05.07.2009
Et si vivre riche était devenu trop cher ?
Promenons-nous dans les bois… Les erreurs de jugement commencent toujours par une euphorie, un moment de bonheur, un plaisir arraché aux méchants et aux malins.
Promenons nous …
La chanson sait bien que ce moment-là ne durera pas. Le loup est là, dès le commencement de la promenade. Dans une heure, dans un jour, dans dix ans, il faudra payer pour cet instant de bonheur.
Payer ? Pourquoi payer ? Et que payer ?
Et si être riche, ce n’était pas si cher que ça?
Qui parle de loup ?
Venez donc au Maroc, à Marrakech voir ces Ryads achetés dix francs six sous. Là-bas, on peut être riche pour trois fois rien. Avec une bonne retraite de cadre on fait un nabab. Bâtir un petit palais dans le style local, c’est possible.
Et Madame a enfin du service !
Un peu plus au sud, sur la côte, il y a ces petits villages.
La mer en plus ! Les levers de soleil… Et ces filets de pêcheurs que les hommes reprisent avec la lenteur des sages.
Et toute une population si charmante. Il n’y a pas de ces jalousies là-bas. Les riches sont riches et les pauvres sont pauvres. Un ordre naturel que le rythme des siècles n’est jamais venu troubler.
On peut se promener sans frais excessifs. Le loup n’y est pas !
Bien sûr, dans les pays riches être riche c’est plus cher.
D’ailleurs, il y a des pauvres dans les pays riches, des gens qui n’arrivent pas à atteindre au moins la richesse moyenne…. La richesse par tête en moyenne aux Etats Unis ? 120 dollars par jour ! Un pauvre américain, n’a pas beaucoup d’argent, mais il en a beaucoup plus qu’un libérien, pas même pauvre ! La richesse moyenne par tête aux Libéria ?… 1 dollar par jour !…au Libéria, franchement çà ne coûte pas cher d’être riche !
Dans la forêt, les promeneurs américains côtoient-ils les promeneurs libériens, comme si de rien n’était ?
Et si, le loup rôdait tout à côté ?
Et si le loup y était ?
Un instant de bonheur, dans un monde déchiré, violemment inégal peut-il être gratuit ? La prétention à être heureux est-elle simplement pensable quand le malheur est à la porte d’à coté ?
Le loup qui rode dans les bois ? Tous ces gens qui ont faim ? Ils devraient se tenir à distance et supporter la promenade des obèses ? Le loup, un animal efflanqué et galeux comme ces pauvres, ces malades, ces crèves la faim qui écoutent prostrés le chant des mandibules des promeneurs au fond des palmeraies… ?
Ou bien le loup serait ces gens, qui, de temps à autre, déferlent en violences pures de haine, de meurtre pour bouffer les consommateurs, jouir des jouisseurs, détruire les palais et en faire des masures. De temps à autre.
Le temps pour arriver jusqu’aux promeneurs était très long. Il crevait de faim avant de les atteindre…Le plus souvent, il ne partait jamais sachant que le chemin était impraticable et bien défendu par les distances et le relief. Parfois, le loup, sous-informé, ne savait même pas qu’il y avait des promeneurs dans la forêt. Il est aussi arrivé qu’il ne sache pas ce qu’était un promeneur !
Le loup n’a jamais cessé de roder. Mais, autrefois, il était loin. On avait le temps de s’éparpiller lorsqu’il jaillissait.
Les temps modernes sont arrivés. Le loup est toujours là et, chose nouvelle, il sait ce qu’est un promeneur.
Maintenant, lui aussi profite des progrès de la science et des techniques. Il a appris que les Ryads restaurés sont des vitrines, que la vraie richesse est là-bas, plus au nord. Il sait que les chemins sont goudronnés, que les montagnes sont franchissables et qu’ont peut traverser les mers.
Traquer les promeneurs n’est plus insurmontable. Il sait qui ils sont et où ils sont. A portée de bateau, d’avions ou de camions.
Le loup rôde de plus en plus prés des riches.
Et si tenir le loup à l’écart coûtait une fortune ?
Être riche n’est plus une simple petite affaire de billets de banque qu’on crame et de promenades rustiques.
Les loups sont proches.
Les miradors surveillent maintenant les forêts dans leurs plus grandes étendues. On a beaucoup investi dans la fourniture de moyens de défense et d’auto-défense. Les promoteurs de vie de riches ont complété leur offre de service.
Les promenades sont accompagnées.
