30.03.2009
La contrefaçon de DVD financerait le terrorisme
Les chercheurs de la très respectée Rand Corporation, à Santa Monica (Californie), ont interrogé 120 agences de maintien de l'ordre, dans plus de vingt pays, pour analyser le "marché" du piratage de films. "Il existe des preuves substantielles d'un lien important et continu entre le piratage de films et le crime organisé", conclut leur rapport, "Film Piracy, Organized Crime and Terrorism", commandé par les studios d'Hollywood, et publié début mars,.
Gregory Treverton, le directeur du Rand Center for Global Risk and Security, qui a conduit l'enquête, ajoute : "Le piratage est une activité à haut rendement – avec des marges bénéficiaires supérieures au trafic de stupéfiants – et comportant peu de risques, car il échappe à la surveillance des autorités."
Le coût de fabrication d'un DVD piraté est d'environ 70 centimes de dollars (0,52 euros) et son prix de vente au marché noir peut atteindre 9 dollars (6,70 euros), soit un bénéfice "trois fois plus élevé que le trafic de drogue", précisent les chercheurs. La technologie de reproduction numérique est accessible et peu onéreuse et les pénalités plutôt légères pour les auteurs de contrefaçons.
PLUS DE 18 MILLIARDS DE DOLLARS DE PERTES POUR L'INDUSTRIE DU CINÉMA
L'Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) évalue le marché des produits contrefaits à 200 milliards de dollars (environ 149 milliards d'euros, chiffres 2005). Une étude de la Motion Picture Association (MPA), organisme représentant les studios américains, estime les pertes mondiales de l'industrie du cinéma à plus de 18 milliards de dollars, soit 13,4 milliards d'euros, (sur un chiffre d'affaires de 400 milliards de dollars), imputables à 60 % aux DVD pirates et à 40 % au téléchargement en ligne. Le manque à gagner pour les seuls studios hollywoodiens membres de la MPA atteint 6 milliards de dollars.
Une carte du piratage des DVD (fabrication et vente) pointe les pays particulièrement actifs : Bolivie, Brésil, Chine, Colombie, Indonésie, Kazakhstan, Koweït, Lituanie, Malaisie, Pakistan, Roumanie, Russie et Ukraine. Le rapport fournit une liste d'organisations mafieuses ou "gangs" qui ont ajouté le piratage de films à leurs activités criminelles (trafic d'armes et de stupéfiants, prostitution, contrefaçon, racket, etc.).
Aucun n'est signalé sur le territoire français, mais en Italie on retrouve la Camorra; en Espagne, le Madrid Human Smuggling Ring, en Grande-Bretagne, la Lotus Trading Company; en Asie, les triades de Hongkong; au Canada, les Big Circle Boys; et, aux Etats-Unis, deux groupes mafieux: Yi Ging et Jah Organization.
Les chercheurs mettent en évidence des liens entre le crime organisé et le financement du terrorisme. Le Barakat Network, qui opère aux frontières du Brésil, de l'Argentine et du Paraguay, finance, notamment avec le piratage de films, des organisations terroristes islamiques. "Nous avons trouvé des preuves que les bénéfices du piratage finançaient le Hezbollah", précise M. Treverton.
Dans une lettre jointe au rapport, un leader du groupe islamiste remercie un pirate de DVD, Assad Ahmad Barakat, pour son transfert de 3,5 millions de dollars. Or, ce dernier est désigné comme "terroriste global" par le gouvernement américain.
Le réseau Barakat verserait environ 20 millions de dollars (15 millions d'euros) par an au Hezbollah (un cinquième de son budget annuel). Le groupe paramilitaire irlandais PIRA (Provisional Irish Republican Army) tirerait aussi ses ressources de la contrefaçon, de même que l'organisation extrémiste D-Company qui sévit de Bangkok à Dubaï.
Un gros problème, explique Greg Treverton, est que "les acheteurs de copies piratées pensent commettre une petite offense, mais c'est faux ! C'est un crime contre la propriété intellectuelle et c'est, donc, comme le montre notre rapport, une question de sécurité nationale".
Renforcer la répression et sensibiliser le public sont des pistes. Sensibiliser les Etats aussi. La Chine, un des tout premiers pays pour la vente de films contrefaits, limite la distribution des films étrangers à vingt par an, ce qui incite les amateurs de cinéma à voir des films piratés.
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27.03.2009
Mikhaïl Gromov
Inutile de chercher sa photo sur sa page personnelle du site Web de l'Institut des hautes études scientifiques (IHES), dont il est membre depuis 1982 : Mikhaïl Gromov y a mis celle d'un petit singe asiatique coloré. Facétie ? Pudeur et discrétion ? Le visage sec et parcheminé du grand géomètre franco-russe, pris entre une barbe grise hiératique et des sourcils broussailleux, devrait en tout cas devenir, pour quelques jours au moins, la figure même des mathématiques. L'Académie norvégienne des sciences et des lettres devait lui décerner, jeudi 26 mars, le prix Abel, créé en 2003 par la Fondation Abel pour pallier l'absence de prix Nobel de maths. A la différence de la célèbre médaille Fields (décernée tous les quatre ans à des chercheurs de moins de 40 ans), cette distinction couronne l'ensemble d'une oeuvre.
Celle de Misha Gromov est considérable. Il est ainsi le père du "h-principe" (h, pour homotopique), des fondements de la topologie symplectique, des notions de courbe pseudo-holomorphe ou de groupe hyperbolique... "Typiquement, sa méthode est d'accumuler une série de concepts qui paraissent au premier abord un peu grossiers et simples, dit le mathématicien Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l'IHES. Mais quand vous parvenez à les enchaîner comme il faut - c'est-à-dire comme il le fait - alors des phénomènes mathématiques complètement nouveaux apparaissent brusquement."
Misha Gromov ne s'est pas rendu célèbre par la démonstration tonitruante d'une conjecture. "Il est plutôt un concepteur, quelqu'un qui, dans un seul article, aligne une centaine de théorèmes que la communauté des mathématiciens mettra dix ou quinze ans à absorber", explique M. Bourguignon. Le géomètre français d'origine russe ignorait jusqu'au 26 mars à midi qu'il était lauréat du prix le mieux doté des maths - seuls ses pairs ont donc pu être interrogés.
Pour le mathématicien Marcel Berger, ex-directeur de l'IHES, il faut revenir à des figures "comme celles de Bernhard Riemann (1826-1866) ou Henri Poincaré (1854-1912)" pour retrouver des savants dont les travaux ont autant irrigué à la fois la géométrie, l'analyse et l'algèbre. "Quelqu'un a un jour demandé à Einstein ce qu'il faisait quand il avait une idée, résume M. Berger ; il a répondu : "Des idées, on en a une ou deux dans sa vie" ; Misha Gromov, lui, en a eu cinq ou six."
Né en décembre 1943 en Russie, à Boksitogorsk, il découvre les mathématiques à 9 ans, grâce à sa mère qui lui offre Nombres et figures de Rademacher et Toeplitz. "J'étais incapable de tout comprendre, mais le livre m'a certainement influencé", dira-t-il, en 1999, dans un entretien accordé au physicien tchécoslovaque Georges Ripka et publié dans l'ouvrage Vivre savant sous le communisme (éd. Belin).
