14.10.2009

Et si on critiquait la Crise ?

2008-03-20t120136z_01_nootr_rtridsp_2_ofrbs-banque-crise-analyste-20080320.jpgIl n’y a pas si longtemps, pour qu’on ne se repose pas sur quelques moments calmes, j’avais esquissé que la tempête pouvait être suivie d’un ouragan, que le calme apparent du moment n’annonçait rien d’un calme futur et que le monde, et surtout les pays occidentaux, feraient bien de tendre l’oreille pour écouter la rumeur.

Personne ne tient à ce que la crise demeure en l’état, personne de désire se morfondre dans une déréliction morose et personne ne souhaite des lendemains qui feront hurler. Il est d’ailleurs heureux de relever que les contempteurs des sociétés modernes se découvrent ici en minorité et que les appels à la croisade inversée tombent à plat.

Pour le moment…pour le moment.

Car, il n’y a pas si longtemps, avant que la crise ne ravage le monde, « Crise Economique» n’était qu’un concept de pure théorie économique, venu du fin fonds des âges, un rebut de l’histoire ou peut-être thème de méditation sur la fin de l’histoire. Les vraies crises, les crises qui portaient sens, pour l’homme, la société, le monde, étaient des crises politiques. Il n’était de crises que de Berlin, de Baie des Cochons, du Vietnam, et du monde soviétique. Penser la crise, ce n’était pas penser aux histoires de gros sous, aux banquiers qui se balancent par les fenêtres (espèce maintenant disparue) et aux traders déboussolés.

Et voilà que, sans prévenir, la crise a pris la couleur de l’économie, revêtant les oripeaux un peu défraichis d’évènements vieux de 80 ans. Pendant plus de quatre mois, ce ne furent qu’économies qui tombent de la falaise, paniques dans les chaumières et queues devant les guichets de banque. Le calme serait aujourd’hui de retour. Le moment critique, « le climax » de la crise serait derrière nous. Parce que l’attitude des hommes politiques et financiers durant ces moments intenses, pendant cette crise et ses déferlements ont été bien pensés au moment les plus critiques ? La sagesse du monde l’ayant emporté, la crise serait circonscrite, réduite, et, enfin, sur le point d’être anéantie.

Et si à cet instant la crise n’était plus qu’un gargouillis d’évier enfin débouché.

La crise ! La crise ! La crise ! Tous les matins, tous les soirs et à midi pendant le déjeuner, sujet de toutes les conversations, de tous les débats et de toutes les bonnes idées. La crise, enfin qui fait vendre du papier journal, du papier-livre. La crise qui permet d’emplir de plus de sens les antennes et les télévisions. La crise qui permet à nous tous qui avons des idées de les dévider sans grand risque puisque, dit-on, le pire est passé.

Ecoutez les radios et le ton soulagé des commentateurs, le pire est passé. Tendez l’oreille pour entendre les mots qui se déploient comme les oriflammes d’une jeune armée, fringante et redevenue confiante. Le pire de la crise est passé….

On parlait il y a encore quelques temps de signes, de frémissements…. L’eau dans la casserole va bientôt bouillir, le temps de la cuisine va reprendre, et les livres des bonnes recettes vont se rouvrir. Ecoutez la bourse qui est passé de la résistance….  « Le CAC s’est bien défendu, la ligne de 3000 a été sauvegardée » à l’attaque, «  et maintenant, nous sommes à l’assaut des 3600… ». Regardez les chiffres de l’emploi : on détruit moins de postes, le chômage a moins progressé. Et même l’inflation qui fait une timide apparition ! Chère inflation ! Délicieuse inflation, douce annonciatrice des tensions entre offre et demande ! Chère énonciatrice des goulets ou goulots d’étranglement dans les processus industriels. Signe parmi les signes, le pétrole qui avait cessé de flamber, qui était déraisonnablement devenu raisonnable, (pas assez ce n’est pas assez !), a pris lui aussi la mesure de l’événement et entamé un retour vers les hauts. Un petit doublement pour commencer, un coup pour voir ! Pour voir quoi ? Mais la fin de la crise, stupide !

colette_t-shirt-la-crise-femme-459x345.jpgEt si, on était en fait revenu, aux valeurs vraies et peut-être aux valeurs justes ?

On ne sera pas ici excessif. Car la prudence règne ! Cette crise a apporté avec elle beaucoup de malheurs, mais elle a aussi apporté beaucoup de sagesse. Toutes les crises, ont tendance à fabriquer de l’humilité et de la modestie en grande quantité. Alors on évite de tirer des plans sur la comète, on relativise les frémissements et on dit qu’il faut « savoir raison garder ». Ils nous disent bien tous, qu’aujourd’hui, maintenant, il semblerait bien que les indicateurs se tiennent dans une bonne tendance. La crise, est…serait…peut-être…en toute franchise…et beaucoup de transparence…car il ne faut sous-estimer…ni d’ailleurs surestimer ….

C’est que vous le savez bien, lire dans les chiffres, c’est quand même plus sérieux que lire dans le marc de café. D’ailleurs c’est une mauvaise expression que cette « lecture des chiffres ». Çà fait aruspices penchés sur des viscères de volailles. On ne devrait jamais lire les chiffres, ni les traduire non plus. A pratiquer ainsi on prend le risque de sauter des pages, de changer des mots, des sens. Au contraire, l’humilité retrouvée nous dit d’écouter les chiffres et les faits. Elle nous intime de nous laisser guider par la réalité vraie et non pas les souhaits obscurs ou les désirs inaccomplis dont nous prétendions badigeonner le futur. La crise, même Bernanke, même Trichet et Gordon Brown le disent haut et fort, nous aura poussés à retrouver l’authenticité, la mesure et l’universel.

Et si, sortir de la crise c’était rester au fond du puits ?

Les chiffres parlent, la croissance française est redevenue positive, les chiffres le disent, le sentiment des industriels anglais sur les mois à venir s’est amélioré, les données sont là, aux Etats Unis les achats de biens immobiliers ont cessé de se dégrader…..tout va bien donc ?

Au fait, pour revenir sur quelques éléments simples, laissons parler les pourcentages : combien de croissance faut-il pour effacer 50% de décroissance ? Simple ! Il faut 100%. Combien de temps a-t-il fallu pour que le taux de chômage en France décroisse de 50%. Simple, comme bonjour ! Il suffit de laisser parler les chiffres : il aura fallu dix ans, pour que venant de quasiment 13% à son maximum, il tangente le 7% dans son plus bas 2008. Et combien de temps aura-t-il fallu pour que la crise le repropulse vers un taux « double digit ». À peine six mois !

Oui, les économies du monde ont stoppé leur dégringolade. On dira, méchamment, que dans toute chute, il y a un moment où ayant atteint le fonds, on ne peut pas aller plus loin. En économie, dégringoler ce n’est pas revenir à zéro et une décroissance rencontre naturellement son point limite. Même pendant la deuxième guerre mondiale qui n’a pas été une époque fabuleuse pour l’économie française, il se passait quand même quelque chose, des gens consommaient, d’autres produisaient…il est vrai qu’en 1945, le niveau du PNB français devait être approximativement aussi élevé qu’en 1900 ! Il est vrai aussi que cela ne veut pas dire « rien ».

Oui, la chute des économies s’est arrêtée…mais cela veut-il dire que la Crise est finie ? Rien du tout ! Ou alors on confond les notions, on fait des amalgames abusifs. La crise économique, peut être comprise sous deux angles : La crise est l’expression d’un moment critique ou bien la crise, est cette situation qui fait que les économies qui en ont été touchées se retrouvent 10 ans en arrière.

Ce n’est pas la même chose : si nous optons pour la première interprétation. Nous sommes tout au fond du puits, nous ne pouvons pas descendre plus bas, même des signaux nous montrent que la remontée est imaginable dans des délais assez brefs. Alors, nous sommes sortis de crise, ce n’est qu’une question de mois. Et les indices boursiers devraient nous montrer très vite le cheminement de la prospérité.

Si nous optons pour la seconde : nous sommes retournés, 5, 10 ans en arrière, l’étiage que nous avons atteint, au fond du puits est si bas, que la remontée va être très difficile, au surplus, pendant que nous remonterons le monde aura changé. Donc, comme il est déraisonnable de penser que tout va redevenir comme avant, comme ne sachant pas où se trouve précisément le nouvel équilibre, ni de quoi il est fait, alors, nous ne sommes pas du tout sortis de la crise !

article_lait2.jpgEt si le pire, le vrai de la crise avait été de ne rien voir venir, de ne rien prévoir ?

Chercher à savoir ce qu’on entend par « crise » ne relève pas de la querelle byzantine ou du désir malsain de couper les cheveux en quatre. C’est une question de fond. Cela concerne directement la vision qu’on a des choses. Quelqu’un a dit qu’on ne voit jamais que ce que l’on vous donne à voir. Selon qu’on donnera à voir de la crise « moment » ou de la crise  « situation », le jugement sur la crise sera diamétralement opposé.

Pour revenir au moment où la crise éclate et se répand, que peut-on en dire, si ce n’ est que personne ne l’avait « vue » au sens de « vision ». Le monde économique manquait de Tiresias ou de Calchas et se contentait de vivre au gré de l’évènement. Il n’avait que des Greenspan, ou des « djiordjgedeubeuleyoubouche » qui prétendaient savoir lire les chiffres et ne savaient pas les écouter.

La crise en tant qu’événement critique, catastrophique, a été effectivement vécue, phénomène d’une rare violence, tsunami, décrochage de plaque tectonique, dévissage de cordée. Et comme le tsunami, une fois que la crise est passée, elle est passée. Il ne se passe plus rien, on ramasse les décombres et on se dit que c’est fini, et qu’il faut tout nettoyer pour tout redevienne comme avant !!!!

La « vision » est donc que l’après doit ressembler à l’avant, sans qu’on sache trop bien pourquoi, si n’est que c’est rassurant et commode. SI on s’obstine à ne voir que l’accident météorologique la « vision du visionnaire », celle de Tiresias, qui se projette et appréhende la réalité de demain, manquera encore.

Alors la vraie crise sera à nouveau parmi nous.

Nous avons roulé dans les débris de la falaise.

Et certains ont pensé que c’était çà la crise. Et ceux qui ont survécu, se sont relevés et ont recommencé à grimper pour revenir au point de départ, ceux-là ont le sentiment que la crise et finie et qu’ils accomplissent la sortie de crise.

