30.01.2008

Amartya Sen, économie & morale

75858bb72ef15d73d0e6997d1c6436f7.gifAmartya Sen, L'économie est une science morale, éd. La découverte, janvier 2004, 7euros

Amartya Sen est né en 1933 en Inde. Il a étudié en Grande-Bretagne. En 1959, après l’obtention de son doctorat, il part enseigner à l’université de Delhi, puis en Grande-Bretagne et aux États-Unis. En essayant de transcender le problème du théorème de Gérard Debreu, Sen élargit le champ économique à l’étude de la pauvreté, du bien-être social ainsi qu’à la théorie du choix social. L’économie, l’éthique et la liberté, selon lui, doivent être considérées ensemble. De ce fait, la liberté individuelle doit être entendue comme une responsabilité sociale.

Amartya Sen en reprenant les intuitions d’Isaac Berlin conçoit deux types de libertés. La liberté en terme « positif » représente, toutes choses étant égales par ailleurs ce qu’une personne est capable ou incapable d’accomplir. Par contre la liberté « négative » insiste plus sur l’absence de coercition pesant sur l’individu, elle considère la liberté individuelle en terme absolu. Ainsi ces deux facettes conceptuelles de la liberté doivent être prises en compte, la prise en compte de l’une sans l’autre s’avérerait erronée et incomplète. Amartya Sen illustre ainsi l’importance de sa démarche en prenant l’exemple des famines en Inde, où il démontre que contrairement à ce que l’on pourrait penser la persistance des famines dans le monde n’est pas tant due à l’absence et au stock alimentaire des pays en question qu’au manque de liberté à la fois positive et négative (liberté de presse, de paroles, d’information).

Il souligne que l’approche utilitariste considère la liberté comme très secondaire, ce qui compte en premier chef ce sont les résultats accomplis. Amartya Sen s’y oppose fermement. Il démontre qu’en prenant la liberté individuelle en tant que responsabilité sociale les analyses utilitaristes s’effondreraient, il prend deux exemples à travers lesquels l’utilitarisme vient directement se heurter et entrer en contradiction avec les libertés individuelles : il s’agit de la situation féminine en Inde et de l’analphabétisme : dans les deux cas la majorité des concernés est largement pour le statu quo, toutefois ce statu quo utilitariste (puisqu’il satisfait le plus grand nombre d’individus) est inacceptable car il réduit les marges de libertés des concernés. En se servant de cette analyse, il propose une nouvelle analyse en termes de « capabilités », transcendant l’utilité et faisant la synthèse avec les libertés positives, négatives et l’analyse rawlsienne.

Attention le travail d’Amartya Sen a été récompensé par le prix Nobel en 1998. En effet, ses considérations théoriques débouchent sur des propositions concrètes où l’efficacité économique côtoie l’équité sociale. Sans oublier que la responsabilité sociale entraîne un profond équilibre financier dans le temps, il note enfin que seul le long terme doit être envisagé au lieu du coup par coup de nos économies actuelles d’où il ne ressort que des déséquilibres. 
Sonia Bressler

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