Il obtient un premier doctorat de l'université de Leningrad en 1968, et obtient un poste de maître-assistant. Mais il veut quitter l'Union soviétique. "Je voulus émigrer dès l'âge de 14 ans, dira-t-il à Georges Ripka. Je ne pouvais pas supporter le pays. La pression politique y était très déplaisante et elle ne venait pas que d'en haut." L'exemple offert par ses pairs vieillissant l'emplit d'effroi. "Les professeurs devaient enseigner de façon à témoigner du respect pour le régime, racontera-t-il. On ressentait la pression d'avoir toujours à exprimer sa soumission au système. On ne peut faire cela sans déformer sa personnalité et chaque mathématicien que je connus finit, à un certain âge, par développer une névrose accompagnée de troubles sévères. A mon avis, ils étaient devenus malades. Je n'ai pas voulu en arriver là."
Comment partir ? En entrant dans une manière de clandestinité mathématique. Car pour quitter l'URSS, mieux valait ne pas passer pour un cerveau d'exception. "Au début des années 1970, raconte Jean-Pierre Bourguignon, il quitte l'université et coupe les ponts avec la communauté académique en ne conservant par-devers lui aucun document ni aucun écrit mathématique d'aucune sorte." Qu'a fait Misha Gromov pendant cette clandestinité ? Il dira avoir été employé dans un institut de météorologie puis dans un centre de recherche sur la pâte à papier... Quelques légendes se sont forgées sur cette période dont il n'aime guère parler.
Ayant revendiqué le nom de sa mère pour établir ses nouveaux papiers d'identité, il obtient l'autorisation d'émigrer vers Israël en 1974. Mais lors d'une escale à Rome, il file aux Etats-Unis où Jim Simons, un mathématicien devenu aujourd'hui financier, lui offre un poste de professeur à l'université de l'Etat de New York à Stony Brook. "Ce furent des années extraordinaires, se souvient M. Bourguignon. Il a en quelque sorte été "confessé" par les mathématiciens de Long Island et il a pu raconter tout ce qu'il avait gardé dans sa tête et qu'il n'avait pu écrire pendant sa "clandestinité mathématique". Nous étions abasourdis." Au début des années 1980, il rejoint l'université Paris-VI puis, en 1982, devient professeur permanent à l'IHES. C'est toujours là, à Bures-sur-Yvette (Essonne), qu'il mène ses recherches.
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26.03.2009
Lettre ouverte à François Chérèque
Monsieur,
J’ai écouté votre débat avec un vif plaisir, l’autre soir sur France Culture, lors duquel vous étiez opposé au Ministre du Budget. Je vous ai entendu défendre avec vigueur les salariés, notamment les moins payés de notre pays, ceux qui émargent au SMIC. Je vous ai entendu avec plaisir dénoncer les entreprises et l’État, le système pervers d’aides accordées aux entreprises sur les salaires les plus bas, je vous ai entendu avec plaisir dénoncer que c’est le nombre de salariés auSMIC en France qui est indécent, par la faute de ce système. Puis, je me suis interrogé. Interrogé sur la signature d’un accord de branche « presse écrite », par votre confédération, en novembre dernier.
Avancées ?
Cet accord, je passe sur les détails de son histoire tant elle est complexe, nous a été présenté comme une avancée majeure pour le vaste corpus des journalistes pigistes de la presse écrite en France. On nous a en effet présentéscomme une avancée majeure l’application, dès l’entrée en vigueur de l’accord, le 1er février dernier, de l’ancienneté aux salaires des journalistes pigistes. On nous a présenté comme une avancée la possibilité que nous aurions, nous, journalistes pigistes, de participer aux élections dans les entreprises. On nous a présenté comme avancée l’ouverture d’une discussion avec l’Unedic pour régler les problèmes rencontrés par les journalistes pigistes pour l’accès à l’indemnisation chômage…
Et la loi alors ?
Mais nous présenter tout ceci de la sorte revient à s’asseoir sur l’histoire. Revient à nier qu’en 1974, les députés et sénateurs de notre pays ont voté la loi Cressard, un amendement à l’article 761-2 du code du travail. C’est nier que depuis ce 4 juillet 1974, les journalistes pigistes sont des salariés comme les autres, à l’instar du moins de leurs collègues intégrés dans les rédactions. C’est nier d’une signature malvenue que les entreprises ont depuis lors sciemment bafoué le code du travail, la convention collective. Les avancées que vous nous promettez par l’application de cet accord ne sont que des reculs en regard de ce qui devrait être appliqué aujourd’hui. Ainsi, entre autres exemples, la participation aux élections dans les entreprises pour laquelle vous avez accepté que soient remplies des conditions de rémunération minimum qui rendent quasi impossible la participation des journalistes pigistes à ces élections, sans même parler d’une éligibilité éventuelle (conditions allant bien au-delà du code du travail qui ne prend en compte que le temps passé dans l’entreprise et nulle condition de rémunération minimum).
Ancienneté au rabais
Entre autres exemples aussi, l’ancienneté, jamais ou presque appliquée depuis 1974, subordonnée dans le texte que vous avez signé au calcul d’un coefficient de référence toujours calculé sur le barème de base de la branche. Ce qui revient à dire que l’ancienneté d’un journaliste pigiste de 55 ans sera toujours calculée sur la base du salaire d’un débutant… Dernier exemple parmi tant d’autres, les difficultés d’accès à l’assurance chômage dont vous nous promettez la résorption, permettront probablement aux entreprises de presse de se séparer des journalistes pigistes en s’affranchissant de leur obligation de licenciement… Quelles avancées magistrales, obtenues par une confédération, de voir ainsi enfoncés à la fois, la convention collective des journalistes et le code du travail ! Bravo.
Un quart des journalistes
Là où le bât blesse, c’est que les journalistes pigistes concernés par cet accord sont pléthores, un quart ou presque des journalistes en activité aujourd’hui selon les derniers chiffres de la commission de la carte de journalistes professionnels (7 000 à 8 000 environ en ajoutant les journalistes non cartés). Là où le bât blesse, c’est que les entreprises jouent déjà trop avec les journalistes pigistes comme variable d’ajustement de leur masse salariale, nous plongeant pour beaucoup dans une telle situation économique que notre indépendance en souffre. Là où le bât blesse, c’est qu’en travaillant de chez eux, les journalistes pigistes, rédacteurs ou photographes, font déjà économiser environ 60 millions d’euros par an aux entreprises de presse françaises, soit un dixième des subsides à la presse annoncés par le Président de la République le 23 janvier dernier.
Questions
Fallait-il, Monsieur Chérèque, que le mépris affiché pour les journalistes pigistes par les entreprises et leurs services de « ressources humaines » trouve écho jusque dans une organisation censée les défendre ? Fallait-il, Monsieur Chérèque, que votre syndicat accompagné par la CFTC et la CFE-CGC adoubent ainsi les fantasmes des organisations patronales au détriment de journalistes qui aiment leur métier passionnément au point de consacrer un à trois mois de leur salaires par an à le financer ? Il n'est pas seulement question de rémunération là, mais bien de l'essence de notre métier.
