23.07.2009

Et si….. Les petits pays n’avaient plus d’avenir

lettonie4.jpgLa Lettonie perd chaque jour des milliers de jeunes et se plaint du pillage de ses étudiants. Angleterre, Danemark, Suède et Norvège y vont faire leurs emplettes. Trop petite pour les ambitieux ?

A défaut de rente pétrolière ou de compétences industrielles à exploiter, l’Islande avait choisi le Poker de la financiarisation et de la richesse qui se crée sur du vent. Pourquoi les Islandais seraient-ils restés à l’écart ? Les progrès considérables dans les communications, le rôle grandissant d’internet, l’abolition des frontières financières et monétaires, la libre circulation des capitaux enfin, permettaient de rêver d’une bonne pioche. Plusieurs Etats confettis avaient montré le chemin de « l’industrie » de la finance, le Luxembourg, le Liechtenstein, les Iles Vierges…

La stratégie de l’Islande était bancale. Les Etats qu’elle avait pris pour modèle vivaient dans l’ombre ou sous l’ombrelle des grands. Il y a beau temps que les Luxembourgeois ne revendiquent aucune Université ! Ils avaient même renoncé à toute monnaie aux temps anciens où l’euro n’existait pas.

A l’ombre des grands ?

On voudrait oublier que l’Islande s’est inventée indépendante en 1945 se libérant de la tutelle Danoise! On voudrait qu’elle oublie l’indépendance jalouse du Non à l’Europe ! Et du Non, à l’Euro ! L’Islande n’est-elle pas depuis toujours un Oui, au grand large ! Sentinelle solitaire face aux glaces dérivant du pôle.

med-Visoterra-saarileska---finlande---laponie-4427.jpgEt si, l'indépendance de l'Islande toute seulle, ne tenait quà son éloignement ?

La sentinelle solitaire, indépendante et autonome à l’écart des courants de circulation aériens et maritimes, tout là-haut dans le nord si, serait-elle capable de rester splendide et farouchement seule, si elle était transportée, d’un bout de la planète à l’autre, si on la plantait au débouché des grands passages maritimes, la mer de chine, la mer rouge ?

Ne serait-elle pas mise à l’épreuve des nouveaux pouvoirs qui quadrillent le globe ajoutant aux anciens jeux de politique internationale, leurs combats pour la domination du monde ou la victoire de telle ou telle ethnie, religion, faction ?

Il n’y aurait donc dans ces conditions plus beaucoup de différences entre l’Islande et le Puntland ?

La comparaison entre des pays aussi différents est une absurdité ? Comparer des bandes armées de pirates à des banquiers dument enregistrés à la City et formés dans les grandes écoles de la finance Anglo-saxonne ? Un pays sillonné par les violences ethniques et religieuses est-il comparable à un pays dont l’homogénéité de la population et la solidité de valeurs si anciennement partagées garantissent l’unité ?

Pourtant, les bandes de pillards de Somalie qui détournent une partie du trafic maritime considérable passant à portée de leurs côtes ne sont-ils pas les frères rustiques des banquiers d’Islande qui espéraient grappiller les flux monétaires et financiers passant à portée de leurs ordinateurs? Sans ressources naturelles que faire d’autre sinon pécher ? Et pêcher n’est ce pas se faire le prédateur de la nature ? Prélever sur les bancs de poissons, prélever sur les bancs de bateaux, prélevé sur le banc des changeurs de monnaie pour ne pas rester à coté de la richesse du monde. Laseule différence entre le Puntland et l’Islande, entre la violence déchaînée des bandes de pillards et le calme public de citoyens pécheurs de baleine, tiendrait donc dans leurs positions géographiques?

independence2.jpgEt si l'indépendance est un leurre, pourquoi la rechercher ?

Etre proche de toutes les influences, de tous les marchés et de tous les échanges par la géographie et les réseaux de communication c’est être soumis à toutes sortes de forces et de volontés de pouvoir antagonistes au risque du démantèlement de la société et de l’Etat.

Forces centrifuges d’une part, qui font de l’espace public, géographique et institutionnel un lieu d’accaparement et de violences, forces centripètes, d’autre part, qui balancent les premières, en accroissant sociabilité, esprit de collectivité et discipline du dissentiment ne s’équilibrent pas naturellement. Quand cet équilibre vient à manquer les conséquences sont connues : les fonctions étatiques sont détournées, vendues, mises à l’encan et démantelées par les clans, les tribus, les chefs religieux et les bandes de pillards.

L’indépendance ou la recherche d’une simple autonomie d’entités à faible envergure ne serait donc qu’une entreprise hasardeuse à moins d’être aidée par la géographie?

Pourquoi, tant de vigueur dans la recherche de l’indépendance de la Corse, par exemple ? Tant il est clair que jamais, la Corse ne disposera des moyens d’une véritable indépendance politique ou même d’une simple autonomie économique et technologique.

Que penser aussi de cette incroyable quête d’une indépendance complète menée par les Inuits du Groenland ? Par respect humain on ne parlera pas de ces micro-états du Pacifique, et moins encore l’un d’entre eux, de Nauru, 20km2 et désastre économique et financier.Quel intérêt y-a-t-il à rechercher une indépendance quand même les ingrédients de l’autonomie sont absents ?

Et si on reformulait la question sous une autre forme ? Quels sont les intérêts qui ont intérêt à la recherche d’indépendances de ce genre ? N’allons pas plus loin et contentons nous de retenir cette question simple !

305675247_e1986c3453.jpgEt si le désir d'indépendance n'était pas pur ?

Il fut un temps où il était question de bonheur des peuples par la suppression des oppressions, coloniales politiques, idéologiques, culturelles. Les désirs d’indépendance revêtaient la toge des grands philosophes, discouraient avec la passion des révolutionnaires français, s’incarnaient dans la praxis des partis uniques populaires et paysans.

Il est, aujourd’hui, un temps nouveau où de nouvelles formes d’exercice ou de centres de pouvoirs sont apparues.

Les mafias, en tout genre, ont pris une place et acquis une capacité à agir considérables. Dans le dernier quart de siècle leur puissance économique s’est développée de façon vertigineuse. Leur vulnérabilité s’est réduite grâce à la mise en place de véritables bases territoriales soit sous la forme de zones interdites aux pouvoirs des Etats, soit sous la forme de possession de centres économiques vitaux. Elles sont capables, en Sierra Leone, de renverser un pouvoir politique, dans d’autres pays, en Amérique Latine, dans l’ex-Yougoslavie, elles sont au pouvoir, purement et simplement.

Rude constat que d’aligner les chiffres sur l’activité de la mafia en Italie ou de la drogue dans le monde ! Pour les uns c’est un chiffre d’affaires de l’ordre de 100 milliards d’euros. Les autres, les pessimistes, disent qu’il s’agit des bénéfices ! Rude constat, en effet : ce chiffre est supérieur au PIB Marocain et dix fois supérieur au PNB albanais.

Pour les cartels colombiens, il s’agit de 40 milliards de dollars, soit autant que le PIB du Luxembourg. Le chiffre d’affaires mondial de la drogue atteindrait entre 300 et 500 milliards de dollars. Autant que les PNB de la Suisse, de la Suède et de l’Indonésie….. Evidemment ces chiffres ne sont pas scientifiques et ne bénéficient pas de la limpidité de comptes audités et certifiés !!!....

Vanité de l’indépendance : 23 pays ont un PIB inférieur à 1 milliard de dollars.

Mexico_ange_de_l'indépendance.jpgEt si on revenait à la question : quels sont les intérêts qui ont intérêt à la recherche de l'indépendance de petites collectivités ?

Et si ces conflits n’avaient rien à voir avec les purs combats contre l’oppression et pour la liberté ? Et si ces conflits étaient financés comme on aligne des millions pour créer un accès à un marché ? Eliminer des compétiteurs ? Récupérer un maximum de valeur ajoutée. Et surtout, récupérer un territoire et sa souveraineté légitime.

Ces questions font litière de la vérité et de la force des mouvements d’opinion ? Les peuples se feraient manipuler? L’argent serait roi ?

Assimiler des rebelles luttant pour de nobles causes à des représentants de mafias, c’est cracher à la figure du « Che » qu’il n’était, en dernière analyse, qu’un bataillon d’avant-garde au service des barons de Medellin et que Lumumba, pire que son ennemi Tshombé,  cassait l’Etat colonial belge pour que quelques mafieux tribaux ou multinationaux puissent s’en mettre plein les poches ?

