30.04.2009
Le PIB américain s'effondre avec l'investissement
Le produit intérieur brut des Etats-Unis a chuté de 6,1 % en rythme annuel au premier trimestre, plombé par un nouvel effondrement de l'investissement, sans pareil depuis plus de soixante ans, selon les chiffres publiés, mercredi 29 avril, par le département du commerce à Washington.
Cette première estimation de la baisse de l'activité américaine par rapport au quatrième trimestre de l'année 2008 est bien supérieure aux attentes des analystes, qui tablaient sur une baisse de 4,7 %. Elle est plus conforme aux prédictions d'un des dirigeants de la banque centrale américaine, Richard Fisher. Celui-ci avait averti récemment que le PIB de la première économie mondiale risquait d'avoir été à peu près aussi mauvais qu'au trimestre précédent, pendant lequel l'économie s'était contractée à un rythme de 6,3 %.
Les trois mois d'hiver ont marqué le troisième trimestre consécutif de recul de l'activité économique américaine, ce qui n'était plus arrivé depuis 1974-1975. La chute du PIB résulte essentiellement d'un effondrement de l'investissement des entreprises et des ménages, qui a chuté de 37,9 % en rythme annuel, du jamais vu depuis la première publication des chiffres du PIB sous leur forme actuelle en 1947.
Source AFP
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Et si on faisait la révolution pour effacer la dette
Les finances publiques sont dans un état désastreux ?
La dette publique va peser d’un poids intolérable ? Conduisant ou à la faillite pure et simple, ou à une fiscalité confiscatoire. Pire ce sont les générations de l’avenir qui vont avoir la tâche de sortir la France d’une ornière creusée en conscience par leurs aînés.
La sagesse dans ces cas dramatiques où la raison est malmenée, où les idées, comme des mouches dans une bouteille, s’agitent et ne peuvent déboucher… est de penser d’abord à ce qui, dans le passé, a pu marcher, aux solutions qui ont été mises en œuvre dans des situations comparables.
S’il y a eu des situations comparables ?
Eh bien justement ! Il y a eu des situations comparables ! Il n’est pas nécessaire d’aller trop loin. On peut se contenter de remonter à 1789. En 1789, les finances du Royaume étaient tout simplement désastreuses. La convocation des Etats Généraux, c’était pour régler une histoire de finances publiques !
Auparavant, la société s’était enrichie et la France avait connu la même histoire de l’édredon des dettes et de l’enrichissement en dormant.
Tiens, tiens, tiens !
Et si on réfléchissait à la Révolution Française ?
Finalement, où sont-ils allés chercher l’argent ? Chez les riches ? Mais non ! On l’a dit dans un autre « et si ? ». Prendre aux riches n’est pas une bonne idée.
D’ailleurs, la Révolution Française n’a pas voulu de victimes.
C’est un point de départ pour notre réflexion et on verra qu’il est très important. Imaginer que la Révolution française s’est réveillée un jour et qu’elle a décidé que victimes il devait y avoir est une hérésie. Il y a eu des victimes certes. La Révolution n’a pas été un fleuve de lait ni une allée de roses ! C’est bien clair. Pour autant, elle ne s’est pas constituée sur des principes expiatoires, sacrificiels ou anathemistes. La Révolution est née de l’amour universel et annonçait l’entente entre tous les hommes sans exception.
Alors ? Comment ont-ils fait les révolutionnaires pour partir d’une situation où les déficits étaient extrêmes et arriver à une situation où les finances de l’Etat seront équilibrées et assainies ?
En fait d’un commun accord, la Révolution a décidé que l’amour ne serait universel et l’entente ne serait possible entre tous les hommes que si des groupes sociaux, dont l’utilité apparente, à court terme n’était pas claire, les aristocrates et le clergé, acceptaient de revoir leur contribution sociale de façon positive. Et c’est en cela que la révolution a été vraiment novatrice : en invitant les gens dont l’efficacité marginale avait beaucoup décru à se sortir du circuit et à rendre les capitaux à des utilisateurs plus efficients.
Et c’est bien ce qu’elle a fait.
Il y a eu des réticences ? C’est en ce sens qu’il n’est pas faux de dire que les événements n’ont pas toujours couru comme un fleuve de lait etc.etc. C’est une autre histoire. Du type dommage collatéral. Çà ne touche pas l’essentiel.
Et si, aujourd’hui nous procédions de la même façon ?
D’abord il faudrait décider ! Qui sont les gens qui plombent les finances de la France sans lui apporter une contribution immédiate évidente ?
Clairement, d’instinct on peut désigner deux catégories, sans risque de se tromper : les retraités et les fonctionnaires….tiens, tiens, tiens ! Ne serait-ce pas du clergé et de l’aristocratie que nous parlerions à nouveau ?
Et si on faisait la Révolution ? Alors, il faudrait se focaliser sur ces gens-là, à nouveau, les aristocrates et les clercs ?
Les retraités, ce sont les aristocrates. Ils sont payés à ne rien faire. Ils ressortissent du domaine du statut et de l’avoir, exigeant leur dû en s’appuyant sur des titres, autrefois sur 16 quartiers de noblesse, de nos jours sur 40 (max) années de cotisation. Pesant sur l’avenir avec des pensées du passé, ils croquent leur capital…en termes un peu moins XIXème siècle on dira qu’ils le consomment. Donc, ils le détruisent, dira-t-on en termes XXIème siècle ! Alors qu’on en a tant besoin pour financer le remboursement de la dette. Comme les aristocrates, ils vivent dans un monde à part, qui n’est pas la vraie vie, un monde de vacances et de loisir. De vacuité aussi, ils s’ennuient comme s’ennuyaient les aristocrates. Ils ont le spleen, isolés qu’ils sont dans de grandes demeures avec des jardins et des serviteurs en livrée (blanche pour les temps modernes qui sont moins tape-à-l’œil).
