08.07.2009

Madama Butterfly... sous le ciel d'Alès

big_27855.jpgL'été cogne aux persiennes, histoire d'annoncer la saison des festivals. Ici où là, les mélomanes affluent, pour goûter à une multitude de caresses sonores. En juillet, à deux pas d'Alès, les amateurs pourront écouter ou découvrir l'opéra de Puccini, MADAMA BUTTERFLY. Un spectacle féerique... et ses fruits de la Passion, à déguster sans modération.

Depuis plusieurs années, Annie Corbier, auteur(e), comédienne et directrice artistique de Ellipse production, se bat en pays d'Alès pour monter, réaliser, mettre en scène des spectacles, hors des petits cénacles parisiens. Pour elle, la décentralisation culturelle n'est pas une utopie. Elle s'y frotte, jour après jour... avec courage et talent.

A propos de la mise en scène de Madama Butterfly, Annie Corbier écrit : "Emouvoir. L'acte théâtral idéalement suivi par Puccini... La tension dramatique est portée à son comble dans ce leitmotiv de la musique qui est l'attente insupportable de Butterfly. Parce que l'on sait que Pinkerton ne reviendra pas. Ce n'est pas le Japon contre l'Amérique, c'est la passion contre le désir éphémère". Pour la création de cet opéra, Annie Corbier a choisi de s'entourer à nouveau, de jeunes talents et d'artistes professionnels venus des quatre coins de la planète. Un choix universel donc, au service de la voix humaine et des mélodies romantiques de Puccini.


Complainte des rouge-gorges...

Un décorum japonisant, et des salves d'émotions, pour dire toute la détresse d'une jeune geisha prise au piège de ses sentiments.
Cio-Cio-San est une femme-papillon; amoureuse jusqu'au bout des ailes, son coeur bat la chamade devant Pinkerton, un bel officier américain. Il l'aimera un peu, beaucoup, passionnément...le temps d'une valse, d'un mariage-parodie et d'un coucher de soleil sur Nagasaki. L'homme a des promesses plein sa vareuse, et la trahison au front. Il lui fait un enfant et retourne en Amérique.
S'écouleront des mois, des années d'attente... jusqu'au retour du mari-fantôme. Loin des yeux, loin du coeur! Son officier a construit un autre nid, il s'est marié pour de bon à une autre femme. Désespérée, Cio-Cio-San abandonne son enfant et, "Con onore muore" acte III, se donne la mort à la japonaise.

Cette histoire, tirée d'une nouvelle de John Luther Long, deviendra sous la plume du dramaturge David Belasco (1853-1931) une pièce de théâtre. En 1900, lors d'un voyage à Londres, Giacomo Puccini (1858-1924) assiste à une représentation de Madame Butterfly et tombe sous le charme. En 1901, Puccini obtient les droits de la pièce et ses librettistes Luigi Illica et Giuseppe Giacosa se mettent rapidement au travail. Représentée en février 1904, à la Scala de Milan, l'oeuvre est fraîchement accueillie. Au fil du temps, les conventions s'estompent... l'ouvrage du compositeur traverse enfin les frontières et Madama Butterfly devient un succès.

Ophélie Grevet ⓒ


DISTRIBUTION

L'opéra de Puccini MADAMA BUTTERFLY est présenté à Saint-Martin-de-Valgagues (sortie d'Alès) par une compagnie professionnelle. De jeunes artistes et des artistes confirmés collaborent à la création de cet opéra.

Direction Artistique et mise en scène Annie CORBIER, scénographie Djinn Bain. Au piano Marie ARNAUD.

Avec Tomomi ISHIGAMI, John RAWNSLEY, Gosha KOWALINSKA, Laurent CABANEL, Christophe CAUL, Fabrice NEMO, Franz DONDERS, Wendy PINCHON, Constant d'Orphée BATAL, Solenn BONIL ... Orchestre 1er violon, Githa BOODT, hautbois: Jacques BERRINI. Arrangements musicaux Andrew PEGGIE, assisté de Tomas ALIX.

Scénographie Djinn BAIN, costumes Laurence MAGNANELLI.


Madama butterfly du 07/07/2009 au 11/07/2009
De 21:00 à 23:00
Indice de prix: 10 > 15 €

Espace Le Fare Alais
Saint-Martin-de-Valgagues (sortie d'Alès)M


RESERVATIONS:

Entrées : 15 € réductions pour groupes...voir ELLIPSE
Permanences Office de Tourisme d'Alès à partir du 15/06 lundi 14-17h et vendredi 10h-12h.


