21.03.2009
Et si la colère de Bernanke comme la colère d’Achille…?
« S'il y a un seul événement depuis les 18 derniers mois qui m'a mis en colère, je ne peux penser à aucun autre plus qu'à AIG ». Le Président de la Federal Reserve, (la FED*) la Banque Centrale des Etats Unis, s’est exprimé en ces termes devant une commission du Sénat Américain. La déconfiture de la plus grande compagnie d’assurances du Monde, AIG (American Insurance Group), les pertes qui n’ont cessé de gonfler et atteignent actuellement plus de cent milliards de dollars, l’opacité des opérations, les bonus que ses dirigeants se sont distribués alors que le contribuable américain allait de sa poche pour renflouer ce qui menaçait d’être une catastrophe financière planétaire, ont eu raison du calme et de la pondération du Chairman de la FED.
La colère de Bernanke n’est pas n’importe quelle colère. C’est la colère du plus grand argentier de la terre. Les colères du gouverneur de la Banque de France sont honorables, elles sont en tout cas discrètes et limitées au cercle restreint des banquiers français. Celle de son homologue allemand méritent considération à coup sûr…Ce ne sont pourtant que de petits évènements. Si Trichet, Argentier de l’Europe, était en colère cela pourrait vouloir dire quelque chose. Bernanke en colère, c’est le tonnerre qui passe, c’est le volcan qui érupte.
La colère « est une courte folie » (Cf. Horace). Quand Bernanke est en colère, c’est la colère de la FED la colère de la plus puissante banque centrale du monde, c’est donc une colère aux couleurs de l'antiquité. Pour être courte, elle n’en est pas moins considérable. C’est l’Olympe, version finance qui s’irrite et descend porter le feu et le fer de la vengeance dans les rangs humains. C’est Achille après qu’on ait tué Patrocle.
La douleur d’Achille trouva ces mots en réponse à Ulysse : « J’aimerais mieux être sur terre domestique d’un paysan, fût-il sans patrimoine et presque sans ressources ».
Sans patrimoine? Sans ressources? La correspondance est presque parfaite. Bernanke…la colère….plus de patrimoine…AIG…tout colle !
Et tiens ! Justement ! Si la colère de Bernanke trouvait sa source dans la mort de son Patrocle ?
Et si c’était Greenspan, le Patrocle de Bernanke?
Celui qui a porté Bernanke sur les fonds ….abyssaux de la finance.
Ce Greenspan(**), qui croyait dans la vertu des décisions rationnelles, et y voyait la confirmation de ce fameux adage selon lequel la somme des initiatives individuelles fait le bien général.
Celui-là même qui a reconnu devant le Sénat américain que « l’économie l'a tromper »... Celui qui a eu le courage de dire que la main invisible du marché et la procession des aveugles de Breughel avaient d’étranges points communs.
Si donc Patrocle-Greenspan a été mortellement frappé d’un glaive vengeur, qui est l’auteur de ce meurtre aux allures rituelles... S’il y a un Achille, s’il y a un Patrocle, alors il y a un Hector !
Et si c'était l'affreux Warren Buffet ? Trop facile ! Hector était un sage, un guerrier, c’était peut-être aussi un politique….mais ce n’était pas un visionnaire.
Or Warren Buffet est un visionnaire ! Et si, en vrai, Warren Buffet, c’était Chalcas ? Le redoutable devin de la Guerre de Troie. Warren c’est un vrai voyant. Un authentique qui, se détournant du marc de café et plongeant son regard dans le fond des océans, est revenu vers la vraie divination. Warren c’est l’homme qui scrute le flux et le reflux de la mer pour leur faire dire les rythmes et les temps du monde. « C'est quand la mer se retire qu'on voit ceux qui se baignent nus ».
Voilà! Tout est dit!
On le sent proche de ce poète français, qui nous annonçait « la mer, la mer toujours recommencée ».
Flots de monnaie, tempêtes financières, vagues de licenciements, taux de change flottants…courants et brisants…fonds d’investissements emportées par les lames déchainées, économies qui ne voient pas le fond de la crise, pertes abyssales….
Tout n’est que furie de flots déchainés qui, en se retirant, laisse les personnes morales déchirées comme de vulgaire notice COB(***) passées à la déchiqueteuse.
Et Warren-Chalcas d’insister « Si jamais vous vous retrouvez dans un bateau qui coule, l'énergie pour changer de bateau est plus productive que l'énergie pour colmater les trous ».