Ayant roulé en bas de la falaise, d’autres ont constaté que la vie ne serait plus comme avant, la falaise effondrée, le paysage est changé, les raisons d’être très haut ne sont plus valides. La crise, c’est ce changement, et tant que ce changement n’aura pas été totalement assumé, tant qu’une nouvelle voie au travers des débris de la falaise n’aura pas été définie, tant que la carte d’un cheminement vers une autre falaise ou une autre plage n’aura pas été dessinée, nous ne pourrons pas dire que nous sommes sortis de la crise.

Pascal Ordonneau

23.07.2009

Et si….. Les petits pays n’avaient plus d’avenir

lettonie4.jpgLa Lettonie perd chaque jour des milliers de jeunes et se plaint du pillage de ses étudiants. Angleterre, Danemark, Suède et Norvège y vont faire leurs emplettes. Trop petite pour les ambitieux ?

A défaut de rente pétrolière ou de compétences industrielles à exploiter, l’Islande avait choisi le Poker de la financiarisation et de la richesse qui se crée sur du vent. Pourquoi les Islandais seraient-ils restés à l’écart ? Les progrès considérables dans les communications, le rôle grandissant d’internet, l’abolition des frontières financières et monétaires, la libre circulation des capitaux enfin, permettaient de rêver d’une bonne pioche. Plusieurs Etats confettis avaient montré le chemin de « l’industrie » de la finance, le Luxembourg, le Liechtenstein, les Iles Vierges…

La stratégie de l’Islande était bancale. Les Etats qu’elle avait pris pour modèle vivaient dans l’ombre ou sous l’ombrelle des grands. Il y a beau temps que les Luxembourgeois ne revendiquent aucune Université ! Ils avaient même renoncé à toute monnaie aux temps anciens où l’euro n’existait pas.

A l’ombre des grands ?

On voudrait oublier que l’Islande s’est inventée indépendante en 1945 se libérant de la tutelle Danoise! On voudrait qu’elle oublie l’indépendance jalouse du Non à l’Europe ! Et du Non, à l’Euro ! L’Islande n’est-elle pas depuis toujours un Oui, au grand large ! Sentinelle solitaire face aux glaces dérivant du pôle.

med-Visoterra-saarileska---finlande---laponie-4427.jpgEt si, l'indépendance de l'Islande toute seulle, ne tenait quà son éloignement ?

La sentinelle solitaire, indépendante et autonome à l’écart des courants de circulation aériens et maritimes, tout là-haut dans le nord si, serait-elle capable de rester splendide et farouchement seule, si elle était transportée, d’un bout de la planète à l’autre, si on la plantait au débouché des grands passages maritimes, la mer de chine, la mer rouge ?

Ne serait-elle pas mise à l’épreuve des nouveaux pouvoirs qui quadrillent le globe ajoutant aux anciens jeux de politique internationale, leurs combats pour la domination du monde ou la victoire de telle ou telle ethnie, religion, faction ?

Il n’y aurait donc dans ces conditions plus beaucoup de différences entre l’Islande et le Puntland ?

La comparaison entre des pays aussi différents est une absurdité ? Comparer des bandes armées de pirates à des banquiers dument enregistrés à la City et formés dans les grandes écoles de la finance Anglo-saxonne ? Un pays sillonné par les violences ethniques et religieuses est-il comparable à un pays dont l’homogénéité de la population et la solidité de valeurs si anciennement partagées garantissent l’unité ?

Pourtant, les bandes de pillards de Somalie qui détournent une partie du trafic maritime considérable passant à portée de leurs côtes ne sont-ils pas les frères rustiques des banquiers d’Islande qui espéraient grappiller les flux monétaires et financiers passant à portée de leurs ordinateurs? Sans ressources naturelles que faire d’autre sinon pécher ? Et pêcher n’est ce pas se faire le prédateur de la nature ? Prélever sur les bancs de poissons, prélever sur les bancs de bateaux, prélevé sur le banc des changeurs de monnaie pour ne pas rester à coté de la richesse du monde. Laseule différence entre le Puntland et l’Islande, entre la violence déchaînée des bandes de pillards et le calme public de citoyens pécheurs de baleine, tiendrait donc dans leurs positions géographiques?

independence2.jpgEt si l'indépendance est un leurre, pourquoi la rechercher ?

Etre proche de toutes les influences, de tous les marchés et de tous les échanges par la géographie et les réseaux de communication c’est être soumis à toutes sortes de forces et de volontés de pouvoir antagonistes au risque du démantèlement de la société et de l’Etat.

Forces centrifuges d’une part, qui font de l’espace public, géographique et institutionnel un lieu d’accaparement et de violences, forces centripètes, d’autre part, qui balancent les premières, en accroissant sociabilité, esprit de collectivité et discipline du dissentiment ne s’équilibrent pas naturellement. Quand cet équilibre vient à manquer les conséquences sont connues : les fonctions étatiques sont détournées, vendues, mises à l’encan et démantelées par les clans, les tribus, les chefs religieux et les bandes de pillards.

L’indépendance ou la recherche d’une simple autonomie d’entités à faible envergure ne serait donc qu’une entreprise hasardeuse à moins d’être aidée par la géographie?

Pourquoi, tant de vigueur dans la recherche de l’indépendance de la Corse, par exemple ? Tant il est clair que jamais, la Corse ne disposera des moyens d’une véritable indépendance politique ou même d’une simple autonomie économique et technologique.

Que penser aussi de cette incroyable quête d’une indépendance complète menée par les Inuits du Groenland ? Par respect humain on ne parlera pas de ces micro-états du Pacifique, et moins encore l’un d’entre eux, de Nauru, 20km2 et désastre économique et financier.Quel intérêt y-a-t-il à rechercher une indépendance quand même les ingrédients de l’autonomie sont absents ?

Et si on reformulait la question sous une autre forme ? Quels sont les intérêts qui ont intérêt à la recherche d’indépendances de ce genre ? N’allons pas plus loin et contentons nous de retenir cette question simple !

305675247_e1986c3453.jpgEt si le désir d'indépendance n'était pas pur ?

Il fut un temps où il était question de bonheur des peuples par la suppression des oppressions, coloniales politiques, idéologiques, culturelles. Les désirs d’indépendance revêtaient la toge des grands philosophes, discouraient avec la passion des révolutionnaires français, s’incarnaient dans la praxis des partis uniques populaires et paysans.

Il est, aujourd’hui, un temps nouveau où de nouvelles formes d’exercice ou de centres de pouvoirs sont apparues.

Les mafias, en tout genre, ont pris une place et acquis une capacité à agir considérables. Dans le dernier quart de siècle leur puissance économique s’est développée de façon vertigineuse. Leur vulnérabilité s’est réduite grâce à la mise en place de véritables bases territoriales soit sous la forme de zones interdites aux pouvoirs des Etats, soit sous la forme de possession de centres économiques vitaux. Elles sont capables, en Sierra Leone, de renverser un pouvoir politique, dans d’autres pays, en Amérique Latine, dans l’ex-Yougoslavie, elles sont au pouvoir, purement et simplement.

Rude constat que d’aligner les chiffres sur l’activité de la mafia en Italie ou de la drogue dans le monde ! Pour les uns c’est un chiffre d’affaires de l’ordre de 100 milliards d’euros. Les autres, les pessimistes, disent qu’il s’agit des bénéfices ! Rude constat, en effet : ce chiffre est supérieur au PIB Marocain et dix fois supérieur au PNB albanais.

Pour les cartels colombiens, il s’agit de 40 milliards de dollars, soit autant que le PIB du Luxembourg. Le chiffre d’affaires mondial de la drogue atteindrait entre 300 et 500 milliards de dollars. Autant que les PNB de la Suisse, de la Suède et de l’Indonésie….. Evidemment ces chiffres ne sont pas scientifiques et ne bénéficient pas de la limpidité de comptes audités et certifiés !!!....

Vanité de l’indépendance : 23 pays ont un PIB inférieur à 1 milliard de dollars.

Mexico_ange_de_l'indépendance.jpgEt si on revenait à la question : quels sont les intérêts qui ont intérêt à la recherche de l'indépendance de petites collectivités ?

Et si ces conflits n’avaient rien à voir avec les purs combats contre l’oppression et pour la liberté ? Et si ces conflits étaient financés comme on aligne des millions pour créer un accès à un marché ? Eliminer des compétiteurs ? Récupérer un maximum de valeur ajoutée. Et surtout, récupérer un territoire et sa souveraineté légitime.

Ces questions font litière de la vérité et de la force des mouvements d’opinion ? Les peuples se feraient manipuler? L’argent serait roi ?

Assimiler des rebelles luttant pour de nobles causes à des représentants de mafias, c’est cracher à la figure du « Che » qu’il n’était, en dernière analyse, qu’un bataillon d’avant-garde au service des barons de Medellin et que Lumumba, pire que son ennemi Tshombé,  cassait l’Etat colonial belge pour que quelques mafieux tribaux ou multinationaux puissent s’en mettre plein les poches ?

L’Islande est bien à l’abri au milieu des eaux glacées de l’océan atlantique à l’écart de tous ? Le Groenland, 5 fois moins peuplé, 20 fois plus grand que l’Islande, si loin de tous, plus loin encore que l’Islande, surmonté par de gigantesques glaciers, devrait être, autant que l’Islande, à l’abri des passions, des querelles et des pillages du monde ? À l’abri de ces fameuses forces centrifuges, protégé qu’il est par la géographie et sa fantastique culture Inuit, remarquable force centripète.

Un pays, peut-il être à l’abri lorsque son sous-sol regorge de ressources considérables en pétrole et en gaz ? Que pourront-ils les héros du Groenland libre, Le parti indépendantiste d’extrême gauche Init Ataqutigiit, dans un pays ou l’or et les matières premières sont présentes en abondance ? Que pourront-ils face au déchainement des désirs de richesse, au creusement des mines, aux forages…aux milliers de travailleurs qui viendront mettre en valeur ces ressources. Aux milliers de trafiquants qu’se déverseront pour satisfaire les besoins de tous ceux qui voudront oublier l’ennui des nuits d’hiver, la violence des éléments et l’éloignement de tout. La Ruée vers l’or du Groenland…et un Inuit déguisé en Charlot.

Et si les désirs d’indépendance d’il y a cinquante ans, puissants et lyriques mouvements de libération des peuples, n’étaient plus aujourd’hui que le masque des mafias, de l’argent, de la Religion et du crime?

Pascal Ordonneau


05.07.2009

Et si vivre riche était devenu trop cher ?

image_1222.jpgPromenons-nous dans les bois… Les erreurs de jugement commencent toujours par une euphorie, un moment de bonheur, un plaisir arraché aux méchants et aux malins.

Promenons nous …

La chanson sait bien que ce moment-là ne durera pas. Le loup est là, dès le commencement de la promenade. Dans une heure, dans un jour, dans dix ans, il faudra payer pour cet instant de bonheur.

