécialisation du travail. Requise pour la réalisation du gratte-ciel, elle devient élément opacifiant de la communication.Vers Dieu, l'élan architectural des humains les mène à une deliquescence du langage commun. La langue explose en jargons de corps de métiers tenant ceux-ci en mutuelle incompréhension. Celle-ci génère colère, peur, destruction. Babylone en ruines. Tous efforts anéantis. Anomie Durkheimienne. Pur ennui chez moi qui goûte, depuis plus d'un an, au salariat en entreprise et ses jargons internes.
Un constat évident : plus un management vertical cantonne les employés dans une tâche, plus ils s'abrutissent. La répétition du même façonne au quotidien des automatismes aux dépens du développement du sens des responsabilités et de l'esprit d'initiative, deux qualités pourtant indispensables à la vie sociale comme au travail dans la plupart de ses formes actuelles. Le rendement stagnant autour de la mono-tâche, la mono réflexion ne se questionne pas sur les dysfonctionnements qu'elle produit. Paralysie du langage, fixation des normes par l'obligation de suivre les méthodes sans sourciller, laissent des esprits renoncer à leur sens critique et leur éventuelle proposition pour avoir la paix, celle de ne pas entrer en rapport de force. Quel effort en effet de réclamer de bons outils aux personnes qui si souvent en ont compris l'utilité sans avoir idée de leur usage ? Négocier ce qui fait sens. Dénoncer le temps perdu. Proposer une amélioration vers un gain de temps et vers une moindre pénibilité. Toutes ces propositions relèvent des décisionnaires. Et de leur point de vue découle un choix d'actions, des méthodes et des outils pour les réaliser sans tenir compte du point de vue en bout de chaîne. En bas on exécute. Cercle vicieux. Comme on est pas payé pour penser à la place des responsables, on se retient bien de leur donner des idées qu'il se réapproprieront sans reconnaissance aucune. Quels mufles! Tout ceci manque si cruellement d'élégance !
En haut, l'important est d'émettre un point de vue positif. Se convaincre pour devenir convaincant. L'exercice, bien qu'intéressant, relève difficilement le niveau des responsables qui clament à tout bout de champ qu'il n'y a pas de problème s'il n'y a pas de solutions. Paresse aidant, les réponses peinent à émerger. Les problèmes se transforment en obstacles rémanents. Les volontés s'usent. La charge mentale plafonne. La réflexion s'efface devant les procédures d'automatisation des tâches. Les points de vue se reposent sur des habitudes de pensée trop rarement mises à mal. Le vocabulaire s'étiole. Finalement tout le monde se parle mal tant par la forme que par le fond. En bas comme en haut. Et ce, malgré les volontés ci et là, quotidiennement frustrées par l'inertie des réflexes procéduriers. Chère hiérarchie, quoique tu dises, si tes subordonnés sont malheureux, bien que ce ne soit pas de ta volonté, c'est que tu ne t'assures pas assez d'être comprise. Et vous chers subordonnés, le silence est-il si confortable, qu'il faille s'asseoir sur tout désir d'être entendu ?

La Baronne de Baronnie

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medium_lagaffe_gaffophone.jpgLa petite note de Mr. Littré:
"Travail
Nature : s. m.
Prononciation : tra-vall, ll mouillées, et non travaye
Etymologie : Wallon, trava, travail de maréchal ; provenç. trabalh, trebalh, trebail, fatigue ; esp. trabajo, fatigue ; portug. trabalho, fatigue ; ital. travaglio, travail de maréchal et fatigue. Il est impossible de séparer travail des maréchaux et travail, peine, fatigue, pour la forme, ni même pour le sens ; car, de travail qui assujettit les animaux, on passe sans peine à travail, gêne, sens primordial (travail de labors, Job. 454). Travail se tire du prov. travar, entraver, du lat. trabs, poutre. Dans l'ancien français li travaus est au nominatif singulier, le travail, au régime."

10.12.2008

La Baronne mange sa gaufre

img_g1.jpgSi je n'habitais un quartier de rupins, j'aurais ignoré les préférées du général. Il fallait qu'elles le soient pour être aussi savoureuses. Le coquin avait le bec fin.

Le jeu des apparences d'abord: pour emballer, j'aimerais être aussi canon. Gaulée comme une boîte à musique. Hmm, petite gifle au passage en caisse. Mince, le prix à payer pour de si petites gaufres! Le déballage est tout surprise. Empaquetées dans du doré. Mon fantasme les faisait belges, fines, presque brunies. Les voilà tendre, à peine dorées, lilloises. Terriblement fraîches, elles sont moelleuses au toucher. Un matelas crémeux tient deux gaufrettes réunies entre elles. Une tenue légère sous la dent. Un fondant élégant. 

Et quelle vanille ! Si puissante, elle étonne tellement par sa longueur en bouche qu'on se surprend à en vérifier la composition. L'étonnement se transforme là, en pur enthousiasme; des ingrédients déconcertants de simplicité pour un produit vierge d'artifice.

Vanille193.jpgJ'insiste : aucun conservateur, aucun colorant, aucun. Pernicieusement ce sont des souvenirs gustatifs enfouis qui émergent, pour rappeler le goût des pâtisseries et biscuits à la vanille véritable. Et celle-là n'y va pas de main morte. Meert alors! Un verre de whisky bien tourbé accompagne sans masquer cette saveur obnubilante et je sombre dans un moment d'extase aux souvenirs de pots de crème à la vanille, de ces desserts que la grande distribution peine à proposer: ceux qu'on trouve dans les cuisines où il va de soi que les produits utilisés doivent tous être de qualité et traités avec attention. Il s'agit ici de farine, d'oeufs, de beurre, d'un tour de main, somme toute, très...enviable.

La Baronne de Baronnie

 

"Il y avait aussi dans cette île [des Plaisirs] de grands arbres d'où tombaient des gaufres que le vent emportait dans la bouche des voyageurs. [Fénelon, t. XIX, p. 38]" dixit le Littré