26.02.2009
Symbole(s)
Non-croyants. « La permanence et la durée ne sont promises à rien, pas même à la douleur. » Avec Proust comme témoin, il n’est jamais innocent d’enfanter des rituels pour célébrer certaines occasions. Encore faut-il qu’ils s’enracinent dans l’Histoire. Tout est symbole ? Commençons par un cas précis qui, manifestement, a échappé à beaucoup de personnes. Sauf aux États-Unis, où il a ouvert un nouveau chapitre bien plus important qu’il n’y paraît. Barack Obama a donc prêté serment sur la bible d’Abraham Lincoln : il aurait pu en choisir une autre. Mais personne ne sait que la Constitution américaine, si elle oblige en effet l’utilisation d’un livre pour cette cérémonie, n’exige en rien que ce soit une bible ! Verrons-nous un jour un président américain lever solennellement la main sur… un livre blanc par exemple ? Un livre blanc comme incarnation à lui seul de tous les livres des hommes… Symbole. Si Obama n’est évidemment pas allé aussi loin, il a néanmoins, quelques minutes après, prononcé au coeur de son discours d’investiture une phrase absolument historique au pays du « In God We Trust ». Par ces mots : « Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous… et de non-croyants. » L’événement fera date. Peut-être le célébrera-t-on dans deux cents ans, cette évocation publique des « non-croyants »
Athées. Et Obama, est-il croyant ? Du moins le proclame-t-il. Alors pourquoi cette mention spéciale adressée aux athées dans un pays très majoritairement chrétien où la non-croyance a longtemps été reléguée aux marges de la société, quand elle n’était pas pourchassée ? Est-ce pragmatisme ? Une manière d’anticiper l’inévitable évolution ? Entre 1990 et 2001, la part des Américains affiliés à une religion a reculé de 90 % à 81 %, selon une étude très sérieuse de l’American Religious Identification Survey (ARIS). Dans le même temps, les humanistes, athées, laïques et libres-penseurs ont non seulement trouvé des terrains d’expression mais, tenez-vous bien, ils se sont organisés au sein d’associations qui, dans certains États, se multiplient. On peut trouver les Libres-penseurs du Kansas, les Non-croyants de Pennsylvanie ou le Réseau humaniste du New Jersey, etc. Tous ont lu et promotionné Dieu n’est pas grand, de Christopher Hitchens. Ce Britannique vit et travaille à New York et, avec trois autres intellectuels défenseurs des droits civiques (Richard Dawkins, Daniel Dennett et Sam Harris), il a formé un groupe que la presse américaine a surnommé les « quatre cavaliers de l’athéisme ». Versus des « quatre cavaliers de l’Apocalypse ». Toujours dans le symbole…
Combat. Nos cavaliers d’un nouveau genre, auteurs depuis 2006 de plusieurs best-sellers exhortant les Américains à « retrouver la raison », citent régulièrement Voltaire, Montesquieu, Brecht et bien sûr les pères fondateurs - dont l’ouverture d’esprit reste très peu connue dans quelques contrées reculées du Texas ou du Connecticut… Mais les excès du bushisme et du tout-religion sont passés par là. Le climat « idéologique » change. Cité cette semaine par quelques blogs, Patrick Collucci, l’un des membres actifs d’une association du New Jersey, expliquait ainsi : « Ces quinze dernières années, l’aile chrétienne évangélique, le fondamentalisme, l’obscurantisme religieux et les créationnistes ont fait beaucoup de dégâts aux États-Unis et dans le monde. Nous sommes à un tournant de l’histoire du pays. Les athées font leur coming out. Il semble que nous vivons une sorte de nouvelle époque des Lumières, comme en Europe au XVIIIe siècle. » Excès d’enthousiasme ? Modification en profondeur de la culture américaine ? Combat sans fin ?
Clèves (1). À propos de livre, revenons brièvement en France. Et évoquons de nouveau la répugnance nicoléonienne pour la Princesse de Clèves. Autre symbole. En février 2006, le futur candidat avait effaré le corps enseignant en déclarant devant des fonctionnaires : « L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de la Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle ! »
Clèves (2). Ignorant, méprisant et cynique (triple pléonasme), Sarkozy avait ajouté : « La Princesse de Clèves. Enfin… j’ai rien contre, mais enfin, mais enfin… parce que j’avais beaucoup souffert sur elle. » Inutile de dire que nous nous sentions alors « sadique » et « imbécile ». Non par solidarité pour les auteurs dudit programme (encore que), mais par lucidité. Car il y avait bien un loup sous les jupons de Mme de La Fayette, un loup dévorant sans honte ce que beaucoup considèrent comme le « premier roman moderne de la littérature française », un loup engloutissant la culture sous toutes ses formes, en vérité. Plus de littérature dans l’administration ! Surtout pas de grec ancien pour concurrencer Microsoft ! Abandonnez votre latin, votre Molière, votre Racine ! Bienvenue en Sarkoland… Sauf que, deux ans plus tard, la Princesse de Clèves compte beaucoup de soupirants dont quelques guichetières lettrées dignes du Palais. Nous en avons même vu, cette semaine, place du Panthéon, lors d’une lecture marathon de cet oeuvre en prose du XVIIe siècle. La Princesse, nouvelle héroïne de l’anti-sarkozysme et des contestations contre la réforme Pécresse ? Qui l’eût cru ? Nicoléon est prévenu. D’autres lectures sont prévues partout en France. « Jusqu’à ce que la mort de la Princesse s’ensuive… »
Réalité. Le fait que les hommes se soient toujours plaints du présent doit obéir à quelques règles assez immuables. Tenons-en compte. Comme l’écrit Régis Debray dans la dernière livraison de la revue Médium : « Je ne suis pas loin de penser que c’est le même profil humain, dans le long cours d’une civilisation, qui s’investit dans ses passions de pointe successives, celles qui montent à la tête mais n’en proviennent pas. » Or, tout ce qui se permet une critique des temps qui courent se voit immédiatement taxé de « passéisme ». Ah bon ? Étions-nous « passéistes » en dénonçant bien avant l’heure la déculturation affligeante de Nicoléon ou en accusant sa morgue furieuse envers tous ceux qui pensent le monde en meilleure compagnie que Didier Barbelivien ou Jean-Marie Bigard ? Non. Nous n’étions pas passéistes, mais simplement très en deçà de la réalité… Et cette réalité, croyez-nous, elle n’est pas seulement symbolique.
Jean-Emmanuel Ducoin
11:52 Publié dans Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde, politique, âge, vieillir
12.02.2009
Kerviel vs Madoff
D'un côté une série américaine qui n'en finit pas de rebondir (on apprenait récemment que Bernard Madoff a même escroqué Steven Spielberg), de l'autre une fiction française prometteuse mais qui patine.. Les affaires Madoff et Kerviel témoignent une nouvelle fois d’un mal bien pire que la dérive spéculative des traders : l’incapacité française à écrire et financer des sagas palpitantes. Crash-test.
LE PITCH
L'affaire Kerviel