Il faut les faire revenir au sein de la société. C’est à la fois un service à leur rendre et une rédemption civile. Cela commence par l’abandon de ce privilège incroyable, issu de la nuit des temps, le droit, et même le devoir de ne pas travailler. C’est ici que le mouvement qui, de nos jours, porte vers le travail des seniors prend tout son sens. Revenus dans la vraie société. Débarrassés de cette chaine dorée qu’est le paiement de rentes à vie,.Ne devant plus enfin leur subsistance qu’à leur contribution réelle et dans cette stricte mesure, ces aristocrates nouveaux mériteront de la république et ne lui coûteront plus rien.
Les nouveaux gens d’église coûtent chers, prétendant produire des biens indispensables, à la société, à l’âme, à l’esprit et aux corps, sains ou malades !!! Ils se comportent comme s’ils étaient propriétaires de leurs missions et de la façon dont elle doit être exécutée. Ils s’imaginent investis d’une légitimité idéologique et politique en tant qu’ils sont l’incarnation du bien public et qu’ils sont dévoués et dédiés au service du public. Comme les clercs d’hier, les fonctionnaires d’aujourd’hui n’existent pas solitairement. Entrés au service de l’Etat, comme autrefois on entrait dans les ordres, pour servir son prochain, ils sont membres d’un seul et même corps (de l’Etat. En 1789 on parlait du corps du Christ).
Ce clergé nouveau a ses murs pour accueillir la foule des fidèles, le public. Il a des maisons pour le public jeune, il a des maisons pour le public malade, il a des maisons pour les malheureux et pour aussi se recueillir devant des images ou des représentations en tout genre….comme le vieux clergé à la veille de la révolution. Et on dira que la France, comme le beau moyen âge s’est couverte d’un blanc manteau d’écoles, de musées, d’hôpitaux et de préfectures…..
Et si donc, on décidait d’interdire à tous les membres de ces ordres aristocratiques et cléricaux d’exercer leur profession.
Et si une bonne nuit du 4 août venait régler la question de nos aristocrates en les mettant au travail.
Et si on exigeait des ecclésiastiques un serment à la République. Et tant qu’ils ne l’auraient pas prêté, on ne les paierait pas…
Faites le compte : en deux ans, allez ! Peut-être moins, on a réglé la question des déficits !
Pascal Ordonneau
13:38 Publié dans Actualités, Economie, Finance & Crises | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde, politique, âge, vieillir
28.04.2009
Et si... on anglo-saxonisait les déficits ?
Quoi qu’il en soit de la Crise économique, de son ampleur et de sa durée, les moyens utilisés pour en avoir raison, déficits budgétaire, déficit de la balance des paiements vont déclencher une crise de la dette. Le rétablissement de l’endettement dans des limites acceptables induira un poids fiscal insupportable. Ce sont les propos même du Président de la Cour des Comptes.
La réalité est là, aussi butée que les faits sont têtus.
Que faire ? Passer en revue les possibles tout d’abord en commençant par les solutions les plus récentes. Ne pas exclure telle ou telle parce qu’elle américaine ou anglaise, de droite ou de gauche. Investiguer dans le monde les moyens qui ont été mis en œuvre pour casser les spirales de la dette et du déficit.
Et si une première piste, c’était la piste du « benign neglect » à la française?
Cette méthode reposante qui consiste à déléguer aux générations suivantes la responsabilité des problèmes du moment. Depuis près de 20 ans cette méthode se déploie. Elle a des mérites. Paisible et douce comme la France. Edredon confortable, l’usage sans retenue de la dette publique a permis à la société française de reposer tranquille et de profiter …indifférente aux remarques désobligeantes sur l’enrichissement sans douleur et sur les sommeils bercés au tintement des lingots et des pièces d’or.
On a bien compris que c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. L’accumulation des dettes s’arrête avec la méfiance des préteurs. Si cette méthode était continuée ce serait la faillite assurément.
Et si on prenait l’argent aux riches ?
Çà aussi, c’est très français ! Ce n’est pas un slogan, c’est un principe, les riches peuvent payer ! Et puis c’est moral! ne dit-on pas que la richesse repose toujours sur des crimes ? Les vieilles fortunes sur des crimes oubliés, les nouveaux riches, sur des crimes qu’on n’a pas encore découverts.
Pourtant, c’est le prototype de la fausse bonne idée. Les vrais riches sont à l’abri ! Depuis longtemps ! Être riche ce n’est pas nécessairement être idiot. Les riches ont même inventé des endroits de rêve pour être riches en paix : Virgin Island, Bahamas, Lichtenstein, etc.
Prendre aux riches çà règle les problèmes de quelques uns et pas ceux de tous. Dans la plupart des cas, cela revient à les remplacer par de nouveaux riches qui, à leur tour, ne pensent qu’à s’enrichir et se moquent comme d’une guigne des générations souffrantes qu’elles soient présentes ou futures. Au lieu de ploutocrates on installe des nomenkaturistes.
Çà fait soviétique. Çà permet de s’appeler « citoyen », « camarade », « frère 1 ou 2 » ! Çà permet de s’interpeler en se tutoyant, en proclamant que le grand soir arrive et en terminant par « bonjour, chez vous ! ». Avec les beaux résultats qu’on sait ! Mauvaise idée !