L’Islande est bien à l’abri au milieu des eaux glacées de l’océan atlantique à l’écart de tous ? Le Groenland, 5 fois moins peuplé, 20 fois plus grand que l’Islande, si loin de tous, plus loin encore que l’Islande, surmonté par de gigantesques glaciers, devrait être, autant que l’Islande, à l’abri des passions, des querelles et des pillages du monde ? À l’abri de ces fameuses forces centrifuges, protégé qu’il est par la géographie et sa fantastique culture Inuit, remarquable force centripète.

Un pays, peut-il être à l’abri lorsque son sous-sol regorge de ressources considérables en pétrole et en gaz ? Que pourront-ils les héros du Groenland libre, Le parti indépendantiste d’extrême gauche Init Ataqutigiit, dans un pays ou l’or et les matières premières sont présentes en abondance ? Que pourront-ils face au déchainement des désirs de richesse, au creusement des mines, aux forages…aux milliers de travailleurs qui viendront mettre en valeur ces ressources. Aux milliers de trafiquants qu’se déverseront pour satisfaire les besoins de tous ceux qui voudront oublier l’ennui des nuits d’hiver, la violence des éléments et l’éloignement de tout. La Ruée vers l’or du Groenland…et un Inuit déguisé en Charlot.

Et si les désirs d’indépendance d’il y a cinquante ans, puissants et lyriques mouvements de libération des peuples, n’étaient plus aujourd’hui que le masque des mafias, de l’argent, de la Religion et du crime?

Pascal Ordonneau


21.07.2009

Réponse à l'article "Basta(s)" : Les Stades sont vides, les dieux ont déserté

Greek_statue_discus_thrower_2_century_aC.jpgJ’ai tant aimé la guerre du Péloponnèse. J’ai rêvé des phalanges et des hoplites, ces combattants paysans, courts sur pattes, chevauchant des coursiers un peu plus grands que des poneys, ramant sur des galères condamnées à ne jamais perdre les rivages de vue. J’ai chassé avec  la plèbe hurlante, avec Démosthène, et quelques archontes pleutres, les généraux vainqueurs. J’ai aussi dénoncé l’arrogance des athlètes.
J’ai pourtant entendu les hurlements de la foule qui les acclamait, et qui leur portait des lauriers pour récompense. J’ai loué les dieux pour l’exploit de notre Aurige et je l’ai voulu transfiguré en statue divine. Phidias, aurais-tu livré, à nous autres citoyens de la plus belle cité, un Zidane changé en héros et appartenant maintenant aux dieux. Aurais-tu saisi en bronze doré un shoot pur destiné au soleil, astre parfait. Praxitèle, comme tu as su animer, le marbre et figer le temps ! L’uppercut de Mohamed Ali aurait tout à coup, pour l’éternité, vibré et volé et n’aurait pas volé ! 
Comment ils pissaient, comment ils baisaient et comment ils passaient leurs nuits ? Je n’en avais rien à faire, et s’ils se faisaient rouer de coups par les maraudeurs des alentours d’Olympie, je m’en moquais éperdument. Et d’ailleurs, pour être franc, la vie sexuelle du Discobole et la gratouille de L’Apoxyomène ? Aucun intérêt. On ne chie pas quand on est de marbre ! Allez donc savoir si l’Hercule des Borghèse avait la gueule de bois. Symmaque fils d'Eschyle s’est-il un jour bourré la gueule ? Les grecs, s’en foutaient. Ces héros du stade ne valaient, et ne valent dans l’éternité, que dans le regard et par le ciseau des génies.

 

leroux.jpgPlus tard j’ai entendu l’hippodrome mugir, avec Sainte Sophie comme toile de fond, quand les rouges menaient la course. J’ai vu les poignards sous les blouses hunniques et les fanatiques, prêts à déferler dans la ville pour massacrer les ennemis du peuple et de la religion vraie. Beaucoup plus tard, je les ai revus, en version moderne et française. Il y avait les Jean, les Robert et les Pierre, avec leurs poignards en porte-plume, venus de Normal et d’ailleurs, tous à Nuremberg, communiant sans trop savoir avec qui, se pensant revenus en Attique pour assister à une procession de pythagoriciens.
Un peu confusément parce qu’il y avait stade ils ont pensé qu’il y avait dieux. Et se sont plongé dans la contemplation des muscles en sueur pour, applaudissant à tout rompre, s’en revenir pleins de rêves de bêtes blondes, attendris d’avoir assisté à la naissance d’un nouveau Lysippe et d’un nouveau Périclès, sous la forme d’un Arno et d’un Adolphe. Ils ont donné le « la » de la nouvelle musique. Les peuples se sont mués en athlètes, les plus beaux devaient naturellement l’emporter et tout emporter sur leur passage.

pericles.jpgC’est alors que les héros, ont quitté les cieux et sont revenus sur terre. Ils avaient bien changé. Ils avaient grandi, montaient de vrais chevaux et maniaient des trucs de pro. Humains très humains, et dans leurs corps, et dans leurs sentiments. Ils sont redevenus hommes sous la forme de bêtes de course spécialisées, élevés dans des enclos à part et en cours de redomestication. Si proches des foules qu’ils ont même réussis à faire pleurer parce qu’ils étaient pétés et quand ils se pètaient la gueule entre copains et pétasses.
On a vidé le ciel et on a rempli les cirques. Les foules n’ont plus besoins de dieux. Les gladiateurs s’entrainent tous les jours. Çà coûte cher un bon mirmillon ! Et si ce con se défonce, c’est sa tronche qui se fera défoncer.  Conclusion. Du blé foutu par la fenêtre.  Si le type n’est pas trop nul, Lucius peut espérer s’en mettre plein les poches. Les bêtes de course, sont de vraies bêtes à concours, tout çà coûte cher, donc tout çà doit payer. J’ai vu le culte du héros remplacé par des milliers d’yeux humides sentimentalisant autour de performers incultes. Quand on cultive des produits de serre, fragiles et shootés, on a ce qu’on mérite, des tètes vides et des gueules bourrées.

Valent-ils une statue? Et si statue où l’ériger ? Allons, notre siècle est celui de l’instant, de la fugacité et des sportifs kleenex. Il nous faut aller à Madame Tusseaud, commander une poupée de cire nous ne méritons plus les statues de bronze.

Pascal Ordonneau

20.07.2009

Hystérie(s)

PhotoJacksonMichaelThriller1cropSmBrite.jpgJackson. Au grand ballet d’été où devraient s’amenuiser les distorsions intimes et s’éventrer, dans nos piaules de passage, nos valises fatiguées, quand les âmes tristes chauffent au soleil loin des huis clos pétrifiants, avec le sentiment d’une sourde libération, le purgatoire médiacratique, lui, continue comme si de rien n’était de surjouer sa petite musique monocorde. Les sujets d’actualité graves et pesants ne manquent pourtant pas… En plein sommet du G8 en Italie ; tandis que la France débat du travail du dimanche comme enjeu symbolique de civilisation ; tandis que, réunis aux 9es Rencontres d’Aix-en-Provence, des économistes du monde entier se montraient non seulement alarmants mais suggéraient ni plus ni moins que la crise économique ne faisait « que commencer », prédisant un « scénario catastrophe » pour l’emploi mondial ; tandis que le Congrès américain venait d’adopter la loi sur le réchauffement climatique, vote à la fois dérisoire et historique ; tandis que le grand public avait déjà oublié la mort de Pina Bausch, qui n’avait pas son pareil pour changer la vie des autres ; tandis que le Tour de France s’élançait et que le Festival d’Avignon vissait ses derniers tréteaux ; bref, tandis que le monde s’ébrouait tant bien que mal, entre larmes et espoirs, accroché à ses rêves d’à-venir meilleur et de lucidité sur l’état de lèce humaine, les télévisions du monde dit « civilisé », elles, se transformaient en Pravda mondialisée d’Hollywood et du show-biz américain. Trop c’est trop ! Michael Jackson méritait-il semblable déferlement hystérique, hors de tout propos et de toute raison ?

jpg_sp-7-by-1.jpgConfusion. Hystérique, oui. Mais pas uniquement du côté de ses fans, qui, on l’aura compris, avaient bien le droit d’exprimer leur tristesse, ce que le bloc-noteur fit ici même à sa juste mesure il y a quinze jours. Non, nous parlons là de l’hystérie non maîtrisée de « journalistes » perdus en plein spectacle, happés par le grand mélange entre information et émotionnel, qui, cette fois, a atteint des sommets. Ridicule. Orgiaque. Chacun le sait, ce qui est excessif est ridicule : sauf quand on en subit les conséquences… Or, pour extirper de sa dépouille encore chaude les derniers profits en dollars, certains semblaient capables de toutes les extrémités. Il suffisait de voir la cérémonie à sa mémoire, mardi, au moins sur trois chaînes nationales françaises, sans parler des chaînes d’info, pour comprendre que toutes les frontières avaient été enfoncées. Avec la foule avide. Les producteurs mercantiles. Les banquiers assassins. La famille tyrannique. Vendre du papier et du temps d’antenne pour cerveaux disponibles.