24 janvier 2008 : la Société générale convoque la presse. Un trader de 32 ans a réussi à détourner toutes les procédures de contrôle interne pour mener des opérations boursières risquées et couteuses : la banque vient de perdre 4,9 milliards d’euros. Quelques heures plus tard le nom de l'opérateur est révélé : Jérôme Kerviel.
L'affaire Kerviel oscillera entre le pétage de plombs d'un trader pressurisé et l'hypocrisie d'une hiérarchie impliquée qui s'en servirait désormais comme d'un bouc émissaire.
Le 8 février 2008 Kerviel est placé en détention provisoire. Il ne se serait pas enrichi personnellement. Un acte politique, alors ? A fond dans 24 heures, les fins limiers du Figaro jugent utiles de préciser qu’un exemplaire traduit du Coran a été retrouvé lors d’une perquisition au domicile du trader.
The Madoff Scandal

En décembre 2008, un septuagénaire est arrêté par le FBI. Bernard Madoff, figure prestigieuse de la Bourse US aurait réussit à monter la plus grosse fraude pyramidale de l’histoire de l’homme : d’investisseurs en investisseurs, 50 milliards de dollars auraient été détournés. Waouhh!
Un concept clair, des milliards de dollars et un acteur âgé avec de la trempe. Welcome to Hollywood. .
LE HEROS
L'affaire Kerviel

Jérome Kerviel. Ce cadre, qu’on devine beau gosse, déroute des hommes en complets gris par l’ampleur de l’escroquerie et crée un suspense qui déchire : Où est passé ce type qu’on décrit fragile et traversant des difficultés familiales ? Est-ce un névropathe ? Peut-être, mais avec de la classe : « C’est un génie de la fraude », tranche le Gouverneur de la Banque de France dans le Figaro.
Sur le web, le trader au prénom de restaurateur breton devient culte et fait l’objet de Chuck Norris facts : « Jerome Kerviel a passé trois semaines en prison mais après elle a fait faillite. »
The Madoff Scandal