Et si, on cherchait des solutions pragmatiques ? Et si on anglo-saxonisait ?
On dit que pour réduire la dette il faut des économies. Donc couper dans les coûts. Pas dans tous ! Il faut faire la différence entre un mauvais coût et une bonne dépense, chasser les premiers en gardant les secondes. Pour faire simple, un mauvais coût n’aura jamais de recettes en contrepartie, ni dans un futur proche, ni dans un futur lointain.
Muni d’une définition aussi claire, il suffit de regarder autour de soi. Par exemple, on pourrait donner leur indépendance à la Corse, aux Antilles, etc La méthode a déjà été exploitée au début des années soixante avec un certain succès. Et même un succès moral ! Pourtant, il serait maladroit de s’enthousiasmer trop vite. Les économies potentielles, aujourd’hui ne sont peut-être pas si significatives. Et puis, une opinion publique jusqu’au-boutiste pourrait aussi décider l’abandon de la Creuse, du Cantal…. Ce n’est pas une bonne idée, on ne sait jamais où cela s’arrête !
Et si on « Reaganisait » la fonction publique ? Çà c’est une mesure simple à mettre en œuvre. Elle peut avoir un côté populaire. Donc, on licencie tout le monde, on laisse le marché déterminer le prix d’équilibre et pendant ce temps là, banco ! On économise prés de 90% des dépenses publiques actuelles. Il suffit que çà dure deux ans ! Et après on re-recrute une partie de ce qu’on a viré, avec une préférence pour l’intérim et les CDD.
Et si on « Tatchérisait » ? L’ensemble des dépenses publiques. Par exemple on commence par la sécu. Et hop ! On ne rembourse plus rien ! On prend les allocations familiales, et hop ! On ne paie plus rien !
Mieux ! On prend les cotisations sociales, parts patronales et part employés, et hop ! On les verse dans le budget de l’Etat ! Ainsi on a les recettes sans les dépenses, et la dette publique amortie à grande vitesse !
Avec des si, on met le budget de la France en équilibre !
Eh bien non ! La méthode « et si ? » n’est pas une méthode de brute barbare et aveugle.
Les anglo-saxoneries viennent d’être très malmenées ces derniers temps. Elles ont perdu en crédibilité. Il faut penser à autre chose. Aux solutions du passé peut-être ?
On y pense ! On y pense !
Pascal Ordonneau
10:39 Publié dans Actualités, Economie, Finance & Crises | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde, politique, âge, vieillir
27.04.2009
Et si nous remettions les compteurs à zéro ?
C'est amusant, à bien y regarder. Nous parlons de crise, nous assistons impuissants à des licenciements à la chaîne. Nous crions "ouff ce n'est pas moi" et parfois "ouff c'est moi, cette fois je suis viré je peux être chômage". Puis nous crions partout que les prix augmentent, le beurre est plus cher qu'il y a trois ans... Et puis nous nous demandons comment faire pour payer nos factures. Pendant ce temps là on accuse les épargnants d'avoir mis de l'argent de côté. "C'est vrai quoi réveiller vos milliards ! Dépensez vos deniers braves gens ! Vous qui avez sû économiser toute votre vie....Dépensez, pensez donc à sauver le monde".
Tel est l'imbroglio d'apriori médiatiques qui sont autant d'idées reçues auxquelles nous avons droit chaque jour.
Et si nous remettions les compteurs à zéro ?
Une dictée magique mondiale ! Et hop tout est effacé. La Chine devait 5 Milliard aux USA qui eux même leur en devaient 12, l'Inde ne doit plus rien à la Grande Bretagne qui ne doit plus rien à la Suède et la France ne doit plus rien à personne, ni aux Zaïre, ni au Japon, ni à la Russie. Bref, plus personne ne doit rien à personne. Imaginez. une économie où les compteurs sont remis à zéro. Ainsi tout ce qui serait produit serait produit dans le positif et non plus dans du négatif.
Evidemment les débiteurs seraient contents, les autres évidemment beaucoup moins. Pourtant la terre tourne ! Et vu de l'espace tout ceci ne rime à rien. Des plus, des moins... Hop on recommence tout. Nous pourrions même imaginer quelques subtilités de types : tous les comptes sont remis à zéro ou en positif. C'est à dire une sorte de calcul très simple : de l'ordre que tout ce qui est dû à un pays est compter en positif. Par exemple, la France doit 6 milliards d'euros à la Chine, nous inscrivons en positif la somme dans le compte de la Chine. Après nous faisons les totaux, ne restent que ce qui est positif.
Chacun son nombre de billes, de pions et de cartes à jouer.
Evidemment nos comptes personnels, ne seraient pas effacés... Nous aurions toujours nos billes...
Nous serions juste dans une productivité et une créativité positives...
Et Darwin il y a pensé ?
Sonia Bressler
17:45 Publié dans Actualités, Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde, politique, âge, vieillir
By the ways a journey with William Eggleston
Pour compléter l'exposition de la Fondation Cartier sur le travail de Wiliam Eggleston, la société de distribution Noblesse Oblige ressort le film By the Ways, a journey with William Eggleston, un film écrit et réalisé par Vincent Gérard et Cédric Laty avec : William Eggleston, Winston Eggleston.
Avec également : Rosalind solomon, Maud schuyler clay, Ayden clay, Tav falco, Niav Conty, Piero della francesca, David byrne, Irene & Guy stricherz, Vernon richards, Dennis hopper, Robert gordon, Rosa eggleston, Andra Moore eggleston.