Unique. Mais il y eut pire. Ce 26 juin, une présentatrice écervelée d’un JT de 20 heures, annonça sans ciller : « Ce soir, un titre unique à ce journal… » Et ce fut le cas. Jackson, Jackson, encore Jackson… Pensée unique. Info unique. Monde unique. Bienvenu en enfer unique. Ni l’homme sur la lune, ni Mitterrand 81, ni la chute du mur, ni la fin de l’URSS, ni même le 11 septembre n’eurent le droit à semblable traitement.

Foule.gifPrison. Comme rarement dans l’histoire récente, entamée avec Lady Di, la spectacularisation du traitement médiatique, proche de la folie furieuse, doit nous inciter à réfléchir collectivement. Pourquoi serions-nous condamnés, de fait, à un lieu-monde subi, outrancier et vulgaire, où la répétition des vies humaines connues, avec leurs fautes et leurs peurs, leurs névroses et leurs schizophrénies, nous serait imposée de force ? Comme un cauchemar en boucle. Michael Jackson n’était ni Sartre ni Derrida, ni Aragon ni Chaplin, pas même Édith Piaf ou Maurice Ravel. Explorateur de la pop, peut-être. Révolutionnaire de la musique, certainement pas. Mais qu’importent au fond les qualités supposées du mort, acceptons volontiers ce débat, à l’heure où, manifestement, le monde marchand débridé a tenté d’exploiter le filon le plus longtemps possible jusqu’à écoeurer des observateurs comme nous, plutôt étonnés, au départ, d’être quelque peu émus par sa disparition, et prêts, de bonne grâce, à honorer comme il se devait le destin d’un individu intriguant, apeuré par lui-même, victime d’un système friqué anéantissant l’idée même d’émancipation : en voulant s’ôter des chaînes invisibles, Michael Jackson s’enferma dans une prison de carton-pâte, entre enfance et fantasmes. Et les médias, à titre posthume, ne lui ont rien renvoyé d’autre que la brutalité d’un capitaliste infantile…

 

287-virilio.gifAnti-monde. Nous nous demandions soudain, par extension, si Paul Virilio, penseur de l’accident, n’avait pas vu juste en évaluant la « saturation de nos vies par l’accident », ce qu’il appelle « la mondialisation des affects » qui, à l’évidence, entraîne l’épuisement ou la manipulation d’une opinion publique émotionnelle, aussi générale qu’éphémère. Pour Virilio, « le temps réel audiovisuel a exterminé les distances ». Réduisant l’intelligence collective. Accroché au seul spectacle présent, oublieux de toute nuance, pulvérisé d’avoir perdu ses territoires propres (on pourrait presque écrire « sécularisés ») comme ses histoires singulières, tout cela dans un tremblement du temps prodigieux (la médiasphère), le monde, aimanté par sa globalisation, est devenu incapable de se ménager des intervalles et des délais pour des actions alternatives à celles qu’on nous impose. Un monde anti-monde en somme. Chacun vivant, à la même minute et en même temps, l’uniformisation de l’existence. Pauvre George Orwell, totalement dépassé par les événements…

Stop. Puis, quand nous avons vu Édouard Balladur sur LCI déclarer qu’il était « un fan » de Michael Jackson, pour son « immense talent musical mais aussi chorégraphique », comparant le chanteur à Rudolf Noureev (« c’était un peu la même impression de force très grande », affirma l’ex-premier ministre), nous avons compris qu’il n’y avait décidément plus rien à faire. Pris de nausée, nous avons juste éteint notre télévision. Pour retrouver le grand ballet de l’été, nos piaules et nos valises fatiguées.

Jean-Emmanuel Ducoin

18.07.2009

Basta(s)

rugby-fce-ire.jpgCaractère. Tisseurs de souvenirs et d’à-venir. Les grands mythes naissent des rites, quand ils ne les suscitent pas… Pour le sport aussi, la formule est non seulement consacrée mais chaque destin, dans ses tourments, ses troubles ou sa part de gloire, nous apportent inlassablement confirmation. Si « les preuves fatiguent la vérité » (Georges Braque), un nouvel exemple vient nourrir notre imagination et ne nous lasse pas de tenter de comprendre ce qui se trame derrière certaines aventures humaines aux contours tragiques. Ainsi en est-il du rugbyman français Mathieu Bastareaud, dont la mésaventure en Nouvelle- Zélande fait non seulement les choux gras de la presse à scandale, mais, comme toujours dans ces cas-là, alimente fantasmes et ragots de la pire espèce ramassés dans les caniveaux. Il faut parfois savoir se pincer le nez pour se soustraire aux puanteurs de rédacteurs en chef sans scrupule, dépourvu de parole et d’éthique ! Les faits, dans leur grande ligne, puisqu’il ne sert à rien de connaître l’exacte réalité de ce désastre pour entrevoir la somme de souffrances qui étreint désormais l’international, sont évidemment peu glorieux. Et pourtant tellement insignifiants au regard d’une vie…

museumRugby.jpgMoeurs. Ce n’était qu’un soir de match. Un simple soir de défaite contre les Blacks. Un soir de détente pas plus triste qu’un autre, avant de rejoindre l’Australie pour la fin de la tournée d’un Quinze de France auteur d’une victoire surprise contre ces mêmes Néo-Zélandais une semaine plus tôt lors du premier test-match. Et puis. Sortie. De bar en bar. Légère beuverie. Retour tardif à l’hôtel. Bref des histoires de précoucheries à dormir debout, qui tournent mal. Histoires ridicules et dérisoires. Mais bien réelles pour des jeunots de vingt piges lâchés loin de leurs bases. Croyez-en le bloc-noteur, témoin privilégié d’une Coupe du monde de rugby à l’autre bout du monde (en Afrique du Sud). Ces moeurs d’hommes nuitamment éméchés capables d’excès en tout genre (l’alcool devrait aussi être détecté dans les urines) sont presque banales. On peut le regretter. Feindre de le découvrir ou s’en étonner. Appeler la morale à la rescousse. Telle est la vie des sportifs en tournée. Telle est la vie des hommes, toujours prêts à brûler leurs vaisseaux dès que le port s’éloigne.

Glauque. Mathieu Bastareaud, lui, n’a que vingt ans. Rendez-vous compte… Seul, le sportif l’est toujours. Seul, le champion d’exception l’est davantage. Et il s’agit bien de cela. Face aux étrangetés des situations et des tentations, Bastareaud, sans doute mal entouré ( ?) ou plus fragile qu’il n’y paraissait, s’est ainsi retrouvé au coeur d’une glauque circonstance de mâles arrimés à leur connerie. De celles qu’on ne prévoit pas. Mais qui laisse des traces psychologiques. Si l’on en croit la police locale, Bastareaud a donc inventé – la télésurveillance en atteste – cette histoire d’agression raciste au pied de son hôtel. De même, il avait aussi inventé en désespoir de cause cette blessure provoquée par une chute dans sa chambre, son visage ayant mal résisté à une table de chevet… Tout cela pour masquer une réalité moins valorisante. Énigmatique, le chef de la police local l’affirme : « Nous avons donné notre parole, et il y a certains détails de l’enquête que nous ne rendrons jamais publics. Nous ne voulons embarrasser personne, et nous nous sommes engagés à respecter le secret de l’enquête. » Ce que nous pouvons dire. Deux joueurs français rentrent à leur hôtel tard dans la nuit, accompagnés par deux personnes consentantes ou vénales (qu’importe). Bastareaud arrive. Les rejoint. Veut participer. Que se passe-t-il ensuite ? Probablement une dispute, puis une bagarre. Avec qui et pour quelles raisons ? Le chef de la police a sûrement son idée : « Les deux personnes ne se sont jamais présentées, cela me fait penser qu’elles ont été témoins de quelque chose, et qu’elles ont eu peur ensuite des retombées publiques. » Mystère. Préservons-le.