Renseignements par mail ici ! Ou par téléphone au 09 60 36 24 25

Office municipal de la culture- tel: 04 66 56 78 53

06.03.2009

Cinéma du réel

Du 5 au 17 mars 2009 au Centre Pompidou, MK2 Beaubourg, Hôtel de Ville...

Nouvelle édition du passionnant festival consacré au documentaire sous toutes ses formes, et nouvelle équipe : le Cinéma du Réel se doit de nous réserver son lot de belles surprises. Décryptage d’un programme foisonnant qui nous propose d’explorer une nouvelle géographie documentaire, en attendant une rencontre avec nouveau directeur artistique, Javier Packer-Comyn.

31eme édition de ce rendez-vous incontournable pour les curieux du genre documentaire, le festival Cinéma du Réel ouvre ses portes le 5 mars. Lieu de découvertes et de rencontres avec des cinéastes, nouveaux venus ou anciens, mais aussi fenêtre ouverte sur un indispensable état du monde/état des lieux, le Cinéma du Réel s’est forgé une place à part dans les nombreuses manifestations parisiennes. Deux compétitions, nationale et internationale, élargies cette année, offrent un panorama incomparable de la production récente. Nous en rendrons compte régulièrement dans le blog cinéma.

Mais ce qui fait la spécificité du Réel, c’est ce travail passionnant de programmation thématique, traditionnellement dans un axe géographique, mais qui explore cette année des frontières nouvelles. A commencer par « News From », une manière inédite pour un grand festival de rester en contact, ou plutôt en dialogue, avec des cinéastes incontournables : Harun Farocki, Denis Gheerbrant, Herz Frank, Raya Martin, Jonas Mekas parmi d’autres livrent ici leur dernier travaux, work in progress ou œuvres finies, sorte de cadeau fait aux spectateurs du Réel.

Le travail du défunt québécois Pierre Perrault, peu connu en France, sera mis en avant pour un hommage, tandis que Denis Gheerbrant, qui filme Marseille depuis des années, se livrera à un atelier. Dialogues, rencontres avec les cinéastes sont ainsi un des atout majeur du Réel, qui en offre de très nombreux. Quasiment tous les films de la compétition sont ainsi suivis de débats.

Autre point fort, une programmation Mille Lieux / mille lieues, qui propose de suivre certains cinéastes dans leurs voyages, dans tous les sens du terme. Idée un peu fourre-tout, mais très évocatrice, qui permet de retrouver des documents rares sur Pier Paolo Pasolini au travail, le monteur Yann Dedet, Robert Frank, Robert Kramer, Ken Loach, Chris Marker ou encore Chantal Ackerman, en plein questionnement sur le mouvement et la mémoire.

Enfin, une magnifique programmation orchestrée de main de maître par Nicole Brenez, Exploring Documentary – désobéissance technique, pratiques libres – proposera un panorama subjectif et poil à gratter des cinéastes qui explorent le documentaire à leur manière, en contre-courant des pratiques majoritaires. Utilisation de caméras de contrôle, jeu sur les types d’enregistrement du réel, déformation, reformation, mise à l’épreuve du spectateur, ces films du collectif Etant Donnés, d’Alain Declercq, de Robert Fenz, Peter Hutton ou encore Jérôme Schlomoff, « expérimentaux » dans leur démarche, marquent un chemin possible du documentaire parmi les plus passionnants.

Tout le programme sur le site du festival

Illus.1 : La Chine est encore loin, Malek Bensmail - Algérie (compétition internationale)
Illus.2 : Obama Song, Dominique Dubosc - France (Panorama français)

Laurence Reymond

23.03.2008

Le choc Breillat

83a45a9cfdd6596cef906771537e17d3.jpgAprès la projection de 36 fillette, mardi 18 mars, nous avons eu l’honneur d’interviewer Catherine Breillat, réalisatrice de ce film qui retrace l’initiation sexuelle d’une jeune fille de 14 ans avec un homme d’une quarantaine d’années à Biarritz.

Sarah Boudena : Pourquoi 36 fillette ? Et pourquoi n'y a t-il pas de s ?
Catherine Breillat : Oui pourquoi il n’y a pas de s ! Ce n’est pas une faute d'orthographe ! Je l'avais vu sur une étiquette. Il y avait aussi du 48 ou autre. C'était la taille du prêt-à-porter, des pulls et autres choses. Et comme à 14 ans, on porte des robes, j'ai pensé à ça.


