20.11.2008
Pitié ! d'Alain Platel
Dans Pitié!, dernière création d'Alain Platel, le corps des danseurs transpire la douleur de l'âme. Aux limites de la folie, sa chorégraphie extatique renoue avec l'esthétique du baroque, art de l'incarnation.
VSPRS, donné il y a deux ans au Théâtre de la Ville à Paris, avait retourné le petit monde de la danse contemporaine et choqué plus d'un spectateur. S'inspirant de la gestuelle irrationnelle de malades psychiatriques, le chorégraphe belge Alain Platel, au son des Vêpres à la Vierge de Monteverdi, y disait les tourments de l'âme aux prises avec le corps, la physicalité des émotions et la pureté de l'expression dégagée de toute convention sociale ou esthétique. Certains avaient crié à l'outrage envers les handicapés mentaux, envers ceux pour qui ces gestes incontrôlés ne sont pas un langage artistique. D'autres avaient salué le courage des danseurs qui osaient rejeter la normalité du corps pour explorer l'expression de la douleur et de l'angoisse mentales.
« Que la parole se fasse chair ! »
Pour Pitié!, dont le titre fait également référence au religieux, Alain Platel et les interprètes des Ballets C. de la B. sondent à nouveau le rapport à un corps extatique, brut et direct. Dès le début du spectacle, l'un des danseurs clame, tel un prophète messianique : « Que la parole se fasse chair ! ». C'est en effet bien du thème de l'incarnation, avec une référence appuyée à l'iconographie chrétienne, dont il s'agit dans la pièce, et plus largement du rapport du corps à l'âme, de la matière à l'esprit.
On ne compte pas, durant les deux heures que dure la représentation, le nombre de figures collectives évoquant la typologie de la Pietà, celle de la Descente de croix ou de l'exhibition des plaies du Christ. Les corps métamorphiques explosent de douleur, se tordent, se triturent, grimacent. Le corps chez Platel est brut, c'est un pur matériau d'expression. Objectivé, il est déconstruit, puis recomposé, comme lorsque les danseurs, mains à terre, exposent leur dos au regard : devenu motif abstrait — on pense au Bœuf écorché de Rembrandt, ou aux portraits difformes de Francis Bacon —, le corps incarne mieux encore l'âme.
Une œuvre baroque
La rhétorique baroque est présente d'emblée dans la musique aux accents liturgiques jouée en live sur scène, adaptée de La Passion selon saint Matthieu de J.S. Bach par Fabrizio Cassol et les membres du groupe Aka Moon. Perchés sur des gradins au fond de la scène, comme l'organiste à l'église, les musiciens dialoguent avec quatre chanteurs (dont le flûtiste Magik Malik), qui mêlent leur corps et leur voix à ceux des danseurs. À la sobriété de la musique de Bach s'opposent les cris et soupirs des interprètes, qui exécutent une danse instinctive, acrobatique et incohérente, tout en étant ancrée dans le quotidien.
Alain Platel élabore dans cette danse une esthétique éprouvante, que l'on retrouve dans la sculpture douloureuse de l'une de ses compatriotes flamandes, Berlinde de Bruyckere (voir son exposition actuellement à l'Espace Claude Berri à Paris). Dans la lignée d'un baroque expressionniste, la danse de Platel conjugue plaisir et douleur, avec un pathos teinté d'érotisme sado-masochiste — comme dans la Sainte Thérèse du Bernin, transpercée par la flèche dorée de l'extase mystique. Baroque également, voire fellinien, le rapport irrationnel au sacré, et la galerie de monstres transfigurés. Baroque, enfin, les allusions à l'exorcisme, à la mortification, à la punition du corps comme remède de l'âme.

Pitié!, création au Théâtre de la Ville, Paris, octobre 2008
Chorégraphie : Alain Platel, interprétée par les Ballets C. de la B.
Musique : Fabrizio Cussol d'après La Passion selon saint Matthieu de J.S. Bach, interprétée par Aka Moon
Les prochaines dates en France (voir le calendrier complet sur le site des Ballets C. de la B.) :
18-19 novembre, Le Manège, Reims
22 novembre, La Filature, Mulhouse
4-6 décembre, Opéra de Lille
16-17 janvier, Le Quartz, Brest
22-23 janvier, Le Volcan, Le Havre
25-28 février, Maison de la Danse, Lyon
13-14 mars, Art Danse, Dijon
17-18 mars, Comédie de Valence
20-21 mars, Espace Malraux, Chambéry
8-9 avril, Scène nationale d'Orléans
23-24 avril, Théâtre de Sète.
Photos : Pitié !, ALAIN PLATEL © CHRIS VAN DER BURGHT
Magali Lesauvage - Fluctuat.net
13:50 Publié dans Chorégraphie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, actualité, galerie, art, ressources humaine
20.09.2007
Nightshade : le strip-tease s'installe à la Villette
Jouer sur nos moeurs, sur nos haibtudes langagières, pari audacieux. Pourquoi ne pas jouer sur notre vision du streap-tease ? Sur nos clichés ou a priori ? Que sommes-nous venus voir ici ? Du burlesque, de l'esthétique, de la pédophilie, de la beauté ?
Sept streap-tease pour nous révéler à nous-mêmes nos propres angoisses enfantines, clichés reconvertis parfois en plaisir, parfois en douleur.
Le premier (Eric de Volder et Barbara Rom) ressemble à un classique ballet sorti de la poussière du temps. Nous dépoussiérons en douceur nos idées reçues. Jeux de pieds, jeux de mains. Le nu se met à nu. Dévoilement de lumière.
Le second (de Vera Mantero et Delphine Clairet) nous fait glousser et entrer dans l'histoire des femmes, de leur corps (possession moderne, sexualité libérée). Jeux de ballons. Couleurs, Nuits fauves. Et le délice de la scène finale, touchante, émouvante... Magnifique.
Que dire du troisième qui m'a laisée perplexe. Entres ombres et lumières. Entre sonorités indiennes et phantasme du miroir.

