05.02.2010
Légenda(s)
Courtois. Parfois, il faudrait avoir la faculté de se prémunir de ses propres énervements. Ne voir le monde qu’en petits matins nimbés. N’imaginer qu’ardentes tentations dans les recours d’une existence menée sans atténuation. Patatras. Cette semaine, la lecture du Monde a enseveli toute tentative de quiétude appliquée et vous allez comprendre pourquoi l’indifférence et le silence (ce fut une tentation) étaient impossibles. Dans une tribune donnée au journal du soir, l’ineffable historien Stéphane Courtois, affublé de Sylvain Boulouque (la plume était-elle si lourde à porter ?), a cette fois trouvé pour cible Robert Guédiguian en personne, coupable à ses yeux de « mépriser l’histoire ». Rien de moins. Courtois n’a pas du tout aimé son dernier fi lm, l’Armée du crime, au titre inspiré de l’affi che éponyme de la propagande nazie, la tristement célèbre Affi che rouge. Courtois n’apprécie pas le cinéaste : ça ne date sans doute pas d’hier. Courtois estime peu la Résistance française surtout teintée de communisme : ce n’est pas une nouveauté. Courtois aime peu de choses en vérité, dès qu’il s’agit d’espérance et d’engagement politique : quarante ans d’anticommuniste matriciel, ça laisse des traces. Nuisible à tout jugement.
Censeurs. Mais gardons-nous d’une quelconque clémence. Car l’historien et son factotum en font des tonnes pour dénoncer ce travail cinématographique autour des fi gures du groupe Manouchian, fusillés le 21 février 1944. Selon nos censeurs, qui reconnaissent toutefois à cette histoire un caractère « tragique » (sic), Guédiguian « présente un récit qui se veut légenda, au sens de son étymologie ecclésiale – vie de saint, illustrée par la position christique de l’un des martyrs sur fond musical de Passion –, mais il diffuse auprès du public une vision contraire à la vérité historique. » Une « vision contraire » ? Allons donc. Et qu’affi rment ces historiens pour justifi er semblable brutalité ? Marcel Rayman serait présenté comme un héros « sujet à de soudaines pulsions » respectant peu la hiérarchie ; le fi lm présenterait « des militants clandestins qui se conduisent quasiment comme en temps de paix, (…) autant d’entorses aux règles élémentaires de la clandestinité », d’autant « que le fi lm montre des combattants refusant les directives de leurs chefs »… Courtois et Boulouque admettent pourtant volontiers, et pour cause, que « les combattants eurent effectivement du mal à respecter ces règles »… Nous rajouterons : certaines règles…
Fiel. Et c’est tout ? Pas tout à fait. Courtois reproche à Guédiguian de prêter à un membre du groupe Manouchian la phrase suivante : « Je n’accepterai jamais d’être commandé par des staliniens », à la seule raison qu’en cette année de victoire de Stalingrad « tout communiste revendiquait fi èrement le titre de “stalinien” et que la quasi-totalité des membres de la MOI, quand ils n’étaient pas depuis longtemps des militants communistes comme Missak Manouchian ou Joseph Boczov, baignaient dans une culture communiste des plus staliniennes, à l’image de Marcel Rayman, Raymond Kojtski, Henri Krasucki ou Thomas Elek, dont les parents appartenaient tous au Parti communiste ». Nous reconnaissons bien là le langage fi elleux de Courtois, comme si les mots « communistes » et « militants » lui brûlaient les doigts… Imaginez un peu des jeunes communistes, au coeur de la nuit noire, qui n’auraient pas été fi ers de la bataille de Stalingrad, alors que, enfi n, l’armée des ombres reprenait espoir ? Ridicule. Entre autres inepties scandaleuses, Courtois conclut son texte par ces mots : « À force de vouloir, pour des raisons idéologiques et communautaristes, construire une légende et donner force à un mythe, Robert Guédiguian n’a pas rendu hommage à la mémoire de ces résistants en méprisant aussi ouvertement leur propre histoire. »
Faux. Idéologue et communautariste, Robert Guédiguian ? La honte, décidément, n’étouffe pas les méprisants à la prose marécageuse. Et puisque l’attaque ainsi formulée relève de l’insulte, relevons le gant, pour ce qui nous concerne et au seul nom de l’histoire, par ce petit rappel qui ne nous agrée guère. Car Stéphane Courtois a lui aussi vécu dans le passé d’une illusion : celui d’un anticommunisme tellement fanatique qu’il pouvait conduire à produire des faux, comme ce fut le cas en 1985 sous la forme d’un documentaire intitulé Des terroristes à la retraite, coréalisé avec Mosco Boucault, dans lequel il était expliqué que le PCF avait lâché, voire sacrifi é les membres du groupe Manouchian. Seulement voilà, à la fi n des années 1990, les archives de la préfecture de police furent enfi n accessibles et démentirent pièce par pièce les « théories » de Courtois. C’eût pu valoir fi n de carrière… Dans sa tribune donnée au Monde cette semaine, l’auteur du Livre noir du communisme est d’ailleurs obligé d’écrire : « La chute des FTP-MOI en novembre 1943 – 68 arrestations – ne doit rien à la trahison, mais aux interminables fi latures menées par une brigade spéciale des renseignements généraux. » Minimum vital au regard de l’histoire… Car le film de Robert Guédiguian nous parle d’honneur et de combat. Deux mots de trop pour Courtois.