Kévin Cattan : 36 fillette possède-t-il un caractère autobiographique ?
C.B. : Je pense que tout auteur se révèle dans son oeuvre, y compris quand il veut se cacher, donc il y a une évidence. C'est évidemment détourné. Moi, je n’ai jamais été dans des campings. Par contre, j'adore Biarritz. J'ai été à Biarritz quand j'étais petite et puis bon, effectivement, c'est un côté stupide. A 14 ans, on se dit "je veux aller dans une boîte de nuit, je perd ma vie" et de croire que notre vie ne tient qu’en une heure, une nuit ou une journée.

675f40921c3ff9594f15389118253e59.jpgK.C. : En tant que réalisatrice, quel est le véritable message que vous avez voulu faire passer ?
C.B. : D'abord, je n'emploie jamais le terme réalisatrice. Moi je fais du cinéma pour pouvoir être metteur en scène, ce qui n'a rien à voir. Je suis architecte. Le film, je le planifie sur le scénario et je le construis sur l'image. Je ne veux pas faire passer de message. Le message, il passe, ça passe. Mais ce n'est pas "je veux dire ça".

S.B. : Quelles difficultés avez-vous rencontrées sur le tournage, notamment pour diriger les acteurs ?
C.B. : Les acteurs n'avaient pas peur. C'était moi qui avait peur. J'avais toujours peur qu'ils ne veuillent pas, qu'ils ne puissent pas, qu'ils abandonnent mais heureusement, ça ne m'est jamais arrivé.

1589641378bd56cfa2a6dd798e57cb6a.jpgS.B. : Avez-vous rencontré des problèmes liés à la censure ?
C.B. : Non. Je fais des films et j'ai des choses à dire. Elles sont dites et du coup, je ne tombe jamais dans la censure. Par contre, dans des pays européens comme la Norvège, ils ont voulu interdire mon film Romance. Encore faut-il que les journalistes ne soient pas conformistes. On peut interdir un film aux enfants, ça je suis d'accord, mais on ne peut pas l'interdire aux adultes. Beaucoup de gens sont déçus, ceux qui veulent voir un film cochon sont déçus. Je ne fais pas des films qui font ‘bander’ les gens, je fais des films qui font ‘bander’ le cerveau, qui donnent à réfléchir.

K.C. : Quel sentiment avez-vous envers votre statut de réalisatrice controversée ?
C.B. : Je préfère ça qu'autre chose. Je préfère réveiller les gens plutôt qu'ils se couchent. J'aime bien quand les gens sortent du film et sont contents. J'aime montrer mes films parce que j'ai besoin de les montrer. J'ai besoin de montrer ce que moi je pense. Si vous aimez ce film, il vous marquera. Si ce n'est pas le cas, il ne vous marquera pas.
Propos recueillis par Sarah Boudena, Kévin Cattan & Natacha Dauvergne


22.03.2008

Martine Delpon : Insoumise

2947c6007719110d0b5070f3308b5ec5.jpgLucie : En quoi consiste votre travail au sein du Festival ?
Martine Delpon :
Ca va faire 20 ans en 2009 que j’ai été embauchée sur le Festival International de Films de Femmes. Depuis une dizaine d’années, j’ai mis en place une activité un peu particulière dans les quartiers de Créteil, une activité d’animation qui est l’éducation à l’image, un travail avec les femmes de Créteil pour les amener à voir une séance de cinéma par mois avec un débat, des films de femmes mais pas forcément.
J’ai également développé des ateliers d’initiation de stage vidéo. C’est une initiation à l’image où, pendant huit jours, elles apprennent à se servir de la caméra et à faire un film : on a fait des petits films de stage puis ça s’est transformé en « vidéo 1 minute ».

9b4c258ddc838e9b8b887748dd810c65.jpgGaëlle : Qu’est ce que « les vidéos 1 minute » ?
M.D. :
Pendant le stage, toutes les femmes font une vidéo 1 minute sur le même thème puis celles qui ont voulu continuer après les stages à avoir une activité en vidéo sont devenues les vidéos femmes de Créteil. En plus, elles ont développé avec moi une partie de théâtre. Depuis deux ans, elles ont monté deux projets : le premier sur l’amour qui s’appelait « Moi c’est Juliette, Roméo parti » et le second c’est « Le cabaret des insoumises »  que vous allez voir dimanche.
Pour en revenir aux vidéos, chaque année, les vidéos 1 minute ont un thème différent : cette année c’est « les insoumises». Elles ont donc toutes travaillé sur ce sujet et c’est pour ça qu’après on a réfléchi et j’ai eu envie de mettre en place le cabaret qui s’appelle lui aussi « les insoumises ». L’année prochaine, le thème sur lequel nous allons travailler sera « les péchés ».