Payer ? Pourquoi payer ? Et que payer ?

Et si être riche, ce n’était pas si cher que ça?

Qui parle de loup ?

Venez donc au Maroc, à Marrakech voir ces Ryads achetés dix francs six sous. Là-bas, on peut être riche pour trois fois rien. Avec une bonne retraite de cadre on fait un nabab. Bâtir un petit palais dans le style local, c’est possible.

Et Madame a enfin du service !

Un peu plus au sud, sur la côte, il y a ces petits villages.

La mer en plus ! Les levers de soleil… Et ces filets de pêcheurs que les hommes reprisent avec la lenteur des sages.

Et toute une population si charmante. Il n’y a pas de ces jalousies là-bas. Les riches sont riches et les pauvres sont pauvres. Un ordre naturel que le rythme des siècles n’est jamais venu troubler.

On peut se promener sans frais excessifs. Le loup n’y est pas !

Bien sûr, dans les pays riches être riche c’est plus cher.

D’ailleurs, il y a des pauvres dans les pays riches, des gens qui n’arrivent pas à atteindre au moins la richesse moyenne…. La richesse par tête en moyenne aux Etats Unis ? 120 dollars par jour ! Un pauvre américain, n’a pas beaucoup d’argent, mais il en a beaucoup plus qu’un libérien, pas même pauvre ! La richesse moyenne par tête aux Libéria ?… 1 dollar par jour !…au Libéria, franchement çà ne coûte pas cher d’être riche !

Dans la forêt, les promeneurs américains  côtoient-ils les promeneurs libériens, comme si de rien n’était ?

chat-riche.jpgEt si, le loup rôdait tout à côté ?

Et si le loup y était ?

Un instant de bonheur, dans un monde déchiré, violemment inégal peut-il être gratuit ? La prétention à être heureux est-elle simplement pensable quand le malheur est à la porte d’à coté ?

Le loup qui rode dans les bois ? Tous ces gens qui ont faim ? Ils devraient se tenir à distance et supporter la promenade des obèses ? Le loup, un animal efflanqué et galeux comme ces pauvres, ces malades, ces crèves la faim qui écoutent prostrés le chant des mandibules des promeneurs au fond des palmeraies… ?

Ou bien le loup serait ces gens, qui, de temps à autre, déferlent en violences pures de haine, de meurtre pour bouffer  les consommateurs, jouir des jouisseurs, détruire les palais et en faire des masures. De temps à autre.

Le temps pour arriver jusqu’aux promeneurs était très long. Il crevait de faim avant de les atteindre…Le plus souvent, il ne partait jamais sachant que le chemin était impraticable et bien défendu par les distances et le relief. Parfois, le loup, sous-informé, ne savait même pas qu’il y avait des promeneurs dans la forêt. Il est aussi arrivé qu’il ne sache pas ce qu’était un promeneur !

Le loup n’a jamais cessé de roder. Mais, autrefois, il était loin. On avait le temps de s’éparpiller lorsqu’il jaillissait.

Les temps modernes sont arrivés. Le loup est toujours là et, chose nouvelle, il sait ce qu’est un promeneur.

Maintenant, lui aussi profite des progrès de la science et des techniques. Il  a appris que les Ryads restaurés sont des vitrines, que la vraie richesse est là-bas, plus au nord. Il sait que les chemins sont goudronnés, que les montagnes sont franchissables et qu’ont peut traverser les mers.

Traquer les promeneurs n’est plus insurmontable. Il sait qui ils sont et où ils sont. A portée de bateau, d’avions ou de camions.

Le loup rôde de plus en plus prés des riches. 

money_tree5.jpgEt si tenir le loup à l’écart coûtait une fortune ?


Être riche n’est plus une simple petite affaire de billets de banque qu’on crame et de promenades rustiques.

Les loups sont proches.

Les miradors surveillent maintenant les forêts dans leurs plus grandes étendues. On a beaucoup investi dans la fourniture de moyens de défense et d’auto-défense. Les promoteurs de vie de riches ont complété leur offre de service.

Les promenades sont accompagnées.

Gardes, gardiens et patrouilleurs ont été intégrés dans le contrat de base. L’équipement est plus ou moins sophistiqué selon les formules.

Il en coûte désormais beaucoup plus cher de vivre richement.

Une promenade en Irak, un mur de sécurité autour d’une bande de territoire à Gaza, un blocus un peu partout …C’est cher quoiqu’on en pense et même si on gère çà de mieux en mieux.

Cela coûte de plus en plus cher de se promener dans les bois.

Loup y-es-tu ? Pas encore ! Mais pas loin.

Si on n’y prenait garde, arrivant de partout, il s’infiltrerait et viendrait se servir. 


Et si, c’était une sorte d’accident naturel ?


On peut tenter les réponses classiques : la police, les répressions militaires. De la violence contrôlée menée par des gens payés pas trop cher, surtout s’il s’agit de conscrits. Si, malgré tout, çà ne marche pas c’est qu’il s’agit de risques naturels. Même chose que, lorsque se promenant dans la forêt, on reçoit un arbre sur la tête. Les anciens grecs disaient que c’était tragique (de recevoir une statue sur la tête pas un arbre !!!). Il y a toujours eu de riches destins tragiques. On en a toujours fait des poésies et du théâtre. 

Bel et bon tout ceci ! Mais çà ne fait pas avancer très loin. 

Régler cette question centrale de la circulation sereine dans les forêts suppose de prendre le risque de repenser la question de A à Z. 

Transformer les promeneurs en chasseurs ? Sur un plan court-termiste, l’idée ne manque pas d’être séduisante. Les promeneurs profiteraient toujours de la forêt, on leur fournirait une prestation en plus, la chasse au loup. On les équiperait en  conséquence et on les lancerait dans la nature. Un risque pourtant : Un promeneur n’est pas nécessairement un bon chasseur-traqueur de loup. Ils pourraient bien rater les loups et se faire boulotter !

Une autre version serait de chercher à diminuer la combativité des loups : les romains appelaient çà « panem et circenses ». Leur expérience a été positive mais a vite rencontré des limites. A la longue çà coûte une fortune en installations et en fournitures diverses et çà revient à traiter les effets en espérant régler les causes. En tout cas çà n’a pas du tout diminué le nombre des loups. Au contraire…et cela a fini par mettre les finances de l’Empire à l’envers et les loups de plus en plus nombreux débarquaient avec leurs écuelles.

Il faut penser plus loin, plus révolutionnaire, plus logique surtout !

nouveauRiche-01.jpgEt si, on proposait aux loups de venir se promener ?

C’est cette idée d’empire Romain qui y fait penser.

Panem et circenses, n’est pas un bon truc puisque cela consiste à dire au loup de manger ce qu’on lui donne. ll perd sa liberté.

Ecoutons Bill Gates. « Je crois que les grandes fortunes doivent aller des plus riches vers les plus pauvres ».

Sympa Bill Gates.

Genre Saint Martin!

Il risque d’être bien seul ! Et ses copains vont aller suggérer qu’il ne va pas très bien dans sa tête ! La preuve, il se prend pour Saint Martin !

Un promeneur éclairé devrait raisonner différemment.

Il se dirait que se promener tout seul en faisant comme s’il n’y avait pas de loup est une sottise. Il en viendrait à ce constat que, pour se promener en toute tranquillité, les riches font des guerres qui coûtent cher….

Prenons l’Irak, par hasard, 2000 milliards de dollars.

Il s’inquiéterait de la dérive des prix dans ce domaine : plus on avance dans le temps, plus c’est cher. On ne peut pas comparer le bricolage pas cher, « copain-copain »,  des franco-britanniques à Suez en 1956 avec la première guerre d’Irak !

Il se dirait alors que les riches seraient bien avisés de se rapprocher des loups et de les convertir en promeneurs….il se dirait qu’à défaut, les obstacles naturels étant devenus des passoires, les forêts pourraient bien devenir des coupe-gorge.

Il reprendrait la formule de Bill Gates, avec quelques changements. On ajouterait « pays », ou « nations », ou « peuples », peu importe, devant "riches" et « pauvres » et çà commencerait à donner quelque chose.

2000 milliards de dollars : la guerre d’Irak.

Le PIB du Niger, 9 milliards,

Celui du Togo  5…

Le Bangladesh (ils sont plus riches) 200 milliards.

Et si les promeneurs cessaient de gâcher les milliards ?

Pascal Ordonneau

14.06.2009

Et si la fumée de cigarette annonçait la nouvelle pensée économique

cigarettes_682_475870a.jpgLa lutte contre le tabagisme a été presque gagnée. En France, en tout cas!  Les fumeurs sont évacués des lieux publics .Bientôt ils le seront des lieux privés. Enfin protégés contre-eux-mêmes ! Quoique….
S’Il ne s’agissait que de protéger les fumeurs contre eux-mêmes, il n’y aurait pas matière à écrire. Tout ou à peu prés l’a été sur ce thème. Le principe sous-jacent des lois est qu’il faut réduire la liberté d’aller et de venir du fumeur consommateur de tabac afin de retarder sa  consommation de médicaments. En revanche on ne porte pas atteinte à sa liberté de consommation. Il demeure cet homo oeconomicus, libre et impavide, essentiel à la théorie économique classique.
Or, Le législateur ne s’est pas rendu compte qu’il introduisait les prémisses d’une révolution conceptuelle, un véritable saut épistémologique. Et ceci concerne ceux qu’on appelle les fumeurs passifs.
L’idée est présente dans toutes les morales, les religions et les philosophies. « La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres ; ne fais pas aux autres ce qui est mauvais pour toi-même ; ta liberté s’arrête là où elle met en danger autrui ; le sage, un jet de pierre, la chute des étoiles, etc.…. ».
Les nouvelles règles, si on y regarde de prés, ont mis en marche une vraie révolution! Le concept de fumeur passif  bouleverse les principes même de la vie en société. Les conséquences économiques seront incalculables. L’introduction du fumeur passif dans le jeu socio-économique révolutionnera nos comportements sociaux et nos modes de consommer.

Et si le fumeur passif annonçait une révolution sociale de nature copernicienne ?

Pour tout fumeur actif on compte un ou des fumeurs passifs ! Cette règle associative est maintenant comme gravée dans les esprits et se dit :
« Le concept de fumeur passif induit l’idée que toute activité apparemment solipsiste peut avoir un effet collectif. »
Le consommateur, animal théorique, inventé par les économistes anglo-saxons, trônait dans sa liberté de choix et sur sa courbe d’ophélimité°. Son désir de consommer ne se concevait qu’au regard de ses besoins, indépendamment de toute autre considération. Son choix de consommer se formulait et se résolvait en décision d’achat pour autant, et seulement pour autant, que le prix coïncidât avec un équilibre général, dit équilibre de marché et sous cette seule condition.
La grande nouveauté du système dit de concurrence pure et parfaite venait de cette pureté d’intention et de décision. De même que le travail avait été reconfiguré en une sommation d’heures facturables et vidé de toute autre valeur subjective ou spirituelle, de même le consommateur consommant consommait pour lui seul.