France - 2005 - 1h27 – 35 mm couleur - 1.66 - DTS SR – VOST – visa n° 116 758
Une aventure en douze chapitres, entre l'Amérique et l'Europe. Au centre : un photographe ! Dès l'ouverture de cette étrangre enquête apparaissent d'autres personnages. Chacun dépose peu à peu les preuves qui constituent le mobile de l'histoire. Mais que fait donc ce gentlemna au silencieux Leica, dans le grand sicount du réel ? Ce film nous entraîne dans un grand voyage au plus profond, au plus intime des méchanismes de sa création. A ne pas manquer...

Reprise le 29 avril 2009
En exclusivité au cinéma Le Champo
51, rue des Ecoles
75005 PARIS
11:48 Publié dans Actualités, Art, Cinéma, Expo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde, politique, âge, vieillir
26.04.2009
William Eggleston
Enfant du Deep South américain, le photographe William Eggleston a donné ses lettres de noblesse à la couleur dans l'argentique, révolutionnant la perception d'une Amérique neutralisée par le noir et blanc de ses prédécesseurs mythiques, Walker Evans, Lee Friedlander ou Gary Winogrand. A l'occasion de l'expo qui lui est consacrée à la Fondation Cartier, retour sur 7 de ses oeuvres.
Ennemi du « joli » et révélateur du merveilleux dans le banal, Eggleston expose à la Fondation Cartier une série inachevée d'images de Paris. Loin de l'esthétique de carte postale et du « Paris éternel » célébré dans les énièmes rétrospectives Cartier-Bresson ou Doisneau de l'Hôtel de Ville, ces photos prises lors de différents séjours parisiens montrent la banalité sublimée d'une ville dans ses détails les plus universels. Décryptage en 7 images.
1. Dans les années 1970, William Eggleston ose emprunter l'usage de couleurs saturées à la photographie publicitaire, et utilise en particulier la technique d'impression du « dye-transfer ». La couleur semble déborder et brouille la perception des formes, conférant à l'image une étonnante surréalité.

2. Le rouge est une des couleurs fétiches d'Eggleston, comme dans sa fameuse photo The Red Ceiling, plafond rouge sang transpirant le drame. Le photographe rend hommage à Christian de Portzamparc, architecte de la Cité de la Musique, dans cette image, calligraphie inattendue, qui fait signe double en miroir.

3. « J'ai abordé Paris comme si c'était n'importe où. Je n'ai pas changé de style pour Paris ». Ici nous sommes peut-être aux Tuileries, à moins que ce ne soit dans les jardins du Luxembourg. Echo formel (les parapluies), horizon bouché comme dans une estampe japonaise, relation inexpliquée entre les individus dont les visages sont flous, frontalité de l'image renforcée par l'escalier qui se dresse comme un mur... l'image ne dit pas tout de suite sa complexité.

4. Photographe du signe, William Eggleston ne livre jamais ses images à une interprétation univoque. Le rose et le vert des néons composent un tableau abstrait, le mot tronqué, inversé, reste illisible. Le sens, lui, reste ouvert.

5. « Je laisse les choses venir. Je commence toujours sans idée préconçue. J'attends, et quelque chose apparaît ». Le reflet troublé de poteaux sur le macadam détrempé, une paire de jambes en mouvement, un accord de vert acide, d'or et d'argent... beau et banal à la fois.

6. William Eggleston ne réalise qu'une seule image par sujet, se refusant à mitrailler pour ensuite scruter la planche-contact à la recherche de l'image parfaite. Ici la courbe maniérée d'une jambe gracile de petite fille se glisse d'un sac girly dans une chaussure d'un rouge gourmand, sur un fond de pavé parisien : l'art de résumer une personnalité en une seule image.

7. « J'aime à penser que mon travail coule comme de la musique ». Rythme, mouvement, séquences, les photographies de William Eggleston, pianiste à ses heures, sont fortement structurées. Ici on pense à l'œuvre de Martin Parr, mais Eggleston révèle une plus grande empathie avec ses modèles, une tendresse, loin du goût de la caricature propre au photographe anglais.

21:37 Publié dans Expo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, création, internet, loi, journalisme, politique, âge, vieillir, médecine
25.04.2009
Et si la baisse des prix de l’immobilier était un bien ?
La route de la baisse est coupée. Tout est maintenant très différent.
Acteurs, objets, négociations, tout a changé. On ne reverra plus les errements du passé. Ils résisteront ! On n’est plus en 91 ! On a changé de siècle. Les prix immobiliers sont entrés dans une ère de maturité.
Et il y a des réalités économiques. Des réalités françaises. Incontournables.
Les besoins de la population sont si importants ! A-t-on jamais vu les prix s’effondrer lorsque le besoin est là?
Il n’y a donc aucune raison pour que les prix s’affichent en baisse.
Et s’Il y avait une crise ?
Bien sûr qu’il y a une crise aux Etats-Unis !
Mais c’est tout à fait différent. Cela n’a rien à voir avec la France. D’ailleurs, la Grande-Bretagne, non plus, n’a rien à voir avec la France !
Et si l’Espagne, l’Allemagne étaient aussi frappées par des crises immobilières ? Il n’y a pas de « si » qui vaille. Elles sont frappées durement. Mais, encore une fois, où est le rapport, avec le marché français ?
Les notaires français ne s’étaient pas laissés emportés par les fausses comparaisons et les extrapolations hasardeuses. Ils avaient énoncé avec une grande clarté que « Pour l'année 2008, la tendance devrait rester à la hausse. Les facteurs de baisse que sont la crise des subprimes et la hausse des taux d'intérêts n'ont pas eu l'impact escompté ».
