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27.09.2008
Big-bang(s)
Pape. La possibilité du pire… Au départ, ce ne devait être qu’une simple visite à Lourdes, au coeur de cette cité carton-pâte au mauvais goût made in Taïwan où l’eau bénite coule hors de prix, afin de célébrer comme il se doit le 150e anniversaire des très fabuleuses « apparitions » de la Vierge à Bernadette Soubirous. Avouons-le, parfois nous sous-estimons l’orgueil de notre prince-président Nicoléon, capable d’intimidations réelles dès qu’il s’agit pour lui d’imposer un caprice à tous. Lorsque notre chanoine a appris que Ratzinger, alias Benoît XVI, viendrait personnellement bénir la grotte, loin de la capitale, donc de lui, Nicoléon, qui se plaît au signe de croix jusque dans l’exercice de sa fonction, n’a pas supporté l’éloignement papal. Foucade. Coups de fil. Et lors de sa venue au Vatican il a convaincu son idole de modifier ses plans et le périmètre sacré d’où il voulait visiter la fille aînée de l’Église. Résultat, la Ville lumière, qui a tant oeuvré contre l’obscurantisme et les dogmatismes, a été réquisitionnée pour les bienfaits des ardeurs apostoliques. Non seulement Ratzinger, après une halte critiquable à l’Élysée, passera plus de temps à Paris qu’à Lourdes, mais, tenez-vous bien, tous les ministres de notre République laïque et sociale ont été sommés par Nicoléon de venir se génuflexer devant Sa « Sainteté ». La République un genou à terre.
Dogmatique. Nous sommes toujours sous le choc des mots du président prononcés il y a quelques mois : « L’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » Et puisque nous respectons scrupuleusement la liberté absolue de conscience des individus, nous continuons de réfléchir au temporel et au spirituel, hanté bien sûr par la finalité de nos actions. C’est pourtant entendu : si personne ne peut raisonnablement vivre sans valeur suprême (et non sacrée), le chemin parcouru par les hommes d’intelligence et de droits nous conforte dans l’idée que nous avons tourné la page du catéchisme et du messianisme, et que, surtout, notre République, par une merveilleuse exception née de la loi de 1905, n’a pas à promouvoir une quelconque vérité, révélée ou scientifique, surtout pas un chef de l’État ! Ainsi l’accueil officiel réservé à Benoît XVI, sur un mode révérenciel et quasi religieux par certains aspects, nous laisse plus que songeur. L’Allemand, francophone et francophile plutôt brillant, n’est pas Jean-Paul II. Son rôle politique, il le vit différemment. Moins missionnaire qu’intellectuel, il n’en est que plus redoutable et son passé de préfet de la Congrégation pour la propagande de la foi en témoigne. Docteur ès doctrines, c’est un métier. Et s’il a étudié les auteurs les plus difficiles qui soient, écrit avec abondance et gourmandise au point de fasciner les théologiens les moins impressionnables, ce fut toujours, comme cardinal puis comme évêque de Rome, en ultraconservateur, souvent liberticide, impulsant une vision du catholicisme passée au tamis idéologique de mouvements comme l’Opus Dei ou la Légion du Christ, autrement dit une vision dogmatique, étroite, antiféministe, inégalitaire, hostile à un véritable oecuménisme et bien sûr à l’esprit « moderniste » et « progressiste » de Vatican II. Comme dit l’autre, ce ne devrait être que l’affaire des croyants : mais vu l’ampleur médiatico-politique de cette visite, c’est aussi devenu la nôtre… Car derrière les messages de paix lancés depuis la papamobile (c’est bien le moins), les Français, pendant ce temps-là, s’inquiètent à juste titre des tentatives d’évolution de notre projet républicain d’émancipation, à la sauce Sarkozy, pour lequel le concept de « laïcité positive », terme d’abord utilisé par Benoît XVI, est devenu le sien à Latran, à Ryad, et hier encore. Or notre laïcité n’a pas besoin d’adjectif. Elle est une et indivisible. Non négociable.
LHC. Collision des événements. Le pape arrive en pleine Fête de l’Humanité (où l’espérance se pense et se vit avec les vivants, sur terre) et à peine deux jours après l’un des ébranlements scientifiques les plus impressionnants de l’histoire de l’humanité, nous dit-on. Avec non seulement la mise en service du plus puissant accélérateur de particules, le LHC (Large Hadron Collider, grand collisionneur d’hadrons), creusé sous la frontière franco-suisse, mais bel et bien la possibilité pour les êtres humains, désormais, de recréer des conditions proches de celles du big-bang. Les scientifiques espèrent ni plus ni moins percer enfin les secrets les plus intimes de la matière et de l’univers, dans un choc de particules lancées à 300 000 kilomètres par seconde et propulsées sur les traces du « boson de Higgs », cette fameuse particule élémentaire qui pourrait livrer les clés de la matière - bref de quoi faire frémir Ratzinger devant ces perspectives prodigieuses mais déstabilisantes, lui si croyant, si déterminé, lui l’hériter en droite ligne de l’inquisition…
Menace. Quelques hurluberlus très compétents, à la lumière des événements de la semaine, qui, en apparence, n’avaient rien en commun, ont cru bon d’alerter le monde, ressuscitant pour l’occasion les peurs millénaristes de l’an 2000. Pensez donc. Un péril majeur menaçait l’existence même de toutes choses. Accusés : les physiciens qui, voulant s’amuser, étaient à deux doigts de faire disparaître la Terre en créant un trou noir. Pure science-fiction ? Pas sûr. Les trous noirs dévorateurs existent, conséquence logique de la physique telle que les spécialistes l’expliquent. Ils se signalent par la violente dévoration de tout ce qui passe à leur portée gravitationnelle. Peur ou non, le CERN a quand même fini par demander à des physiciens d’étudier si les collisions du LHC n’allaient pas produire des trous noirs susceptibles de tout dévorer. Un danger proche de zéro, affirme-t-on. Mais proche de zéro n’est pas zéro. Pour preuve, les physiciens espèrent découvrir quelque chose « d’inconnu », or, par définition, l’inconnu comporte des risques. Alors l’apocalypse pour bientôt ? Heureusement Benoît XVI veille sur nous… Les particules et les menteurs.
Jean-Emmanuel Ducoin
09:53 Publié dans Points de vue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, actualité, pape, histoire, menace, voir, politique


Commentaires
Excellent = les particules et les menteurs !
Ecrit par : Cyril | 01.10.2008
J'ai vu à la télé un mignon reportage sur les gardes du corps de Sa Sainteté: arsenal de Beretta, Uzi, et autresPPK, plus bandes de mitrailleuse en vrac, PM et autres fusils d'assaut. Bref, ferme croyant dans la Bible et la prenant, bêtement je sais, au pied de la lettre, j'ai tenté de transposer un chouia et j'ai imaginé Jésus revenant faire un petit coucou à son représentant auto-proclamé.
Ca m'a fait tout drôle.
Jésus en papamobile, Jésus bénissant les pétoires super tueuses pour les rendre plus efficaces, Jésus en mocassins Gucci super chromes, bref, j'en passe.
Pour mémoire, Jésus lui-même disait que contrairement aux renards qui ont des terriers, il n'avait, lui, même pas un peu de terre où poser sa tête pour dormir.
Mon allusion blasphématoire me sera-t-elle pardonnée? J'en doute.
Du moins sera-t-elle publiée?
C'est la grâce que je vous souhaite.
Et peut-être ne pêcherai-je plus. Ou pas trop.
Amicalement.
Maurice Caron.
Ecrit par : caron | 03.10.2008
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