Jean-Emmanuel Ducoin
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30.01.2010
Tropisme(s)
Siècle. Combien de murs se cachent derrière un mur qui tombe ? Prémices. Quand s’achève vraiment un siècle – et quand et pourquoi peut-on dire qu’un autre a réellement débuté ? Axiome. N’est-ce qu’une affaire de dates, ou, plutôt, de temporalité, autrement dit, cet instant étrange qui survient sans prévenir où une époque s’efface irrémédiablement derrière une autre ? Avec la mort de Claude Lévi-Strauss, anthropologue et père du structuralisme, dont les Tristes Tropiques, parus en 1955, laissèrent des générations entières de lecteurs confondus d’engouement, l’affi rmation selon laquelle l’une des dernières grandes pages du XXe vient de se tourner sous nos yeux embués n’a rien de farfelu. Depuis la mort de Jacques Derrida, en 2004, Lévi-Strauss était considéré – que certains n’en prennent pas ombrage – comme le « dernier géant de la pensée française ». Il fallait voir dans cette affi rmation sincère autant le gage du travail consenti en son ampleur (l’ambition des projets rapportée au nombre des années) que l’oeuvre elle-même, insoumise et libre de tout temps, digne en tous les cas des grandes révolutions intellectuelles capables de bouleverser une partie des champs de l’analyse critique connus ou explorés, de l’anthropologie à l’historiographie, en passant bien sûr par la philosophie ou la linguistique, etc. En ce sens, le legs de cet homme-pivot en dit moins de lui que de nous, et dresse devant nos pas une feuille de route, une assignation, dont le but serait au moins de poursuivre l’oeuvre de re-questionnements dont il fut l’un des maîtres incontestés : avec lui et grâce à lui, nous comprenons mieux que les phénomènes socioculturels ne pouvaient plus être analysés uniquement que par les choix individuels, mais qu’ils étaient aussi (le marxiste se régale) les conséquences d’obligations collectives. Vertige de l’intellectuel. Syndrome français.
Caste. À ce propos. La mort d’un « géant » nous invite toujours à cette interrogation légitime, peut-être plus que jamais ressentie par tous en ces temps de brouillages idéologiques : que sont les intellectuels devenus ? Voilà quelques années, nous nous demandions, légitimement d’ailleurs, si le fossé entre les quelques intellectuels français médiacratiques (dix ? vingt ?), qui forment une sorte de haut conseil de la pensée dominante, et la majorité des Français se résorbait ou au contraire s’il s’agrandissait à mesure que l’incompréhension de l’état du monde se transformait en une donnée partagée par tous et plus seulement par le « bas peuple ».
Courage. Rares, en effet, furent, ces dernières années, les intellectuels capables d’authentiques faits d’armes. Rappelons-nous du « cas » Régis Debray qui, pour avoir eu le courage de « mal penser » lors de la guerre du Kosovo, fut mis en quarantaine (un temps) par l’intelligentsia parisienne. Nous eûmes par la suite la cohorte des thuriféraires du bushisme ambiant, serviles accompagnateurs de toutes les campagnes de civilisation, le Bien contre le Mal, qui, en Irak comme ailleurs, se vautrèrent dans le ridicule. Une raison comme une autre de redire que nous ne supportons plus les apparitions méthodiques des intellectuels de la caste séparée, les Glucksmann, BHL, Finkielkraut ou Bruckner (liste non exhaustive), que la médiacratie dominante ne critique plus sur le fond des oeuvres mais reçoit avec tranquillité, en tous lieux et en toutes circonstances, comme des produits d’appel, des valeurs sûres de l’Audimat déphasé pour lesquels, allégeance commune, seuls comptent la posture et le temps d’antenne occupé.
Mobiliser. Il n’y a pas de hasard. Pour avoir vu de près certaines de ses tentatives, Jacques Derrida en personne, à la fi n des années quatre-vingt-dix, avait ressenti ce besoin de « reprendre la main », d’être plus présent en utilisant, même très modestement, les moyens de l’époque télévisuelle (Régis Debray l’accompagna dans un mano a mano historique, visionnez cette émission de toute urgence sur Internet). Quelle était l’intention ? Éviter que ne se perpétue un vide créé par le trop-plein de vide, précisément ? Retrouver le pouvoir déchu de mobiliser des idées, fonction alors largement désactivée, en une époque toujours rugissante où l’on nous rabâche sur tous les tons qu’il n’y a plus de « sens de l’histoire », plus « d’horizon » à atteindre ou à dépasser, et surtout plus « aucun moyen » pour tenter d’y parvenir ? À sa manière, telle une introspection intime, Derrida nous mettait en garde contre cette forme de démission collective liée à la croyance imposée qui présuppose que le processus social fonctionne de façon quasi automatique et que, surtout, il convient de ne pas s’en mêler, donc d’adhérer au même schéma de renoncement. La tentation est connue : essayer de défricher le monde par petits bouts sans possibilité de délivrer un message global. Comme si penser la totalité devenait impossible. Engagement et doutes peuvent aller de pair, nous a enseigné Lévi-Strauss. Quelque chose s’est dérobé sous nos pieds… Heureusement que les Debray, Badiou, Todd, Rancière, Nancy, Sève, Latour, Michéa, Surya (liste elle aussi non exhaustive) sont toujours là pour sauver l’honneur. Et souvent plus encore.