Circulez ! Il n’y a rien à voir !
Vous doutez encore ?
Tout montre, statistiques, enquêtes d’opinion et analyses des ventes, que les prix sont stables.
Mieux, il est des zones géographiques qui enregistrent encore des hausses !
« Dans les quartiers d’excellence des grandes métropoles, ou pour les biens n’ayant aucun défaut, les prix se maintiendront »
Et si on redescendait sur terre ?
On est y redescendu finalement, même les notaires. Ces baisses hautement improbables, cette insensibilité de la France à la crise des subprimes sorte de nuage néo-tchernobylien poliment arrêté à nos frontières, toutes ces statistiques sorties des laboratoires du docteur « Coué », ont cédé la place à des communiqués de guerre sans fards ni illusions. « Les notaires tablent sur un recul de 10 % à 20 % en 2009 ».
Les prix parisiens ne s’effondrent pas. C’est une érosion que le marché constate. Les mots telluriques sont plus rassurants que les mots météorologiques. Comme si la lenteur des évolutions en atténuait la violence.
Et si cela n’avait que peu d’importance ?
A qui profite la hausse ou la baisse des prix des maisons ou appartements que leurs propriétaires occupent ? Est-on plus riche vivant dans 100m2 à 500 000 euros que dans 100m2 à 400 000?
Quelle importance y a-t-il, à voir les prix baisser ? Quel impact moral peut avoir une baisse de 10% ou même de 20% quand les prix dans « l’ancien » ont progressé de 148,7 % entre 1997 et 2007 ?
C’est une question de « richesse ressentie » ? La baisse influencerait le comportement de consommation et pousserait les propriétaires immobiliers à l’épargne par réaction ?
Et si le marché immobilier n’était qu’un marché de troc ?
Vendre 100 m2 pour acheter 100 m2….c’est bien une forme de troc. C’est une chose qu’on ne peut pas faire avec les autres biens d’équipement.
Vendre 100 m2 pour acheter 150 m2 ? Pour parler comme les financiers, c’est être couvert pour les deux-tiers. Ne restent que les 50 m2 supplémentaires….et là, l’acquéreur profite de la baisse à plein !!!
Bien sûr, il y a des subtilités…les prix peuvent baisser plus vite dans certains endroits et moins dans d’autres. Donc le passage d’une zone à une autre peut ne pas être aussi simple et neutre que décrit plus haut. Si Aubervilliers baisse de 10% et Paris de 5%....il y a un désavantage pour celui qui veut passer d’Aubervilliers à Paris !
Mais quand même on peut écrire sans risque d’erreur que la baisse des prix est positive pour l’acquéreur net.
On peut même écrire que son avantage est d’autant plus élevé qu’il est « à découvert ».
Par opposition, c’est le charme de la logique économique, on dira, que la baisse des prix est négative pour le vendeur net.
Et si on essayait de le caractériser cet animal économique là….
Qui est donc le vendeur net ? Cette victime qui porte sur ses épaules le poids de la baisse des prix de l’immobilier. Serait-ce un riche sur le point de se réveiller ?
C’est quelqu’un qui réduit le nombre de m2 qu’il utilisait, passant de 100m2 à 80m2, d’une maison familiale à une plus petite maison.
C’est aussi quelqu’un qui décide de vendre son bien pour croquer son capital, comme les rentiers de Balzac et compléter les ressources d’une retraite bien méritée. C’est peut-être un propriétaire qui décide d’arbitrer des biens immobiliers mis en location pour ….jouer en bourse ! Ou pour toute autre opération plus séduisante que la pure propriété locative.
Donc, le risque de la baisse des prix pèse sur les personnes qui n’ont plus besoin de la surface qu’ils occupent ou des m2 qu’ils louaient à des tiers. Il pèse sur ceux qui vendent parce qu’ils ne voient plus l’intérêt de posséder autant de surface. Ceux-là subissent de plein fouet la baisse des prix.
Et s’il y avait là un jeu à somme nulle intergénérationnel ?
Les jeunes, qu’ils soient mariés ou seuls, avec ou sans enfants, en accroissement de famille ou non…sont acheteurs nets.
Le Bénéfice de la baisse est pour eux.
Les moins jeunes, ou pour utiliser les mots de la société moderne, les seniors, qui n’ont plus le même besoin de capital immobilier sous toutes ses formes sont vendeurs nets…Les mouvements baissiers sont des pertes nettes pour eux.
La baisse des prix de l’immobilier serait alors une sorte de transfert de richesses involontaire, des plus vieux qui possèdent vers les plus jeunes qui ne possèdent pas encore….
Alors ? La baisse des prix de l’immobilier a-t-elle vraiment une très grande importance ?
