14.05.2012

Giulia Tellarini chante à Montmartre

IMG_perrot.JPGPar-dessus le vacarme de la ville, des notes de musique. Ou plutôt une voix grave et jazz, qui dévale la butte Montmartre, tournoie autour du Bateau Lavoir et pousse les promeneurs  jusqu’au métro Abbesses. Une chanteuse s’est installée sous un arbre avec une valise et son répertoire de café triste. Une bande son, un pupitre à partitions, un costume d’opérette, deux ou trois accessoires, et la jeune femme change la rue en salle de concert. On l’écoute, en imaginant une mappemonde. Berlin, Barcelone, Varsovie, Budapest, Buenos-Aires… des tas de villes parcourues à tire d’ailes, comme les oiseaux de Paradis.  Un répertoire en plusieurs langues, et toujours la même intensité de bonheur dans les yeux des passants ou des touristes.  La môme Piaf, Lili Marlène, chants espagnols, rengaines à bière ou à cerises, la jeune artiste offre un tour du monde en chansons à un public conquis et étonné par tant d’aplomb. Dans le métier, on emploie le mot Talent.

Qui est-elle… ? Un nom, une marque, un label !

Non, rien de tout cela. L’histoire de Giulia commence en Italie…  Pays du soleil, des pins parasols, de l’art vocal, des barytons, du cinéma de Fellini, et des amoureux qui s’embrassent dans les fontaines. Une Italie aimée des artistes-peintres pour ses variations d’azur. Le temps de grandir, d’apprendre le chant et l’accordéon et Giulia prend son envol.  Une première fugue à Barcelone, dans les pas de Georges Bataille et de son « Bleu du ciel ».  La ville a ses beaux quartiers et aussi ses bas-fonds, son quartier de misère ou Barrio Chino. Des taches de couleurs cognent sans cesse aux façades du barrio… le linge lessivé à la main dégouline le long de ses façades chaulées, et la lumière ténue du soleil se prend les pieds dedans. L’ombre règne dans ses ruelles, en infante. A Barcelone, Giulla va rencontrer d’autres musiciens. Ils formeront le groupe Giulia y los Tellarini, qui ira de succès en succès.

Woody Allen et le film Vicky Cristina Barcelona

Le réalisateur de Annie Hall à Manhattan est aussi musicien, il a du goût et de bons tympans. En 2008, Woody Allen cherche une bande son pour son film. Bossa ou musique manouche, son cœur balance. Sa préférence ira à la chanson « Barcelona » mélange des deux styles, que Giulia interprète avec son groupe.  On tourne les pages du calendrier, et l’avenir n’ose plus montrer le bout de son nez. Une crise frappe l’Europe. Une fichue crise, qui va plomber l’économie espagnole et laisser sur le carreau les plus fragiles de ses habitants. Les artistes… oh, les artistes, qu’ils se débrouillent ! Peu à peu, les hommes perdent tout espoir. Quant aux pays, ils n’ont plus le cœur à chanter.

Lola et sa robe bleue…

Valencia, un peu plus au sud. Tout autour des villages et, à perte de vue, des orangers, des oliviers, des amandiers, et des champs de coton moutonnant sous l’infini bleuté du ciel. Un bleu saphir, que l’on retrouve sur les plumes de Lola. Quand Giulia a vu Lola, elle n’a pas hésité une seconde. L’oiseau deviendra sa partenaire et elles feront le tour du monde à deux…

La rue, la musique et les passants avec Lola

On dit que les perroquets aiment les grands voyages et les chasses au trésor. On dit aussi, que Lola a suivi Giulia, jusqu’à Paris. Dès que le soleil fait une apparition, on peut les rencontrer. Le plus souvent, elles sont à Montmartre…  l’une chante, et l’autre observe les passants avec sa curiosité d’oiseau-voyageur. On voit les fossettes de Giulia, qui creusent ses joues à chaque sourire. On voit l’enfant dans sa poussette qui fixe Lola intensément, parce qu’elle bouge comme une acrobate. Deux fillettes improvisent une valse en riant. Et le public applaudit avec force, une apparition éphémère… une jeune artiste Giulia en compagnie de son perroquet Lola, qui chante au métro Abbesses, et chantera, chantera, chantera sous d’autres tropiques, un jour ici et l’autre là.

 

Ophélie Grevet© 

23:32 Écrit par Ophélie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

25.04.2012

Poker...

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Après la « pomme » de Jacques Chirac, le vin est tiré il faut trinquer. Le jus est amer, on boit la tasse en cochonnant sa chemise.

Au passage, on s’étouffe. Que se passe-t-il donc, quand un président de la République organise un meeting dans une ville de banlieue à nom de jumeau, et fait moult génuflexions à un quidam sorti des rangs serrés du Centre ? – Mon ami, mon ami Z… clame le président. Il interpelle Zorro ou quoi ? Dans un premier temps on croit rêver… et l’on écoute la révélation du jour, échappée du bon sens des gens d’en bas : « Le Centre et l’UMP c’est la même bande. Ils sont copains comme cochons ! ».