Elisa : Pouvez vous nous parler du « Cabaret des insoumises » ?
M.D. :
Le cabaret des insoumises, c’est un projet que j’avais en tête depuis très longtemps : tous les ans, on peut faire un ou deux cabarets avec une thématique différente. Elles sont maintenant seize femmes des quartiers de Créteil de toutes origines qui sont non-professionnelles bien sûr et qui ont travaillé dans des ateliers théâtre et danse.
 Dans le Cabaret des insoumises, il y a de la chorégraphie comme dans tous les cabarets :  des petits numéros de 2-3 minutes. En théâtre, elles ont appris à improviser ce qu’était leur propre insoumission et elles l’ont mise en scène. Chacune d’entre elles a une expression personnelle sur sa propre insoumission ce qui donne un ensemble assez étonnant d’ailleurs : des paroles très vraies, très fortes de ces femmes qui osent dire leur insoumission alors qu’elles n’y auraient pas forcément pensé auparavant. Ca devient donc un projet très puissant. Le spectacle dure 50 minutes avec du chant, de la danse orientale, des poèmes…
Le cabaret, j’ai eu envie de le faire tourner en France et si possible dans des villes partenaires avec lesquelles on pourrait travailler et qui nous accueilleraient. Il est aussi question d’en faire une activité permanente et qu’il y ait au moins chaque année un ou deux cabarets crées et diffusés sur Créteil.

09786a9369c5b7a8603f446317f1aadb.jpgLucie: Pouvez vous nous expliquer ce qu’est le réseau des films de femmes ?
M.D. :
J’ai essayé de dynamiser un réseau en France : à Nantes, Montreuil, Boissy-Saint-Léger. Il y a trois groupes qui fonctionnent déjà de la même façon. Et puis maintenant, il y a le groupe partenaire de Turin : les femmes d’almateatro chez qui on est allé jouer « moi c’est Juliette, Roméo parti ». C’est comme ça qu’on les a connues, ce sont des femmes immigrées qui font du théâtre. Et elles vont venir à Créteil : elles arrivent aujourd’hui. Il y a également des femmes qui viennent de Mataró, une ville jumelée avec Créteil et qui ont aussi fait des vidéos.
Le réseau… Il est déjà informel c'est-à-dire que chaque année, vous avez énormément d’organisatrices d’autres festivals de films de femmes qui viennent à Créteil. Cette année, on a voulu formaliser d’avantage : on va faire une véritable réunion,pour réfléchir ensemble  à ce que l’on fait chacune d’entre nous que ça soit en Italie, en Suède, en France et en Espagne. On réfléchira également sur les projets qu’on pourrait mettre en commun : les vidéos 1 minute justement qui sont parties de Barcelone au départ. C’est leur projet à elles : moi je l’ai continué à ma façon. Ce projet-là par exemple pourrait devenir un programme qui tourne si chacune d’entre elles produit des vidéos 1 minute.
Il y a une réunion demain à 11 heures. Après, on présente les vidéos 1 minutes puis il y a un débat public de présentation du réseau et on va essayer d’élaborer ensemble des actions communes que l’on pourrait mettre en place au cours de l’année.

Interview réalisée par Lucie Bellenger, Gaëlle Delarbre et Elisa Sabban

Demain à 15h30, retrouvez le Cabaret des Insoumises, à la Maison des Arts de Créteil, Place Salavador Allende, 94000 Créteil 

En savoir plus sur les "insoumises" et les Vidéo Femmes, rendez-vous là ! 

21.03.2008

Lise Bonenfant : 30 ans d’aventures !

Nous interviewons Lise BONENFANT, doyenne des réalisatrices québécoises, qui, pour ce 30ème Festival International de Films de Femmes, nous présente son dernier documentaire, L’errance invisible, dans lequel elle va à la rencontre de femmes en difficulté.

Marie : Pouvez-vous nous parler de votre dernier long-métrage, L’errance invisible ?
Lise Bonenfant : L’errance invisible a pour objet l’itinérance de femmes au Québec. Après avoir filmé une manifestation pour aider les femmes itinérantes, j’ai appris que « la grande marelle » est une résidence pour ces femmes-là. J’ai donc décidé de ne pas traiter dans mon documentaire de la résidence en elle-même mais de me concentrer sur les femmes vivant dans cette résidence. Le plus drôle dans tout ça, c’est que je ne connaissais pas du tout ces femmes. J’ai appris à les connaître tout au long du tournage. Il est vrai qu’au début, j’étais assez désorganisée puisque ces femmes le sont beaucoup, mais j’ai su nouer des liens avec elles et je suis finalement devenue très complice.