Pascal Ordonneau
14:57 Publié dans Economie, Finance & Crises, Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde, politique, âge, vieillir
24.04.2009
Produit(s)
Imaginaire. Est-on toujours - et « seulement » si l’on peut dire - le produit de son époque ? Cette phrase a claqué dans notre périmètre mental, le week-end dernier, en regardant le cycliste belge Tom Boonen remporter son troisième Paris-Roubaix à la faveur de circonstances de course très favorables, puisque, comme il se doit sur les pavés de l’Enfer du Nord, le plus apte à se maintenir sur sa machine dans les vingt-cinq derniers kilomètres fut le plus favorisé. Mais voilà que ce Flahute aux airs malins de cocaïnomane repenti, qui, outre-quiévrain, autre patrie du vélo, sait capitaliser son sens du play-boy de charme, était déjà présenté en digne alter ego des Van Looy, Merckx, Moser et autres De Vlaeminck… Là où le spécialiste ne songerait pas une seconde à soutenir la comparaison mais où le commentateur télévisé, benoît de son propre Audimat, franchissait allègrement le Rubicon et avec lui quelques frontières du grotesque, nous nous disions que, décidément, une grande partie de la magie du verbe avait quitté l’art pédalant et que les orphelins de Blondin et de Coppi n’avaient plus que leurs mots pour pleurer… Car des lignes dans un palmarès ne constituent en rien une preuve d’excellence. Anquetil l’affirmait : « Si tu ne fais que vaincre, tu as ton nom dans les statistiques. Si tu convaincs, tu entres dans le livre de l’imaginaire. » Emportés par la poussière mais drapés dans notre fierté, cette phrase a donc claqué au vent : est-on toujours le produit de son époque ?
Oxymore. Déjà évoqué dans cette chronique il y a quelques semaines, telle une intuition prémonitoire, voilà que le langage populiste et régressif de Nicoléon fait l’objet d’un livre, la Politique de l’oxymore, de Bertrand Méheust (Éditions La Découverte). Oxymore pour : « figure de style qui consiste à placer l’un à côté de l’autre deux mots opposés ». Certains néologismes poétiques ou autres concepts philosophiques peuvent se prêter aux oxymores. Mais Nicoléon ne joue pas dans la cour des grands. C’est plutôt le cynisme des techniques de communication qui l’intéresse, lui et ses valets du stylo-(poids)-plume. Ainsi Bertrand Méheust s’emploie-t-il à démasquer la duplicité et les vices des discours élyséens, qui, selon lui, commencent à ne plus « produire d’effets ». Mais comme on dit dans ces cas-là, le mal a eu le temps de progresser… Pour l’auteur, qui parle de la « novlangue de Sarkozy », cette manière d’endormir l’opinion est une véritable signature. « Travailler plus pour gagner plus. » « Discrimination positive. » voire des injonctions qui disent tout et son contraire, comme récemment à propos des stock-options, vilipendées par Nicoléon sans qu’à aucun moment celui-ci ne propose leur disparition. Méheust explique : la société contemporaine « vante le risque et l’initiative individuelle mais prône par ailleurs le risque zéro, (…) exalte l’individu et la vie privée mais en même temps met en place des moyens de contrôle panoptiques qui empiètent sur la vie privée ». Bien vu.
Modelage. Coïncidence des lectures. Il se trouve que, récemment, nous avions parcouru avec plaisir l’ouvrage d’Éric Hazan, « LQR, la propagande du quotidien » (Éditions Raisons d’agir ou Poche), qui, en son temps, nous avait échappé. Dans un passage terrifiant où l’écrivain raconte comment le système s’est attelé depuis longtemps à modeler la langue pour qu’elle serve à domestiquer les esprits, il analyse froidement l’utilisation des mots au fil de la Ve République et montre comment, « par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens et les journalistes, est devenue l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre ». Rien de moins. Trois ans après la sortie de cet essai, on se demande si quelque chose aurait changé sans le cataclysme et les conséquences idéologiques de la crise économique… N’est-ce pas ?
Lèche. Vous n’avez sûrement pas lu l’entretien accordé dimanche dernier dans le Parisien par Max Gallo, historien de gondoles de supermarchés si prolixe que l’histoire elle-même hésite, balbutie et finit par se rendre devant son armée de scribes prête au combat… Sacré Gallo ! Si les lèche-bottes du prince-président couraient à Longchamp, il gagnerait le quinté tous les dimanches ! Tout de même : servir successivement Mitterrand puis Nicoléon, quelle déchéance… mais passons. Comme il en a désormais l’habitude depuis qu’il a repris du service au Palais, il a de nouveau lustré les pompes de l’hôte. En dépassant les bornes cette fois. Ainsi a-t-on pu lire : « Bien sûr, la France a fait un pas aussi décisif et surprenant en élisant Sarkozy que les États-Unis avec Obama. Nicolas Sarkozy appartient aux républicains d’autorité dans la tradition de Gambetta, Clemenceau, Mandel, Mendès France et de Gaulle. » Porte-parole du gouvernement Mauroy qui, en 1968, rédigeait une hagiographie de Robespierre (eh oui !), ancien biographe de Jaurès en 1984 (si, si, et plutôt bon d’ailleurs), l’homme a fort heureusement oublié le martyr du Café du Croissant dans la liste des grands hommes dignes de figurer en compagnie de son maître et gourou Nicoléon… on l’a échappé belle ! Admettons que le résident de la place du Panthéon, où Gallo crèche toujours paraît-il à côté des Tiberi, ait perdu un peu le sens des réalités en imaginant déjà sa future sépulture dans la crypte républicaine voisine… Néanmoins, aurait-il oublié qu’ici même Mitterrand y avait rendu hommage à Jaurès justement, à Jean Moulin et à Victor Schoelcher ? Que vient faire le Petit-de-Neuilly dans cette histoire ? Mais ce n’est pas tout. « En élisant Sarkozy, le peuple français a fait la preuve qu’il n’est pas xénophobe », a-t-il ajouté dans ladite interview. Par ces mots, Gallo rappelle à tous son obsession concernant les origines du chef de l’État, qu’il avait portraituré dans le Point, dès avant son élection, en « fils de Hongrois et descendant de juifs de Salonique ». Donc, insinue-t-il, les Français ne sont pas antisémites parce qu’ils ont voté pour lui. Un peu schématique comme raisonnement, non, vis-à-vis d’un homme qui a péché sans honte dans les eaux de l’extrême droite avant de pourchasser sans relâche les étrangers de France sans papiers ? Faute d’avoir de l’esprit, Gallo avait déjà vendu son âme. Là, il devient carrément pathétique. Ni fleurs ni couronnes.