Rugby_3.jpgTrajectoire. Tout aurait pu s’arrêter là. Sur cette perspective « ordinaire ». Et, l’affaire passée, nous en serions encore à nous passionner pour ce joueur hors du commun, à son ascension météorique qui l’amena des pelouses du Val-de-Marne, via la division Fédérale 1 à Massy (en 2007), au Stade Français, sachant qu’une seule saison au plus haut niveau lui aura suffi pour se mettre aux normes des tout meilleurs, physiquement, tactiquement… Et psychologiquement ? Moins sûr. Celui que certains considèrent comme l’un des « plus grands espoirs du rugby mondial », avec ses qualités naturelles (1,83 m, 111 kg) et sa technique fabuleuse (agilité des mains, placement, vision du jeu, etc.), était-il en mesure de supporter non pas la pression d’une carrière tôt assumée, mais bien, dans son sens fondamental, sa trajectoire annoncée, déjà toute tracée, telle une évidence ? « Basta », étoile montante, était-il prédestiné à la vie de baroudeurs de ces rugbymen adultes, mûrs et sûrs d’eux, fiers de ce qu’ils sont et qui le montrent en toute occasion, impulsant un style d’existence qui n’appartient qu’à eux, mélange de grâce et de camaraderie ? Jadis, les Mesnel, Cabannes, Galtier et autres Deylaud, que nous eûmes la chance de croiser de près dans l’exercice de leur profession mais également dans leur vie d’hommes, n’étaient pas que des sportifs robotisés. Quel que soit leur âge, ils étaient d’abord et avant tout des adultes, courageux et bravaches, et leur comportement, même lors de fêtes mémorables dont ils ne cachaient que les excès (ce qui est excessif n’est-il pas insignifiant ?), symbolisait à lui seul la pleine conscience de leurs actes. Le pauvre Mathieu Bastareaud, lui, a comme subi quelque chose qui le dépassait, arrivé trop tôt dans une histoire qui n’était pas encore la sienne. S’il faut parfois mordre la poussière pour tremper un caractère de sportif d’exception, on ne peut que regretter que ce gamin, à l’aube de sa vie, se soit inutilement mis en danger au point de courber l’échine et d’entamer durablement ce en quoi il croyait dur comme fer.

Tentative.Le week-end dernier, Bastareaud a en effet tenté de mettre fin à ses jours. Il a depuis été pris en charge par son club et placé en assistance psychiatrique. Avancer dans l’inconnu. À pas comptés. Avec cette histoire en bandoulière, qui ne parle hélas pas que de rugby. Métaphoriquement, elle dit juste le haut-le-coeur d’une époque. Il n’y a rien de mythique là-dedans.

Jean-Emmanuel Ducoin

14.07.2009

Je suis l'Empire une réponse à Jean-Emmanuel Ducoin

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Je suis l’Empire à la fin de la décadence, – Qui regarde passer les grands Barbares blancs – En composant des acrostiches indolents – D’un style d’or où la langueur du soleil danse.

Regardez devant nous monter le flot de l'histoire, nous l'avons déchaînée, et maintenant, la voilà dans toute sa puissance, nous l'avons éduquée et elle déferle de toute son intelligence, nous l'avons structurée et elle déverse ses modes de pensée.
Le torrent de montagne qui dévalait le temps avec rage et appétit, le chevauchant, le créant et le domptant est devenu ce que avons profondément désiré, un Nil, qui répand la richesse, et parfois la retire. Cette âpre fraîcheur qui nous remuait l'épiderme, l'air pur des cimes qui enivrait ceux qui se pensaient grands une fois montés tout en haut se sont mués en lourdeurs de moussons et en l’épaisseur de foules innombrables. Nous ne sommes plus seuls et ont nous a fait redescendre des sommets.

La liberté se saisit de toutes les têtes sauvagement, usant de tous les moyens de dire, d'aller et de faire, pulvérisant les tigres de papier, explosant les téléscripteurs, subjuguant les écrans. Elle submerge le jardin des lettrés qui s’entre -regardent couverts de limons et de terres en décomposition, devenus terreau et salis, et ne savent que faire de ce fumier. Et pourtant se voudraient bouillon de culture.
Les idées ne débattent plus, elles s’ébattent en liberté et sont promenées sans but, emportées dans le fleuve. Dans cette course, les concepts se heurtent les uns aux autres et, brisés, ou coulent, ou allégés vont atterrir dans la boue, pour regermer autrement,  un peu plus tard. On ne les reconnaîtra plus. Les mots avec eux auront dérivé, et joueront un double jeu, parlant aux lettrés la musique qui les émeut, hurlant aux foules, les injonctions d’aller en avant et de repenser l’histoire.

L’homme émerge de l'ancien humain, ou de l'ancien humus, et sort comme il devait advenir, comme cela était voulu, il y a des centaines d'années, quand les grecs avaient mis les dieux en scène et inventé la loi. L’émergence se joue des frontières, des mers et des continents, les peuples se sont remis en marche et quittent le paradis des pères de la pensée. Longue marche vers le plus haut après cette longue marche pour le plus d’homme.

Et tels que nous sommes, regrettant d'avoir lâché tant de puissances, nous sommes des condamnés: à regretter ce temps où la puissance était à déchaîner, à regretter ce temps où nous étions cette puissance qu'on déchainait.
Et tels que nous devenons, nous n’aurons plus beaucoup de choix. Nous étant détachés de l’histoire nous la regarderons s’écouler. Ou bien, laissant sur la rive les guenilles, qui nous entravent nous plongerons.
Debout les fortunés de la terre...les damnés arrivent, avec leurs contes, leurs rêves et leurs désirs.

Pascal Ordonneau

13.07.2009

Urban Art

La Galerie 208 Chicheportiche présente :
« Urban Art »
7 juillet – 31 août 2009


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La Galerie 208 Chicheportiche, fidèle à ses objectifs majeurs – rendre l’art accessible à tous et donner à voir l’art d’une autre manière – vous invite à découvrir une exposition originale autour de cette expression artistique omniprésente dans notre société : l’art urbain sous toutes ses formes (le design, le graffiti et le street art). Né dans les années 60 dans les rues de New York et interdit dans toutes les villes, le street art est incarné par les tags et les pochoirs. Revenant sur le devant de la scène (vente chez Artcurial et Million-Cornette de Saint Cyr, exposition au Grand Palais, et dès le 7 juillet à la fondation Cartier), la galerie propose à cinq artistes, SHAKA, QUATRE, CHRISTOPHE LEROUX, DOMINIQUE FURY et THOMAS DE LUSSAC, de présenter leur art et ce qu’il a de particulier.

De différents horizons par l’emploi de techniques diverses, ils travaillent cependant tous sur le même thème : la ville et le monde urbain.
Le choix d’une exposition sur ce thèmedu monde urbain en particulier est dû aussi à l’actualité : en ce moment, les média parlent beaucoup de récup’ occasionnées dans le monde urbain, de street art, de graffiti, et on commence enfin à parler d’art.

Shaka a récemment fait parler de lui lors de la vente de l’une de ses œuvres par la maison de vente Million-Cornette de Saint Cyr pour la somme de 15 000 euros à une collectionneuse anglaise. Cette œuvre avait pourtant été estimée entre 4 000 et 6 000 euros. Cet artiste français, originaire de la banlieue sud-parisienne, s’est intéressée très jeune au dessin et au graffiti. En 1998 il choisit son pseudonyme et crée le crew « DKP ». Après avoir fréquenté la faculté d’Arts Plastiques et d’autres artistes graffiti, il fonde en 2005 le crew « PPA » (Petites Peintures entre Amis). Son travail s’inspire du graffiti et mélange diverses influences, comme le lui a enseigné la culture Hip-Hop. A travers ses peintures bariolées, Shaka dépeint les comportements souvent absurdes de ses semblables et retranscrit leurs émotions. Ses portraits nous montrent des visages sans peau aux tissus nerveux et musculaires complexes, trahissant un sentiment, plusieurs facettes d’une personnalité. La multitude de couleurs employées évoque le port d’un masque qui laisse planer un doute quant à la véracité des émotions présentées par ses visages. Depuis peu, Shaka s’intéresse au volume en utilisant du plâtre avec l’envie de faire sortir de ses toiles des éléments pour interpeller le spectateur. Site officiel : www.myspace.com/shakaconcept.