Par yann kerveno, journaliste
15:08 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde, politique, âge, vieillir
Et Si...
Et Si... Nous poussions un coup de gueule ? Un bon et un vrai coup de gueule. Cela faisait longtemps que la rédaction de Kritiks, et moi donc, nous n'avions pas poussé une bonne et vieille gueulante.
Reprenons, il y a quelques semaines déjà vous avez eu l'occasion et la primeur de lire des chroniques de Pascal Ordonneau. Toutes s'intitulent "et si..." Toutes relèvent d'une plume critique et prospective concernant la finance, les produits des marchés mais pas seulement. A bien y regarder, il dresse une analyse de nos comportements sociaux face à la crise, face à l'économie et donc face à l'Histoire.
Quelle n'est pas notre suprise lorsque nous découvrons que "Philosophie Magazine" nous pompe l'idée du "Et si...". Certes il est difficile, voire même impossible de dire qu'une idée appartient à telle ou telle personne.
Mais à Kritiks nous aimons mettre les pieds dans le plat, prendre des bains de boue, être secoués dans l'océan des idées. Bref, nous tenons à vous rassurer ce magazine n'est pas de la philosophie, c'est de la mode. On prend un thème qui marche (l'argent, la médecine de l'âme, le couple, etc.) on le passe à la machine et on obtient un numéro d'une grande banalité, sans regard critique. Autant dire que l'on ne sort pas du sens commun.
Reprenez donc un bon Kritiks, c'est bien plus drôle de s'exprimer, crier, prendre les couleurs de la réflexion, sortir des sentiers battus et s'interroger avec humour sur le monde et nos agitations quotidiennes...
Et Si... vous aussi, vous, preniez le temps de Kritikser un peu ?
Sonia Bressler
12:01 Publié dans Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde, politique, âge, vieillir
25.03.2009
Vertige(s)
Bashung. Ce texte naît d’un entre-soi mis à nu, déployé aux yeux de tous comme pour refuser l’idée même d’une cicatrisation. Oui, laissons la plaie ouverte, qu’elle sanguinole en silence, longtemps encore… Alain Bashung : vertige de la mort. Mourir pour un poète, quelle drôle d’idée ! Quelle bizarrerie ! Restons donc hors temporalité. Imaginons un certain « aujourd’hui ». Un « après » évident. Une obligation de « toujours ». Pourquoi déjà vouloir « faire son deuil » ? Pourquoi se contraindre au dépassement de l’événement si l’événement lui-même nourrit l’utopie d’un temps qui dure, et avec lui cet état de quête permanent à partir duquel s’explore ce que nous ne voyons pas. Mais qu’écrire encore ? Après tant de phrases et d’impudiques douleurs partagées. Qu’ajouter à l’émotion simple du tout-venant qui se retourne sur ses pas et murmure : « Que le bout de chemin fut profitable… » ? Vivre ensemble n’est pas nécessairement vivre avec. Et avec le départ de Bashung, c’est une parcelle d’un « nous » qui s’extirpe et s’évade. Demeure l’imagination. Le regard. L’entraperçu d’un horizon en diagonal, d’une ligne de fuite, d’une oraison créatrice. Sans recours possible.
Yeux. « Prends garde à la tristesse. C’est un vice », disait Flaubert. Pas de tristesse donc. Juste un état différent. Aux frontières du dommage et du merci. Dans l’entre-deux. Disons, à la manière de Jacques Derrida saluant la disparition de Gilles de Deleuze : « Trop à dire, oui, sur le temps qu’avec tant d’autres de ma "génération’’ il m’a été donné de partager avec lui, sur la chance de penser grâce à lui en pensant à lui. » L’hommage suprême. Penser grâce à Bashung en pensant à lui. Nous vous imaginions tous, l’autre matin, effaçant la buée déposée par les vapeurs d’eau de la douche, le regard un peu flou blanchissant le fond de l’oeil, masque livide, traits creusés, impression de vide en vous, spectateurs invisibles, vos yeux fixés dans le miroir, où vous les aviez laissés… C’est ça ? Vous aussi ? Avec lui ?
Brumes. Le rêve de tous : aller à l’essentiel en parcourant les marges ; explorer les marges sans perdre de vue l’essentiel. À sa manière, secret, effacé, pudique, Alain Bashung était de ceux qui savent ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Ça n’a l’air de rien, mais c’est finalement assez rare. Du moins pour tout arpenteur qui assume le risque de convoquer non le hasard (il n’y a pas de hasard en poésie) mais la destinée. Lui-même l’affirmait : « J’ai écrit par nécessité tous ces albums différents pour ne jamais avoir les mêmes repères. » Mesure-t-on l’ampleur de l’obligation ? Comprend-on pleinement l’exigence de création ainsi formulée ? Témoin licencieux d’une ironie tragique quotidienne mais ébauchant son existence à la hauteur de ses obsessions, à la fois empli de mots et de brumes, avec pour catafalque l’élégance de tout son être exposé à la vue de tous comme un miracle de discrétion, Alain Bashung imposait le choix des âmes dès qu’il se glissait derrière un micro. Là tout basculait. Avec Artaud, Desnos ou Rilke comme visiteurs du soir, les mots faisaient sens par-delà leur évidence. Mieux, certaines mélodies s’effaçaient parfois derrière le rideau d’intelligence suggestive. Comme une sensualité lyrique. Un avant-être anticipateur. « On peut connaître son bilan scientifique, ses goûts, ses capacités, son endurance, disait-il. Mais on ne sait jamais vraiment qui l’on est. Peut-être avant de mourir, approche-t-on enfin de la juste définition de soi. »
Invitation. Un modèle de classe populaire. Vous qui eûtes la chance de le voir le 13 septembre 2008 à la Fête de l’Humanité, souvenez-vous de cet homme moitié assis sur un tabouret moitié debout, souvenez-vous de cette chemise blanche débordant de sa veste, ouverte sur un foulard noir, souvenez-vous de ces yeux cachés sous des verres sombres, comme une invitation à l’écoute seule, envoûtés et sidérés par la puissance de sa voix en majesté, comme s’il chantait en mourant, comme s’il mourait en parlant encore et encore, étranger à la maladie, domestiquant par nous et en lui sa progression, et puis ces mains, mon Dieu ses mains, offrant à son immobilité contrainte une théâtralité quasi miraculeuse, entre tragédien du geste et mime de l’impossible, à la fois contenu et signifiant, même à contretemps. Madame rêve passait. Nous passions. Et de loin en loin nous convoquions toutes les forces telluriques pour que le spectacle, en toute magnificence, dure…
Infidélités. Le voilà plus mort que mortel. Alain Bashung était attendu cette semaine sur la scène du Grand Rex. Pour deux concerts. Salles combles. Il n’est pas venu. Mercredi soir, nous avons erré dans un Paris immobile, sur des Grands Boulevards dépouillés, seuls. Il y a peu, il avait rempli toute une série d’Olympia et d’Élysée-Montmartre. Chacun en ressortait bouleversé. Durablement frappé d’émotion. Éternellement imprégné de fulgurances symboliques. Un frère. Un drôle de frère. Si fidèle et fusionnel (allez expliquer cela ?) qu’il pardonnait sûrement nos infidélités. Avec son esthétique très française qui le préservait d’un quelconque dandysme plus ou moins snobe (vaste confrérie), nous avions tous avec lui une relation proche-lointaine, comme s’il n’était pas nécessaire de le voir souvent ou de l’écouter tous les jours pour privilégier la force imprévue de retrouvailles. À l’Olympia, il reprenait Angora. Scène et maladie mêlée. Laquelle exorcisant l’autre ? On y put entendre : « J’crains plus mon destin / J’crains plus rien / Le souffle coupé / La gorge irritée / Je m’époumonais / Sans broncher. »
