02.10.2006

Lambeaux de Charles Juliet

Un auteur déchiré qui écrit une oeuvre terriblement poignante, à défaut d'être originale.

Une femme, une vie, un drame injuste qui nous révolte. Un enfant, perdu, qui se met à écrire. Cet enfant c'est Charles Juliet qui a mis 12 ans à écrire son autobiographie, une thérapie douloureuse, mais nécessaire. La première partie de son oeuvre relate de la vie dramatique de sa mère qu’il n’a pas connue. Sœur aînée d’une famille de paysans dans les années 20, elle enchaîne les sacrifices sans émettre le moindre signe de révolte. Elle se réfugie quelquefois dans l’écriture, comme le fera plus tard son fils pour la retrouver. La deuxième partie fait office d’autobiographie, de l’enfance de l’auteur jusqu’à l’élaboration de ce livre. Arraché dès l’enfance à sa famille, Charles Juliet grandit avec un problème d’identité. Deux vies émouvantes mises en parallèles.Cette oeuvre est pourvue d’une intensité troublante, mise en valeur par un titre qui n’est pas anodin à l’émotion qu’il provoque. En effet, la perspective de « lambeaux » se retrouve dans différents points de l’œuvre. Tout d’abord par les images violentes retrouvées dans la vie des deux personnages, puis leurs personnalités divisées, éclatées, « en lambeaux », qui ne sont unifiées qu’à la fin. L’écriture en fragments ( phrases courtes incomplètes, blancs typographiques) démontre bien l’univers d'un récit basé sur des ruptures. Cette écriture simple nous touche, car elle est le reflet d’une vérité pudique et sincère. Cette sensibilité d’écriture émeut le lecteur par la souffrance et les déchirements qu’il lui transmet. Une lecture bouleversante.

Delphine Dauvergne

Lambeaux de Charles Juliet, Éditions Gallimard, collection Folio, 1995. 160 pages (4,90€)

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