29.01.2008

La Revanche du clitoris

703ca58918245304d4cfcc2c81e69947.jpgNous le savons, ou nous le vivons toutes de façon plus ou moins dramatique, mais le clitoris est le grand oublié de nos pratiques sexuelles. La faute à qui ? à quoi ? Maïa Mazaurette (une des pionnières et sex-experte de la blogosphère) et Damien Mascret (médecin-sexologue et journaliste) ont décidé de se pencher sur la question. Il était temps, ils soulèvent un tas d’idées reçues. Convoquant la psychanalyse, les études scientifiques, la presse féminine et tout un tas d’autres choses, ils arrivent à faire le tri de nos habitudes. Loin de baisser les bras, ils convoquent les féministes et les films pornographiques, ils montrent comment malgré certains élans, nous restons excisés culturellement. Avec pédagogie et non sans humour, ils nous proposent des jeux et des chemins de traverse (ou non) pour repartir à la découverte du corps féminin. Le clitoris qui a fait tant couleur d’encre prend ainsi sa revanche… Et elle ne fait que commencer !

Léa Renoir

Maïa Mazaurette & Damien Mascret, La Revanche du clitoris, éd. La Musardine, coll. « L’attrape-corps », 2008, 134 pages. 12 euros


15.01.2008

De Beauvoir - Sartre les suites du match...

d4bc87646aaabdf5accdb85f3cfba416.jpg Nous vous l'avions signalé, Florence Montreynaud et les Chiennes de garde, ont manifesté, ce vendredi, devant la rédaction du "Nouvel Observateur". Et elles ont été reçues !!! Et devenez quoi ? Elles ont montré la "Une de la Nouvelle Observatrice"... Oui mais rien n'y fait... le dialogue de sourd à continuer. Car nous le savons, il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

 

Pour comprendre, et découvrir, ce qui s'est passé. Rendez-vous en ligne en cliquant là ! 

 

17a1da1bd44eb68f17d7bfd3910dff99.jpgFlorence Montreynaud vous livre les coulisses d'un combat... À lire absolument, pour voir comment nous sommes conditionnés. Chère Simone De Beauvoir, sans dout, avons nous oublié que "Choisir la vie, c'est toujours choisir l'avenir. Sans cet élan qui nous porte en avant nous ne serions rien de plus qu'une moisissure à la surface de la terre." Allons le Nouvel Obs, réveillez-vous !  
 
Léa Renoir 
 

09.03.2007

Contre les violences faites aux femmes

medium_inconnu.jpg Communiqué de presse - 7 mars 2007

Procès en diffamation contre les six femmes qui ont dénoncé les agressions sexuelles d’un universitaire
 
Six enseignantes, chercheuses féministes et présidente d’une association de lutte contre les violences faites aux femmes : Mesdames Michèle Ferrand, Dominique Fougeyrollas, Nicky Lefeuvre, Catherine Le Magueresse, Marie-Victoire Louis, Françoise Picq sont renvoyées devant le Tribunal correctionnel de Toulouse, mercredi 14 mars 2007 à 14 heures.
 
Le 29 novembre 2004, C. Le Magueresse (Présidente de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT), juriste) et M-V Louis (ex-présidente de l’AVFT et chercheuse au CNRS) saisissaient Remy Pech, le président de l’université de Toulouse le Mirail en ces termes :
 
« Le 22 novembre, nous apprenions par un texte publié sur EFL (Liste de diffusion des Etudes Féministes de l'équipe Simone Sagesse, Toulouse), que Daniel Welzer-Lang était en première position pour être nommé professeur de sociologie (fléché "genre") par une commission universitaire qui se réunit mardi 30 novembre.(…)
De nombreuses personnes et institutions savent que l'essentiel est tu, caché, nié.
À plusieurs reprises, D. Welzer-Lang a été accusé d'avoir agressé sexuellement des étudiantes sous sa responsabilité pédagogique et/ou alors qu'il était leur employeur dans le cadre de l'association "Les Traboules". Il a également été mis en cause pour des pratiques déontologiquement inacceptables.
Les personnes victimes de Daniel Welzer-Lang ne veulent pas porter plainte de crainte, légitime, de représailles. L'une d'entre elles a exprimé sa peur en disant : "il est partout, dans toutes les commissions, il reçoit des financements Daphné pour les projets de recherche, j'ai l'impression de m'attaquer à un empire".
Nous respectons leur décision, elle n'enlève rien à la réalité des agissements que ces personnes ont toutefois dénoncée  auprès de fonctionnaires de l'université de Toulouse.
Nous avons rencontré - ensemble ou séparées - certaines de ces femmes.
Nous ne pouvons donc légalement, politiquement et moralement rester silencieuses et participer à la perpétuation de cette impunité qui peut mettre en danger d'autres étudiantes.
Nous taire serait cautionner ces violences et mépriser celles qui ont eu le courage de les dévoiler. (…) »
 
En dépit de cette lettre, l’université présente la candidature de D. Welzer-Lang au poste de professeur à M. Fillon, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Confrontées à cette décision, C. Le Magueresse et M-VLouis saisissent M. Fillon par une lettre en date du 1er décembre 2004 :
« (…) Compte tenu de la gravité des faits, et fortes des réactions que nous avons reçues depuis lors, nous vous demandons de ne pas entériner cette nomination. Et de prendre les mesures qui s'imposent eu égard aux faits dénoncés.(…) »
 
Ces deux lettres ne reçoivent aucune réponse et D. Welzer-Lang est nommé professeur le 1er février 2005.
 