Imagination. Intime et fracassant jusqu’à la subversion : n’est-ce pas là bonne définition pour tout poète de la musicalité ? Chaînon manquant entre les grands paroliers transgenres (Brel, Ferré, Ferrat, The Stones, Gainsbourg) et les détrousseurs contemporains du rock (Cure, Simple Minds, Téléphone, Noir Désir), Alain Bashung poussait le discernement des heurs du monde jusqu’au renoncement acharné de tout pathos. Émerveillement. Chaleur. Et ce rien de candeur indispensable pour garder les yeux ouverts… Il récitait Villon en 2003 : « Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble. » Frisson. L’homme aimait plus que tout « s’arrimer à une force qui nous dépasse ». Insondable mystère de ceux qui méditent au-delà d’eux, au-delà de nous. Il racontait : « On devrait être tout le temps à une réceptivité totale à la vie. Comme si on avait trouvé le chemin du plus profond de soi. On dépasse le superficiel. » Et il ajoutait : « Pour réussir, il faut être acculé. On parvient à raconter des choses douloureuses avec pudeur. Être assez pudique pour que beaucoup de gens s’y reconnaissent. Tout le contraire de l’exhibitionnisme. » L’entre-soi mis en commun.
Jean-Emmanuel Ducoin
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23.03.2009
Fraternité(s)
(À la mémoire de Pierre Bourgeade.)
Debray. Une précaution utile valant mieux qu’un doute persistant, levons d’abord un éventuel quiproquo qui pourrait conduire le lecteur sur une fausse piste. Avant de vous plonger dans son dernier essai, le Moment fraternité (Éditions Gallimard), sachez donc que la fraternité, selon Régis Debray, s’apparente moins à une éruption soudaine d’affectivités collectives qu’à un combat. Vous avez bien lu : un combat. Ardent de conviction si possible. Qui s’accommode mal en tous les cas du gnangnan et du bling-bling, des niaiseries et autres bons sentiments producteurs d’un « nous végétatif » qui « berce, conforte, aveugle » (p. 265), un « nous-ronron, image inversée du nous-fureur ». Le philosophe-médiologue se fait là plus anthropologue que moraliste. Disons historien des idées s’évertuant à réenchanter « de la » politique ; et surtout pas politologue de la médiacratie rampante voulant se « préserver du pire en se privant du meilleur » (p. 266). Fâchés, les bien-pensants de la mollesse. Heureux, les empêcheurs de penser unique.
Survie. 365 pages d’un bonheur intellectuel tellement érudit qu’il surprend là où on ne s’y attend pas, dérange à chaque coin de phrase, change enfin la perspective des horizons qui nous servent de décors… Ce n’est pas un simple contre-pied à l’air du temps que nous propose Régis Debray, c’est bien plus ambitieux, bien plus complexe et déroutant. « Dans la fraternité il y a quelque chose qui relève de la survie », prévient-il non sans gravité. Son ambition : « Une feuille de route aux frères humains qui après nous viendront ? Restons sérieux. Alors, rentrer à la maison sans demander son reste, au motif que là où la faim et les coups se font la belle, là s’arrêtent les royaumes fraternels ? Parce que nos vieux pays désabusés seraient en mal de convictions, dégrisés de leurs folies, sans grande querelle à soutenir, ne resterait qu’à rétrocéder la clausule oratoire aux salons d’apparat, aux Nations unies, aux Coupes de France électorales ? Ce serait jeter le manche après la cognée » (p. 337). Dialectique, diront les pisse-froid. « Il n’y a pas d’après quand il n’y a pas d’avant » (p. 89). Matière à élévation, affirmons-nous. « Un rituel s’étiole en simagrée quand la mémoire défaille » (p. 357).
Sacré. Reprenons. Avec trois citations qui s’enlacent à distance. « Le lieu est sacré quand il fait lien, mais c’est le lien qui fait le lieu, non l’inverse » (p. 63). « On ne naît pas frère, on le devient. Seul l’acte de fraternisation, insolite, contre-nature, peut redonner verdeur et force à une pâle et fade fraternité » (p. 272). « Le symbole réunit, c’est son sens littéral. (…) S’appellera symbolique tout ce qui aide, sans le dire, à retarder une décomposition » (p. 108). À en croire l’auteur, qui traque par une multitude d’exemples piochés dans l’histoire et ses personnages les points de références, les événements, héros ou mythes fondateurs qui cristallisent les identités et révèlent l’invariant, la clef de la fraternité serait donc la filiation symbolique. Nous ajouterons : là où il y a de la compréhension des symboles à l’usage pour tous, là où il y a partage de leur signification, là où l’initiation est envisageable, il y a du « nous ».
Devise. Un « nous » multiple mais unificateur ? Nous y voilà. Du « sacré » noué au « nous », entre les parvis et le temple, bref pour passer d’un état profane à un autre plus valeureux, Régis Debray nous invite à reconsidérer cette devise de la République, « fraternité », rejetée en dernière position comme le sont toujours les suppléments d’âme, nouveaux miroirs aux alouettes de l’homme moderne, bonne conscience boboïsée. Au fond, deux choses menacent nos sociétés. Le « moi je » et le « nous ». Comment dès lors en concilier les contraires ? Le collectif précède mais peut étouffer l’individu. Mais dans nos sociétés actuelles, dominées par le mercantilisme à tous les étages (les biens, la consommation, les sentiments, l’espace public), le « moi je » peut faire éclater le « nous ». Or pour faire du « nous », il faut du « eux ». Sans perdre le sens du stratégique, avec secret et patience, Debray affirme : « Le nous produit du mythe comme il respire, et pour respirer » (p. 111). Encore convient-il de ne pas se tromper de définition et surtout ne pas s’en contenter ! Le « frère » scandé de haut en bas n’a parfois rien d’angélique. De ces frères de mot qui trahissent le frère comme le mot, au « grand frère russe », sans parler des dirigeants khmers rouges qui s’appelaient entre eux « Frère nº 1 », « Frère nº 2 », etc. « Chez eux, on se donnait du "frère" comme sous Staline du "camarade" » (p. 263). Avouons que la chaleur de la fraternité, c’est autre chose. C’est un « nous » irréductible et inaliénable, qui, avec l’égalité, oblige le frère, l’ami, le fils, le camarade à élaborer une fraternité qui s’incarne dans quelque chose de plus grand que soi, qui unit et nous dépasse. Debray : « Qui fraternise le fait à ses risques et périls, encourt parfois un conseil de guerre et toujours l’ire de sa tribu. Il n’y a pas de fraternité là où les jeux sont faits » (p. 272).