Axelle : Pourquoi avoir choisi de traiter ce sujet par l’intermédiaire du documentaire ?
L.B. : (hésitante) Parce que j’aime ça. Vous savez, quand je commence à travailler sur un documentaire, je pars en me disant : « J’ai quelque chose à découvrir, je n’ai jamais de projets précis ». Tout au long de ma carrière, j’ai appris énormément surtout avec ce dernier film qui m’a permis d’entrer dans la peau de ces femmes. J’ai appris que ces femmes sont des survivantes, des écorchées, des marginales, et c’est surtout cela qui m’a attiré parce qu’au fond de moi j’en suis une.

Lucie : Qu’est ce que ça vous fait de participer aux trente ans du FIFF ?

L-B : Ce qui est surprenant, c’est qu’en parallèle du trentième anniversaire du Festival, c’est également le trentième anniversaire de ma carrière. J’en ai donc profité pour entreprendre une rétrospective de mon travail en collaboration avec Carole Roussopoulos, une cinéaste française qui a le même cheminement que moi puisque nous avons une manière commune d’aborder le documentaire. Nous avons donc, avec Carole, décidé de faire une rétrospective croisée de nos différents projets.

Interview réalisée par Marie Micheli, Axelle Roux, Lucie Bellenger

Franck Monnet : un musicien cinéphile

527a928f069fac81359d6a7f519256b3.jpgFranck Monnet est cette année le seul musicien du Grand Jury. Avec six autres personnalités, il est chargé de remettre le Prix du meilleur long métrage fiction. Nous avons trouvé intéressant d’échanger quelques mots avec lui afin de découvrir son regard sur le Festival…

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir membre du Jury cette année? Franck Monnet : On m’a contacté pour être membre du Jury, ce qui m’a fait grand plaisir, car j’aime le cinéma et débattre sur les films me semble être une expérience enrichissante.

Vous avez déjà collaboré dans le milieu de la musique avec de nombreuses femmes (Emily Loizeau, Vanessa Paradis), que pensez-vous de la condition de la femme dans le milieu artistique?
Franck Monnet : Comparé à certains pays, je pense que la position de la femme en France n’est pas mauvaise, mais il faut bien sûr continuer ce combat grâce notamment à des festivals comme celui-ci. Par ailleurs, dans le milieu artistique français les femmes réussissent de plus en plus à imposer leur style.

Quel rapport entretenez-vous avec le cinéma?
Franck Monnet : J’ai déjà réalisé des musiques pour des téléfilms et courts-métrages, j’ai également composé des chansons pour des actrices. Personnellement j’ai un regard ouvert sur le cinéma même si j’avoue une préférence pour les films expérimentaux. Pour moi, le cinéma est un art complexe qui attise ma curiosité.

Que pensez-vous de la place de la musique dans le cinéma ? 
Franck Monnet : À mon avis, la musique tient une place primordiale dans un film. Récemment, j’ai vu le film There will be blood auquel la musique apporte un côté transcendant. De plus, selon moi, certains classiques tel que West Side Story ne pourraient pas exister sans leur bande originale. Je pense qu’une bonne musique peut sauver un film…
Interview réalisée par Charlotte Benhamou, Julie Vettese, Marie Vettese

20.03.2008

Safi Faye : en beauté !

d5f2f70090cbfbb7c56f19bf10833e93.jpgSafi Faye est née en 1943 près de Dakar (Sénégal). Ce n’est qu’après avoir eu son diplôme d’enseignante qu’elle se voit proposer en 1966 un rôle dans le film de Jean Rouch Petit à petit. Elle part étudier à Paris le cinéma et l’ethnographie à la Sorbonne. Lorsqu ’elle réalise son premier court métrage La passante en 1972, elle devient la première réalisatrice africaine. En 1975, elle tourne son premier long métrage Lettre paysanne qui traite des difficultés économiques au Sénégal. Son deuxième long métrage Fad’jal tourné en 1979 a pour sujet l’opposition entre tradition et modernité. Elle a également travaillé pour des programmes internationaux de télévision, notamment Goob Na Nu en 1979 et Souls In The Sun en 1981.

Le film, inspiré d’une légende traditionnelle, nous dépeint l’histoire de Mossane, une belle jeune femme de 14 ans – Mossane signifie beauté en langue Serere - vivant dans un village sénégalais. Malgré le fait qu’elle soit amoureuse d’un jeune étudiant, Fara, sa famille préfère la marier au riche Diogoye, ce qu’elle n’accepte pas. Elle finira par se rebeller contre sa famille.