Dans un communiqué du 8 décembre 2004, publié sur la même liste, celui-ci écrit :
« Objet d'une campagne de diabolisation sans précédent sur cette liste de diffusion, je ne pouvais pas demeurer plus longtemps silencieux.
Je regrette que le débat se soit déplacé du fond (un poste études de genre : sa définition, la nature des études genre elles-mêmes) vers le terrain de la calomnie pure et simple. Je reviendrai vers vous plus longuement sur ce sujet dans les semaines à venir. Dans l'immédiat, je tiens à rappeler que ma désignation est d'abord et avant tout le résultat de mes productions scientifiques sur le genre et les rapports sociaux de sexe, ce que nul-le ne peut contester.
Du reste, je m'étonne que de nouvelles accusations odieuses aient été portées à mon encontre la veille de la session du Conseil d'Administration appelé à statuer sur ma nomination comme professeur, accusation répétées ensuite au Ministre pour qu'il n'entérine pas cette nomination.
Je ne peux y voir que des manoeuvres d'intimidation au sujet desquelles j'ai donné pour instructions à mon avocat d'engager toute action utile».

En mai 2005, l’Association Nationale des Etudes Féministes (ANEF) publie dans son bulletin (n°46), le texte intitulé : «Chantage et abus de pouvoir dans les universités».
Les auteures écrivent notamment :
 « Fin novembre 2004, comme des dizaines d'autres centres et réseaux d'études féministes en France et à l'étranger, l'ANEF a dénoncé auprès de la Présidence de l'Université de Toulouse-Le Mirail l'attribution du poste de professeur de sociologie fléché « Rapports sociaux de sexe - Travail, genre et sociétés » à Daniel Welzer-Lang, titulaire d'un poste de maître de conférences dans cette université depuis 1995. (…)
Dans le milieu des études féministes, la dénonciation collective de la promotion de Daniel Welzer-Lang en raison de « désaccords déontologiques » a pu apparaître comme un euphémisme puisque plusieurs témoignages, écrits et oraux, font état de situations de harcèlement sexuel, de harcèlement moral, d'abus d'autorité et d'atteinte à la dignité des personnes de la part de cet enseignant-chercheur sur des étudiant-e-s et des salarié-e-s sur des contrats de recherche menés sous sa direction, tant à l'université que dans le cadre de l'association « Les Traboules ». (…)»
(…) Quand plusieurs étudiantes et doctorantes, sur le long terme, de manière récurrente, allèguent de façon concordante de sollicitations sexuelles directes de leur directeur, assorties de promesses d'encadrement de leurs travaux universitaires, de recrutement sur des contrats de recherche, voire de valorisation des travaux par des publications conjointes, il existe un risque inacceptable de manipulation et d'abus de pouvoir ». (…) 
II est nécessaire et urgent que soit brisé le silence".
 
Le 28 janvier 2005, Daniel Welzer-Lang dépose une plainte pour diffamation auprès du juge d’instruction du TGI de Toulouse à l’encontre de Catherine Le Magueresse et de Marie-Victoire Louis, puis le 1er juillet 2005 à l’encontre des responsables de l’ANEF. Michelle Ferrand, Dominique Fougeyrollas, Nicky Lefeuvre, Françoise Picq sont alors, elles aussi, poursuivies.
 
Ainsi, celles qui, en tant que féministes, chercheuses-enseignantes, militantes, citoyennes, ont dévoilé publiquement les violences sexuelles - comme il était de leur devoir de le faire - sont poursuivies au lieu et place de l’auteur des agressions sexuelles.
Celles qui ont saisi les autorités compétentes universitaires et ministérielles - qui n’ont procédé à aucune enquête - sont renvoyées devant le Tribunal.
 
L’enjeu de ce procès est de savoir si les victimes de violences sexuelles et/ou les personnes qui ont connaissance de ces violences peuvent ou non les dénoncer.
L’enjeu est de poser la responsabilité des institutions au sein desquelles ces violences ont eu lieu et qui auraient du agir.
 
Pour exprimer votre solidarité à l’égard des prévenues :
Tribunal correctionnel de Toulouse (2 allées Jules Guesde), 3 ème Chambre à 14 heures.
 
Contact : Catherine Le Magueresse, présidente de l’AVFT : 06 81 37 84 17.

 

 

02.08.2005

Deux sexes ?