République. Alors ? « Les rites de passages flanchent s’il n’y a plus de seuil à franchir, sans marches à monter ou descendre » (p. 358). Pour le citoyen héritier de la Révolution et de la Résistance, la fraternité n’est pas qu’un panneau de signalisation comme le sont devenus les droits de l’homme, « nouvelle religion civile » (p. 113). Non, la fraternité est un réservoir de sens. Et si « nous ne regardons plus les frontons de nos mairies et les papiers à en-têtes », la double tâche à l’ordre du jour - « assurer l’universel, réveiller le singulier » (l’ethnologue Jean Malaurie) - s’appelle la République. Oui, ce « nous » républicain totalement désacralisé au profit d’un individualisme débridé. Ce « nous » terreux aux ingrédients nombreux et complexes qu’il faudrait réchauffer par temps-long sur un vieux fourneau de grand-mère et surtout pas au micro-ondes. La fraternité demeure une notion âpre. Faire une famille avec ce qui n’est pas « famille » s’apparente à une conversion forcément douloureuse. Regarder l’autre et le considérer comme un frère : rien n’est plus nécessaire mais difficile. Ce n’est pas une métaphore : c’est de la politique en grand ! Car Debray a raison. Dès que la République s’éloigne, la fraternité s’en va. Il n’y a pas de hasard. Elle s’effaça avec Napoléon, puis Napoléon-le-Petit, puis Thiers, puis Pétain… Notre Nicoléon actuel figure déjà en bonne place dans le sinistre palmarès. Le contrer, lui et les siens, exige combat. Combat commun. Il ne saurait y avoir de retours fraternels sans confrontation. C’est le prix du « nous ». « Un nous qui fait corps quand, rassemblé, il voit autre chose et plus que ce qu’il a sous les yeux » (p. 81). Magistral Régis Debray !
Jean-Emmanuel Ducoin
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21.03.2009
Et si la colère de Bernanke comme la colère d’Achille…?
« S'il y a un seul événement depuis les 18 derniers mois qui m'a mis en colère, je ne peux penser à aucun autre plus qu'à AIG ». Le Président de la Federal Reserve, (la FED*) la Banque Centrale des Etats Unis, s’est exprimé en ces termes devant une commission du Sénat Américain. La déconfiture de la plus grande compagnie d’assurances du Monde, AIG (American Insurance Group), les pertes qui n’ont cessé de gonfler et atteignent actuellement plus de cent milliards de dollars, l’opacité des opérations, les bonus que ses dirigeants se sont distribués alors que le contribuable américain allait de sa poche pour renflouer ce qui menaçait d’être une catastrophe financière planétaire, ont eu raison du calme et de la pondération du Chairman de la FED.
La colère de Bernanke n’est pas n’importe quelle colère. C’est la colère du plus grand argentier de la terre. Les colères du gouverneur de la Banque de France sont honorables, elles sont en tout cas discrètes et limitées au cercle restreint des banquiers français. Celle de son homologue allemand méritent considération à coup sûr…Ce ne sont pourtant que de petits évènements. Si Trichet, Argentier de l’Europe, était en colère cela pourrait vouloir dire quelque chose. Bernanke en colère, c’est le tonnerre qui passe, c’est le volcan qui érupte.
La colère « est une courte folie » (Cf. Horace). Quand Bernanke est en colère, c’est la colère de la FED la colère de la plus puissante banque centrale du monde, c’est donc une colère aux couleurs de l'antiquité. Pour être courte, elle n’en est pas moins considérable. C’est l’Olympe, version finance qui s’irrite et descend porter le feu et le fer de la vengeance dans les rangs humains. C’est Achille après qu’on ait tué Patrocle.
La douleur d’Achille trouva ces mots en réponse à Ulysse : « J’aimerais mieux être sur terre domestique d’un paysan, fût-il sans patrimoine et presque sans ressources ».
Sans patrimoine? Sans ressources? La correspondance est presque parfaite. Bernanke…la colère….plus de patrimoine…AIG…tout colle !
Et tiens ! Justement ! Si la colère de Bernanke trouvait sa source dans la mort de son Patrocle ?
Et si c’était Greenspan, le Patrocle de Bernanke?
Celui qui a porté Bernanke sur les fonds ….abyssaux de la finance.
Ce Greenspan(**), qui croyait dans la vertu des décisions rationnelles, et y voyait la confirmation de ce fameux adage selon lequel la somme des initiatives individuelles fait le bien général.
Celui-là même qui a reconnu devant le Sénat américain que « l’économie l'a tromper »... Celui qui a eu le courage de dire que la main invisible du marché et la procession des aveugles de Breughel avaient d’étranges points communs.
Si donc Patrocle-Greenspan a été mortellement frappé d’un glaive vengeur, qui est l’auteur de ce meurtre aux allures rituelles... S’il y a un Achille, s’il y a un Patrocle, alors il y a un Hector !
Et si c'était l'affreux Warren Buffet ? Trop facile ! Hector était un sage, un guerrier, c’était peut-être aussi un politique….mais ce n’était pas un visionnaire.
Or Warren Buffet est un visionnaire ! Et si, en vrai, Warren Buffet, c’était Chalcas ? Le redoutable devin de la Guerre de Troie. Warren c’est un vrai voyant. Un authentique qui, se détournant du marc de café et plongeant son regard dans le fond des océans, est revenu vers la vraie divination. Warren c’est l’homme qui scrute le flux et le reflux de la mer pour leur faire dire les rythmes et les temps du monde. « C'est quand la mer se retire qu'on voit ceux qui se baignent nus ».
Voilà! Tout est dit!
On le sent proche de ce poète français, qui nous annonçait « la mer, la mer toujours recommencée ».
Flots de monnaie, tempêtes financières, vagues de licenciements, taux de change flottants…courants et brisants…fonds d’investissements emportées par les lames déchainées, économies qui ne voient pas le fond de la crise, pertes abyssales….
Tout n’est que furie de flots déchainés qui, en se retirant, laisse les personnes morales déchirées comme de vulgaire notice COB(***) passées à la déchiqueteuse.
Et Warren-Chalcas d’insister « Si jamais vous vous retrouvez dans un bateau qui coule, l'énergie pour changer de bateau est plus productive que l'énergie pour colmater les trous ».
Warren Buffet c’est ce cri qui retentit encore dans toutes les têtes : « Les passagers du Titanic! Tous à la mer! On change de bateau! »
Evidemment Warren n’aurait pas avancé un dollar à un Tom MacWhirr ou misé sur son mythique vapeur « Nan-Shan ». Il aurait traité Joseph Conrad de farceur et de pure plaisanterie la lutte de l’homme contre la folie des éléments et des dieux.