Résidence secondaire en Floride, apparts new-yorkais à 5 millions de dollars, Bernard Madoff ne fait pas profil bas. Self made man absolu, il a commencé comme maitre-nageur avant de devenir un prestigieux innovateur de l'électronique boursier et président du Nasdaq ! On n'a pas autant exagéré les capacités d'un personnage depuis Jack Bauer.
Riche à millions, Madoff n'avait pas besoin de de fric supplémentaire et n'éprouve aucun remords ou presque - il écrira une lettre polie à ses voisins de pallier probablement dérangés par les allers et venues de la police.
Narcissique, compulsif et sans remords... le New York Times se demande si Madoff n'est pas l'équivalent d'un serial-killer, un nouvel American psycho qui frappe au cœur : le portefeuille de ses victimes.
LE CASTING
L'affaire Kerviel

La France a généralement un sérieux problème de seconds rôles ( = elle les utilise tous pour jouer... les premiers rôles).
Daniel Bouton (PDG de la Société Générale) est un peu transparent, aucun rôle féminin n'est là pour rendre l’affaire un peu plus sulfureuse, le « juge des affaires » (Urba, Clearstream, les frégates de Taiwan) Van Ruymbeke reste une "guest star" mal exploitée. Une trouvaille tout de même : Moussa Bakir, un ami de Kerviel bossant pour une filiale de la SG et qui faisait peut-être lien avec les milieux fondamentalistes.
The Madoff Scandal

Toujours dans sa logique simple d’efficacité maximum l’affaire Madoff contrebalance l’immoralité de son protagoniste principal par un personnage de chevalier blanc : Harry Markopoulos.
L'homme a enquêté pendant neuf ans - sur ses propres fonds- sur les malversations de Maldoff. Après avoir alerté les autorités boursières sans succès, l’inspecteur Harry (Libé) indique s’être battu pour le drapeau des Etats-Unis et cultive la parano : " Nous savions qu'il était un des hommes les plus puissants à Wall Street et qu'il pouvait facilement mettre fin à nos carrières, voire pire." (via Eco 89)
Son physique de personnage de Woody Allen accentue le côté East-Coast ( = très cérébré et un peu froid) de la saga déjà en filigrane dans les origines juives et new-yorkaises de Madoff. Markopoulos mériterait son spin-off. D'ailleurs un livre et un film seraient en cours.
SAISON 2
L'affaire Kerviel

Janvier 2009. L’instruction est finie. Kerviel parle pour la première fois à la radio. Pressé par des objectifs intenables de sa hiérarchie ( « Alors t’as été une bonne gagneuse aujourd’hui ? ») il aurait pété les plombs.
Le trader est mis en examen pour "abus de confiance", "faux et usage de faux" et "intrusion dans un système de traitement automatisé de données informatiques". La saison deux devrait sacrifier au rite de la série de procès, genre dans lequel la France a peu de réussite.
The Madoff Scandal

Pour relancer une machine narrative qui ne craint rien tant que l’essoufflement, le scénario n’hésite pas à multiplier le guest-starring. On apprend que John Malkovitch, Steven Spielberg ou Larry King ont été victimes de ses placements bidons. Euh, gaffe à ne pas trop en faire quand même…
LE VERDICT
L'affaire Kerviel

Malgré un démarrage prometteur, la série Kerviel souffre d'un certain mal français : scénario sans nerfs, manque flagrant de rebondissements et personnages secondaires peu étoffés. Pas de bol côté timing non plus, la crise financière rend la plupart des sommes terriblement faiblardes. Franchement, dans la tourmente, 4 milliards d’euros tapés à une banque de provinciaux, who cares ?
The Madoff Scandal