Né à Paris, Quatre débute le graffiti en 1993 et se plonge dans cet art urbain qui lui permet d’exploiter toutes sortes de surfaces. En 1996, il participe à la mise en œuvre de l’Association STEUS connue pour ses nombreuses décorations et fresques murales sur Paris. En 1998, avec le collectif SWC, commence un travail de fresque qui se distingue par un mélange de style graphique, de lettrages « wildstyle » nouvelle école avec un style dynamique marqué. Travaillant aussi bien les lettres que les décors ou les personnages, il participe par la suite à de nombreux événements en France et en Europe. Passionné par les terrains vagues et les espaces à l’abandon depuis plus de 10 ans, il effectue sa maîtrise d’arts plastiques (Université Paris I – Sorbonne) sur ce thème, puis réalise en 2005 un livre de photographies « Hors du Temps » aux éditions Colorszoo regroupant de nombreux artistes travaillant dans ces lieux. Depuis 2005, Quatre donne un nouvel élan à son travail artistique et réalise des fresques et des expositions en France (Paris, Nantes, Niort, Toulouse, Lyon, Bayonne…) et dans le reste de l’Europe (Allemagne, Espagne, Suisse…). Son appartenance à plusieurs collectifs de graffeurs (LCF notamment) à travers la France lui offre alors de nombreuses opportunités et ouvertures artistiques. Aujourd’hui, Quatre est très présent dans les divers événements liés à la culture graffiti. Il se concentre davantage sur son travail en atelier et sur ses nouvelles toiles dans lesquelles il mélange ses photos de lieux abandonnés et son univers graffiti aux lettres explosives. Site officiel : www.katre.fr.

Ces deux artistes s’imprègnent de la rue, travaillent avec la municipalité, avec des enfants … Ils sont véritablement animés d’un désir de partage et de transmission de leur savoir-faire.

Dominique Fury est considérée comme l’initiatrice des nouveaux Pop (Les Nouveaux Pop, catalogue 2006). Depuis le groupe Bazooka, elle manipule les codes urbains sur différents supports : toiles ready made, vidéos, plexiglas, etc. Ainsi montre-t-elle son œuvre récente sur plexi ovale réalisée pour Coca-Cola, reproduite dans Coca-cola dans l’art, 2008. Elle intervient aussi in situ pour les décorateurs (Beyrouth, Dubai, Londres). Le remix qu’elle opère sur des toiles ready made via la technique de la sérigraphie dispose sur la toile une vision du monde éclaté en fragments. Mêlant plusieurs techniques, elle invite régulièrement des artistes à « performer » dans son travail. Elle montrera dans la galerie des tableaux en format 40x40 que l’on peut recomposer en diptyques et polyptyques « I’ll be your mirror ». On y reconnaîtra la « Madone aux corbeaux » présente sur la couverture du catalogue « 40 ans de peinture figurative », grand tableau actuellement exposé au centre culturel de Périgueux. Par ailleurs, elle présentera un skate devenu œuvre d’art sous ses mains. Site officiel : www.fury-fr.com.

Christophe Leroux exploite tous les domaines : peinture, sculpture, gravure, etc. Il est notamment connu pour son travail sur l’aluminium, un matériau omniprésent en ville, auquel il donne vie en le découpant, en le froissant et y appliquant au pochoir un mot, un chiffre ou un signe porteur d’un message. Vivant et exposant entre Paris et Los Angeles, cet artiste français s’inspire de ces deux cultures pour construire sa propre ville. En détournant et en se réappropriant une signalétique familière, il offre aux yeux du spectateur un paysage métallique et industriel, à la fois poétique et urbain, aux couleurs rouge vif, bleu et gris béton. Christophe Leroux joue avec les techniques, les formes, les supports mais aussi les domaines d’expression (peinture, sculpture, gravure, art fonctionnel …) pour nous présenter une ville réinterprétée, à la fois neuve et usée par les âges. Son message : « le quotidien est vivant et inattendu mais aussi gai et coloré ! ». Site officiel : www.christopheleroux.com.

« Ecrire ou dessiner ? » Bien qu’issu d’une formation littéraire, Thomas de Lussac opte pour le Design. Une façon d’exprimer sa créativité dans un Univers concret et réel. Toutefois le côté fonctionnel du Design est une limite que Thomas a voulu dépasser avec la naissance de sa marque T2L. Le but : donner vie, poésie, et humour à ses créations. Thomas propose donc le soir du vernissage de donner la parole à sa lampe « Moonwalk », homme pictogramme, que l’on retrouve dans notre quotidien (feux rouge et panneaux divers…). L’artiste réutilise une signalétique urbaine dans des objets d’utilisation courante : les appliques murales qu’il conçoit sont inspirées de panneaux de signalisation routière, ses dessous de plat utilisent le petit personnage signalant les sorties de secours, et sont également réinterprétés en dessous de plat géants numérotés à placer au centre d’un banquet afin d’inviter toute une famille à passer à table. Le message est détourné, l’humour fait son entrée ! On trouve également des plots bicolores indiquant la présence de travaux transformés en pots de fleurs…. Thomas de Lussac délivre donc un message à la fois poétique et décalé… Site officiel : www.thomasdelussac.fr.

 

Le samedi 18 juillet, de 15h à 19h, une deuxième performance aura lieu : quatre des artistes (Shaka, Quatre, Christophe Leroux et Dominique Fury) interviendront sur un paravent conçu par Thomas de Lussac afin de mêler leurs expressions artistiques dans un même tableau

La Galerie 208 Chicheportiche, située au cœur du quartier latin (208, boulevard Saint-Germain), possède la particularité de présenter ensemble, des artistes de générations différentes et/ou d’univers picturaux parfois très éloignés. Elle a également pour vocation de créer une accessibilité à l’art contemporain. Dans cet esprit, elle expose donc dans la galerie mais organise également des évènements « hors les murs », en collaboration avec des partenaires de prestige pour aller directement à la rencontre du public. La Galerie 208 Chicheportiche a, de plus, la volonté de tisser des liens entre les cultures. La politique de la galerie se fonde sur une pédagogie de la confrontation entre les scènes françaises et internationales ; mais aussi entre les générations et les niveaux de notoriété.


Informations pratiques
Site Internet: www.galerie208.com
Horaires: Lundi: 14h-19h / Mardi-Samedi: 10h-19h
Métro: Saint-Germain-des-Prés (ligne 4)-  Rue du Bac (ligne 12)
Bus : 39, 63, 70, 86, 87, 95, 96

10.07.2009

Livresque(s)

collabo.jpgPétainisme. La vie réelle est une arme secrète (parfois inoffensive mais pas toujours) pour entrer en littérature, se frayer ci-devant un chemin dans les broussailles du mal-être et des injustices. Il faut y férir. Et mettre bas les jougs qui nous dominent. En écoutant cette semaine le prince-président Nicoléon s’exprimer à Versailles, lieu où jadis la grandeur supposée n’était pas encore une fonction mais une qualité (sic), nous nous disions que, décidément, certains hommes étaient capables de tout. Précautionneux pourtant, Nicoléon, lisant ses notes sans défaillir cette fois et sans improviser, de peur sans doute de maltraiter encore la langue… Sur tous les sujets - social, rigueur, religion, prisons, Europe, etc. - on aurait pu le contredire par les faits. Le petit bonhomme de Neuilly osa même se référer au Conseil national de la Résistance : à ce niveau de manipulation et de mensonges, les mots nous manquent. Les Versaillais toujours tapis dans l’ombre se réjouissent et triomphent en silence. Quelle est la différence entre un maître et ses valets ? Aucune. Un maître peut tout se permettre, ses valets n’ont aucun droit aux doutes… Alain Badiou a définitivement raison : « Sarkozy, le nom du pétainisme contemporain ».