Car Warren Buffet est un homme froid et méthodique. On l’a entendu siffler tout comme Elisabeth Ière que « La colère donne de l'esprit aux hommes ternes, mais les laisse à leur pauvreté ». La pauvreté, ce n’est pas le genre de Warren. La colère de Bernanke n’est que faiblesse.
D’ailleurs, Bernanke animé de cette colère homérique, pensant à AIG et à l’horreur à elle attachée, n’est-il pas tombé dans les pires excès. La colère aveugle dit-on? Bernanke aveuglé comme un banal héros grec n’en est-il pas venu aux pires injures !
AIG ? A-t-il questionné, le front ruisselant d’un digne courroux, « Un vrai hedge fund ! »
Un vrai hedge fund ?
C’est-à-dire un de ces monstres de la Finance qui ont provoqué effarement et effondrement. Un de ces « special vehicles » à l’image de ceux que crée, vend et gère Warren Buffet toute la journée. Cette machine à fric et à Cash qui a fait sa fortune, à lui, Warren, serait donc aux yeux du Patron de la FED, aux yeux du plus grand des Banquiers de la planète et d’un concitoyen pour couronner le tout, le comble de l’horreur et de l’abjection financière !
Et si s’était bien cela la vraie colère de Bernanke ?
Et si AIG c’était d’une certaine façon Warren Buffet en pire ?
S’il y a pire ?
Alors, on comprendrait bien la colère de Bernanke.
Mais pourtant dans l’instant même on aura envie de lui rappeler ce que disait madame de Staël « Il ne faut pas se mettre en colère contre les choses : cela ne leur fait absolument rien ».
AIG est une chose étrange, mais c’est une chose. C’est un Hedge fund ! Ce qui en fait une chose encore plus étrange.
Et donc, la Bernanke en colère contre les Hedge funds, ce n’est rien d’autre que ce court moment de folie évoqué plus haut. Ce n’est pas un plan d’action ni une réglementation destinée à les contraindre. Ce n’est rien.
Plus que les choses, ce sont les hommes qui devraient intéresser Bernanke. Sa colère vaudrait si elle se reportait contre des comportements et des irresponsabilités.
Elle pèserait si on parlait sérieusement de contrôles, de moyens de contrôle et de règles imposées aux acteurs humains de la vie financière.
Mode temporaire et hypertrophié de l’indignation, cette colère se résoudrait en actions, tant au niveau des Etats Unis que dans le reste du monde, et deviendrait un stimulant pour inscrire dans la durée une vision claire de ce qu’est un investisseur et dans quels contraintes il doit s’inscrire. Pour beaucoup d’hommes d’affaires, Warren Buffet est le pur modèle de ce qu’il faut faire pour s’enrichir.
Il est temps de décider que si les actions individuelles des hommes d’affaires sont nécessaires à l’économie, la richesse vraie des nations ne vient pas du hasard de leur accumulation: elle résulte d’une volonté publique qui stimule et tout à la fois borne leurs initiatives au nom d’une vision claire de l’économie et de la construction de la richesse.
Pascal Ordonneau
*La Réserve fédérale (Federal Reserve System), appelée souvent Federal Reserve ou, plus court encore, Fed, est la banque centrale des États-Unis. Elle a été créée le 23 décembre 1913 par le Federal Reserve Act dit aussi Owen-Glass Act.)
** Alan grenspan est le prédecesseur de Bernanke à la FED, il est resté à son poste plus longtemps qu’aucun autre grand argentier américain. Lors d’une audition au Sénat américain, il a publiquement « confessé » que sa confiance dans l’initiative individuelle et les mécanismes auto-régulateurs de l’économie libérale, exempte de réglementation tatillonne, avait été mise en défaut (Those of us who have looked to the self-interest of lending institutions to protect shareholder's equity -- myself especially -- are in a state of shocked disbelief."
***Commission des opérations de bourse, une institution française, dans le domaine économique qui a pour mission, entre autres, de vérifier que les notices d’information concernant les sicav, opcvm et autres placements financiers dont conformes à la réglementation. Sans visa de la COB, on ne peut pas commercialiser sur le territoire français de produits financiers quelque soit l’honorabilité de l’émetteur.
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20.03.2009
La Fed fait feu de tous bois
La Réserve Fédérale américaine a encore sorti de son chapeau une batterie de mesures surprise pour tenter de relancer la machine économique. Son gouverneur Ben Bernanke espère que ces annonces spectaculaires mettront cette fois fin à la spirale de déprime économique qui sévit depuis plus d'un an et demi. Elles ont en tout cas été bien accueillies...
Les américains sont friands de qualificatifs "chocs". L'économiste américain Richard Hoey a eu un certain succès lors d'une interview accordée à Bloomberg TV en affublant la Réserve Fédérale, la banque centrale du pays, du surnom de "Rambo Fed", après qu'elle a mercredi soir sorti l'artillerie lourde pour tenter de mettre fin à la spirale de dépression de l'économie américaine...
Le gouverneur de la Fed, Ben Bernanke, a en effet annoncé hier soir de nouvelles décisions de politique monétaire "non-conventionnelles" allant au-delà des nombreuses mesures déjà annoncées. En temps normal, une banque centrale intervient sur l'économie d'un pays ou de plusieurs (comme c'est le cas dans la Zone Euro avec la Banque Centrale Européenne) par le biais de moyens classiques, tels que le contrôle de la création de monnaie, la politique monétaire (intervention sur les taux directeurs) ou la régulation financière. Mais depuis le début de la crise, la donne a changé et les banquiers centraux sortent de leur cadre d'intervention traditionnel, pour pallier les carences de marchés incapables de s'autoréguler. C'est déjà le cas en Grande-Bretagne et au Japon, alors que la BCE traîne les pieds, il est vrai muselée en partie par le Traité de l'Union.
Mercredi soir donc, Ben Bernanke a annoncé trois séries de mesures, dont la plus spectaculaire est le rachat, dans les six prochains mois, d'un montant pouvant aller jusqu'à 300 milliards de dollars de Bons du Trésor américain. Ce faisant, la Fed a mis la pression sur les taux longs américains (qui ont chuté après l'annonce) et espère que les banques réduiront à leur tour le prix du crédit, de façon a relancer les prêts aux entreprises et aux ménages. En outre, la Fed va accroître ses rachats de "MBS" ("Mortgage-Backed Securities", les dettes hypothécaires adossées aux agences) de 750 milliards de dollars (contre 500 milliards actuellement) et va doubler ses achats de dette d'agence de 100 à 200 milliards de dollars. Par ailleurs, la banque centrale a lancé son programme TALF, pour soutenir le rachat d'actifs ABS ("Asset-Backed Securities").
