28.11.2008

PLOUF... ET FRENCH GANT-GANT

IMG_lautrec.jpgSauvons la planète! Un jour, l'eau viendra à manquer, comme tout le reste; alors, d'ici là, retrouvons quelques bons réflexes d'antan. Après, le bon usage de la brosse à dent, sous le robinet entre deux gouttes... vive le gant de toilette!

 

Pas question de bassiner les foules, il fait trop froid dans les chaumières et dans les coeurs. Au petit jour, les rêves se font la malle. Café bouillu, café foutu... dans la salle de bains, on gèle. Un premier réflexe, se faufiler sous la douche et faire couler l'eau chaude. La pomme envoie de la buée, réchauffement. Des m3 d'eau partent dans les canalisations, et la peau se ramollit. Pas lavée, pas frottée, non, juste attendrie. Un bout de viande plongée au bain-marie juste avant la cuisson, façon dinde de Noël.

 

Economie d'énergie... lavage, chauffage, ampoules. Préparez vos mouchoirs, c'est la crise. Autant dire, la french restriction: bouts de chandelles, crottin de cheval, et du saindoux à tartiner, comme au bon vieux temps. En ce temps-là,  on se lavait chichement et on ne puait pas pour autant. Une cuvette, de l'eau chaude dans un broc, un morceau de savon, un gant de toilette, et le tour est joué.

 

Ah, le gant de toilette...! Il va dans tous les coins, nettoie les creux d'oreilles,  astique à fond la peau, tout autour du cou. On le laisse patauger dans l'eau savonneuse, il se gonfle d'eau comme un ballon. Sous les aisselles, il chatouille un peu. Et, quelque part... entre les fesses, le triangle d'Ada ou la queue de cerise, il lustre le minimum, redonnant à l'entrecuisse toute sa clarté. De l'ardeur, pour un résultat au poil. L'épiderme brille, comme un sou neuf. Pour les extrémités, le mouvement s'accélère. On jette le gant et on ne lambine plus. Après tout, se récurer les pieds n'est pas une obligation; même si on peut les tremper dans l'eau sale et refroidie, sans rincer la bassine. Encore un petit effort... On tient la pose, une minute, jambe en l'air, et la serviette essuie toutes traces de savon. Premier juron du matin... en direction de l'empreinte d'un pied mouillé sur le parquet. Au sol, on dirait une mare.

 

Ici, les souvenirs remontent. Flots d'impressions lointaines... Dans les chambres de bonnes, pas d'eau courante. Les ablutions, c'est chacun son tour, sur le palier. Au numéro 6 de la rue Joseph Bara, l'escalier de service travaille les mollets et creuse l'estomac. Au musée, les Montparnos... ! Quelques décennies plus tôt, dans leurs ateliers, au 3 de la même rue, Moïse Kisling et Julius Pascin ne songent qu'à peindre. Paysages, modèles... et femme aimée, follement. L'éternité dans ses bras nus, loin d'ici. Entre deux escapades, une aquarelle à Lucie.

 

Se laver le bas... l'expression s'entend de moins en moins. Dommage. On la retrouve pourtant en chair et en os, chez Toulouse-Lautrec. Son modèle à la cuvette, lève la chemise et nous en fiche plein la vue. Gaspillage... on ne se lavera plus jamais, aussi joliment.

 

Dans l'affolement, ne pas oublier l'eau de Cologne... la touche finale de la toilette rétro. Après le débarbouillage, elle donne aux joues des grands-parents un parfum de lavande et d'habits du dimanche. Fragrance des jours heureux, des goûters au pain-confiture et des châtaignes dans la cheminée.

 

Allons bon, jet d'eau, douche, ruisseau, fontaine ou gant de toilette... on ne badine pas avec la santé, l'avenir de l'humanité. The french gant-gant revient. Plus d'eau, mais sauve qui pleut. Et surtout, pas de panique, la crasse conserve...!

 

Ophélie Grevet.ⓒ. (14 nov 2008)

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

Commentaires

Magnifique ce texte et que de souvenirs grâce à lui réveillés. Nos aïeux n'avaient pas l'eau courante, il fallait descendre les étages pour remplir le broc d'eau au robinet situé en bas de l'immeuble ... Les plus douillets faisaient chauffer des bassines d'eau pour leur toilette que l'on qualifierait maintenant " de chat " et les plus spartiates utilisaient l'eau froide, si vivifiante. Ensuite ils s'aspergeaient à l'eau de cologne qui fleurait bon le chypre ou la lavande. Tout une époque !

Écrit par : simone | 05.03.2009

Écrire un commentaire