9cacff66-bf71-11dc-8df2-71f68626c42d.jpgEt si le consommateur était un coupable qui s’ignore ?

Il faut donc revenir à cette révolution que nous annonçons et qui, en opposition radicale avec la théorie classique, se dit ainsi :
« Le consommateur consommant ne consomme pas seul ».
Consommant, il peut, et induire une consommation seconde, et, alternativement ou cumulativement, induire une consomption première.
Première hypothèse : le consommateur actif induisant une consommation seconde dite passive, il faut en déduire que la proposition de l’économie classique est biaisée.
A tout consommateur consommant il faut joindre un/des consommateur(s) connexe(s), indépendant du premier, et surtout, n’ayant pas décidé de consommer. Dans le cas du fumeur, passivité ne valait pas acquiescement. Donc la courbe de demande de la théorie classique, appuyée sur la pureté des intentions d’un consommateur solipsiste, ne vaut pas. Les intentions ne peuvent pas être pures, le consommateur actif, étant doublonné par un/des consommateurs passifs dont les comportements peuvent s’opposer au sien.
Diable ! Nous voilà bien ! Car si la courbe de la demande ne peut pas être tracée avec toute la rigueur nécessaire, comment pourra-t-on former des prix d’équilibre ? Autant dire qu’il y a là les ingrédients d’une situation prérévolutionnaire : pas de prix d’équilibre, pas d’économie libérale !
Deuxième hypothèse : la consommation est accompagnée nécessairement d’une consomption première. Consommer et consumer, ces deux concepts dont l’usage en vieux français a été longtemps indifférencié, ont de nombreuses affinités. Consommer, c’est faire disparaître, et consumer, c’est faire partir en fumée….le rapprochement sémantique naturel entre consommation et consomption trouve sa force dans son contenu moral.
En français on  dirait qu’il n’y a pas de consommateur innocent bien installé sur sa courbe d’ophélimité et négligeant le reste de l’humanité.
Il n’y a pas de consommateur innocent nous renvoie à la poésie « il n’y a pas d’amour heureux » ou à la politique : « tous  coupables ! » La consommation a entrainé consomption, la victime est le consommateur passif. Le fumeur passif, consumé, part en fumée.
Le consommateur primaire et actif est donc coupable.
Mais de quoi ?
Dans le cas du fumeur, fil d’Ariane dans ce raisonnement, la réponse est simple ! Le fumeur actif est coupable d’un forfait : la transformation en fumeur/s de son/ses voisin/s. Cette culpabilité nous la tirons de deux éléments conjoints et non exclusifs l’un de l’autre :
1) transformer un non-fumeur en fumeur, sans son consentement express, c’est s’en prendre à sa liberté de choisir.
2) si Le consommateur passif était non-fumeur par choix (être passif n’est pas nécessairement être poussif), le fumeur actif a enfreint sa liberté de vouloir.
Donc, le consommateur actif est coupable d’attenter aux libertés les plus fondamentales de l’être humain.

Et s’il fallait revoir la théorie économique dans son ensemble ?

Ainsi, le concept de fumeur passif met à bas, le concept clef de toutes les théories économiques héritées du XIX éme siècle : l’ « homo economicus » autonome, libre, parfaitement informé, et souverain.
Le fumeur passif, c’est la face cachée de la décision de consommer. C’est cette  «face cachée » que la théorie économique doit maintenant expliciter.
On sait depuis la Guerre des Etoiles que la Force a une face cachée. Les découvertes de la physique théorique conduisent tous les télescopes de la terre à fouiller l’espace à la recherche de la matière noire qui est à la matière ce que le fumeur passif est au fumeur actif.
Cette refondation est donc non seulement légitime sur le plan philosophique, elle l’est sur le plan scientifique.
Ce ne sera pas sans risque, les tâtonnements à la recherche de la face cachée des acteurs économiques au premier rang desquels les consommateurs, conduiront à des erreurs de jugement et de raisonnement. Elles se multiplient d’ores et déjà.

2355289755_1.jpgEt si les obèses étaient des consommateurs actifs ?

La réussite sociétale du concept de fumeur passif ne doit donc pas donner lieu à n’importe quelle application.
Récemment, certaines compagnies aériennes, ont prétendu déployer leur contribution à la réflexion « passif/actif », en faisant payer double tarif aux obèses. Nouvelle chez United Airlines cette politique est déjà en application dans huit autres compagnies.
On voit bien que le motif apparent est du même ordre que dans le cas du fumeur.  Les non-fumeurs incommodés par le comportement des fumeurs primaires ont donné leur dimension révolutionnaire à toutes les mesures initialement prises pour protéger ces derniers.
Les non-obèses peuvent-ils légitimement revendiquer comme les non-fumeurs le firent. Dis autrement, les obèses, sont-il des activistes qui porteraient atteintes à la liberté des non-obèses ? Il est vrai, que la question mérite d’être posée dans toutes les enceintes confinées. Dans un avion par exemple, le non-obèse peut avoir un sentiment d’atteinte à sa liberté quand les débordements de ventre, de cuisses et de bras de son voisin obèse réduisent son espace de vie à la portion congrue. Même chose dans un train, un  autobus, une escarpolette, un delta plane, sur le cheminement d’un sentier de montagne vers un temple népalais….
Pour autant, existe-t-il une obésité active et une obésité passive ? Des obèses parce qu’ils ont décidé de ne pas restreindre leur consommation d’un coté et des obèses qui le deviendraient par suite du comportement des premiers.
Sur le plan scientifique c’est tout à fait douteux : Peut-on sérieusement soutenir que la surconsommation des uns consume les autres ? Le surpoids ne peut pas avoir comme conséquence collatérale la légèreté de la fumée.
On ne peut pas être en même temps tout et son contraire.
Dans le même moment, ce débat là, indique bien les limites qu’il faut s’assigner dans ce renversement presque total de la vision théorique du fait économique et, tout à la fois, la portée théorique considérable de la révolution induite par le couple fumeur actif/fumeur passif, c'est-à-dire l’émergence de nouveaux couples conceptuels, consommation/consomption, activité/culpabilité, fumeur/enfumé.
On sait que rendre la lumière suppose d’ombre une morne moitié… Tout ceci n’est pas encore clair et immédiat à l’esprit. Le vent se lève, il faut tenter de vivre. Créer c’est renaître.

Pascal Ordonneau


° Nom féminin singulier : valeur d'usage qui varie en fonction de la quantité de marchandise

06.06.2009

Les dessous de l'affaire Bouton-Société Générale

1013203458_060158164.preview.jpg[120x-1].JPGPierre-Henri Leroy est le fondateur de Proxinvest, société de conseil indépendante, qui offre une solution adaptée aux besoins spécifiques des investisseurs dans la gestion de leur vote.
En mars 2009, il interpellait ses clients investisseurs et grand public sur la question de la réélection du président de la Société Générale, Daniel Bouton comme administrateur de Total : il invitait fortement à voter contre en raison des comportements passés de cet éminent banquier comme administrateur de différentes sociétés, dont Total, et ceci au regard des recommandations du comité de l’AFEP-Medef qu’il avait présidé.
Finalement, un scénario différent s’est réalisé: suite au scandale de son attribution d’options et aux pressions de l’Elysée, a décidé fin avril de démissionner de ses mandats à la Société Générale, laissant l ’ensemble des commandes à Frédéric Oudéa… Daniel Bouton alors été réélu chez Total, faiblement, mais réélu tout de même avec 58% des voix.
Pierre-Henri Leroy, le conseiller des grands investisseurs,  s’explique ici sur cette campagne « ad hominem », campagne que certains auront pu trouver injuste, mais qui semble avoir visé juste.  Son regard reste inquiet quant à l’avenir du système bancaire.

proxinvest.jpgPierre-Henri Leroy, vous dirigez une société bien mystérieuse : qu’est ce que Proxinvest ?
Pierre-Henri Leroy :
Proxinvest est une société d’analyse financière indépendante spécialisée dans le conseil de vote aux actionnaires. La société appartient à ma famille et aux directeurs associés. Nos clients sont exclusivement investisseurs et nous travaillons dans l’intérêt de tous les actionnaires, petits et gros, afin de leur recommander de voter dans l’intérêt à long terme des sociétés.

Pourquoi avoir pris Daniel Bouton cette année pour cible ?
Pierre-Henri Leroy :
Il est vrai que la plupart tous les grands dirigeant bancaires de banques françaises ou étrangères ont failli : ils ont servi le « veau d’or » d’un système de « banque universelle » catastrophique qui avait déjà valu aux contribuables français la facture du Crédit Lyonnais, et nous vaut aujourd’hui une récession qui été prévisible, nous l’avions annoncée dès 2002. Alors citons ceux de Dexia et de Natixis pour être indulgent vis à vis de ceux du BNP Paribas et du Crédit Agricole…
Mais Daniel Bouton, auteur d’un bon rapport de référence sur la gouvernance, le fameux rapport Bouton de 2002, avait à nos yeux une double responsabilité plus grave quant à la gouvernance de ces grands établissements et leur influence néfaste sur la gestion des sociétés.
Nous avons introduit à partir de cette année dans sa politique de vote un critère de compétence actionnariale pour l’élection des administrateurs, et le dossier de renouvellement de cet administrateur était à cet égard très lourd. Nous avions collecté sur Daniel Bouton, comme sur de nombreux autres administrateurs, une série de manquements présumés au respect des intérêts des actionnaires, ceci soit comme administrateur et dirigeant de la Société Générale soit comme administrateur d’Arcelor, Total, Schneider Electric comme de Vivendi Universal et de Veolia Environnement.
Par ailleurs, malgré le scandale Kerviel et la crise bancaire Daniel Bouton était resté aux commandes de la banque sans marquer aucune distance vis à vis d’un modèle bancaire que tous contestent aujourd’hui.