La sphère financière s'est complexifiée
Tous ces termes barbares apparaissent bien obscurs? C'est normal, la sphère financière s'est tellement complexifiée qu'il devient de plus en plus difficile de discerner les tenants et les aboutissants des décisions des banques centrales, surtout quand elles sortent de leur cadre habituel. Ce qu'il faut retenir des décisions de Ben Bernanke, c'est que la situation est tellement difficile que la Fed lance toutes ses forces dans la bataille. Cela n'est pas sans conséquence pour son bilan, il faut bien financer ces opérations. Celui-ci devrait s'alourdir de moins de 1 000 milliards de dollars avant la crise à environ 4 500 milliards de dollars si toutes les mesures annoncées sont utilisées à plein régime, selon les spécialistes. Cela représente le tiers du PIB américain, souligne jeudi matin l'économiste Bruno Cavalier, d'Oddo Securities. "Le constat porté par la Fed sur la situation économique est d'une sécheresse hélas effrayante: la récession se prolonge au plan domestique, elle s'étend au plan international, s'alimentant des problèmes des institutions financières et aggravant les excès de capacités productives", explique-t-il, en ajoutant que la Fed, après être intervenue sur les maturités courtes, étend son bilan dans la durée. L'objectif est d'irriguer un maximum de marchés du crédit pour relancer la machine économique.
Pour le chef économiste de la banque italienne Unicredit, Marco Annunziata, la Fed a lancé un "électrochoc majeur pour les marchés" sous la forme de trois "bombes". "Je pense ce cela aura un puissant impact sur le sentiment de marché, accroissant l'espoir que les efforts de politique monétaire aideront l'économie à trouver un plancher dans les mois à venir, et mettant en place les étapes nécessaires à une reprise d'ici la fin de l'année", affirme-t-il, enthousiaste. Chez Aurel ETC Pollak, les économistes sont plus partagés. "Par cette décision de monétisation de la dette publique, le Fed finance directement une partie du plan de relance du gouvernement. Cette décision exceptionnelle se justifie parce que le risque principal contre lequel les autorités monétaires est celui d'une déflation", expliquent-ils, avant de prévenir "mais, très vite, si ces potions du Fed sont efficaces sur l'économie, se posera la question de reprendre ces liquidités et de réduire la taille du bilan de la banque centrale".
"Rambo Fed" montre les muscles
En effet, la Réserve Fédérale doit parer au plus pressé par des mesures spectaculaires, quoique mûrement réfléchies, mais elle se prépare des lendemains difficiles. En spécialiste de ce type de crise, Ben Bernanke sait cependant que le risque actuel est bien supérieur à ce que ses services ou ceux de son successeur auront à gérer par la suite. L'accumulation des mesures destinées à fournir des liquidités aux différents acteurs de la chaîne économique risque tôt ou tard d'avoir un puissant effet inflationniste, même si tous les économistes ne s'entendent pas sur ce point. Ils sont en revanche unanimes à juger que le dollar va connaître une forte pression, déjà perceptible depuis hier puisque l'euro est remonté brutalement de 1,30 à 1,34 dollar après les déclarations de la Réserve Fédérale. L'alourdissement du bilan de la Fed et l'afflux de monnaie constituent deux éléments de nature à peser durablement sur le billet vert, déjà secoué par la politique monétaire de taux proches de zéro adoptée par la banque centrale et par la crise économique et financière. Il faudra là aussi pour les Etats-Unis remettre de l'ordre dans le futur. Le sentiment global est donc que "Rambo Fed" a montré tous ses muscles dans un pari réfléchi et audacieux, non dépourvu de risque, mais qu'en cas de succès de la stratégie actuelle, il faudra bien gommer à un moment ou à un autre les déséquilibres. "Les dernières décisions sont historiques. Mais, l'avenir s'annonce difficile et les prochains ajustements de politique monétaire seront délicats...", comme le conclut l'équipe économique d'Aurel ETC Pollak.
Par Anthony BONDAIN
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19.03.2009
Reprise en 2010 : La méthode coué de Trichet et Bernanke
La croissance va repartir en 2010. Voilà en substance ce que répète depuis quelques semaines Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE), et Ben Bernanke, son homologue de la Réserve fédérale américaine (FED). De belles manifestations d'optimisme qui n'engagent que leurs auteurs.

Je vais bien, tout va bien...
"Nous devrions probablement assister à la fin de la récession cette année", a encore répété Bernanke, dans une interview diffusée dimanche dans le magazine 60 minutes. Avis évidemment partagé par Trichet, qui lui emboîtait le pas ce mercredi : "L'année 2009 sera très très difficile. (...) En même temps, il y a un accord assez général pour penser que 2010 peut être l'année de la reprise, modérée, de la croissance".
Ce n'est pas la première fois que le duo nous joue ce petit numéro depuis le début de l'année. Le 9 mars, à l'issue de la réunion bimestrielle du G-10 au siège de la Banque des règlements internationaux (BRI), Trichet l'annonçait déjà : "Nous nous approchons du moment où il y aura une reprise". Au cas où on n'aurait pas bien compris sa déclaration du 28 février, où il se réclamait également d'un avis soit-disant partagé par tous : "J'ai noté que c'est ce que pratiquement tous les économistes et institutions pensent."
Le précédent Hoover
Cette certitude autour d'un retour de la croissance en 2010 est pourtant loin d'être aussi unanimement partagée que JCT veut bien le dire, d'autant qu'aucun indicateur économique ne permet d'appuyer une telle affirmation.
La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire Internationale sont ainsi nettement plus réservés. Dominique Strauss-Kahn a reconnu le 11 mars avoir "peur que la reprise en 2010 devienne difficile", si l'assainissement du système bancaire ne s'accélérait pas. Warren Buffet, deuxième fortune de la planète, mise lui sur un redressement de l'économie dans "cinq ans" : "Cela prend cinq minutes pour prendre peur, mais reprendre confiance demande bien plus de temps. Or, le système ne fonctionne pas sans confiance."
Si on peut donc comprendre la volonté de Trichet et Bernanke d'enrayer la morosité ambiante, la méthode coué a ses limites. Yann Algan, économiste à L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), rappelait récemment dans un chat du Monde "l'optimisme largement infondé du président Hoover en mai 1930, qui déclarait : ‘le pire est passé, nous allons rapidement sortir de la crise'. Deux ans plus tard, 770 banques étaient fermées, le PIB avait reculé de 25 % et le chômage touchait un quart de la population américaine."
Dans cette cacophonie de pronostics, le mieux est sans doute de s'en tenir à ce que nous a appris la crise actuelle : optimistes ou alarmistes, n'écoutons pas trop les économistes...
20:09 Publié dans Finance & Crises | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, cinéma, art, festival, brigitte lemaine, politique, économie, sociologie
Et si... la crise redéfinissait le mot "richesse"
Les bourses, les produits financiers, les salles de marché ne sont plus ni les lieux de production, ni les supports ni les acteurs de diffusion de la richesse. La vaporisation des cours, les prédateurs Madoff, la réduction en confetti des banques anglo-saxonnes ont ravalé les valeurs et les cotations financières et bancaires au rang de rêves nébuleux ou de visions délirantes.
Si les idées convenues sur la richesse et sa légitimité ont été pulvérisées, si la richesse des nations ne peut plus être jaugée selon les bourses et la fluidité de circulation des valeurs financières comment savoir si on est riche ? Comment se dire plus riche ?
