23.09.2009

Abaissement(s)

img-1.jpgPosture. Les tristesses surannées, les bonheurs qu’on néglige, la peau déjà moins mate, les âmes plus grises… Après les brèves leçons des silences de l’été, l’enseignement répétitif des fureurs de la rentrée. À l’heure des grandes prérévoltes que l’on ne sent hélas qu’inconscientes, quand se rompt perceptiblement la douceur collective au profit d’une rage légitime difficile à canaliser, nous portons tous en nous l’énervement de l’air du temps. Difficile de s’y soumettre. De se résigner. Quelque chose nous révolte en permanence, secoue en nous les foudres des sentiments valeureux prêts à combattre les vils penchants d’une atmosphère politique et sociale irrespirable. Un trouble partagé, au moins dans son constat primal. La preuve. Une récente formule de Vincent Peillon, à qui l’on ne prêterait pas l’avenir de la gauche sans concessions (de sa part), nous tourneboula non sans ambivalence. « Nous vivons un moment d’abaissement national », déclara le député européen PS. Derrière la formule choc à laquelle nous avions adhéré en première intention, nous reconnûmes le talent phrasé de l’agrégé et docteur en philosophie, passionné de Merleau-Ponty, jamais avare de perception contemporaine, qui, sans vraiment le dire, nous signifiait d’un trait rapide à la fois son pessimisme moderne légitimant sa posture « d’adaptation à l’économie de marché », mais également, et c’est plus dérangeant, ses emprunts aux références conservatrices de « la France qui tombe » (un certain Nicolas Baverez). Entendons-nous bien. Nous n’accuserons pas Peillon d’analogie grossière avec l’un des penseurs récents de la réaction libérale, d’autant que l’élu socialiste ne manque pas de références philosophiques pour nous convaincre, si besoin était, de la pertinence de sa posture critique à l’égard de la France telle qu’elle est devenue, son rang dans le monde, sa culture, sa place symbolique, sa puissance économique, son « modèle » universel, etc. - constat que nous partageons, cela va sans dire… Si Vincent Peillon - était-il nécessaire de parader dans Voici pour faire passer le message ? - veut ainsi nous faire comprendre que nous vivons bel et bien, sous le règne de Nicoléon-le-Petit, un temps de médiocrité doublé de malheurs de masse, comment lui donner tort ? Tout ce qui vient de près ou de loin du Palais, dans un concert d’éructations permanentes et de vulgarité crasse, en effet, exsude avec impavidité tous les préjugés réactionnaires imaginables. Ingurgités par belles doses.

 

Top_10_Kitchens_by_SouthernAccents_7.jpgAccents. On voudrait reprendre des accents jaurésiens, se dresser sur des chaises volées au Pré-Saint-Gervais, se faire entendre de tous, crier « Citoyens, camarades, frères, la République est en danger, détenue dans quelques mains des pouvoirs capitalistes affidés, assez ! » Serait-ce exagéré de hurler de la sorte ? Déplacé d’aspirer, enfin, au rassemblement des exploités en une période de violence sociale aiguë ? Sont-ce de trop grands mots ? Jaurès invitait au combat sans se tromper de but : « Ni optimisme aveugle ni pessimisme paralysant. » Utilisons ceux de notre temps : sans la République, le combat social est-il vide ? et sans le combat social, la République est-elle impuissante ? À l’heure où des milliers de salariés sont jetés comme des chiens hors de leur travail (sans que les membres du gouvernement n’y voient une quelconque « violence » d’ailleurs), où l’on criminalise les syndicalistes, où des salariés de France Télécom tentent même de se suicider sur leur lieu de travail, où les « marchés de la misère » se répandent partout et créent des troubles jusque dans quatre arrondissements de Paris, où le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, ose dire « quand il y a un Arabe, ça va… c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes »… tôt ou tard, cette souffrance du peuple humilié, tel un monde caché, se transformera en force tellurique pouvant produire le meilleur comme le pire… Car le sarkozysme n’est pas que le projet d’un homme. C’est aussi un symptôme, la déformation d’une époque rognée à ses valeurs républicaines fondamentales, pour ne pas dire fondatrices. Les commentateurs accrédités le disent : « Sarkozy a changé. » Non, seule la lassitude nous habitue à lui. En découvrant la littérature sur le tard, le petit-bonhomme de Neuilly n’a calmé ni les excès de sa politique ni l’orgueil outrancier de sa position dominante. Peut-être louvoie-t-il mieux, voilà tout. Il n’en est que plus dangereux.

 

Précision (souhaitée). La référence récurrente dans cette chronique au « petit-bonhomme de Neuilly » ou à « Nicoléon-le-Petit » n’a évidemment rien à voir avec la taille, encore que l’intéressé s’en préoccupe beaucoup au point de manipuler (il n’y a pas d’autre mot) chacune de ses sorties publiques. Est-ce si honteux de mesurer moins de 1,70 m ? Passons… Sachez-le : les formules « petit-homme de Neuilly » ou « Nicoléon » n’ont été inventées que pour dire ce que nous pensons de Nicolas Sarkozy et de la probable place qu’il laissera dans l’histoire de la nation de Jaurès et de Hugo. Le bloc-noteur assume.

 

57987642_867f93f2fb.jpg« Nous ». Connaissez-vous ces mots du philosophe Leibovitz : « L’idée de valeur est indissociable d’une certaine idée de lutte… Ce qu’on a obtenu sans lutte n’a pas de valeur… », cités par Régis Debray dans la dernière livraison (à lire absolument) de la revue Médium, numéro intitulé « Nous », ce « nous » cher à Debray depuis la publication du Moment Fraternité (Gallimard). Réapprentissage d’un « nous » pluriel et combatif, qui, depuis hier, au Parc de La Courneuve, vit l’un de ses moments sacrés en camaraderie. Sachez-le, la Fête de l’Humanité reste en cette rentrée la meilleure protection contre la grippe A… et contre toutes les médiocrités ambiantes et autres tristesses. C’est dire s’il y a de quoi faire !

Commentaires

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Ecrit par : penis enlargement | 25.09.2009

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