Daniel-Bouton1.jpgLe 15 mai prochain, quelques jours avant l’assemblée de Société Générale du 19 mai, les actionnaires de Total devaient se prononcer sur le renouvellement de Daniel Bouton comme administrateur du groupe pétrolier. Comment Proxinvest envisageait-elle cette réélection ?
Pierre-Henri Leroy :
La participation prolongée de Daniel Bouton au conseil d’administration de Total nous posait problème. Elle témoignait et témoigne encore à ce jour d’une application peu « loyale des règles du jeu » pour employer l’expression même du rapport Bouton. 
[ lien direct vers le rapport :  http://www.technip.com/francais/pdf/Rapport_Bouton%20_FR.pdf]
Le document de référence de Total pour 2007 (AG 2008) qualifiait en page 102 et 104, à nos yeux abusivement, d’administrateurs libres de conflits d’intérêts MM Bouton (banquier du groupe), Pébereau (banquier du groupe et grand actionnaire via Pargesa), Tchuruk (ancien dirigeant), Desmarest (ancien dirigeant), Desmarais (grand actionnaire), Jeancourt-Galignani (ancien banquier puis assureur du groupe), de Rudder (grand actionnaire), et Vaillaud (ancien dirigeant), tous « considérés comme administrateurs indépendants ».

En d’autres termes, ces administrateurs jouent sur les mots pour se positionner à un poste de pouvoir ? Et ainsi bénéficier de l’ensemble des responsabilités sur plusieurs groupes à la fois ?
Pierre-Henri Leroy :
Oui. C’est un des problèmes.  Daniel Bouton, élu administrateur de Total par l'AG de 1997, s’est associé depuis douze ans à une information qui nous semble trompeuse et à une gouvernance en contradiction flagrante aux principes du « rapport AFEP-Medef» de 2002 commandé par Bertrand Collomb alors Président de l'AFEP et administrateur de Total, et écrit par un groupe de travail présidé par Daniel Bouton et auquel participait Serge Tchuruk…
On ne pouvait en effet que constater le manque de respect de l’application des recommandations dudit rapport, qu’il s’agisse de l’indépendance d’ensemble du conseil (« au moins un tiers d’indépendants rapidement porté à la moitié des membres du Conseil dans les sociétés au capital dispersé et dépourvues d'actionnaires de contrôle. » (rapport Bouton page 9), ou des croisements d’administrateurs. Son rapport recommande encore : « Par souci de clarification, les critères que devraient examiner le Comité et le Conseil afin de qualifier un administrateur d'indépendant et de prévenir les risques de conflit d’intérêts entre l’administrateur et la direction, la société ou son groupe, devraient être les suivants :./..Ne pas être mandataire social d’une société dans laquelle la société détient directement ou indirectement un mandat d’administrateur./.. Ne pas être client, fournisseur, banquier d’affaire, banquier de financement réciproquement significatif de la société ou de son groupe./.. - Ne pas être administrateur de l’entreprise depuis plus de douze ans. » (rapport Bouton page 10) : cinq des administrateurs de Total jugés indépendants cités plus haut avaient dépassé douze ans d’ancienneté.

Malgré la démission surprise de Daniel Bouton de la Société Générale, il a été tout de même été réélu avec 59% de voix : est ce un échec pour vous ?
Pierre-Henri Leroy :
Notez que nous de demandions ni sa révocation ni sa démission de la Société Générale. Cet événement changeait grandement la donne et beaucoup d’actionnaires ont alors été sensibles, soit à la fin du croisement d’administrateurs soit à la sanction finalement acceptée…
59% des voix d’une assemblée d’actionnaires comme celle de Total est une déculottée
Quant à Anne Lauvergeon , Directeur Général d’Areva a essuyé un score plus bas encore de 57,27% !

Jamais dans l’histoire de nos grandes sociétés de grands administrateurs ont enregistré un si faible niveau de confiance. Et nous savons par nos clients que la société avait fait tout son possible pour convaincre – et impressionner - les grands investisseurs…

Le score d’Anne Lauvergeon, administrateur croisé avec le président de Total Thierry Desmarest,  est très révélateur : je crois donc pouvoir dire que s’il n’avait pas démissionné de la banque Daniel Bouton n’aurait pas gardé son siège chez Total.

Ce n’est donc nullement un échec pour Proxinvest mais plutôt une victoire de la démocratie actionnariale.

L’ensemble de ces « croisements d’administrateurs » n’était-il pas illégal ?
Pierre-Henri Leroy :
Non, pas formellement, mais c’est très malsain. Le « croisement d’administrateurs », ainsi condamné par les codes de gouvernance dignes de ce nom dont le rapport de 2002 de Daniel Bouton est une pratique endogène injustifiable. Le procédé est ancien, Marc Vienot administrateur et ancien président de la banque siégeait chez Alcatel alors que Serge Tchuruk était administrateur de la Société Générale, et avec Daniel Bouton d’ailleurs administrateurs dans le groupe Vivendi Universal. sSn épouse, Nicole Bouton, siègera au conseil de Pernod Ricard dont le président était administrateur de la Société Générale. Mais la situation empirait chez Total : alors que Thierry Desmarest, président de Total, siègeait déjà au conseil d’Areva dirigé par une administratrice de Total, Anne Lauvergeon, Daniel Bouton comme président du conseil de la Société Générale venait de faire entre  comme « administrateur indépendant » de la Société Générale un homme de Total, Robert Castaigne, qui fut de 1994 à juin 2008 directeur financier et membre du comité exécutif…
> Vous aviez aussi très durement critiqué Daniel Bouton sur ses compétences suite à la crise bancaire et au scandale Kerviel. Pourquoi ?
Pierre-Henri Leroy : La compétence des « grands administrateurs » est toujours invoquée comme excuse pour tolérer tous ces conflits d’intérêts… Je cite le rapport Bouton « On ne saurait trop insister sur la compétence et l'expérience qui sont les qualités premières des administrateurs. Ils doivent maîtriser les enjeux stratégiques des marchés où intervient l'entreprise, ce qui implique qu’ils aient une réelle connaissance de ses métiers. » (rapport Bouton page 8). 
L’ennui c’est que ce critère de compétence n’est pas testé pour les anciens fonctionnaires passés par les cabinet ministériels. Leur carnet d’adresse politique semble remplacer toute autre compétence.

340x.jpgQuels étaient vos griefs quant à la gestion de Daniel Bouton ?
Pierre-Henri Leroy :
Il nous appartenait de rappeler sans faiblesse les réalités de la gestion de Daniel Bouton comme dirigeant d’établissement bancaire et président de la FBF.
- la sous-évaluation des positions de la Société Générale dans l’immobilier américain ayant conduit à la perte de 2 milliards d’euros dans la crise immobilière des sub-primes.
- la responsabilité des manquements du contrôle des risques de la Société Générale dans une affaire de délit d’initié Amber Fund de 2003, due à une filiale située aux îles Cayman appartenant au département proche de celui de Kerviel « Dérivés Actions », affaire sanctionnée avec indulgence par l’AMF fin janvier 2008 pour avoir « méconnu des règles de bonne conduite et les conditions de surveillance et le contrôle des transactions sur les valeurs inscrites sur sa liste de surveillance. »
- la responsabilité des manquements du contrôle des risques de la Société Générale dans la prise de position frauduleuse dite Kerviel sur cinquante milliard d’euros et la gestion perdante de celle-ci ayant conduit à une perte de cinq milliards
- plus récemment, le 17 février 2009, la Société Générale a dû s’engager par accord particulier avec New York State Banking Department et la Federal Reserve Bank de New York à prendre diverses mesures pour une meilleure application des réglementations fédérales et de l'Etat de New York en matière de lutte contre le blanchiment, de suivi des transactions bancaires, de communication d’activités suspectes et de suivi des clients.
- La Société Générale s’est illustrée ces dernières années par un réel dynamisme d’affaires mais aussi par sa proximité facile de certains dirigeants de performance ou d’intégrité contestables comme J.M. Messier, S. Tchuruk (administrateur de Total depuis vingt ans !), Lakshmi Mittal ou Patricia Russo comme du soutien apporté à l’un de ses administrateurs Anthony Wyand, président d’AVIVA France, groupe condamné en appel en 2008 pour complicité d’abus de confiance dans le dossier de l’AFER.
- Le plus grave nous est révélé 15 mars 2009 par le site Le Revenu.com selon lequel l’assureur américain AIG aura versé 11,9 Mds.$ à la Société Générale grâce au sauvetage in extremis des contribuables américains. Ce risque de contrepartie considérable sur AIG est loin des notions traditionnelles de partage de risques. Les résultats 2008 du groupe bancaire, déjà affaiblie par la moins-value Kerviel reportée sur l’exercice 2007 aurait sans doute forcé la nationalisation.

- le résultat final de cette gestion se retrouvait dans le cours du titre Société Générale, qui à 28 euros le 18 mars 2009, était à un niveau très inférieur à son cours d’il y a dix ans  et au CAC40, parmi les moins bien classées des valeurs financières.

Pourtant  les actionnaires de la Société Générale ne lui en ont pas tenu rigueur.
Pierre-Henri Leroy :
C’est vrai. Les actionnaires des banques – et ce n’est pas le propre des seuls actionnaires de la Générale, se sont révélés ces dernières années particulièrement naïfs ou cyniques. 
En matière de loyauté vis à vis de ces actionnaires de Société Générale, il y avait pourtant beaucoup à redire, en plus de la faible indépendance du conseil. 
On peut énumérer… La faveur du président de la Société Générale pour les droits de vote double, la limitation du droit de vote.  La démocratie actionnariale à de la Société Générale est en question lorsque l’on sait comment sont exercés les droits de vote du premier actionnaire avec 7% des actions , 11% des droits de vote et quelques 20 % des votes en assemblée : les vote non exercés en direct sont ainsi contrôlés par la Direction…
La seule chose qui les aura indigné ses actionnaires , et la seule faute que se reconnaisse Daniel Bouton est sa dotation de 70 000 stock-options conditionnelles au cœur de la crise et au plus bas des cours.  C’était peu opportun mais est-ce si important au regard de la stratégie bancaire choisie ?

sg.jpgVous restez très critique de la stratégie de la Société Générale… Pourquoi ?
Pierre-Henri Leroy :
Frédéric Oudéa, le nouveau PDG a pris un nouveau départ après une année qui a dû être terrible pour les deux hommes. Il y a du dynamisme, une volonté de mieux faire qui nous réjouissent tous. Le cours s’est bien redressé à 44 euros, soit.
Mais hélas, il ne faut pas croire que la page est tournée avec le départ de Daniel Bouton. Son successeur a le mérite celui de la franchise : il a martelé lors de l’assemblée générale sa foi dans le modèle de banque universelle. C’est plutôt inquiétant.
Voilà qu’il choisit d’adhérer et d’encourager ce modèle monopoliste de confusion d’intérêts qui perdit le Crédit Lyonnais aux frais des contribuables français. Pour Daniel Bouton, avec lequel je débattais à l’Institut de l’Entreprise en 2006, ce système financier mondial qui a généré tant d’injustices et failli nous lâcher en 2008 sans l’argent des contribuables,  n’était que du bon capitalisme de marché.  C’est aussi pour cela que nous avons mis en cause sa responsabilité. 
S’il est évident qu’il faut reconstruire,  n’est pas sain de repartir comme avant sans organiser une vraie réflexion sur le modèle officiel.  Je trouve à ce stade inquiétant que Frédéric Oudéa – il n’esty pas le seul - n’ait pas assez de lucidité et d’autorité pour comprendre que ce modèle à failli, qu’il faut le réformer ou le mieux réguler.