Safi Faye mêle ici deux points de vue.  D’une part la fiction et de l’autre l’ethnologie. Mossane est un film dédié à la femme africaine, à son courage, à son désir d’émancipation. Accueilli en sélection officielle au Festival de Cannes en 1996 pour sa première mondiale, Mossane est l’un des films le plus universel et sensuel qui soit.
Après la rétrospective que le Festival International de Films de Femmes lui a consacré en 1998, Safi Faye nous a fait le plaisir, hier soir, de revenir à Créteil pour la projection de Mossane, son premier long métrage de fiction, sorti en 1997.
Elena Astete, Manon Ave & Sarah Boudena

Ronit Elkabetz : le charme israélien

c90772ab9739e7f75b579f36e65444dd.jpg Issue d'une famille juive d'origine marocaine, Ronit Elkabetz voit le jour en 1966, à Bersheva, en Israël. Elle débute par des études dans le stylisme. Elle auditionne - une fois ses obligations militaires terminées - pour le film The Intended réalisé par Daniel Waxman. C’est dans ce premier rôle au cinéma que son charme et son charisme s’imposent. Elle apparaît par la suite dans Eddie King de Giddi Dar en 1992, dans Sh'Chur de Shmuel Hasfari en 1995 - elle obtient un prix, celui de Meilleure Actrice en 1994 aux Israeli Academy Awards. La même année, elle co-écrit avec le réalisateur Haim Bouzaglo le film La Cicatrice et y interprète le rôle principal.

191e5b649b9488587991793e96ceb4d1.jpgEn 1997, Ronit Elkabetz décide de quitter Israël pour vivre à Paris. Elle ne connaît pas un mot de français. Elle rejoint le Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine. Durant un an, elle fait le ménage dans le théâtre et passe plusieurs auditions. Elle décide de monter un "one woman show", mis en scène par l'israélien Emmanuel Pinto. C'est au cours de l'été 1998 qu'elle le présente au Festival d'Avignon. Elle obtient beaucoup de critiques élogieuses puis joue son spectacle dans un théâtre du XXe arrondissement. Ahmed Bouchaala et sa femme Zakia assistent à la dernière représentation et engagent Ronit dans leur film Origine Contrôlée, sorti dans les salles françaises en début 2001. Ronit Elkabetz retourne en Israël afin d'y tourner la comédie dramatique Mariage Tardif (Hatouna Mehuheret) sous la direction de Dover Kosashvili. Pour ce rôle, elle remporte plusieurs récompenses dont le Prix de la meilleure actrice aux Israeli Academy Awards en 2001 ainsi que le prix du Critics’ Choice aux États-Unis en 2003.

4abd7874e8f2d3ef99e5bce06a0b2f5c.jpgS'inspirant de la vie de ses parents, Ronit propose à son frère cadet Shlomi Elkabetz d'écrire le film Prendre Femme (Ve'Lakhta Lehe Isha). 2002 et 2003 sont pour elle des années à succès : elle interprète un second rôle dans le film d'Amos Gitaï, Alila et rejoint le casting de Mon Trésor de Keren Yedaya, qui remporte la Caméra d'Or au Festival de Cannes en 2004.

Elle passe derrière la caméra pour Prendre Femme avec son frère Shlomi et y joue Vivianne, une femme juive hésitant entre ses obligations familiales son bonheur personnel. Pour ce film, deux figures du cinéma français la rejoignent, Simon Abkarian et Gilbert Melki. En 2007, on a pu la voir dans La Visite de la fanfare (Bikur Ha-Tizmoret), un film israélien réalisé par Eran Kolirin. Aujourd'hui, Ronit Elkabetz vit entre Tel-Aviv et Paris et prépare son nouveau film, Shiva (7 Jours), le deuxième volet d’une trilogie consacrée à Vivane, le personnage qu’elle interprète déjà dans Prendre femme. Ronit Elkabetz est devenue l'une des cinq actrices israéliennes les plus populaires. C'est à l'occasion de la section rétrospective des 30 ans du Festival International de Films de Femmes que Ronit et Shlomi Elkabetz viennent présenter leur film Prendre Femme.
Kévin Cattan

Les Antilles à l’honneur

15652c81416c4787b0e00a8884fc1b7c.jpgEuzhan Palcy voit le jour le 13 janvier 1958 en Martinique. Dès l’enfance, elle développe un sens artistique, elle se passionne notamment pour le cinéma. Elle regarde des films de Fritz Lang, Hitchcock, Billy Wilder ou encore Orson Welles. Euzhan Palcy réalisera son premier téléfilm, La messagère, en 1975, alors qu’elle n’a que 17 ans. Elle s’envole alors pour Paris, poussée par son père qui l’encourage dans son amour pour le cinéma. À Paris, Euzhan Palcy s’inscrit à la Sorbonne où elle décroche une maîtrise de théâtre et de littérature ainsi qu’un diplôme d’art et d’archéologie. Elle étudie également à L’Ecole Louis Lumière et se spécialise en tant que directrice de la photographie.