Vu le rythme, la série ressemble plus à une version Wall Street de 24 heures qu'à une enquête de The Practice. Même quand elle pêche par manque de réalisme criant, on ne peut qu'accrocher. Le passage du récit d'une escroquerie flamboyante au thriller basé sur le meurtre de substitution ouvre des perspectives métaphysiques : et si la crise financière n'était au fond qu'un gigantesque bain de sang (métaphorique) ? Gros risque quand même de se vautrer dans la surenchère permanente.
17:13 Publié dans Finance & Crises | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde
05.02.2009
Robin des bois moderne ?
Il ne dit pas son nom. Il cache son visage derrière de grosses lunettes noires et porte un bonnet de laine enfoncé sur le crâne. Mais surtout, il distribue depuis mardi de l’argent à qui lui en demande, en plein centre de New York.
On sait quoi de lui ? Pas grand-chose à vrai dire... Le mystérieux bienfaiteur se fait appeler "Bill le renfloueur". Il procède comment ?
Ça dépend des jours... Mercredi par exemple, il était assis derrière un guichet improvisé à Times Square, distribuant des dollars à des centaines de personnes, par des températures bien inférieures à zéro degré. Une pancarte indiquant "Guichet Sauvetage".
Il donne combien? Bill donne au moins 50 dollars à chacun, parfois plus. Comment réagissent les gens ?
Bien, évidemment... Ils attendent des heures pour recevoir leurs billets.
Pourquoi fait-il cela ? En fait, Bill n’est pas vraiment désintéressé. Il promeut un site internet de petites annonces.
Mais il veut aussi aider les gens, de même que le gouvernement vient en aide aux entreprises et aux banques, assure un porte-parole, Drew Tybus. Les quémandeurs doivent en retour expliquer leurs problèmes à un assistant qui parcourt la rue avec un micro et une caméra.
Comment ça se passe exactement ? France Info explique :
- "Ma mère est mourante", dit un homme frêle en bottes de cowboy qui s’appuie sur une canne.
- "Voyons voir ce que Bill dit", répond l’assistant, qui étreint Mario.
Bill décide de lui donner 150 dollars. Où va aller Bill ?
A Washington, Boston et Philadelphie. Le philanthrope va distribuer en tout 500.000 dollars. Bill n'a pas peur de faire cela ? Si bien-sûr mais il est entourés de gardes armés. A bon entendeur...
Message personnel : Bill, tu passes quand à la maison ?
Source : Le Post
18:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, politique, âge, vieillir, médecine
03.02.2009
Comment la ville nuit-elle à notre cerveau ?
La ville a toujours été le moteur de la vie intellectuelle, rappelle le journaliste spécialisé dans le domaine de la cognition, Jonah Lehrer, auteur de l'excellent Proust was a neuroscientist (Proust était un neuroscientifique) et du récent How we decide (Comment nous décidons) dans un article du Boston Globe. Reste que l'on sait encore mal comment elle agit sur notre cerveau.
Des chercheurs américains et australiens commencent à montrer que le simple fait de vivre dans un environnement urbain à des effets sur nos processus mentaux de base. Après avoir passé quelques minutes dans une rue bondée, le cerveau est moins en mesure d'organiser les informations qu'il reçoit dans la mémoire, explique le psychologue du Laboratoire de neuroscience cognitive de l'université du Michigan, Marc Berman. A l'inverse, la nature serait un élément extrêmement bénéfique pour le cerveau : des études ont même démontré que des patients d'hôpital qui peuvent voir des arbres de leurs fenêtres se rétablissent plus rapidement que ceux qui en sont privés.
Alors que la majorité de la population réside dans les villes, les environnements de béton et d'automobiles auxquels nous sommes confrontés auraient des incidences sur notre santé mentale et physique, jusqu'à modifier la façon dont nous pensons. Les neuroscientifiques et les psychologues commencent à s'intéresser à l'aménagement urbain pour qu'il cause moins d'atteinte à notre cerveau. La plantation d'arbres en centre-ville ou la création de parcs urbains peuvent ainsi réduire de façon significative les effets négatifs de la vie urbaine. Quand on se promène en ville, notre cerveau, toujours à la recherche de menaces potentielles, doit gérer les multiples stimuli liés à la circulation et à la vie urbaine. La gestion de telles tâches mentales, apparemment anodines, a tendance à nous épuiser, car elle exploite l'un des principaux points faibles du cerveau : sa capacité de concentration. Une ville est si débordante de stimuli que nous devons constamment rediriger notre attention pour ne pas être distraits par des choses sans importance comme une enseigne clignotante ou des bribes de conversations. L'esprit est comme un puissant super-ordinateur, mais le fait de prêter attention consomme une grande partie de sa puissance de traitement.