pierre_assouline.jpgPages. Pour lutter contre toute résurgence misanthropique, merci à Pierre Assouline (voir son blog) de nous instruire d’une tendance à contretemps qui nous réconcilierait presque avec certaines franges de la population. Connaissez-vous le « bookaholics » ? Néologisme souvent utilisé aux États-Unis pour les accrocs du sexe, du travail, du jardinage, de l’automobile, de la cuisine, ou de toute autre activité… Assouline nous apprend en effet que l’Association des libraires américains travaillait à rendre leur fierté à ces « bookaholics », qui, les anglophones auront compris, sont bien ces voleurs de temps, caractéristiques par leur côté compulsif, obsessionnel, ininterrompu de la lecture ! Pour eux, ni traitements ni thérapies. Admirables dévoreurs de pages. Nos bons libraires et éditeurs, jamais avares de bons coups, viennent de décider d’en faire un « concept positif », de le dépouiller de sa dimension médicale (sic), au plus grand profit du livre… et de certains éditeurs qui s’obstinent, à l’heure d’Internet, à publier des textes. Vous aussi, vous êtes « bookaholics » ?

michael-jackson.jpgJackson. Réveil au coeur de la nuit. Annonce troublante. Pop en deuil. Matin chagrin. Étiez-vous un peu « jacksonaholics » ? Le phénoménal inventeur de Thriller, qui, en cassant les codes, éleva le genre au rang d’art, a cessé de vivre. Mourir du coeur, drôle d’idée pour une victime du syndrome de Peter Pan, lui qu’on surnommait autant « Bambi » que « Wacko Jacko » (Jackson le Dingue). Star de la démesure en toutes choses, psychopathe d’un personnage qu’il n’a jamais été (un autre lui-même), schizophrène, luttant avec obstination contre le monde réel, gommant sa couleur comme son identité, fragile, souvent pathétique, colossal vendeur de disques, marqué au fer rouge par une famille de débiles, crucifié par son succès planétaire, montreur involontaire de souffrances intimes, Michael Jackson, fragile en diable, aimait tellement l’enfance qu’il voulut y habiter ad vitam aeternam - jusqu’au trouble de sa propre sexualité… Tout là-bas, Neverland va bientôt retrouver sa fonction première : un château de carton-pâte pour mauvais dessein animé. Une certaine idée du néant, du temps passé pour pas grand-chose, des éclats et, surtout, de cette espèce d’inutilité du jeu des apparences… Quant à nous, quel coup de vieux ! Le roi de la pop s’enfuit à cinquante ans et nous cherchons les mots. Le type vampirisait une partie de notre univers mental. N’est-ce pas ça, le génie des inventeurs ?

 

photo_0302_459_306_50700.jpgMitterrand. « Je suis un artiste, pas un intellectuel. » Le cultureux multigenres aime les mots… et alors ? Même en abolissant les frontières du compréhensible ; même en reconnaissant au bonhomme une réelle sensibilité aux cultures du monde, avec cette forme de mélancolie qui nous trouble et nous émeut, quand s’avance l’ombre du grand nuage de la mort où le visible et l’invisible font cause commune ; et même, tenez, en se disant que la fonction vaut plus que celui qui vous l’octroie… eh bien non, désolé, nous ne parvenons pas à croire en la sincérité - pour ne pas dire l’authenticité - de la nomination de Frédéric Mitterrand à la tête du ministère de la Culture. Certes, pour tout nicoléonien attablé au Fouquet’s, regagnant vite rive gauche le soir venu, le patronyme était attirant, toujours obsessionnel. « Une prise de guerre », a-t-on entendu dans les couloirs du Palais. Il paraît même que Nicoléon, fier d’associer indirectement son nom à celui de son illustre prédécesseur, rigole encore de la bonne blague faite aux naïfs. Un dandy pour le prince ? Une figure décalée et décapante pour la galerie ? Un mirliflore pour toutes audaces ? Comme une justification au soi-disant nouveau bon goût inculqué par l’épouse italienne, qui lui avait déjà murmuré à l’oreille le nom du neveu pour la Villa Médicis ? Et quoi d’autres ? Une simple décoration ? Un trophée ? Un alibi ? Un signe désespéré d’« ouverture » ? Un pied de nez au tonton, qui croyait ferme aux « forces de l’esprit » ? Un peu tout cela à la fois, hélas !… Mais au fait : est-il « homme de gauche », ce Frédéric Mitterrand, comme le clament encore quelques inconditionnels ? S’il appela à voter Chirac en 1995, essentiellement par haine du « devoir d’inventaire » décrété par les jospinistes en mal de transcendance, il déclara néanmoins, deux années plus tard : « Je suis de gauche car je n’ai aucune affinité avec les gens de droite. » C’était dit. Mais douze ans plus tard, l’attendrissant monsieur « bonsoâr ! », inoubliable chroniqueur cathodique du temps qui passe en compagnie des stars, et parangon de ce qu’il appelle lui-même « l’histoire académique », se trouve une place de choix dans les arcanes de la vulgarité pétainiste réinventée.

Régression. De Gaulle, incarnation du devoir national, imposa Malraux. Mitterrand, amoureux des lettres et des arts symboliques, inventa Lang. Nicoléon, lui, parvient tout juste à démagnétiser un neveu… Et vous doutez encore de la réalité du dépérissement du pays de Jaurès et d’Hugo ?

Jean-Emmanuel Ducoin

08.07.2009

Madama Butterfly... sous le ciel d'Alès

big_27855.jpgL'été cogne aux persiennes, histoire d'annoncer la saison des festivals. Ici où là, les mélomanes affluent, pour goûter à une multitude de caresses sonores. En juillet, à deux pas d'Alès, les amateurs pourront écouter ou découvrir l'opéra de Puccini, MADAMA BUTTERFLY. Un spectacle féerique... et ses fruits de la Passion, à déguster sans modération.

Depuis plusieurs années, Annie Corbier, auteur(e), comédienne et directrice artistique de Ellipse production, se bat en pays d'Alès pour monter, réaliser, mettre en scène des spectacles, hors des petits cénacles parisiens. Pour elle, la décentralisation culturelle n'est pas une utopie. Elle s'y frotte, jour après jour... avec courage et talent.

A propos de la mise en scène de Madama Butterfly, Annie Corbier écrit : "Emouvoir. L'acte théâtral idéalement suivi par Puccini... La tension dramatique est portée à son comble dans ce leitmotiv de la musique qui est l'attente insupportable de Butterfly. Parce que l'on sait que Pinkerton ne reviendra pas. Ce n'est pas le Japon contre l'Amérique, c'est la passion contre le désir éphémère". Pour la création de cet opéra, Annie Corbier a choisi de s'entourer à nouveau, de jeunes talents et d'artistes professionnels venus des quatre coins de la planète. Un choix universel donc, au service de la voix humaine et des mélodies romantiques de Puccini.


Complainte des rouge-gorges...

Un décorum japonisant, et des salves d'émotions, pour dire toute la détresse d'une jeune geisha prise au piège de ses sentiments.
Cio-Cio-San est une femme-papillon; amoureuse jusqu'au bout des ailes, son coeur bat la chamade devant Pinkerton, un bel officier américain. Il l'aimera un peu, beaucoup, passionnément...le temps d'une valse, d'un mariage-parodie et d'un coucher de soleil sur Nagasaki. L'homme a des promesses plein sa vareuse, et la trahison au front. Il lui fait un enfant et retourne en Amérique.
S'écouleront des mois, des années d'attente... jusqu'au retour du mari-fantôme. Loin des yeux, loin du coeur! Son officier a construit un autre nid, il s'est marié pour de bon à une autre femme. Désespérée, Cio-Cio-San abandonne son enfant et, "Con onore muore" acte III, se donne la mort à la japonaise.

Cette histoire, tirée d'une nouvelle de John Luther Long, deviendra sous la plume du dramaturge David Belasco (1853-1931) une pièce de théâtre. En 1900, lors d'un voyage à Londres, Giacomo Puccini (1858-1924) assiste à une représentation de Madame Butterfly et tombe sous le charme. En 1901, Puccini obtient les droits de la pièce et ses librettistes Luigi Illica et Giuseppe Giacosa se mettent rapidement au travail. Représentée en février 1904, à la Scala de Milan, l'oeuvre est fraîchement accueillie. Au fil du temps, les conventions s'estompent... l'ouvrage du compositeur traverse enfin les frontières et Madama Butterfly devient un succès.

Ophélie Grevet ⓒ


DISTRIBUTION

L'opéra de Puccini MADAMA BUTTERFLY est présenté à Saint-Martin-de-Valgagues (sortie d'Alès) par une compagnie professionnelle. De jeunes artistes et des artistes confirmés collaborent à la création de cet opéra.

