26.12.2007

I’m not there de Todd Haynes

06c698bca7ba3814fece6ad41924f263.jpgAprès Ray Charles, Diana Ross, Johnny Cash, le cinéma américain s’attaque à un monument de la musique US : l’égérie folk-rock des années 60, l’idole de toute une jeunesse contestataire, le poète engagé à la voix nasillarde, Bob Dylan. En pariant sur le chanteur, le film a de grandes chances de succès : l’Amérique des années 1960, c’est porteur, la bande originale est déjà toute trouvée et les producteurs peuvent légitimement s’attendre à retrouver une grande partie des spectateurs au rayon ‘musique de films’ du Virgin du coin.

Sauf que Todd Haynes, ce n’est pas Hollywood. Le réalisateur s’est durement battu dans les années 1990 pour imposer ses choix artistiques – voir ses démêlés avec Harvey Weinstein, le pape du cinéma indépendant et patron de Miramax, sur Velvet Goldemine. Avec I’m not there, Haynes frappe à nouveau très fort et pulvérise le genre du film biographique dans un film exigent et virtuose.

Inspiré, selon le générique, de « la musique et des nombreuses vies de Bob Dylan », I’m not there met à nu l’impossibilité de réaliser un portrait fidèle de l’artiste. Partant de ce constat, Haynes détourne le problème en proposant à six acteurs d’interpréter six moments de sa vie. Le nom de Bob Dylan ne sera jamais prononcé : chaque personnage vit pleinement une seule facette de la personnalité du chanteur.

Fan de pastiches – Far from heaven est un hommage aux mélos des années 50, Poison un hommage à Jean Genet –, Todd Haynes donne à chaque personnage son style cinématographique, son ambiance, sa couleur... Il y a, entres autres, Christian Bale, le Bob Dylan religieux capable de jouer pour Jean-Paul II, traité avec humour sur le mode du documentaire cheap. Il y a Richard Gere, la conscience country du chanteur, véritable héros de western. Et bien sûr, il y a Cate Blanchett, en noir et blanc esthétisant, la pop idol fatiguée, qui côtoie les Beatles ou Brian Jones lors de soirées branchées… 

c7c28a90197d39fd80738ba99498b86f.jpgMartin Scorsese, dans son documentaire de trois heures sur Dylan, Bob Dylan - No direction Home, avait visé l’exhaustivité en assenant aux spectateurs encore éveillés des interviews fleuves du chanteur agrémentés de photos d’archives et d’enregistrements. Todd Haynes, au contraire, renonce à clore son sujet et propose un portrait déceptif du chanteur. Dylan n’est ni tout à fait dans la rock star, le comédien, le ‘born again’, le poète, l’imposteur, le hors-la-loi…

Le chanteur a toujours souffert, et le film le montre bien, d’être dépassé par son image publique. Dès ses débuts, les fans lui ont reproché de ne pas être lui-même : pas assez contestataire, traître à la folk music, pas assez fidèle à l’image idéale qu’on attendait de lui... I’m not there répond à ces critiques et propose le portrait fuyant d’une star multiple et insaisissable.

Marie Corberand

d88c468a812e342aa07af83abb844d7a.jpgRéalisation : Todd Haynes
Durée : 2 heures 15 minutes
Sortie France : 5 décembre 2007
Scénario : Todd Haynes et Oren Moverman
Avec Cate Blanchett, Ben Whishaw, Christian Bale, Richard Gere, Marcus Carl Franklin, Heath Ledger, Michelle Williams, Julianne Moore, Charlotte Gainsbourg…
Production : John Goldwyn, Jeff Rosen, John Sloss, James D. Stern, Christine Vachon


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