04.06.2009

Et si... on cassait les vitres ?

monument-a-kim-il-sung1.jpgCorée du Nord, « le Retour 2 ». On y est !  Ils ont vraiment la bombe. Avec les grands anciens çà va faire 9. Israël ? Sûrement ! Mais c’est un secret. L’Iran, pas encore, mais  elle procède à grand pas. Et puis, il y a les pays qui font comme si ce n’était ni leur goût ni leur genre. Le japon par exemple…et quelques ex de feue l’URSS, qui ont des bombes dans des hangars, au milieu de fusées vintage, de quelques vieux Mig 17 et de caisses de kalachnikov.
Trop de bombes chez trop de gens cela ne tue pas du tout les bombes. Ça peut tuer beaucoup de gens si on n’y met pas le hôla !

 

Et si on faisait la guerre avant qu’on nous la fasse ?

C’est une provocation ? Pas tant que çà quand on y réfléchit ! Tout le monde de nos jours fait la guerre ! Le mot est devenu d’un usage commun. Guerre contre la pollution. Contre la pauvreté. Guerre contre la faim dans le monde et l’exploitation des enfants. La drogue et les mafias. On peut même faire la guerre à la guerre…avant qu’on nous la fasse.
La guerre serait donc une seconde nature de l’espèce humaine ?
Achille sous sa tente, regrettait le cri de guerre et de bataille.
C’est pousser loin les comparaisons et abuser des jeux de mots ? La guerre est une chose sérieuse, il y a des morts, des massacres, des souffrances et de l’horreur, tout simplement. Guerre du Biafra, guerre du Darfour, guerre civile au Sri Lanka…ce serait une bonne idée qu’Achille cesse de remuer et qu’ll reste dans sa tente !
Certes, certes, certes ! Oui-da, oui-da, oui-da !  Mais quand même ! On est en pleine crise économique. La question de la guerre prend un sens particulier. Et si on peut lui trouver des raisons pour la légitimer…si on pensait faire la guerre à la guerre et en tirer tous les bénéfices économiques.
Oui ! Une guerre çà fait mal. Cependant reconnaissons que quand elle cesse…. Suivent, par exemple,  les fameuses « trente glorieuses ».
Oui ! La guerre a fait très mal à l’Allemagne. Aux autres pays d’Europe. Pourtant, un bon plan Marshall et le tour était joué. Les plaies se pansent vite, les souvenirs s’estompent, le passé est révolu et les lendemains chantent à tue-tête la mélodie du bonheur.
Donc il n’est déraisonnable de penser à une guerre préventive….ce n’est pas une belle idée ?
C’est trop facile d’écarter une pensée pour le motif qu’elle est impensable. Si on n’essaie pas de dire l’indicible de quoi parlera-t-on une fois qu’on aura tout dit ?

Guerre_Froide.jpgEt si on faisait la guerre pour donner un petit coup de fouet à l’économie ?

Pour le coup, il ne faut pas tomber dans les pensées les plus outrancières. Aucune guerre n’a été déclarée pour le motif avoué d’une relance de la croissance même si la déclaration de guerre tombait bien.
Pourtant la guerre a des effets positifs sur l’économie c’est certain. Au titre des dépenses qu’on expose et au titre des coûts qu’on réduit.
Pour ce qui est des dépenses, c’est facile. La guerre se traduit par des dépenses d’investissement massives. C’est construire des chars, des fusils, des avions, des fusées, des abris anti-chars, anti-avions, anti-fusées et des tranchées anti-fusils. Produire massivement des consommables, cartouches, rockets, gaz réparer dans les délais les plus brefs les dégâts causés aux maisons, aux routes, aux chemins de fer. Les industries du transport, du bâtiment, que l’immobilier, de l’électronique etc. etc. tournent à plein régime.
Beaucoup d’ambigüités gênent la bonne intelligence des effets sur les  coûts. Les auteurs insistent beaucoup sur les coûts humains. Les morts, les blessés, les enfants qui ne sont pas faits ….il ne faut pas éluder. Ces coûts-là existent.
Mais il faut aussi penser à ce qui contribue à les réduire : l’innovation est accélérée en temps de guerre, et elle a des effets immédiats sur la productivité. Avec une bombe atomique on change d’échelle dans la production de la mort et des destructions. On arrive à des résultats extraordinaires pour une dépense humaine et monétaire tout à fait contenue. Il y a aussi la paix sociale : les gens qui se battent au front ne se soucient plus de faire le défilé du premier mai ou de réclamer une meilleure représentativité des syndicats. Il n’y a plus de chômage.
Nos grands anciens savaient tout cela et avaient parfois de ces solutions qui laissent pantois devant leur créativité. Saint Bernard pour prendre cet exemple !
Voilà une politique de réduction des coûts rondement menée. On est à la fin du XIème siècle. Tout le monde est heureux. Trop. Trop heureux, donc il y a de de plus en plus de monde. Donc trop de monde. Alors là, par hasard arrive Saint Bernard qui dit qu’il faut faire la guerre aux mécréants: des milliers de gens, des dizaines de milliers de gens sont partis à la guerre. Non seulement cela a réduit les coûts induits par la surpopulation, mais cela a permis toutes les dépenses qu’une bonne guerre autorise.
Car il faut se souvenir que la guerre tue ceux qui la font et affermit ceux qui la prêchent.

_Users_sophieb_Desktop_R_cup_photos_Metz_Bruxelles_laveurs_de_vitres02br.jpgEt si, on faisait plus simple que la guerre, si on cassait les vitres ?

« À la fin de l’envoi, je touche ! » Mettre Saint Bernard de son coté dans une analyse de ce genre fleure bon son Cyrano…et son plan pour aller sur la lune !
Pourquoi donc penser aux seules guerres pour relancer les économies frappées par la crise ?
Les catastrophes naturelles font aussi augmenter le PIB. Les maladies en faisant progresser la consommation de médicaments fait augmenter le PIB. C’est la même chose pour les embouteillages et la surconsommation d’essence qu’ils entraînent. Les voitures qui brûlent dans les banlieues à Noël ou au jour de l’an ou chaque fois que l’envie en prend à une bande quelconque ? C’est une contribution à la progression du PIB.
« À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l'industrie ».
« Que deviendraient les vitriers, si l'on ne cassait jamais de vitre? »
Alors ?
Voilà une idée bonne idée neuve ? Hé, non ! C’est une mauvaise idée selon Bastiat, un des fondateurs du libéralisme à la française au début du XIXème siècle.
Basquiat a démontré le paradoxe du vitrier. « Si la vitre n'avait pas été brisée, on aurait pu consacrer l’argent pour la remplacer à l'achat d’outils, de vêtements ou de chaussures. Ainsi non seulement on aurait eu une vitre …mais aussi un outil, un vêtement etc.… !
Il en concluait que « la société perd la valeur des objets inutilement détruits » et résumait en un dicton « destruction n'est pas profit. »
Donc, la guerre pour sortir de la crise ? Ce serait contreproductif ! C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. On s’en doutait un peu…mais il n’est pas mauvais d’en voir la preuve rapportée.

Et s’il y avait les rêves ?

Que faire s’il ne suffit pas de faire la guerre, de casser les vitres et de polluer partout ?
Rêver ? Plus pratiquement, il y a tous ces rêves que l’humanité a poursuivis  et réalisés au fil des générations, ces autres rêves qui ont d’un seul coup enthousiasmé une seule génération.
« …si ce que vous désirez est possible, c’est déjà fait ; si c’est impossible, cela le sera ».
Cela a commencé il y a bien longtemps. Il y a ce rêve qui a fait marcher les ancêtres de l’homme depuis l’Afrique sur toute la planète. Il y a ce rêve de faim rassasiée, de survie assurée et d’efforts économisés qui ont débouché sur la révolution mentale et économique de la domestication. 
Il y a ces rêves insensés qui poussent des milliers de gens armés de pelles et de pioches vers l’enfer du Klondike pour y chercher de l’or. Keynes en avait tiré l’idée que pour relancer les économies il fallait faire courir la nouvelle que les montagnes contenaient de l’or.
Il y a des rêves d’enfants. Des rêves de lune, de mars et d’ailleurs qui s’accompagnent pour les réaliser de fantastiques dépenses dans des technologies qui ont changé la face du monde. Des rêves d’un seul monde où les continents sont sillonnés de routes maritimes, terrestres, aériennes….
Il y a le rêve d’un monde, riant et accueillant, pur et propre.
Il y a le rêve d’une humanité plus juste.
Beaucoup de rêves sont disponibles. Il n’est pas même nécessaire de faire la guerre à la bêtise. « Courons à l’onde en rejaillir vivant ! ».

Pascal Ordonneau

25.05.2009

« Le sous-travail, un fléau qui gangrène la société française »

img.jpgFrançois Dupuy est consultant pour de nombreuses grandes entreprises françaises. Après « La Fatigue des élites » publié en 2005, il prépare un ouvrage pour la rentrée prochaine qui révèle un autre danger qui guette notre économie : ce qu'il appelle le sous-travail.

Vous tirez aujourd'hui la sonnette d'alarme sur un phénomène que vous avez remarqué au cours de vos nombreuses enquêtes dans les entreprises, un phénomène dont on ne parle jamais.
François Dupuy : Il s'agit du sous-travail généralisé. Il se développe de façon endémique dans notre pays. Entendons-nous bien : je ne parle pas ici des 35 heures qui sont la durée légale du travail. Je ne parle pas non plus des temps de travail fractionnés que l'on impose par exemple aux caissières d'hypermarché, ce que j'appelle le sous-travail subi. Non, la tendance que j'évoque est plus diffuse. Elle se traduit par le fait que certains salariés travaillent à peine le quart de la durée légale du travail. Voire moins dans certaines entreprises que j'ai observées.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?
François Dupuy : Dans une usine d'une grande entreprise industrielle française dont je tais volontairement le nom, le poste de travail est d'une durée de 7 h 38. Sur ce total, l'engagement de l'ouvrier, c'est-à-dire le temps réel qu'il a passé à travailler, a été mesuré à 4 h 20. La différence ? Les pauses, les conversations avec des collègues, les congés maladie qui sont aujourd'hui considérés comme un dû dans certaines entreprises. Le sous-travail, c'est tout cela. Je pourrais multiplier les exemples. Avec un constat : loin d'être cantonné, comme on le pensait, à l'administration publique, le sous-travail touche tout aussi bien les entreprises privées.