C’est en 1982 qu’Euzhan Palcy adapte Rue Cases Nègres au cinéma ce qui lui a permis de porter à l’écran la voix des noirs, ce qu’elle rêvait de faire depuis la première lecture du livre de Joseph Zobel. A cette occasion, elle rencontre François Truffaut qui se passionne pour le projet de la jeune réalisatrice. Il devient alors son parrain dans le 7° art, il l’aide et la soutient, facilitant ainsi les relations d’Euzhan avec les producteurs. Le succès de Rues Cases Nègres est immédiat, il émeut le public qui découvre la Martinique et l’existence miséreuse des familles noires attachées aux plantations de canne à sucre. Le long métrage remporte 17 prix internationaux, notamment en France et aux États-Unis. Cette réussite la met en confiance pour poursuivre sa voie de cinéaste.

f12785487be5bcf3b6342b02ed3bb11a.jpgElle adapte alors une autre oeuvre marquante : Une saison blanche et sèche, le roman de l’écrivain sud-africain André Brink qui raconte son pays déchiré par l’apartheid et le racisme. Grâce au succès de Rues Cases Nègres, les portes d’Hollywood s’ouvrent à Euzhan Palcy. Le scénario de son nouveau projet parvient aux mains de Marlon Brando qui se propose immédiatement pour le rôle de Ian Mckenzie. Susan Sarandon et Donald Sutherland font aussi partie de la distribution. Plusieurs mois de travail intenses lient les acteurs à la réalisatrice car le film dénonce la ségrégation alors même que Nelson Mandela est encore emprisonné dans les geôles sud-africaines. Le film est encore un énorme succès. Euzhan décide ensuite de rentrer en France et de se replonger dans la réalité de la vie martiniquaise. Elle revient sur le devant de la scène en 1992 en réalisant Simeon : « un conte fantastique et musical antillais entre la vie et la mort dans lequel le fantôme d’un musicien, poète et séducteur célèbre, est le captif d’une jeune fille dont il ne peut se délivrer qu’en accomplissant une bonne action », explique la réalisatrice. Euzhan Palcy désire aussi rendre un hommage à Aimé Césaire, celui qu’elle considère comme son parrain martiniquais. En 1994, elle lui consacre une série de trois films documentaires, « Aimé Césaire, une voix pour l’histoire », et passe plusieurs mois à saisir son quotidien pour immortaliser son message.

c3faf75d9c6cda788bb8f96e9bd4f468.jpgUne fois ressourcée, la réalisatrice reprend son travail aux États-Unis. En janvier 1999, la télévision américaine diffuse le film Ruby Bridges, une fresque historique qu’elle réalise et produit sur une enfant de cinq ans qui se bat pour supprimer les barrières de la discrimination raciale dans les années soixante. Immédiatement après ce film, elle travaille pendant trois ans sur ce qui aurait été le « premier dessin animé noir produit par un studio américain » et dont l’action se déroule en Afrique de l’Ouest 2000 ans avant J.-C. Mais au moment de finaliser son projet, le producteur ( la Fox ) perd son studio d’animation et met un terme à la réalisation en cours. Peu importe, Euzhan Palcy a des dizaines d’idées et encore plus d’envies. En 2001, elle réalise The Killing Yard, un drame inédit sur la mutinerie de la prison d’Attica, qui a eu lieu 30 ans auparavant dans l’État de New York.

De plus, au cours de l’année 2005, Euzhan Palcy réalise un documentaire, Parcours de Dissidents, qui répare les oublis de l’histoire en donnant la parole aux Antillais de la Seconde Guerre Mondiale qui combattirent aux côtés du Géneral Charles de Gaulle. Euzhan Palcy réalise un film émouvant et authentique qui rappelle aux jeunes générations le sacrifice des anciens pour la liberté de tous.

