11.04.2007

Pensées solitaires à la lumière des fleurs

medium_radiateur.gifDescription poétique d’une existence banale qui n’échappe pas au deuil récent de l’écrivain.

A première vue, ce livre a l'air ennuyeux à souhait. Son sujet ? Des fleurs. "Apparemment ce sont des fleurs". En effet, Christian Bobin les personnifie, leur donne vie et les anime selon son humeur. Fleurs sur fleurs, l'artiste étudie leurs vies éphémères, mais belles. Il examine leurs morts, et essaye à travers elles de comprendre la mort de celle qui lui manque : "Je me demande où tu es. Le cimetière, la terre, le cercueil cela ne me suffit pas comme réponse." L'écrivain s'adresse à celle qui l'a quitté pour avoir des réponses, se créer des réponses. Sa compagne, morte prématurément à quarante-quatre ans d'une rupture d'anévrisme, en laissant trois enfants, hante ses pensées. Il la cherche dans chaque image, la retrouve au fil des mots. Dans ce journal, il lui raconte la vie qui continue sans elle, avec un tutoiement douloureux. Ainsi, par son livre, elle continue de vivre, immortalisée à jamais par l’écriture.
Il nous décrit sa solitude de célibataire banale, rompue quelquefois par la gaieté et la fraîcheur d’une fillette de cinq ans. Il dérive des fleurs vers le ciel, ou écrit ce qui lui passe tout simplement par la tête. Les études de philosophie de l’auteur ont influencées son jeu sur la signification des mots. Il définit entre autres :  Dieu, l'amour, la bêtise, l'humilité, la lenteur, la haine, la vérité, le néant, la littérature éternelle. Il se pose aussi un problème philosophique : " Qu'est-ce qu'aimer ?". Mais il ne veut pas partir dans des débats philosophiques trop étendus, et préfère nous laisser ses impressions à chaud. Christian Bobin utilise l’aspect d’un journal pour ne pas avoir à se justifier, enrichissant ainsi son oeuvre. Le lecteur, fidèle, tisse les fils entre les éléments épars et est touché de la sincérité de l’auteur qui n’utilise aucun artifice pour se montrer tel qu’il est, un homme vivant déplorant la mort.
Bien plus qu’un journal, c’est un autoportrait en mutation que nous offre Christian Bobin, à travers ses vagabondages quotidiens dans l’écriture. Une écriture coupée qui cherche la vérité de la vie, de la mort, qui se cherche elle-même et qui nous trouve.
Au fil des jours l'auteur nous livre ses émotions et sa vie monotone à travers ce sujet simple et poétique, un brin d’herbe ou plus communément : la vie.
Delphine Dauvergne

Autoportrait au radiateur de Christian Bobin, aux Éditions Gallimard (4,90€), 170 pages.

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