L’heure n’est plus au sondage, mais au combat. Le jour J approche, et la partie ne fait que commencer. Partie de poker, où le Président sortant, installé à la droite de son partenaire de droite, joue son va-tout sans panache. Un pays à tête de brelan, on grossit la mise sans voir. Petite stratégie, l’ami. On ne surestime pas son jeu aussi grossièrement. Mauvais bluff, souffle l’invité-surprise… -Passez la main, passez-la, je vous en conjure. Le joueur Président refuse. Il veut rafler toute la mise, et renvoie le chanteur de charme à ses micros… Sur sa gauche, un homme en lice regarde son jeu sans conviction. Il a d’autres soucis en tête. Relever un pays, rétablir la justice, et offrir un peu d’espoir à ceux qui n’en ont plus.

Poker… le Président jette ses pions, augmente la mise, et pousse son adversaire à accepter une partie en trois manches. Une pomme s’écrase au pied d’un clocher, et l’écho de son flop retentit jusqu’à Boston. Une girouette grince sous les assauts d’un vent à décorner des bœufs… le ciel s’attriste, il va pleuvoir jusqu’aux élections. Et pendant tout ce temps, comme dans une pièce de Tennessee Williams, deux fillettes s’échappent de leur bungalow pour regarder une poignée d’hommes jouer au poker, la paix et l’avenir de tout un pays.

Ophélie Grevet ©

Illustration de William Gedney

12:13 Écrit par Ophélie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

21.03.2012

Ciao, Papà !

  « Ciao, papà ! » une pièce de Domenico Carli, où il est question de voyage, de jeunesse, de réminiscence. Un nectar d’ambroisie, que les roues d’un train en partance pour l’Italie vont libérer au fur et à mesure du trajet. 

Deux personnages vont se rapprocher, le temps d’un voyage, et se parler. Laura et Riccardo ont une histoire qui s’est entrecroisée, un jour…  En découpage, le fil de la mémoire de l’un et les nœuds au ventre de l’autre.  Fuir, toujours. Mourir en laissant des empreintes un peu partout.  Le père de Laura est un politicien, assassiné par la mafia.  Une image paternelle fantomatique, qui  resurgit à tout instant, et dans chaque gare.

 Le train et sa petite musique : é pericoloso sporgersi !

 Vide ou voie, il est périlleux de s’y pencher.  Le paysage mordille l’avenir, comme le bout d’un stylo. On est obnubilés, par la vitre. Un peu de buée sur le présent, et l’envie monte comme à dix ans d’y tracer des signes ou n’importe quoi. Des visages se confondent, ou plutôt leur reflet. Voyager ou revoir, la « pellicule bleue »* du film de la vie.

Et l’homme, dans tout ça ?

Riccardo, c’est l’acteur… L’homme qui va fouiller dans son passé pour épaissir ses rôles. Laura lui demandera l’impossible, qu’il rejoue le personnage de son père, hors caméra et juste pour elle.  Il accepte, la performance peut commencer. L’œil de Laura est en quête de reconstruction, il assistera à la dernière séance avec émotion.

Ecrire… en prenant le pouls de la vie 

Tout mettre en boîtes, en cartons, en bobines ou en toiles, sauf ça… le ressenti  instantané, impromptu, inoxydable que l’artiste cherche à nous adresser. A l’instar du travail de Jacques Monory, la pièce de Domenico Carli présente de multiples strates, un ensemble de lectures variées.  Décrypter avec maestria la cruauté d’un monde,  défiguré par la corruption et la violence. Dialoguer, avec les vivants et les morts. Aimer… épilogue théâtral  et quelquefois, réalité.

Du blues dans les wagons… Un texte de Domenico Carli, une mise en scène d’Anne-Cécile Moser, et deux comédiens-voyageurs que l’on s’empresse d’applaudir, juste avant d’attraper le Paris-Genève-Vintimille.    

 

Ophélie Grevet ©   

 

*Bernard Lamarche-Vadel, Jacques Monory  « Eloge de l’apathie », la Gazette Médicale de France n°30, 4/10/1974

 

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Ciao, Papà ! de Domenico Carli

Du 15 mars au 1er avril 2012

Mise en scène : Anne-Cécile Moser

Comédiens : Shin Iglesias et Marco Facchino

Scénographie : Elissa Bier

Musique : Stéphane Vecchione

Lumière : Jean-Marie Bosshard

Vidéo : Brian Tomay

Construction : Claude Rueger

Construction, régie et accessoires : Hervé Jabveneau

Régie son/lumières : Guillaume Gex

Graphisme : Baptiste Cochard

 au Pulloff Théâtres
rue de l'Industrie 10
1005 Lausanne
021 311 44 22
réservations 021 311 44 22
ou par formulaire

Durée du spectacle : 1h30

23:33 Écrit par Ophélie dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note