04.12.2008
Pollock et le chamanisme à la Pinacothèque
Jackson Pollock et le chamanisme, à la Pinacothèque de Paris, du 15 octobre 2008 au 15 février 2009
Après plusieurs expositions décevantes, la Pinacothèque de Paris se rachète une conduite en confiant le commissariat de "Pollock et le chamanisme" à Stephen Polcari, professeur à la Chapman University d'Orange, en Californie, pour une exposition passionnante mais plutôt brouillonne.
Le propos de l'exposition est de contrecarrer la vision formaliste de l'œuvre de Jackson Pollock, diffusée presque de force par le théoricien de l'art Clement Greenberg au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Greenberg plaçait dans une droite ligne l'impressionnisme de Manet, les Nymphéas de Monet et les all-over de Jackson Pollock. Dans la préface du catalogue, le directeur de la Pinacothèque, Marc Restellini, s'arroge la « révélation » du caractère non-abstrait de la peinture de l'artiste américain, au profit de sa relecture à la lumière du chamanisme nord-américain. La peinture de Pollock ne serait pas totalement abstraite en ce sens qu'elle représente, à la manière des rites chamaniques, un « portail mystique » vers un autre monde, invisible, mais bien réel. Il ne s'agit donc plus d'abstraction, mais de « non-objectivité ».
Pollock, etc.
Cette interprétation est loin d'être nouvelle, mais l'exposition a le mérite de creuser le sujet d'une manière très, voire trop approfondie, au-delà de la simple légende de l'artiste exalté, qui dans une transe incontrôlée déversait furieusement de la peinture sur ses toiles. Bavarde, tapissée de longs textes sur ses murs, elle laisse le spectateur peu libre d'une contemplation simple des œuvres, hors de toute référence savante, si passionnante soit-elle, à Jung, aux Amérindiens ou aux surréalistes.
De fait, l'exposition aurait pu s'appeler « Pollock et le chamanisme et Carl Gustav Jung et André Masson et l'art océanien, etc. », tant les digressions vers ces diverses influences sont nombreuses — et mériteraient chacune une exposition à part entière. Adhésion de Pollock à la théorie jungienne de l'inconscient collectif et de l'homme archaïque présent en chaque être ; influence formelle et méthodologique du surréalisme à travers le modèle de l'automatisme d'André Masson, dont sont exposées près d'une dizaine d'œuvres ; regard sur l'art océanien, notamment des Sepik de Nouvelle-Guinée, dans les entrelacs de peinture... : nombreux sont les thèmes développés hors du chamanisme stricto sensu.
Au-delà du mythe Pollock
Masques, mâts de totem, hochets de rituels sont là pour incarner l'influence amérindienne, mais, si on repère ça et là des emprunts formels primitivistes, notamment dans l'extraordinaire toile Birth (1941) de la Tate, superposition totémique de masques édentés et hilares proches de l'art inuit, l'influence essentielle des chamanes réside dans les thèmes qui passionnèrent Pollock : l'extase mystique, le passage, par le rite, vers le monde des esprits, où homme et nature se rejoignent, et l'accès à un moi en perpétuelle métamorphose.
C'est surtout à la période pré-drippings (vers 1934-1946) qu'on se réfère ici, c'est-à-dire celle pendant laquelle Pollock se détache peu à peu de la forme objective, pour adopter, par le biais de pictogrammes (comme chez Miró, Picasso ou son compatriote Rothko), une peinture de signes, proche du chamanisme par sa codification du réel. La thèse de Stephen Polcari est que la peinture de Pollock est avant tout symbolique et mythique, et le chamanisme amérindien ne serait qu'une voie parmi d'autres vers une forme d'expression pure de la réalité. Vers un expressionnisme abstrait.
Sur le web : le site de la Pinacothèque
13:29 Publié dans Expo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kritiks, journalisme, critique, cinéma, littérature, art, politique


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