Direction Artistique et mise en scène Annie CORBIER, scénographie Djinn Bain. Au piano Marie ARNAUD.

Avec Tomomi ISHIGAMI, John RAWNSLEY, Gosha KOWALINSKA, Laurent CABANEL, Christophe CAUL, Fabrice NEMO, Franz DONDERS, Wendy PINCHON, Constant d'Orphée BATAL, Solenn BONIL ... Orchestre 1er violon, Githa BOODT, hautbois: Jacques BERRINI. Arrangements musicaux Andrew PEGGIE, assisté de Tomas ALIX.

Scénographie Djinn BAIN, costumes Laurence MAGNANELLI.


Madama butterfly du 07/07/2009 au 11/07/2009
De 21:00 à 23:00
Indice de prix: 10 > 15 €

Espace Le Fare Alais
Saint-Martin-de-Valgagues (sortie d'Alès)M


RESERVATIONS:

Entrées : 15 € réductions pour groupes...voir ELLIPSE
Permanences Office de Tourisme d'Alès à partir du 15/06 lundi 14-17h et vendredi 10h-12h.


Renseignements par mail ici ! Ou par téléphone au 09 60 36 24 25

Office municipal de la culture- tel: 04 66 56 78 53

07.07.2009

Vivant(s)

solution_source_questions.jpgSolution. Les malaises suscités par les désenchantements du monde marchand atteignent nos carapaces. Nous assumons mal les craintes qui nous assaillent, même si, en intimité, le travail sur nous-mêmes consolide notre orgueil primal de vieux républicains tendance révolutionnaire (et l’inverse). L’homme comme symbole ? Lavé des épreuves de la peur (parfois), rectifié en lui-même, ayant trouvé un sens (un chemin, une direction ?) à défaut de but ultime (un horizon ?), l’homme marche dans la ville sans jamais chercher à fuir les tremblements de la beauté. Rengaine à peine dégrossie : travail personnel au profit de la collectivité ? ou travail collectif au profit des individus ? ou les deux ? autres propositions ? « Il n’y a pas de sens pour un seul », disait Bataille…

Nancy. Le dilemme n’est pas nouveau, celui de se croire l’unique solution du problème. Quel problème ? Celui de la gauche, pardi ! L’autre jour, lisant avec un vif intérêt le long entretien, paru dans Libération, avec le philosophe Jean-Luc Nancy, nous nous prenions, quelques jours avant les élections européennes, à réfléchir avec lui et grâce à lui à ce qu’il nomme « le sens de l’histoire », ce qui, vous en conviendrez, est autrement plus ambitieux que sa petite marche personnelle au coeur du vaste monde (à ce propos, lisez une fois dans votre vie, le Toucher, Jean-Luc Nancy, par Jacques Derrida, aux éditions Galilée, 2000). Dans cet entretien, Jean-Luc Nancy déclarait tout de go : « L’histoire représentée comme émancipation de l’humanité s’est arrêtée. » Bien que préparé à semblable sentence, l’énoncé dans sa propre bouche eut un effet assez dévastateur. D’autant qu’il ajoutait : « Le sens de l’histoire a été suspendu, et cette suspension n’est pas provisoire. Je ne dis pas qu’une autre histoire ne va pas reprendre, autrement. Mais être de gauche, c’était vivre dans le sentiment de participer à une histoire qui progressait, bon an, mal an, vers la possibilité d’une plus grande justice sociale, d’une société plus juste, plus heureuse, plus pacifique. » Rudes mots. Abruptes. Quasiment définitifs. En somme, comme l’avait écrit très tôt Michel Foucault, nous sommes sortis de l’Histoire (avec la majuscule qui sied à sa grandeur) pour entrer dans l’âge de l’espace (avec minuscule).

43336727_9d34c9f722_m.jpgDésenchanté. Reprenons un instant. Jean-Luc Nancy avait donc bien dit : « Être de gauche, c’était… » Il utilisait l’imparfait. à l’en croire, deux intentions s’offriraient donc à nous. Ou la gauche n’existe plus, ou elle a changé de définition. Nancy insistait : « La société a cessé de se projeter vers l’avenir, changement dont le "no future" des punks a donné la version sombre et tragique. (…) Ma jeunesse a été marquée par le futurisme (…), on s’interrogeait sur la vie du militant qui sacrifie tout son présent, amoureux, sexuel, artistique, sensible, au service d’un projet à venir. Voilà ce qui s’est perdu. » De quoi Nancy est-il le symptôme ? À l’évidence d’un désenchantement que la cruauté de sa sincérité n’atténue en rien, bien au contraire. Car l’homme, pour lequel nous exprimons (modestement) estime et admiration pour son oeuvre, tenta de nous achever ainsi : « Tout passe par la politique, mais rien ne peut s’y accomplir. La politique est toujours "pour demain". »

Émancipation. Nous en étions là, coincés entre gravité et stupéfaction. Là, à ressasser les phrases en leur brutalité. À les faire tourner en boucle, tentant d’en percer les éventuels mystères. Là, à repenser la question de l’État, ce qui doit ou non le régir, au nom de qui et de quoi, et pour quoi faire. Là, à nous liquéfier devant les sensations éprouvées, le sentiment, le sens critique. À nous remémorer ce que signifiait et signifie toujours l’émancipation, à savoir la liberté des hommes, leur libre arbitre, la fraternité, l’amitié, la libre création, leur pouvoir enfin gagné sur toutes les formes de productions collectives, l’accès à la culture et aux connaissances, un monde équitablement partagé entre productions et loisirs, une certaine idée du vivre-ensemble, etc. Nous en étions là, et bien au-delà en vérité : notre « coloration » politique (au sens des idées) retrouvait raison, ampleur et souffle à la simple évocation du moindre renoncement - ce à quoi pourrait nous inciter Nancy. Puisque nous partageons le même constat, à savoir que la « machine démocratique, tout en fonctionnant à peu près, n’est pas par elle-même porteuse d’émancipation » (dont acte commun), et puisque, en ce qui nous concerne, nous savons que l’enjeu de civilisation à venir, outre celui de l’urgente protection de la planète, restera celui de la lutte contre les inégalités produites par le capitalisme mondialisé, nous n’entrevoyons aucun débouché collectif sans un profond réenchantement de la politique. Précisément. La tâche qui, aux yeux de Nancy, paraît insurmontable (il en a pourtant vu d’autres), ne revient-elle pas à ceux qui pensent encore la politique comme un bien commun indispensable à la vie de la cité ? Seule réponse, selon nous, à ce beau constat du citoyen Nancy : « Empêcher enfin sérieusement les plus riches de multiplier leur richesse par le nombre de pauvres qu’ils créent. Car ils ne volent pas seulement l’argent : ils volent le présent, ils volent l’existence réelle. »

arton371.jpgDignité. La politique ? Trop sérieuse pour la laisser à ceux qui veulent absolument s’en occuper pour nous. C’est donc aux citoyens, réunis autour d’un projet d’émancipation (eh oui) réinventant un développement durable et un partage des richesses, de reconstruire encore et toujours notre dignité menacée. Bien sûr, sans jamais craindre le débat d’idées, ni redouter les intellectuels plus armés que nous au maniement des concepts. « L’examen de conscience est un jeu crépusculaire où le scrupuleux perd à tous les coups », remarquait Régis Debray dans Loués soient nos seigneurs (Gallimard). C’était en 1996… treize ans déjà. Mais Debray, qui s’y connaît toujours en engagement, concluait son chef-d’oeuvre par cette formule admirable : « Alors, la mort d’un militant honore toute sa communauté d’espérance et, réinsufflant vie aux principes qu’elle arbore sur ses bannières, redonne de l’élan aux vivants. » À méditer. Plus que jamais.

Jean-Emmanuel Ducoin

05.07.2009

Et si vivre riche était devenu trop cher ?

image_1222.jpgPromenons-nous dans les bois… Les erreurs de jugement commencent toujours par une euphorie, un moment de bonheur, un plaisir arraché aux méchants et aux malins.

Promenons nous …

La chanson sait bien que ce moment-là ne durera pas. Le loup est là, dès le commencement de la promenade. Dans une heure, dans un jour, dans dix ans, il faudra payer pour cet instant de bonheur.

Payer ? Pourquoi payer ? Et que payer ?