Revenons au classique, mais avec une mise en scène étonnante. Sensuelle. Surprenante. Jeux de lumières rouges. Déroulé de rideaux noirs. Dévoilement sensitif. Sensuel. Ce quatrième streap-tease (de Alain Platel et Caroline Lemaire), envoûte, tourmente, chahute... Se joue de nos rêveries. Talons rouges. Satin noir. Cheveux ondulants... Stop. Trois pas en arrière. Pas trop vite Serge....
Les scènes se suivent, se décousent, se défilent sans se ressembler. Pleins feux sur la salle. Sourires en coin. Le public se cache. Mascarade d'écoles. Souvenirs bloqués. Une jeune femme désignée monte sur scène. Avec pour seule phrase "excusez-moi". Massacre de rideau, proxénétisme, viol(ence)s. Car le streap-tease ce n'est pas seulement des rideaux roses, des femmes sublimes ou sublimées. C'est aussi tout le marché du sexe, les violences faites aux femmes, etc. que l'on peut dénoncer à travers une reprsentation artistique. C'est tout cela que nous pouvons lire dans cette cinquième mise en scène (Caterina Sagna et Sky Van Der Hoek). Une prestation très brève, presque électrochoc.

Parlons peu, parlons bien. Des femmes. Des corps nus. Beaux ou pas. Mais pourquoi faudrait-il que ce soient toujours les femmes qui se déshabillent ? Mise à nues toujours selon les mêmes règles, les mêmes phantasmes masculins, hétéronormés... Le sixième tableau est une pure merveille. Faire venir un homme en slip se jouer des codes du streap-tease, pour se rhabiller et finir nu dans le public. Un petit bijou de drôleries, de finesse que nous devons à Johanne Saunier et Gidi Meesters.
Le dernier de Wim Vandekeybus et Sarah Moon Howe est à découvrir. Vous ne croyez tout de même pas que je vais tout vous révéler. Non mais.... Allez donc vous confronter aux jeux de lumière sur la nudité. Dévoilez-vous... Mettez-vous donc à nu.
Sonia Bressler
Les infos pratiques :
Du 18 septembre au 13 octobre 2007
Grande Halle, espace Charlie Parker
Du mardi au samedi à 20h30
métro Porte de Pantin
Tarif 18 € - T.R. 14,50 € Carte Villette 9 €
Achat de billet en ligne ou par téléphone au 01 40 03 75 75
Venez en bande (à partir de 5 personnes)
et bénéficiez du tarif réduit à 14,50 € (Uniquement par téléphone au 01 40 03 75 75)
Ou en ligne ici !
23:05 Publié dans Chorégraphie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : La Vilette, Streap-Tease, chorégraphies, scènes, nus, pornographies
02.05.2007
Bobaïnko : Ta femme en kit
LA BLONDE, LA BRUNE et LA ROUSSE présentent Dans le cadre du Festival « Les Jalouses » :
" Ta Femme En Kit"
création 2006 -2è épisode de la trilogie des "T"A L’ETOILE DU NORD
Du mercredi 2 au samedi 5 mai à 20H30
Précédée du spectacle “show case #1 - beauté plastique » de la Cie Etant donné
16, rue Georgette Agutte - 75018 Paris (M° Guy Môquet)
Réservations : 01 42 26 47 47 / TP 19 €- TR 14€
La démarche de cette compagnie consiste à mettre le quotidien en scène pour le rendre poétique. Ses pièces, légères en apparence partent du grave, des questions importantes et les exploitent dans le décalage : le résultat provoque le rire.
Avec ses pièces “ Ta gueule et danse ! ”, créée en 2005 et “ Ta femme en Kit ”, en 2006 ; les deux premiers épisodes de la « Trilogie des T » Bobaïnko emprunte un ton énergique, culotté et poétique pour traiter d’un thème : les femmes.
Les trois directrices artistiques (Domitille Blanc, Vanessa Morisson et Aurélie Burgeot) amènent leurs trois personnages féminins (une blonde, une brune une rousse) au travers de questions, dilemmes et paradoxes qui taraudent les femmes aujourd’hui.
Le 3e et dernier épisode, « Ta mère en mieux » (titre provisoire), actuellement en cours de production verra le jour à l’automne 2007
Y a-t-il des bonnes et des mauvaises femmes ?
Pièce chorégraphique créée et interprétée par Domitille Blanc, Aurélie Burgeot, Marie Rual/ Vanessa Morisson
Lumières : Simon rutten
Son : Jérémie Morizeau – Fabien Guyard pour le « clip chaleur »
Scénograhie : Domitille Blanc
Costumes : Bobaïnko – combinettes réalisées par Alice Duchesne
Une production Bobaïnko Avec le soutien du Conseil Général de Loire Atlantique, la Direction régionale et départementale de la jeunesse et des sports et l’Espace Simone de Beauvoir de Nantes
Calendrier Bobaïnko :
Ta femme en Kit :
• 7 mai à 21h - festival danse dans la rue "les pas chalouppés" à Notre Dame de Mont
• 13 octobre à l'ONYX Scène conventionnée danse de Saint Herblain
Dossiers & extraits disponibles sur le site de Bobainko
Relations presse & médias, merci de contacter Nathalie Saïdi - Artpassionata
11:30 Publié dans Chorégraphie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Danse, femmes, chorégraphie, sociologie, spectacle