Gardes, gardiens et patrouilleurs ont été intégrés dans le contrat de base. L’équipement est plus ou moins sophistiqué selon les formules.
Il en coûte désormais beaucoup plus cher de vivre richement.
Une promenade en Irak, un mur de sécurité autour d’une bande de territoire à Gaza, un blocus un peu partout …C’est cher quoiqu’on en pense et même si on gère çà de mieux en mieux.
Cela coûte de plus en plus cher de se promener dans les bois.
Loup y-es-tu ? Pas encore ! Mais pas loin.
Si on n’y prenait garde, arrivant de partout, il s’infiltrerait et viendrait se servir.
Et si, c’était une sorte d’accident naturel ?
On peut tenter les réponses classiques : la police, les répressions militaires. De la violence contrôlée menée par des gens payés pas trop cher, surtout s’il s’agit de conscrits. Si, malgré tout, çà ne marche pas c’est qu’il s’agit de risques naturels. Même chose que, lorsque se promenant dans la forêt, on reçoit un arbre sur la tête. Les anciens grecs disaient que c’était tragique (de recevoir une statue sur la tête pas un arbre !!!). Il y a toujours eu de riches destins tragiques. On en a toujours fait des poésies et du théâtre.
Bel et bon tout ceci ! Mais çà ne fait pas avancer très loin.
Régler cette question centrale de la circulation sereine dans les forêts suppose de prendre le risque de repenser la question de A à Z.
Transformer les promeneurs en chasseurs ? Sur un plan court-termiste, l’idée ne manque pas d’être séduisante. Les promeneurs profiteraient toujours de la forêt, on leur fournirait une prestation en plus, la chasse au loup. On les équiperait en conséquence et on les lancerait dans la nature. Un risque pourtant : Un promeneur n’est pas nécessairement un bon chasseur-traqueur de loup. Ils pourraient bien rater les loups et se faire boulotter !
Une autre version serait de chercher à diminuer la combativité des loups : les romains appelaient çà « panem et circenses ». Leur expérience a été positive mais a vite rencontré des limites. A la longue çà coûte une fortune en installations et en fournitures diverses et çà revient à traiter les effets en espérant régler les causes. En tout cas çà n’a pas du tout diminué le nombre des loups. Au contraire…et cela a fini par mettre les finances de l’Empire à l’envers et les loups de plus en plus nombreux débarquaient avec leurs écuelles.
Il faut penser plus loin, plus révolutionnaire, plus logique surtout !
Et si, on proposait aux loups de venir se promener ?
C’est cette idée d’empire Romain qui y fait penser.
Panem et circenses, n’est pas un bon truc puisque cela consiste à dire au loup de manger ce qu’on lui donne. ll perd sa liberté.
Ecoutons Bill Gates. « Je crois que les grandes fortunes doivent aller des plus riches vers les plus pauvres ».
Sympa Bill Gates.
Genre Saint Martin!
Il risque d’être bien seul ! Et ses copains vont aller suggérer qu’il ne va pas très bien dans sa tête ! La preuve, il se prend pour Saint Martin !
Un promeneur éclairé devrait raisonner différemment.
Il se dirait que se promener tout seul en faisant comme s’il n’y avait pas de loup est une sottise. Il en viendrait à ce constat que, pour se promener en toute tranquillité, les riches font des guerres qui coûtent cher….
Prenons l’Irak, par hasard, 2000 milliards de dollars.
Il s’inquiéterait de la dérive des prix dans ce domaine : plus on avance dans le temps, plus c’est cher. On ne peut pas comparer le bricolage pas cher, « copain-copain », des franco-britanniques à Suez en 1956 avec la première guerre d’Irak !
Il se dirait alors que les riches seraient bien avisés de se rapprocher des loups et de les convertir en promeneurs….il se dirait qu’à défaut, les obstacles naturels étant devenus des passoires, les forêts pourraient bien devenir des coupe-gorge.
Il reprendrait la formule de Bill Gates, avec quelques changements. On ajouterait « pays », ou « nations », ou « peuples », peu importe, devant "riches" et « pauvres » et çà commencerait à donner quelque chose.
2000 milliards de dollars : la guerre d’Irak.
Le PIB du Niger, 9 milliards,
Celui du Togo 5…
Le Bangladesh (ils sont plus riches) 200 milliards.
Et si les promeneurs cessaient de gâcher les milliards ?
Pascal Ordonneau
19:22 Publié dans Economie, Finance & Crises | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, article, pascal ordonneau, économie, reportages, films, star, femmes, sonia bressler


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