Il y avait des repères, autrefois !
La richesse des nations s’étalait dans toute sa simplicité monétaire. Le plus riche était vraiment très riche, en signes monétaires, et en dollars, quand c’était une vraie monnaie. C’est ainsi que les Etats unis qui concentrait plus de 30% de la richesse du monde, étaient vraiment le plus riche de tous les pays. Le moins riche, était vraiment très peu riche ! Et il l’est toujours, le Tokelau, avec un PNB de 10 millions de dollars.
Ces comparaisons n’avaient pas grand sens ! et on l’avait bien compris, même avant la crise! On avait déjà raffiné !
On parlait de PIB par habitant, on se référait au revenu, aux échanges pour des comparaisons un peu moins caricaturales. Les petits pays qui ne représentaient pas grand-chose sur le plan global pouvaient se faufiler sur le podium en utilisant d’autres critères.
Par exemple, le Luxembourg avec 65 600 dollars par habitant pouvait être fier d’avoir les habitants les plus riches du monde….pendant que le Burundi, pouvait s’attrister d’avoir les habitants les pauvres avec 96 dollars… (Au fait, on parle ici de revenus annuels….)
Ainsi, dans le monde d’avant la crise tout était simple et stable, les valeurs étaient valorisées convenablement et les comparaisons faisaient raison.
Et voilà que l’un des pays les plus riches (par habitant) du monde, un pays à qui tout souriait, qui se couvrait de 4/4 et de montres à complication, s’est réveillé un matin, de l’année 2008 presque pauvre … L’Islandais qui valait 54 000 dollars s’est brutalement réveillé avec à peine 27 000 !!! Au niveau d’un vulgaire espagnol ! Et demain ? Au rythme que connait le déroulement de la crise, l’islandais (monétaire) de base est en route pour ne pas peser plus lourd qu’un groenlandais, et les Inuit, eux-mêmes pourraient en remontrer aux islandais dans quelques temps.
Et si le comble n’était pas dans l’absurdité de ces chiffres ?
Et que dire de la richesse patrimoniale ? En utilisant toujours les mêmes moyens de valorisation, les ménages qui s’enorgueillissaient d’un patrimoine valorisé à 61 000 USD font partie des 10% les plus riches sur la terre. Il y avait un lot de consolation pour ceux dont le patrimoine dépassait 2 200 USD ! On les comptait parmi les 50% les plus riches !
Et pour terminer ces chiffres qui frappent : 10 % des adultes pèsent 85 % du patrimoine mondial.
Et si cette crise, nous conduisait à penser et agir la richesse autrement ?
Cette Islande si bien notée selon les anciens critères, était elle si riche, qu’un simple mauvais coup de vent ait pu disperser richesses et valeurs du jour au lendemain ?
Depuis quelques temps, on se disait bien que le PNB, le revenu ou le patrimoine d’un pays ou par habitant d’un pays, ne parlaient pas bien de la richesse. En tout cas on savait qu’on ne parlait pas du bonheur. Quelques économistes suffisamment perspicaces et pas nécessairement marxiste rédigeaient rapports sur rapports pour avertir le monde et ses dirigeants que le nombre de 4/4 et des montres à complication par habitant n’était pas un critère satisfaisant.
Il y avait bien d’autres choses : les routes, les hôpitaux, le traitement des déchets, la lutte contre la pollution, les transports collectifs…tout ceci qui n’était pas nettement différencié par une pure valeur boursière et monétaire devait pouvoir trouver une place.
Un islandais dont le PNB individuel est divisé par deux, est-il deux fois plus pauvre?
Si cet islandais se sent très malheureux tout d’un coup, l’écart qui le séparait de l’habitant du Burundi s’est-il resserré pour autant, le malheur de l’islandais apportant quelque baume au burundais?
Et si on en finissait avec ces calculs absurdes ? Un islandais moitié moins riche ce n’est pas un burundais multiplié par 135 au lieu de 270 !
Si la richesse se définissait simplement dans la fin de la misère et de la pauvreté des peuples, on ne pourrait même pas esquisser cette comparaison incroyable : un islandais pèse 270 fois plus qu’un burundais quand çà va bien et seulement 135 fois quand çà va mal…pour l’islandais.
Ainsi dit, la puissance économique et la richesse ne pourraient plus s’autoproclamer sur la base des signes monétaires. La puissance ne pourrait plus s’énoncer dans les manipulations de cours et le sens des taux de change. La richesse des citoyens d’un pays ne pourrait plus être mesurée à l’aune des valeurs monétaires de leur patrimoine et de leurs dettes.
Donc, supprimer le vieux thermomètre, et ne plus parler de température ?
Pourquoi, casser un instrument ?
Et si on améliorait la façon de compter la richesse ? Et si on s’essayait à définir des critères objectifs de bonheur?
Et si donc, on créait une comptabilité plus fidèle ? Elle ne refuserait pas l’énonciation des richesses, des patrimoines, des valeurs mobilières. Elle les mettrait en comparaison avec leur emploi.
C’est de la vraie comptabilité que d’identifier les fonds et leur origine, la destination des fonds et les formes qu’ils prennent.
Cette comptabilité dirait que tel pays qui se range parmi les plus riches et dont les habitants se flattent d’être parmi les plus fortunés ne peut soutenir cette prétention de façon durable s’il n’est pas en mesure de décrire et valoriser la richesse qu’il a créé, non seulement chez lui, mais aussi chez les autres.
Elle dirait que le Burundi qui n’a pas de revenu est un créancier net du monde. Elle dirait qu’en terme comptable le Burundi montre une situation nette dramatiquement négative.
A l’inverse, les Islandais, si pareille comptabilité avait existé auraient du constater qu’en face de leurs ressources, de leurs patrimoines et de leurs comptes en banque, il n’y avait rien d’autre qu’eux-mêmes, fermés sur eux-mêmes, autistes, reposant sur un morceau d’ile confortablement à l’écart du monde et de ses conflits.
Ils prélevaient, sur le monde, comme ils avaient eu l’habitude de le faire sur les troupeaux de baleine…..avec le même risque : l’épuisement, l’isolement et l’appauvrissement.
Il ne faut pas casser le vieil instrument de mesure ! Le décompte de la richesse, les PNB, les revenus nets par habitants, les patrimoines valorisés selon un étalon commun, doivent être maintenus dans les conditions antérieures : c’est la jauge de l’égoïsme des nations.
Il faut compléter l’instrument et introduire de nouvelles données à mesurer. Face aux richesses acquises et accumulées, il y aurait, tout ce qui a été apporté aux autres, les dons, les investissements, les dépenses en infrastructures, mais aussi les avantages tarifaires pour les exportations des plus faibles. Il y aurait les équipements sanitaires et les ressources destinées à lutter contre les pollutions.
Et si ce n’était rien moins qu’un impôt redistributif mondial ?
Peu importe, le vrai mouvement sera lancé quand l’idée sera passée que la richesse des nations réside dans l’enrichissement auquel elles ont contribué.
Combien d’années pour réinventer la richesse ?
Pascal Ordonneau
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