Réac. À propos d’enterrement. Maurice Druon, le père des Rois maudits, s’en est allé cette semaine. Comment un homme qui, dans sa jeunesse, cosigna le Chant des partisans, fut si droitier, passéiste et réactionnaire le restant de sa vie, au point qu’il lui arriva de piocher dans quelques artifices barrésiens ou maurassiens ? Est-on toujours le produit de son époque ? Allez savoir.
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23.04.2009
Quand les artistes réinventent l'écriture, le verbe se fait chair

Des messages animés de Barbara Kruger aux mots projetés dans l'espace de Charles Sandison, l'Espace Louis-Vuitton met en scène avec magie quinze «Écritures silencieuses».
L'île aux énigmatiques géants de pierre volcanique appelés moai est le point de départ de cette exposition pleine d'esprit où les mots redeviennent sculptures, exercice plastique d'une beauté légère comme un souffle, à l'image de la scénographie blanche toute en voile brodé de Nathalie Crinière. La première vitrine, paisible autel, invite au recueillement : trois tablettes Rongo-Rongo y incarnent, par leur forme douce de galets de bois, le mystère absolu de leurs signes depuis la découverte de l'île de Pâques en 1722 (territoire chilien depuis 1888 et sous protection de l'Unesco depuis 1995). Louis Vuitton, qui soutient la Fondation Rapa Nui, a ainsi obtenu - après quatre mois de négociations - que les Musées du Vatican prêtent ces trois moulages de tablettes, seuls vestiges d'une civilisation éteinte qui ne sortent jamais d'Italie.
Des mots tout en couleurs
Placé sur le mur juste derrière ces ancêtres des mots, Les Mots du vide, « poésie de la situation » propre à l'artiste américain Lawrence Weiner, se lit en transparence. Le ton est donné, il est celui de la musique, de ses accents désarmants et de ses silences. Le fil ensuite se déroule simplement, reliant des artistes aussi différents que Giuseppe Pennone, héritier de l'arte povera et merveilleux maestro du pavillon italien à la Biennale de Venise 2007, et Tracey Emin - la femme pirate qui lui tenait tête avec ses secrets brodés dans le pavillon anglais - sans que la promenade paraisse artificielle.
Elle a des moments plus heureux que d'autres. Dans la coupole qui abrita la yourte insensée d'Oleg Kulig, l'Américaine Barbara Kruger déploie son art du message en projetant des citations philosophiques en loupe qui s'avancent vers l'œil comme de menaçants arrêts sur image ou de géniales pensées subites. Jenny Holzer, cette femme sans concessions, transforme les secrets d'État en documents pastel. L'Écossais Charles Sandison, qui inonda de verbe la façade du Grand Palais pour « Dans la nuit, des images », dirige ici une autre bataille mathématique et aléatoire de mots tout en couleurs. Enfin, le jeune Sud-Africain Robin Rhode se transforme en note noire pour danser devant l'objectif et créer ainsi par son ballet et la succession d'images une vraie langue des signes. Magique.
Jusqu'au 23 août, Espace culturel Louis-Vuitton, 60, rue de Bassano, 75008 Paris. Commissariat Hervé Mikaeloff.
Valérie Duponchelle
Source Le Figaro
15:22 Publié dans Actualités, Art, Expo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, documentaire, actualité, art, politique, économie, cinéma
22.04.2009
Chemin(s)
Dévotion. Nés de l’amour ou des caprices. Les mains dans les fouilles. Le pas au ralenti. De loin en loin, sans trop se demander « qu’avons-nous fait de nos vingt ans ? », il faut savoir accompagner la mer qui se retire. Humer les effluves. Accepter les embruns d’outre-là. Et, quelquefois, mépriser l’événement, ne serait-ce que par attachement au monde et à son avenir, comme pour mieux refuser l’air du temps que nous imposent les petits marquis de la médiacratie, toujours prêts à l’idolâtrie facile. Regardez l’après-G20, puis l’après-sommet de l’OTAN : l’ancienne dévotion envers l’empire américain, qui les faisait tous se pâmer à longueur d’antenne dès qu’un Bush père ou fils se voyait contesté par le représentant d’une vieille nation comme la nôtre, s’est transformée - par la force des choses, dirons-nous - en ferveur quasiment irrationnelle envers Barack Obama. Évidemment, nous apprécions ce personnage. Son charisme. Son sens de l’histoire dont il est la preuve vivante. Sa manière féconde de renverser la table (sans pour l’instant faire vaciller l’édifice). Son style. Ses mots. Son respect évident des autres. Et surtout l’inversion philosophique qu’il propose au monde : le « choc des civilisations » devenu par sa grâce une invitation à l’acceptation des différences. Tout cela vaut son pesant d’espoir. Le chef du monde, qui, officiellement, n’aspire plus à la domination, n’est plus l’idiot du village global. Hourra ? Ou prudence ? Trop beau pour être vrai ? Chacun le sait, il en faudra beaucoup plus pour métamorphoser le coeur du système : l’hôte de la Maison-Blanche, si on lui en laisse le temps et si force et vigueur l’accompagnent vraiment, est-il déjà l’un des maillons principaux d’une longue chaîne d’union qui s’ébranle sous nos yeux et qui, souhaitons-le, n’impulsera pas un prêchi-prêcha gnangnan pour moralistes de TF1 ? Obama : projette-t-on trop en lui ? Qui a raison d’y croire ? Qui a tort de douter ? Voir les plus libéraux revendiquer une certaine appartenance idéologique avec lui devrait nous inquiéter. Cela nous amuse plutôt. Méfions-nous de tous nos brasiers. Redoutons la personnalisation à outrance qui, tôt ou tard, vire à la mystique fusionnelle.