Comment expliquez-vous ce phénomène ?
François Dupuy : Essentiellement par l'histoire. De la Seconde Guerre mondiale et jusqu'au deuxième choc pétrolier, il était difficile de trouver une voiture ou de se faire installer le téléphone. Les produits étaient rares. Conséquence : le producteur était en mesure d'imposer son prix au client. Du coup, l'actionnaire, étatique ou privé, pouvait se permettre de laisser filer les conditions de travail puisque le surcoût était supporté in fine par le client. De ce point de vue, actionnaires et salariés étaient alors alliés. Puis il y a eu les chocs pétroliers et l'ouverture des marchés. La concurrence a poussé l'actionnaire à faire alliance cette fois avec le client. Les entreprises se sont alors efforcées de récupérer tous les avantages donnés aux salariés sous la période précédente afin de diminuer les coûts. Beaucoup d'entreprises, notamment celles qui sont issues ou sont encore dans la sphère publique, restent touchées par le phénomène du sous-travail. Il faut parfois un choc pour arriver à y échapper, comme par exemple la menace d'une faillite. C'est ce qui s'est passé par exemple chez Renault sous la présidence de Georges Besse ou à Air France sous la direction de Christian Blanc. D'une manière générale, les entreprises qui ont adopté un mode de production transversal, ce que l'on appelle le mode projet, ont fait diminuer le sous-travail. Dans ce type d'organisation, le contrôle social des uns sur les autres est fort, donc dissuasif.

Pourquoi est-il si rarement évoqué ?
François Dupuy : Il a tendance à faire sourire. Il se niche dans une zone grise, il est diffus. Et il est beaucoup plus facile de dénoncer les rémunérations de quelques PDG ! En France, nous avons l'indignation sélective...

Peut-on mesurer l'impact du sous-travail sur notre économie ?
François Dupuy : Il n'existe pas de statistiques. Mais ce qui est sûr, c'est que le sous-travail corrode la société en profondeur. Commençons par le secteur public. Il y a dix ans, l'Inspection générale des finances avait calculé dans un rapport que le coût de la collecte de l'impôt était en France trois fois plus élevé que dans d'autres pays comme la Suède ou l'Espagne. Or l'efficacité d'une administration fiscale devrait se mesurer par sa capacité à accroître aussi peu que possible la masse d'impôts à collecter par le coût de cette collecte ! Cet écart de un à trois est colossal. Jusqu'à ce rapport, le coût du sous-travail et de la sous-organisation n'avaient jamais été évalués. Si on pouvait faire le calcul à l'échelle de tout le secteur public, on arriverait à un chiffre effroyable ! C'est ce que j'appelle le « surcoût du service pauvre » : l'administration délivre un service pauvre à un prix très élevé.

Comment réagit l'Etat ?
François Dupuy : Les dirigeants se rendent bien compte que ça ne peut plus durer. Ils pratiquent donc une politique de rapine, en reculant un peu l'âge de la retraite, en supprimant quelques postes par-ci par-là. Ils exaspèrent ainsi la méfiance du corps administratif qui se braque au moindre mouvement. C'est un vrai cercle vicieux. Un cercle renforcé par l'extraordinaire égoïsme des syndicats de fonctionnaires, décidés à ne rien lâcher. Se développent alors des mentalités de forteresse assiégée. On se croirait à Fort Alamo ! C'est frappant par exemple chez les enseignants, selon lesquels il ne faudrait surtout rien changer. Dans l'université, des gens qui savent qu'ils ne travaillent pas assez se crispent au moindre signe de changement. Mon maître Michel Crozier disait déjà que l'Education nationale est un problème beaucoup trop important pour qu'on s'y attaque...

Et dans les entreprises, comment s'exerce cette corrosion du sous-travail ?

François Dupuy : Certaines entreprises ont réussi à reprendre la situation en main. Et heureusement : elles se sont ainsi sauvées - je parlais tout à l'heure d'Air France ou de Renault. Avec une volonté de fer, certains patrons ont réussi à bâtir de grands groupes mondiaux, comme Saint-Gobain, Total, Lafarge ou L'Oréal. D'autres ont échoué. Pour survivre, elles ont développé des stratégies alternatives. D'abord le recours aux intérimaires, qui eux travaillent à fond. Dans l'une des entreprises où j'ai enquêté, j'ai pu mesurer une productivité des intérimaires supérieure de 40 % à celle des salariés maison occupant le même poste ! Autrement dit, les salariés de l'entreprise peuvent d'autant plus sous-travailler qu'il y a des esclaves pour faire le boulot. Les intérimaires acceptent ça parce qu'on leur agite sous le nez la carotte de la titularisation : si vous travaillez bien, vous serez embauché et vous pourrez à votre tour souffler.

Et au-delà des intérimaires ?
François Dupuy : C'est ici que le sous-travail devient le plus corrosif. Car les entreprises s'efforcent alors de réduire leur dépendance au travail. Elles le font en délocalisant. L'objectif premier de nombreuses délocalisations n'est pas de faire travailler des gens moins payés... mais de faire travailler des gens ! Pour cette seule raison, une grande entreprise industrielle envisage ainsi de réduire ses effectifs dans ses usines en France... de 85 %. L'autre moyen de réduire la dépendance au travail, c'est l'informatisation et la mécanisation. Dans la logistique par exemple, les entreprises réfléchissent à remplacer les hommes par des robots dans les entrepôts. Le sous-travail tue le travail. Pire encore : le sous-travail permet à une génération de vivre confortablement en tuant le travail pour la génération suivante.

Là encore, est-ce une spécificité française ?
François Dupuy : Les Etats-Unis sont capables de créer une multitude d'emplois qu'on ne cherche pas à supprimer pour mécaniser l'activité. Il y a là-bas une confiance dans le travail. En France, le rêve, c'est une rame de métro sans conducteur...

Ce sous-travail est-il aussi à l'oeuvre dans les PME ?

François Dupuy : Dans une bien moindre mesure. Pour une raison toute simple : dans un univers moins grand, où le contrôle social est plus fort, il est difficilement acceptable que l'un travaille beaucoup moins que l'autre.

Comment vaincre ce que vous considérez comme un fléau ?
François Dupuy : Pour faire bouger les choses, il faut une crise majeure, comme celle que nous vivons aujourd'hui. Hélas, cette crise ne fera bouger les lignes que dans le secteur marchand. Dans tous les secteurs où n'existe aucune menace sur l'emploi, on continue à vivre dans une tour d'ivoire. Les syndicats ont ici une responsabilité historique. A court terme, ils exercent une action salutaire dans la crise, en s'efforçant d'endiguer la colère sociale. Mais à long terme, ils ont une lourde responsabilité dans le maintien du statu quo et la perpétuation d'inégalités de toutes sortes.

Dans le secteur public, quels sont les leviers d'action, pour casser le cercle vicieux du non-travail ?
François Dupuy : En France, la réforme de l'Etat n'a jamais été menée à son terme. Au point où nous en sommes aujourd'hui, je ne vois plus qu'une solution : il faut une nuit du 4 août. Abolition du statut général de la fonction publique ! Avec tout ce qu'il implique : emploi à vie, augmentations à l'ancienneté, etc. Bien sûr, cela paraissait impossible. Mais encore début 1989, il paraissait impossible que le mur de Berlin puisse un jour s'effondrer ! Une fois le statut aboli, il deviendrait possible de rebâtir une autre organisation où la logique de la nécessité l'emporte sur la logique de l'envie. Alain Juppé expliquait qu'il serait temps d'adapter l'horaire des policiers à celui des délinquants... C'est exactement cela qui est en jeu. La nécessité permettrait de redonner du sens, de donner du pouvoir au premier niveau d'encadrement, de gérer enfin les ressources humaines, d'avoir des promotions au mérite et non plus à l'âge. Faut-il le rappeler ? Le travail, c'est d'abord une logique de la nécessité.

PROPOS RECUEILLIS PAR DANIEL FORTIN ET JEAN-MARC VITTORI, Les Echos

24.05.2009

Et si l'inflation

solicitor_inflation.gifQu’on le sache et qu’on le clame : les prix à la consommation ont augmenté pour la première fois en six mois de 0.3% ! En Allemagne : hausse de 0,7% confirmée en avril !

Une hausse de 0,3% ! Une mignardise en quelque sorte ! Une petite chose, qui ne paie pas de mine, mais qui, dans cette crise, nous annonce, à coup sûr, le meilleur.

Les étiquettes s’agitent doucement. Il ne s’agit pas encore de tenter des entrechats, des jeté-battus. Non ! Les étiquettes savent bien se tenir, à cet instant, et ne pensent pas à valser. Elles frémissent, sans plus !

Et, savez-vous ? Pour autant qu’on prenne le soin de les observer d’un peu plus prés certains composants du CPI° affichent des hausses non négligeables! un petit début de retour de l’inflation ? On a envie de dire « c’est le printemps ! » et de sourire avec Monsieur Bernanke, « we can see the green shoots of recovery »°°. Rien de plus sérieux ! De l’inflation… cause ou signe ? Printemps ou bourgeon ?

Et si, l’inflation était une très bonne idée pour régler nos problèmes et pour sortir de la crise ?

La déflation plie. Les gouvernants ont bien gouverné. Le pire est passé, la destruction de monnaie est enrayée et les prix ne baisseront plus….en tout cas plus autant. La déflation reculant, y a-t-il un risque, une chance, pour que l’inflation soit de retour ?

1121_clip_image003.jpgIl faut prêter attention aux risques même de ces réflexions !  On euphorise un peu vite et fort légèrement. On touche à quelque chose d’essentiel. Ce dernier « et si… » place son locuteur dans la ligne de mire des défenseurs de la foi : « Je t'exorcise, esprit immonde, ainsi que toute incursion et toute illusion de Satan». Trouver quelque chose de positif à l’inflation équivaut de nos jours à vanter les mérites de Pol-pot et des grands procès staliniens !

Il faut reprendre ses esprits et considérer sereinement les idées et les faits. L’inflation a été décrite pendant les 50 dernières années comme un cancer. Un cancer ? Mais, non !  On ne prend pas plaisir à un cancer. L’inflation c’était comme une drogue ! Quelques auteurs indulgents la présentaient comme une drogue douce. « Trop de champagne, c’est trop, quand même ! ».