Euzhan Palcy est faite chevalier de l’ordre national du Mérite en 1994 et reçoit la Légion d'honneur en 2004. Aujourd’hui, même si sa carrière semble plus connue et appréciée des Américains que des Français, la cinéaste est l’une des personnalités incontournables du 7e art, ce dont elle avait tant rêvé enfant.
Natacha Dauvergne

 

18.03.2008

Josiane Balasko : parcours d’une comédienne exceptionnelle

476861a00d83431d00d6146f2ea2d7d5.jpgJosiane Balasko, de son vrai nom Balaskovic, est née le 15 avril 1950 à Paris. Après la mort de son père lors de son adolescence, elle est élevée par deux femmes :  sa mère et sa grand-mère.

Avant de se lancer dans sa carrière de comédienne, elle suit des cours de dessin. En effet, elle a toujours voulu faire une carrière artistique. Elle assiste à des cours de théâtre sans jamais vraiment y participer : un jour, on l’entraîne à monter sur les planches. C’est là qu’elle se rend compte qu'elle est destinée à jouer la comédie. Elle se décide à suivre des cours de théâtre : c’est donc par hasard qu’elle se retrouve comédienne. Simultanément, Balasko monte elle-même ses propres pièces. Accompagnée de ses amis, elle écrit les textes, s’occupe de la mise en scène, des costumes, des décors…
8ac2e3a04014f8c4a7e81704698fa691.jpgElle est sollicitée pour remplacer Valérie Mairesse – partie suivre une carrière au cinéma – au sein de la troupe du Splendid (principalement composée de Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Martin Lamotte, Dominique Lavanant et Thierry Lhermitte). Après une apparition au cinéma, elle obtient son premier vrai rôle en 1978 dans un film de Jean-Marie Poiré Les Petits Câlins.
Possédant une image revendiquée "d’anti sex-symbol", elle s'attire rapidement une notoriété, notamment avec le passage au cinéma de la troupe du Splendid qui s’illustre dans de nombreux succès : Les Bronzés (1978), Les Bronzés font du ski (1979) ainsi que Le Père Noël est une ordure (1982) adapté de leur propre pièce saluée par le public ou encore Papy fait de la Résistance (1983).

Après le succès de tous ces films, elle en enchaîne de nombreux autres, principalement des comédies où elle incarne des femmes de caractère. Les médias la comparent souvent à "un Coluche féminin". Cette dernière a su faire évoluer ses rôles tout en interprétant une panoplie de personnages extravagants qu’elle se plaît à incarner car cela s’oppose à sa personnalité.

Josiane Balasko se lance dans la réalisation et sort son premier film Sac de Nœuds en 1985 (pour son Autoportrait, le film a été projeté samedi 15 mars à 21h en sa présence). Elle enchaîne deux ans plus tard avec une seconde satire sociale. Il s’agit du film Les Keufs, où elle dirige Isaach de Bankolé, Ticky Holgado, Jean-Pierre Léaud ou encore Florent Pagny. Mais Josiane Balasko connaîtra un succès encore plus grand avec Gazon Maudit (1995) qu’elle écrit avec Jacques Audiard. Le thème alors tabou de l’homosexualité féminine y est traité avec humour. 35b913cca5f5da6a544359054aaeb54f.jpgLe film remporte un franc succès et obtient même le César du Meilleur Scénario.
Personnalité politiquement engagée, Josiane Balasko est également écrivaine. Elle a publié plusieurs romans dont Un Grand cri d'amour qu'elle réalisera elle-même au cinéma en 1998 ou encore Cliente (là encore, Josiane Balasko réalise) dont on verra l'adaptation à l'écran cet automne. Bien qu'elle aime écrire des romans et des scénarios pour elle-même, Josiane Balasko a également écrit des scénarios pour Michel Blanc (Grosse Fatigue en 1994), pour Jean-Marie Poiré (Les Hommes préfèrent les grosses en 1981) ou encore pour Jean-Loup Hubert (L'Année prochaine... si tout va bien en 1981).
On a pu la voir récemment dans Les Bronzés 3, Amis pour la vie, sorti en février 2006 et dans L'Auberge Rouge et dans La Clef (tous deux sortis en décembre 2007). L’année 2008 sera chargée pour Josiane Balasko puisqu'on la verra dans pas moins de trois films, dont un qu'elle réalise.

Josiane Balasko sera présente en temps qu’invitée d’honneur au Festival International de Films de Femmes. A travers son Autoportrait, les spectateurs auront l’occasion de revenir sur certains aspects de sa filmographie : sa première réalisation, son premier grand rôle et bien d’autres films encore. C’est une chance et un honneur pour le Festival de recevoir une personnalité féminine qui continue de marquer le cinéma français.

Kévin Cattan & Vincent Lallier

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