Et si être riche, ce n’était pas si cher que ça?

Qui parle de loup ?

Venez donc au Maroc, à Marrakech voir ces Ryads achetés dix francs six sous. Là-bas, on peut être riche pour trois fois rien. Avec une bonne retraite de cadre on fait un nabab. Bâtir un petit palais dans le style local, c’est possible.

Et Madame a enfin du service !

Un peu plus au sud, sur la côte, il y a ces petits villages.

La mer en plus ! Les levers de soleil… Et ces filets de pêcheurs que les hommes reprisent avec la lenteur des sages.

Et toute une population si charmante. Il n’y a pas de ces jalousies là-bas. Les riches sont riches et les pauvres sont pauvres. Un ordre naturel que le rythme des siècles n’est jamais venu troubler.

On peut se promener sans frais excessifs. Le loup n’y est pas !

Bien sûr, dans les pays riches être riche c’est plus cher.

D’ailleurs, il y a des pauvres dans les pays riches, des gens qui n’arrivent pas à atteindre au moins la richesse moyenne…. La richesse par tête en moyenne aux Etats Unis ? 120 dollars par jour ! Un pauvre américain, n’a pas beaucoup d’argent, mais il en a beaucoup plus qu’un libérien, pas même pauvre ! La richesse moyenne par tête aux Libéria ?… 1 dollar par jour !…au Libéria, franchement çà ne coûte pas cher d’être riche !

Dans la forêt, les promeneurs américains  côtoient-ils les promeneurs libériens, comme si de rien n’était ?

chat-riche.jpgEt si, le loup rôdait tout à côté ?

Et si le loup y était ?

Un instant de bonheur, dans un monde déchiré, violemment inégal peut-il être gratuit ? La prétention à être heureux est-elle simplement pensable quand le malheur est à la porte d’à coté ?

Le loup qui rode dans les bois ? Tous ces gens qui ont faim ? Ils devraient se tenir à distance et supporter la promenade des obèses ? Le loup, un animal efflanqué et galeux comme ces pauvres, ces malades, ces crèves la faim qui écoutent prostrés le chant des mandibules des promeneurs au fond des palmeraies… ?

Ou bien le loup serait ces gens, qui, de temps à autre, déferlent en violences pures de haine, de meurtre pour bouffer  les consommateurs, jouir des jouisseurs, détruire les palais et en faire des masures. De temps à autre.

Le temps pour arriver jusqu’aux promeneurs était très long. Il crevait de faim avant de les atteindre…Le plus souvent, il ne partait jamais sachant que le chemin était impraticable et bien défendu par les distances et le relief. Parfois, le loup, sous-informé, ne savait même pas qu’il y avait des promeneurs dans la forêt. Il est aussi arrivé qu’il ne sache pas ce qu’était un promeneur !

Le loup n’a jamais cessé de roder. Mais, autrefois, il était loin. On avait le temps de s’éparpiller lorsqu’il jaillissait.

Les temps modernes sont arrivés. Le loup est toujours là et, chose nouvelle, il sait ce qu’est un promeneur.

Maintenant, lui aussi profite des progrès de la science et des techniques. Il  a appris que les Ryads restaurés sont des vitrines, que la vraie richesse est là-bas, plus au nord. Il sait que les chemins sont goudronnés, que les montagnes sont franchissables et qu’ont peut traverser les mers.

Traquer les promeneurs n’est plus insurmontable. Il sait qui ils sont et où ils sont. A portée de bateau, d’avions ou de camions.

Le loup rôde de plus en plus prés des riches. 

money_tree5.jpgEt si tenir le loup à l’écart coûtait une fortune ?


Être riche n’est plus une simple petite affaire de billets de banque qu’on crame et de promenades rustiques.

Les loups sont proches.

Les miradors surveillent maintenant les forêts dans leurs plus grandes étendues. On a beaucoup investi dans la fourniture de moyens de défense et d’auto-défense. Les promoteurs de vie de riches ont complété leur offre de service.

Les promenades sont accompagnées.

Gardes, gardiens et patrouilleurs ont été intégrés dans le contrat de base. L’équipement est plus ou moins sophistiqué selon les formules.

Il en coûte désormais beaucoup plus cher de vivre richement.

Une promenade en Irak, un mur de sécurité autour d’une bande de territoire à Gaza, un blocus un peu partout …C’est cher quoiqu’on en pense et même si on gère çà de mieux en mieux.

Cela coûte de plus en plus cher de se promener dans les bois.

Loup y-es-tu ? Pas encore ! Mais pas loin.

Si on n’y prenait garde, arrivant de partout, il s’infiltrerait et viendrait se servir. 


Et si, c’était une sorte d’accident naturel ?


On peut tenter les réponses classiques : la police, les répressions militaires. De la violence contrôlée menée par des gens payés pas trop cher, surtout s’il s’agit de conscrits. Si, malgré tout, çà ne marche pas c’est qu’il s’agit de risques naturels. Même chose que, lorsque se promenant dans la forêt, on reçoit un arbre sur la tête. Les anciens grecs disaient que c’était tragique (de recevoir une statue sur la tête pas un arbre !!!). Il y a toujours eu de riches destins tragiques. On en a toujours fait des poésies et du théâtre. 

Bel et bon tout ceci ! Mais çà ne fait pas avancer très loin. 

Régler cette question centrale de la circulation sereine dans les forêts suppose de prendre le risque de repenser la question de A à Z. 

Transformer les promeneurs en chasseurs ? Sur un plan court-termiste, l’idée ne manque pas d’être séduisante. Les promeneurs profiteraient toujours de la forêt, on leur fournirait une prestation en plus, la chasse au loup. On les équiperait en  conséquence et on les lancerait dans la nature. Un risque pourtant : Un promeneur n’est pas nécessairement un bon chasseur-traqueur de loup. Ils pourraient bien rater les loups et se faire boulotter !

Une autre version serait de chercher à diminuer la combativité des loups : les romains appelaient çà « panem et circenses ». Leur expérience a été positive mais a vite rencontré des limites. A la longue çà coûte une fortune en installations et en fournitures diverses et çà revient à traiter les effets en espérant régler les causes. En tout cas çà n’a pas du tout diminué le nombre des loups. Au contraire…et cela a fini par mettre les finances de l’Empire à l’envers et les loups de plus en plus nombreux débarquaient avec leurs écuelles.

Il faut penser plus loin, plus révolutionnaire, plus logique surtout !

nouveauRiche-01.jpgEt si, on proposait aux loups de venir se promener ?

C’est cette idée d’empire Romain qui y fait penser.

Panem et circenses, n’est pas un bon truc puisque cela consiste à dire au loup de manger ce qu’on lui donne. ll perd sa liberté.

Ecoutons Bill Gates. « Je crois que les grandes fortunes doivent aller des plus riches vers les plus pauvres ».

Sympa Bill Gates.

Genre Saint Martin!

Il risque d’être bien seul ! Et ses copains vont aller suggérer qu’il ne va pas très bien dans sa tête ! La preuve, il se prend pour Saint Martin !

Un promeneur éclairé devrait raisonner différemment.

Il se dirait que se promener tout seul en faisant comme s’il n’y avait pas de loup est une sottise. Il en viendrait à ce constat que, pour se promener en toute tranquillité, les riches font des guerres qui coûtent cher….

Prenons l’Irak, par hasard, 2000 milliards de dollars.

Il s’inquiéterait de la dérive des prix dans ce domaine : plus on avance dans le temps, plus c’est cher. On ne peut pas comparer le bricolage pas cher, « copain-copain »,  des franco-britanniques à Suez en 1956 avec la première guerre d’Irak !

Il se dirait alors que les riches seraient bien avisés de se rapprocher des loups et de les convertir en promeneurs….il se dirait qu’à défaut, les obstacles naturels étant devenus des passoires, les forêts pourraient bien devenir des coupe-gorge.

Il reprendrait la formule de Bill Gates, avec quelques changements. On ajouterait « pays », ou « nations », ou « peuples », peu importe, devant "riches" et « pauvres » et çà commencerait à donner quelque chose.

2000 milliards de dollars : la guerre d’Irak.

Le PIB du Niger, 9 milliards,

Celui du Togo  5…

Le Bangladesh (ils sont plus riches) 200 milliards.

Et si les promeneurs cessaient de gâcher les milliards ?

Pascal Ordonneau

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