L’inflation, c’était le reflet d’une incapacité de choisir, la manifestation limpide de l’illusion politique : on peut tout faire quand on le veut. Le prix importe peu. Comment payer ? De l’inflation!  Et pour que les salariés et les fonctionnaires, les gens méritant n’en souffrissent pas on haussait les salaires en suivant le rythme des prix avec un petit bonus au passage pour consoler. C’était l’échelle mobile des salaires. La mobilité dérivait des conséquences : les salaires de tous augmentant, les coûts de production augmentaient, donc les prix se rehaussaient… et ainsi de suite. Donc une drogue addictive, « trop de champagne, ne tue pas le champagne ».

Etait-ce si mauvais que çà ? En tout, l’excès est condamnable. En matière d’inflation, la planche à billet de la République de Weimar était condamnable, la dérive des prix à deux, voire trois, chiffres des économies sud-américaines était condamnable.

Mais n’était-ce pas bon parfois ?

Et voilà ! Nous y sommes ! L’inflation a toujours été un bon moyen pour se libérer de ses dettes.

Dans les dernières années de l’Ancien Régime, Le trésor Public était paralysé, incapable de faire face à l’endettement du Royaume. La Révolution y mit  bon ordre et, dans ce combat, son épée fut une monnaie nouvelle, en papier, l’assignat. Elle en joua sans réserve produisant la nouvelle monnaie avec une belle énergie et en grande quantité. L’assignat perdit vite de sa valeur initiale. Les débiteurs remboursèrent leurs dettes en monnaie de singe. La richesse passa du coté des créanciers à celui des débiteurs !

Le XVIIème siècle, avait connu une pénurie de numéraire, accompagné de la stabilité des prix et même de leur décroissance, c'est-à-dire de la déflation. Le pouvoir était entre les mains des nantis, usuriers et préteurs. Le système de Laws, dérivant en une production monétaire explosive, déclencha une belle inflation et contribua à alléger les dettes publiques et privées renversant l’ordre des pouvoirs. La richesse changea de camp.

inflation-cover2.jpgEt si l’inflation devait être partie intégrante de la panoplie des armes contre la crise ?

La France traverse une crise du surendettement. Il n’est que de lire la presse pour mesurer le monceau de dettes dans lequel elle est empêtrée. Les collectivités locales ne valent pas mieux. De nombreux pays européens ont rejoint la France dans cette contreperformance. L’endettement public de l’Espagne, celui de l’Angleterre et même de l’Allemagne ont pulvérisé les ratios habituels.

Le moyen classique et économiquement correct pour résoudre le problème de l’endettement public ? Des impôts, beaucoup d’impôts, sur les riches bien sûr, mais aussi sur tout le monde parce qu’il faut vraiment beaucoup de recettes publiques pour faire face à l’explosion de la dette.

Ce serait correct et en harmonie avec ce qu’ont pensé, voulu et réalisé les meilleurs économistes du monde. Oui… mais… les meilleurs économistes du monde ne seraient pas mal venus de diminuer d’un ton la vigueur de leurs condamnations. Les évènements récents ne plaident pas en leur faveur. Et surtout, lever beaucoup d’impôts sur des gens fragilisés par la montée du chômage, par l’aggravation des risques économiques et par l’effondrement de la valeur des actifs, c’est la porte ouverte à la déflation.

Aux Etats-Unis ou en Angleterre le poids de la dette écrase les ménages et les conduit à la ruine. Les biens immobiliers sont vendus à l’encan par saisies et ventes forcées.  Conséquence bien naturelle : le repli sur soi-même des agents économiques. L’épargne se substitue à la consommation. La déflation induit thésaurisation et réévaluation des dettes, immobilisme, refus de risquer.

Et si, l’inflation était un bon moyen pour renverser ces tendances et rendre le pouvoir à l’initiative, au goût du risque, à l’investissement et à la consommation.

Donc l’inflation ! Donc la révolution des idées économiques ! Donc l’économiquement incorrect ! C’est décidé, on y va ! Mais pas n’importe comment ! L’inflation « n’importe comment » c’est condamnable, on l’a dit un peu plus haut. Il faut poser les conditions de meilleure efficacité de cette politique.

Au XVIIème siècle, au XVIIIème, comme dans les siècles précédents, le groupe des créanciers se trouvait nettement distinct du groupe des débiteurs. On était en général ou l’un ou l’autre, pas les deux en même temps. De nos jours, ce n’est plus vrai. Une seule et même personne détient des obligations d’Etat ou des dépôts dans des banques, donc des titres de créance et est débitrice au titre d’un achat à crédit d’appartements, de voitures….

Produire de l’inflation peut conduire à appauvrir un agent économique tout en allégeant les charges qui pèsent sur lui. C’est le prototype du jeu à somme nul… Alors ?

inflation05.jpgLa réponse est très simple : il faut cibler. Par exemple : un peu d’inflation non répercutée sur les retraites.


On ne plaindra pas trop la victime qui ne fait pas (plus ?) partie de la partie la plus dynamique ou la plus porteuse d’espoir de la société. Ce faisant les charges des organismes de retraite sont allégées, leurs contraintes de financement, le poids de leur endettement diminuent et, par voie de conséquence, le poids relatif des cotisations sur les gens en activité. Cette réduction de charges compense les hausses de prix vis-à-vis de ceux qui travaillent. La hausse des prix ne porte pas sur les dettes dont la valeur fond doucement à ce soleil printanier. Du coup, sachant qu’ils pourront se désendetter sans souffrir, l’avenir leur paraît accessible et … ils s’endettent sans réticences.

Et l’économie se porte mieux… et les retraites sont payées.

En suivant ce type de politique, n’a-t-on pas fait passer de la richesse d’une catégorie, les personnes qui profitent d’un repos bien mérité les pieds ancrés dans le passé, sans charges familiales, à une autre, celles qui vivent les challenges de la vie professionnelle,  le stress du chômage, qui se projettent dans l’avenir, bâtissent des familles et construisent des maisons….

Voilà un bon ciblage. Il y en a d’autres, il faut être un peu créatif. Pas trop d’inflation, pas pour tout le monde… voilà l’idée.
Au travail, le vent se lève, il faut tenter de créer l’avenir…

Pascal Ordonneau

° consumer price indicateur, ou indice des prix à la consommation

°° « nous pouvons voir les bourgeons de la reprise », dit par Bernanke, en mars 2009

22.05.2009

Les trente glorieuses

45772.jpgCher ami,

Les souvenirs vieillissent dit-on ? Mais pas ceux qui renvoient à ces bonnes vieilles « trente glorieuses ». Ton talent habituel m’a fait revivre ces moments de bonheur, de simplicité et de déroulement serein. Tu es convaincu que nous y reviendrons. Il suffit de vouloir ? Je crois que je t’ai approuvé.
Ce soir même, dégrisé, j’ai réfléchi à ces trente glorieuses, cumulant les miracles et réglant leurs comptes aux cycles économiques.
Je t’envoie ce mot pour te dire que je ne souhaite à aucun prix leur retour.
Le prix à payer a été singulièrement élevé. Belle affaire que cette croissance comme jamais pendant trente ans ! Les pieds dans les décombres quels mérites à faire exploser les taux de croissance ! On avait détruit comme jamais pendant les trente années qui précédaient ! Pire, bâties sur les ruines et sur le sang, tes trente glorieuses n’ont été que menaces de guerre et de massacre. Menaces de cataclysme atomique. Menaces de guerre entre les « blocs ». Menaces de guerres civiles. Guerres coloniales…
Elles pourraient aussi bien n’avoir été qu’un jeu à somme nulle. Parmi les perdants : les pays dits, autrefois, sous-développés. Durant cette période sont nés des néologismes qui parlaient fort : tiers-monde, puis quart-monde.  Des pays qui n’avaient pas la main. D’autres plus puissants, pouvaient changer les règles et dire, par exemple, que dorénavant, le dollar valait de l’or.

les1.jpgRêver des Trente glorieuses? Si la crise actuelle n’est pas jugulée les peurs sociales et la montée des fanatismes religieux auront vite raison du long travail d’ouverture des nations à l’échange et la coopération. La dislocation des Etats, sous couvert de la belle idée d’indépendance des peuples, aura ouvert la carrière aux mafias et aux trafics. Les pandémies de plus en plus violentes frapperont les zones les plus pauvres. Les peurs, les fléaux, les guerres de plus en plus sales, de pair avec les dérèglements climatiques pousseront des peuples entiers hors de chez eux.
Avec de pareils ingrédients, tu n’auras pas de mal à imaginer le chaudron et à te figurer le diable qui remuera le brouet. Alors tu auras raison, sur un monde en ruine et fumant trente glorieuses années de croissance suivront. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Oublie les trente glorieuses! Il va falloir, avec courage et conviction, inventer le monde de demain sans passer par le chaos et les ruines.

Pascal Ordonneau

Pascal Ordonneau, est Senior Manager, responsable de l’activité Banque Finance Assurance, dans le Cabinet d’Executive Search VMS France. Précédemment, PDG D’Elysées Factor, Head of Securities Services dans le Groupe HSBC, DG de la Société Parisienne de Banque, il a aussi été responsable “commercial bank” pour Citibank en France…

10.05.2009

Une histoire de l'épuration économique

9782753506244FS.gifLe sujet. A la Libération peu de patrons et de responsables économiques ont été condamnés en France pour collaboration avec l'occupant allemand. En revanche, ils ont été nombreux à être inquiétés. C'est ce que confirme ce livre. Les archives des dossiers instruits contre eux ont été déjà utilisées comme source par les historiens travaillant sur la vie de l'économie et des entreprises pendant l'Occupation. En revanche, ce livre est le premier exclusivement consacré à l'épuration économique.

Le livre. Il s'agit d'une série de contributions d'historiens à un colloque sur le sujet organisé par le groupement de recherche du CNRS sur « Les Entreprises françaises sous l'Occupation ».

L'intérêt. Comme souvent, on regrettera l'étroitesse de certains angles choisis et notamment le fait que l'épuration soit trop assimilée à la « confiscation des profits illicites ». Le résultat n'en est pas moins riche. A ne pas rater, notamment, le chapitre où Hervé Joly, directeur du groupe de recherches, propose une synthèse sur « les mobilités patronales dans l'après-guerre ». Conclusion : les nationalisations ont eu plus d'effet que l'épuration. Julie Chassin, doctorante à l'université de Caen, donne une clef de lecture importante de cette période en expliquant comment, dans le Calvados, après les destructions dues au débarquement, il a fallu choisir : épurer ou reconstruire ? Les entreprises dont on avait besoin étaient souvent les mêmes que celles que l'occupant avait sollicitées pour bâtir le mur de l'Atlantique.

J.-C. H.

 

« L'Epuration économique en France à la Libération », sous la directionde Marc Bergère. Presses Universitaires de Rennes. 345 pages; 22 euros.

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