12.11.2009

Et si on faisait des bulles ?

bulles savon.jpgÇa y est, c’est reparti ! Les indices convergent tous. L’un d’entre eux, le prince des indices, l’Indice avec un grand « I », l’indice des bonus, nous annonce le deuxième acte ! Ce fameux indice qui dit que les banques américaines vont provisionner quelques 150 milliards de dollars de bonus à distribuer sur les activités de 2009. Bien sûr, ils ne vaudront pas 150 milliards de dollars 2008 ! Et 150 milliards de dollars ne vaudront pas grand-chose au rythme où le dollar décote actuellement. Il est vrai aussi que, pour faire comme les journalistes, on peut se consoler en se disant que trop de dollars tue le dollar ! Bien sûr ! bien sûr ! Mais quand même ! 150 milliards, c’est 150 milliards, çà fait beaucoup de pognons dans la poche des traders. On peut s’offusquer et compter le nombre de pays dont le PNB approche le milliard de dollars, ou bien se dire avec une pointe d’acidité, que les bonus que les banques américaines vont distribuer équivalent le PNB d’un pays comme l’Irlande. Ce serait mesquin !

Allons ! la seule chose qui nous importe ici est que l’Indice en chef, montre que nous sommes revenus au bon vieux temps. Celui qui se déroulait autrefois avec son cortège de fric, de trafics financiers ressemblant à des jeux videos et d’endettement gratuit. Nous sommes revenus au bon vieux temps de la bulle. Ce temps exceptionnel où on pouvait gagner beaucoup d’argent sans avoir les pieds dans le purin ni les mains dans le cambouis. Le temps de l’argent qui coule à flot, provenant de sources mystérieuses. Merveilleux temps où les jeux d’argent s’exprimaient en milliards de dollars, valsant de banques en banques, où il suffisait de tendre une sébile toute dorée pour écumer quelques centièmes de Basis points et se les flanquer dans les poches.

Ecoutez la rumeur douce des bulles qui s’échappent du chaudron de la finance. Pas de rapport bien sûr avec ces bulles fragiles que font les enfants en soufflant dans du savon et aucun rapport avec les bulles d’une bouteille d’eau pétillante. Ce sont des bulles financières. Elles sont accompagnées de leur cortège de bonnes nouvelles, les bonus, et de mauvaises nouvelles, les faillites de banque. Les Etats unis vont surement atteindre les cent banques en faillite pour cette année, et peut-être même dépasser ce chiffre. Un record sur les années antérieures. Il ne faut pas s’en inquiéter, ce sont les scories des anciennes bulles, celles qui ont bêtement éclatées par la faute de quelques comptables sans imagination. Ces bulles qui de-ci delà éclatent ne sont pas très importantes. Ce sont des banques ou des établissements financiers qui n’avaient pas d’importance…small enough to collapse.

Les cours remontent. Voilà un autre indice. Ce pourrait bien être un indice en sous-chef! On revient de loin ! Rappelez-vous la catastrophe de mars. Il y a beaucoup de gens qui se disaient que le fonds n’était peut-être pas atteint ! Que nous allions vers une crise de type 1929…et maintenant, où en est-on : 40% de hausse. N’est ce pas un bon indice ? Les raisons de ce retour en grâce des marchés financiers ? Les bénéfices des entreprises ? Mais non, bien sur ! Comme vous y allez ! Les entreprises, viennent d’être furieusement étrillées par la crise ! La vraie et bonne raison, c’est le torrent d’argent qui a été déversé sur toute la planéte, c’est ce Nil fertilisant le monde qu’on a laisser déborder comme une vulgaire baignoire, inondant ainsi, tous les acteurs de la vie monétaire et financière. Tout le monde sait bien que quand il y a beaucoup de quelque chose, ce quelque chose vaut moins ; pourquoi en serait-il autrement de l’argent ? Alors, plutôt que de conserver ce qui ne vaut pas grand-chose autant le transformer en quelque chose qui vaut un petit peu plus. On gagne au change. Alors on change ! Et les cours des actions montent. Monteront-ils davantage ?

C’est qu’ils sont encore bien loin de leurs plus hauts…il y aurait de la marge ? On pourrait faire davantage de bonus ? L’argent pourrait continuer à se déverser sur le vaste monde pour le plus grand bonheur des banques d’affaires américaines ? Pourquoi pas… pourrait-on se laisser aller à penser ? Pourquoi pas ? Les banques américaines les plus fragiles ne sont-elles pas évincées des marchés soit par faillite soit par quasi nationalisation ? Celles qui restent ne peuvent qu’être les meilleures. N’est-ce pas justice qu’ils engrangent maintenant le produit de leur sagesse antérieure ? Eh bien, il est vrai que les marchés ne les oublient pas ! Goldmann Sachs, accumule bénéfices sur bénéfices mirobolants. Normal ! Tous leurs concurrents ont été sortis des circuits de l’argent et des opérations à bonus.

bulle13.jpgEt les plus grosses deviennent de plus en plus grosses. Les grenouilles… que nenni ma mie, les banques américaines, les too big to fail… les qu’on sauvera toujours parce que si on ne le faisait pas le monde s’effondrerait, celle qui sont le pilier, l’arbre de vie, la colonne de tous les mythes. Ce sont de grosses bulles ? Et alors ? Quand bien même ce serait ! Tout n’est pas si massif ou solide dans l’univers ! On a bien entendu parler des géantes gazeuses. Pour être gazeuse elles n’en sont pas moins planètes ! On peut être une gigantesque banque et rester une banque ! Ce seraient des bulles ? Peut-être ! Mais en tout cas ce sont de belles bulles.

Tout ceci est bel et bon…mais, tout ce qui pétille n’est pas champagne et les bulles ne viennent pas toujours de la coupe ou de la flûte ! Les champs d’épandage, les boues glauques qui fermentent, les algues vertes qui pourrissent donnent aussi des bulles. Oui ! Les indices le montrent et on pourrait croire que çà pétille champagne. Ce que les indices ne disent pas, c’est que bientôt le Nil va se trouver à court de flotte.

Or il faut s’en convaincre : c’est pour bientôt ! Toute cette production monétaire sur base de taux d’intérêt effondrés ne durera plus longtemps. Le flot va bientôt s’arrêter, tous les gouverneurs de Banques centrales ne cessent de le répéter. Et quand le flot s’arrêtera, les bulles péteront. C’est la deuxième chute, dans la reprise en forme de W, parce qu’ici nous voulons être optimistes et ne pas parler de la crise en forme de M.

Pascal Ordonneau

Écrire un commentaire