« Degrés » . L’effondrement symbolique du « nous » français, laïc et républicain, se confirme chaque jour un peu plus. Nicoléon ne change rien, bien au contraire, à sa posture à la fois populiste et mafieuse (façon Corleone). La confusion des genres règne toujours. Tandis qu’il se signe encore en public dès qu’un crucifix tombe sous ses yeux, l’ineffable Christine Boutin, qui vient de faire son coming out (« j’ai déjà essayé le préservatif », quel aveu !), continue de dire « le Saint-Père » et non le pape, comme devrait l’y contraindre sa posture de ministre de la République. L’Opus Dei la contraint-elle à cette surenchère biblico-patriotique qui, en d’autres temps, lui aurait valu remontrance et/ou démission ? À propos de religion. La sortie d’un livre doublé d’un article dans le Monde des livres vient nous offrir une sorte de « droit de suite » au chef-d’oeuvre filmé de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, l’Apocalypse, et son complément en édition, Jésus sans Jésus. Le « bloc-noteur » enfiévré, qui a déjà déclamé sa flamme pour le travail érudit des deux historiens, entamé avec Corpus Christi, ne plaisante plus. Passe encore l’article dans le Monde d’un certain Maurice Sartre, à l’homonymie trompeuse, qui s’emploie à épouser la cause (religieuse). Mais le livre en question, écrit par Jean-Marie Salamito, mérite quelques mots. S’intitulant les Chevaliers de l’Apocalypse, réponse à MM. Prieur et Mordillat, l’ouvrage, comme l’intitulé le laisse croire, présuppose une réplique cinglante pour, comme l’écrit le Monde, « sortir le spectateur de l’état quasi hypnotique où le plongent les séries de Mordillat et Prieur » (sic) parce que « l’histoire reste une science exigeante ». L’histoire : une science exigeante. Parlons-en ! Car, voyez-vous, pour Jean-Marie Salamito, professeur d’histoire des religions à la Sorbonne, non seulement les faits et gestes de Jésus sont authentifiés, mais ledit Jésus est « historiquement » ressuscité. Vous avez bien lu. Voilà de la science comme on l’aime ! Mais ce n’est pas tout. Dans un passage qui fleure mauvais Pie XII et Ratzinger réunis, reprochant à Mordillat et Prieur d’insister sur certaines formes d’antisémitisme chrétien, Jean-Marie Salamito nous explique sans distance qu’il y a « des degrés dans l’antisémitisme ». Des degrés ! À l’en croire donc, être « un peu antisémite » ne serait qu’un « détail de l’histoire »… Il n’y a visiblement pas que le prénom que ce M. Salamito a en commun avec Le Pen… Aussi nous ne nous lasserons pas de l’écrire : tout citoyen habité par la raison doit découvrir les travaux de Mordillat et Prieur. Comme une réponse active à l’usinage des obscurantismes.
Réalité. À la mesure d’un monde faussé par les excès du tout-fric et du tout-vite, s’étranglent les noblesses populaires d’où jaillissait - jadis - la gloire des artistes et des penseurs, modestes ou illustres, captivants ou compliqués. Dévorant l’autre jour l’étonnant et captivant Risquer la liberté (Seuil), du philosophe Fabrice Midal, dans lequel l’auteur nous invite à sortir des égoïsmes spirituels et à ne plus nous perdre dans le culte d’un pseudo-bien-être mercantile, nous réfléchissions à nos propres enfermements d’autant plus brûlants, d’autant plus dangereux qu’ils nous éloignent du monde réel et de la vie sociale. « C’est une véritable aventure qui doit affronter la réalité », insiste Fabrice Midal. En s’appuyant sur l’art et la poésie, empruntant de-ci, de-là au bouddhisme une sagesse qui nous est (très) souvent étrangère, le philosophe exhorte au « deviens qui tu es » pour sortir de l’aseptisation en disant « oui » à l’aventure, quitte à se frayer un chemin en risques et en audaces pour « tout remettre en question » (p. 79). Quelques morceaux de bravoure plus loin, qui, contrairement aux apparences, n’incitent pas à l’individualisme, Fabrice Midal, en compagnie de Rilke ou de Cézanne, peut alors suggérer : « Le poète ne prétend pas "gérer" l’obscurité, la faire céder, la rentabiliser. Il en mesure la profondeur et nomme l’abîme d’une présence qui, du même mouvement, se donne et s’échappe. C’est pourquoi le poète sauve. Il sauve de ne rien chercher à sauver. Il sauve en gardant le sacré sacré » (p. 220). Explications : « Soutenir un chemin. Un chemin qui ne soit pas connu d’avance, mais se dessine dans le mouvement même où nous le découvrons. Or, en notre temps précisément, rien ne fait plus chemin » (p. 221). Un chemin vers l’émancipation ? Si possible collective ?
Jean-Emmanuel Ducoin
15:10 Publié dans Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, politique, âge, vieillir, médecine, philosophie