Warren Buffet c’est ce cri qui retentit encore dans toutes les têtes : « Les passagers du Titanic! Tous à la mer! On change de bateau! »
Evidemment Warren n’aurait pas avancé un dollar à un Tom MacWhirr ou misé sur son mythique vapeur « Nan-Shan ». Il aurait traité Joseph Conrad de farceur et de pure plaisanterie la lutte de l’homme contre la folie des éléments et des dieux.
Car Warren Buffet est un homme froid et méthodique. On l’a entendu siffler tout comme Elisabeth Ière que « La colère donne de l'esprit aux hommes ternes, mais les laisse à leur pauvreté ». La pauvreté, ce n’est pas le genre de Warren. La colère de Bernanke n’est que faiblesse.
D’ailleurs, Bernanke animé de cette colère homérique, pensant à AIG et à l’horreur à elle attachée, n’est-il pas tombé dans les pires excès. La colère aveugle dit-on? Bernanke aveuglé comme un banal héros grec n’en est-il pas venu aux pires injures !
AIG ? A-t-il questionné, le front ruisselant d’un digne courroux, « Un vrai hedge fund ! »
Un vrai hedge fund ?
C’est-à-dire un de ces monstres de la Finance qui ont provoqué effarement et effondrement. Un de ces « special vehicles » à l’image de ceux que crée, vend et gère Warren Buffet toute la journée. Cette machine à fric et à Cash qui a fait sa fortune, à lui, Warren, serait donc aux yeux du Patron de la FED, aux yeux du plus grand des Banquiers de la planète et d’un concitoyen pour couronner le tout, le comble de l’horreur et de l’abjection financière !
Et si s’était bien cela la vraie colère de Bernanke ?
Et si AIG c’était d’une certaine façon Warren Buffet en pire ?
S’il y a pire ?
Alors, on comprendrait bien la colère de Bernanke.
Mais pourtant dans l’instant même on aura envie de lui rappeler ce que disait madame de Staël « Il ne faut pas se mettre en colère contre les choses : cela ne leur fait absolument rien ».
AIG est une chose étrange, mais c’est une chose. C’est un Hedge fund ! Ce qui en fait une chose encore plus étrange.
Et donc, la Bernanke en colère contre les Hedge funds, ce n’est rien d’autre que ce court moment de folie évoqué plus haut. Ce n’est pas un plan d’action ni une réglementation destinée à les contraindre. Ce n’est rien.
Plus que les choses, ce sont les hommes qui devraient intéresser Bernanke. Sa colère vaudrait si elle se reportait contre des comportements et des irresponsabilités.
Elle pèserait si on parlait sérieusement de contrôles, de moyens de contrôle et de règles imposées aux acteurs humains de la vie financière.
Mode temporaire et hypertrophié de l’indignation, cette colère se résoudrait en actions, tant au niveau des Etats Unis que dans le reste du monde, et deviendrait un stimulant pour inscrire dans la durée une vision claire de ce qu’est un investisseur et dans quels contraintes il doit s’inscrire. Pour beaucoup d’hommes d’affaires, Warren Buffet est le pur modèle de ce qu’il faut faire pour s’enrichir.
Il est temps de décider que si les actions individuelles des hommes d’affaires sont nécessaires à l’économie, la richesse vraie des nations ne vient pas du hasard de leur accumulation: elle résulte d’une volonté publique qui stimule et tout à la fois borne leurs initiatives au nom d’une vision claire de l’économie et de la construction de la richesse.
Pascal Ordonneau
*La Réserve fédérale (Federal Reserve System), appelée souvent Federal Reserve ou, plus court encore, Fed, est la banque centrale des États-Unis. Elle a été créée le 23 décembre 1913 par le Federal Reserve Act dit aussi Owen-Glass Act.)
** Alan grenspan est le prédecesseur de Bernanke à la FED, il est resté à son poste plus longtemps qu’aucun autre grand argentier américain. Lors d’une audition au Sénat américain, il a publiquement « confessé » que sa confiance dans l’initiative individuelle et les mécanismes auto-régulateurs de l’économie libérale, exempte de réglementation tatillonne, avait été mise en défaut (Those of us who have looked to the self-interest of lending institutions to protect shareholder's equity -- myself especially -- are in a state of shocked disbelief."
***Commission des opérations de bourse, une institution française, dans le domaine économique qui a pour mission, entre autres, de vérifier que les notices d’information concernant les sicav, opcvm et autres placements financiers dont conformes à la réglementation. Sans visa de la COB, on ne peut pas commercialiser sur le territoire français de produits financiers quelque soit l’honorabilité de l’émetteur.
17:36 Écrit par B (Webmaster) dans Finance & Crises | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde, politique, âge, vieillir



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