La vie en milieu naturel en revanche ne nécessite pas la même quantité d'effort cognitif. En fait, les milieux naturels sont tout autant remplis d'objets qui capturent notre attention, mais qui ne déclenchent pas de réponse émotionnelle négative (contrairement à une voiture ou à une foule de piétons) ce qui fait que le mécanisme mental qui dirige l'attention peut se détendre en profondeur. Selon la dernière étude publiée par l'équipe de Marc Berman, deux groupes d'étudiants se sont promenés, les uns dans les rues animées les autres dans un parc et ont subis ensuite une série de tests psychologiques de mémoire et d'attention. Ceux qui s'étaient promenés en ville ont moins bien réussi les tests que ceux qui se sont promenés dans un parc.
LES STIMULI DE LA VILLE ÉPUISENT NOTRE CAPACITÉ À NOUS AUTO-CONTRÔLER
La densité de la vie en ville n'influe pas seulement sur notre capacité à nous concentrer. Elle interfère également avec notre capacité à nous auto-contrôler. Lors d'une promenade en ville, notre cerveau est également sollicité par de nombreuses tentations consuméristes. Y résister nous oblige à nous appuyer sur le cortex préfrontal, la même zone que celle qui est responsable de l'attention dirigée et qui nous sert à éviter le flot de circulation urbain. Epuisé par la difficulté à gérer notre déambulation urbaine, il est moins en mesure d'exercer ses capacités d'auto-contrôle et donc nous rend plus enclins à céder aux tentations que la ville nous propose. Je pense que les villes révèlent la fragilité de certaines de nos plus hautes fonctions mentales , explique Frances Kuo, directrice du Laboratoire du paysage et de la santé humaine à l'université de l'Illinois. Nous prenons ces talents pour acquis, mais ils ont vraiment besoin d'être protégés. Des recherches ont montré que l'augmentation de la charge cognitive liée à la vie urbaine rend les gens plus susceptibles de choisir un gâteau au chocolat au lieu d'une salade de fruits. La ville subvertit notre capacité à résister à la tentation consumériste, avancent même certains spécialistes.
La vie urbaine peut aussi conduire à la perte de contrôle de ses émotions. Kuo et ses collègues ont montré que la violence domestique était moins fréquente dans les appartements avec vue sur la nature que ceux qui n'ont vue que sur le béton. L'encombrement, les bruits imprévisibles ont aussi des effets sur l'augmentation des niveaux d'agressivité. Un cerveau fatigué par les stimuli de la ville est plus susceptible de s'emporter. Mais les pelouses ne suffisent pas à notre bien-être. Dans un article récent, Richard Fuller, un écologiste de l'Université du Queensland en Australie, a démontré que les bénéfices psychologiques d'un espace vert sont étroitement liés à la diversité de sa flore. Nous nous inquiétons beaucoup des effets de l'urbanisation sur les autres espèces , dit Fuller, mais nous sommes également touchés par elle.
Quand un parc est bien conçu, il peut améliorer le fonctionnement du cerveau en quelques minutes. Comme le démontre l'étude de Marc Berman, pour améliorer notre attention et notre mémoire, se promener dans un environnement naturel peut être plus efficace que le dopage. Compte tenu de la myriade de problèmes de santé mentale, qui sont exacerbés par la vie en ville, de l'incapacité de prêter attention au manque de maîtrise de soi, la question demeure : Pourquoi les villes continuent-elles de croître ? Et pourquoi, même à l'ère de l'électronique, est-ce qu'elles continuent d'être les sources de la vie intellectuelle ? , s'interroge Jonah Lehrer. C'est parce qu'elles ont aussi l'avantage de concentrer les interactions sociales qui sont une des sources de l'innovation et de la créativité, expliquent les scientifiques de l'Institut de Santa Fe, sur le modèle de la réflexion que menait récemment Pekka Himanen sur la glocalité des réseaux d'innovation.
Nous ne retournerons pas à la campagne demain, mais peut-être pouvons-nous apprendre à construire des villes qui soient moins agressives et plus respectueuses des limites cognitives de notre cerveau.
Article publié originellement sur Internetactu
Hubert Guillaud
10:42 Publié dans Neurosciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, critique, journalisme, banque, économie, solidarité, monde
02.02.2009
Bla Bla Bla Bla
Nicolas Sarkozy installe le nouveau conseil pour la création artistique
Nicolas Sarkozy installe à l'Elysée, lundi 2 février, le nouveau conseil pour la création artistique qu'il va présider. "Je crois fondamentalement à la capacité de l'Etat à impulser un changement de culture, pour apprendre à mieux soutenir le processus de création", a déclaré M. Sarkozy dans un discours prononcé à l'Elysée devant plus de trois cents représentants du monde de la culture. "Je veux que ça bouge, je veux que ça change, je veux que la culture soit notre réponse à la crise économique mondiale (...) et pour que ça soit vrai, il faut que la création soit au cœur de cette politique culturelle que je souhaite impulser", a-t-il ajouté.
Nicolas Sarkozy a également justifié sa décision de présider, avec la ministre de la culture Christine Albanel, le nouvel organisme. "Ma parole est plus libre que celui qui produit et qui doit faire attention à ce qu'il dit (...). C'est donc à moi de donner un coup de pied dans la fourmilière, de bousculer les choses", a-t-il estimé.
Source AFP
17:40 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, actualité, galerie, art, ressources humaine