Antoinette Fouque, Il y a deux sexes, Essais de féminologie 1989-1995, éd. Gallimard, 22€

Recueil des articles d’Antoinette Fouque revu et augmenté. C’est une mine, une découverte de l’évolution de la place des femmes dans la société, du féminisme. Mais attention nous rappelle son auteur. Reprendre autant de théories, c’est ne jamais cesser de lancer un défi permanent au rapport entre les deux sexes. Nous ne devons pas oublier que notre environnement est composé des deux sexes. Il nous faut ainsi abolir l’ordre symbolique, tyrannique, hégémonique. C’est aussi vaincre l’addiction spéculaire de Narcisse, s’évader des dogmes et des illusions.

Antoinette Fouque veut provoquer notre pensée. Nous faire sortir du Tout-marchandise, du Tout-profit. Aux femmes qui ont suivi le sillage de leur liberté, à vivre leur nouvelle condition historique, elle livre un itinéraire singulier dans une modernité tardive.

SB.

Appeler...

Florence Montreynaud, Appeler une chatte..., éd. Calmann-Levy, 18€

A coup sûr, voici l’essai le plus intéressant à mettre entre toutes les mains (quelle que soit notre génération). Nous parlons tous de sexe et particulièrement du sexe des femmes. De notre rapport à l’origine du monde de Courbet. Mais comment en parlons-nous ? Quels sont nos mots ? Florence Montreynaud nous enseigne l’art, le voccabulaire. Elle nous révèle tout ce que cache la langue. Mots attrapés au vol, mots lus à la dérobée dans les livres interdits d’autrefois, mots étudiés dans les dictionnaires, mots prononcés dans l’intimité.

Elle nous conduit, à travers les mots de la rue, les mots médicaux (en russe, en espagnol, en français, etc.). Cet un essai particulier qui mêle habilement témoignage personnel et analyse. Tout l’art du sexe, de la sexualité expliqué en ce jardin du sexe, un livre à faire partager !

SB.

01.08.2005

Art & Féminisme

Peggy Phelan et Helena Reckitt, Art et féminisme, éd. Phaidon, Juin 2005. 304 pages. 49,95€

Les éditions Phaidon, nous offre un des grands plaisirs celui d’interroger l’art par le biais du féminisme. Partant des années soixante, Peggy Phelan et Helena Reckitt suggèrent qu’il existe un rapport entre l’exigence d’une politique et les recherches ou créations artistiques des femmes.
Entre regards attentifs posés sur les œuvres et analyse historique du développement du mouvement féministes, les auteurs nous plongent au cœur d’une analyse de l’image.
L’art et le féminisme s’enchevêtrent, s’entre influencent.
Avant les années soixante-dix. Les auteurs titrent le chapitre « excessif ». Excessive la tendance à cacher la place des femmes dans les années soixante. Elles étaient présentent et influençaient par leurs créations, les happenings, etc., la politique et déjà interrogeaient la différence sexuelle. Comment ne pas penser à ce magnifique tableau d’Alice Neel Maria enceinte (1964) ? Maria étendue dans son lit, nudité, calme, les spectateurs ne sont pas habitués à une telle représentation du corps de la femme.  Ou encore à Niki de Saint-Phale et son tir à volonté ? Très vite, et de tous temps, les femmes se jouent des codes et de la représentation. Mais cette résurgence dans les années soixante marque un tournant.
Désormais il faut « personnaliser la politique ». Louise Bourgeois en exemple avec la destruction du père. Il faut déconstruire ce monde, cette domination infernale. Martha Rosler aussi se joue des codes sociaux, elle hurle dans sa sémiotique de la cuisine.
Les années quatre-vingt marque les « différences ». Comme fin ou comme début d’autres choses, les différences se font jour. L’émergence de la psychanalyse dans le quotidien marque de son sceau la création. Les truismes de Jenny Holzer. Les premiers travaux de Sophie Calle expriment aussi cette différence essentielle marquée d’incompréhension. S’en suit nécessairement une « crise d’identité ». Où sont les femmes ? Qui sont-elles ? Quels corps ont-elles ? Quelles possessions en ont-elles ? Lorna Simpson et son Dos exprime tant d’interrogations. Ou la vidéo de Mona Hatoum Mesures de distance. « La référence au corps » montre comment dans les années 1990, le corps prend encore plus d’importance. Nous pouvons jouer avec lui. Il est désormais la propriété des femmes, elles le possèdent, elles peuvent le transformer. Mais le corps n’est pas le mien individuel, il est collectif. C’est une architecture, une dimension autre. Orlan, Alex Bag, etc. nous en font la démonstration.
Le livre se clôt. Mais doit-il se clore ? Sur les « femmes du siècle ». Nombreuses sont les artistes qui se sont fait l’écho d’une réflexion sur la fin de ce millénaire. La mort incessante, les images et leurs détournements de plus en plus omniprésentes. Coco Fusco et son « Better Yet When Dead » ou Shirin Neshat et son Sans paroles. Nous montre que des siècles d’oppression ne s’achèvent pas aussi simplement. L’oppression est toujours là moins frontale, plus pernicieuse. Les luttes sont encore à faire, les révolutions à gagner. Et ce somptueux « livre-monument » en est la pierre de touche. Une inspiration à la beauté, à la création, une oxygénation réaliste, une lucidité implacable. Un chef d’œuvre.
SB.