Jean-Emmanuel Ducoin
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28.01.2010
Et si les intellectuels regardaient devant eux, même quand ils ne conduisent pas ?
La prédisposition innée de toute-puissance nourrit toujours les idéologues. C’est même l’une des règles de base des histrions « à la française », utiliser les pouvoirs qui leur sont conférés pour imposer le pire. Pas faute de l’avoir écrit, pronostiqué, dénoncé par avance : avec Nicoléon (il faut comprendre le Président Sarkosy) nous savions à quoi nous attendre.
Ainsi débute une de ces merveilles de la littérature d’humeur à la française, brandissant l’étendard de la Révolution, appelant à la rescousse Jaurès et les quelques grands ancêtres qui sont encore utilisables sans risque de compromission et recherchant dans les horreurs du passé les matériaux utiles à l’illustration des épouvantes de demain.
Quelqu’un a dit que « les hommes tombent dans le flot du temps, dans la mesure où ils sont ouverts à l'augmentation de la réalité », il est manifeste que l’auteur de cette ardente indignation contre le misérable qu’un suffrage universel indigne a porté à la Présidence de la République Française, ne risque pas de se noyer dans le flot du temps. Jugeant que la source en est tarie depuis longtemps, il s’autorise à faire du sur-place idéologique, à en appeler à un passé confus, congloméré et compacté et à récupérer de vieux morceaux d’histoire d’il y a 150 ans au pire, 70 ans au mieux, pour décrypter vaguement notre présent et rien du tout de notre avenir.
Et si on arrachait les mauvaises herbes ?
« Souvent en arrachant un brin d’herbe on fait crouler une grande ruine. » Nos héros, l’homme de la rue et le type du coin, se garderont bien de toucher au brin d’herbe, ils savent qu’ils y risqueraient l’effondrement de cette ruine qui leur sert à étayer leurs fadaises, à claironner des slogans, en d’autres termes, à résonner si fort, à défaut de raisonner.
« Le suprême bon ton était d'être américain à la ville, Anglais à la cour, Prussien à l'armée; d'être tout excepté Français ». Deux cents plus tard, rien n’a changé. Allons ! « On ne peut penser plus haut que ce qu’on est », disait un prussien. Le mode de pensée « à la française » commence par un mépris profond pour ce qui est « Français » et termine par un hymne à l’Empire américain à défaut des Soviétiques d’antan, en attendant que cela fasse chic d’être intégriste « wahhabite ». Étonnez-vous ensuite que dans les stades hexagonaux, le drapeau français soit sifflé. Étonnez-vous que les nouveaux français ne voient franchement pas ce que Français veut dire si ce n’est « vieux, ringard, pas comme les américains» ! Etonnez-vous que, dans ce beau pays, imaginer l’avenir soit si difficile quand on ne trouve de repos que dans les belles pensées du passé et dans les poses glorieuses dont on n’a jamais eu à prendre le risque. Etonnez-vous, que le monde glousse, lorsque très sérieusement, les beaux esprits à la française, s’habillent de draps blancs et agitent des chaînes pour revivre le passé tout en passant leur temps à Vichy, dans ses hôtels, avec son Jardin, son Laval, son Maréchal et ses intellectuels de gauche qui ont massivement viré collaborateurs.
Splendeur des pays émergents et déréliction morose des pays anciens. Serions-nous, nous autres, vieux français ridicules et mollement interlopes, des médailles qu’on encaustique faute de pouvoir les redorer ?
Et si la France ne bougeait pas depuis des éternités ?
Tiens, par exemple, pourquoi ne pas imaginer que la France est toujours occupée par les allemands ? Comme çà on pourrait se rêver, pardon se cauchemarder sous le régime de Vichy ! Pour un intellectuel qui a du mal avec l’avenir, en panne d’imagination, logiciel un peu ancien, un bon vieux Apple IIc des familles parce qu’ « y faut pas gâcher y continue à marcher » , doté d’une connexion à internet qui fonctionne avec des pédales dans le style batterie de secours pour gégène qu’on a récupérée dans la cave de la maison de famille, le régime de Vichy c’est une drôle de bonne idée et même, sur le marché des idées, c’est une valeur de père de famille (et de mère de famille d’ailleurs puisqu’il leur a fait la fête !). Donc la France n’ayant pas bougé, on ne se fatigue plus les neurones, on invoque le passé, on incante, on fait tourner les tables, on convoque les aruspices pour qu’ils éviscèrent, on en appelle aux mânes, aux grands ancêtres et on commence par un « n’oublions jamais ».
A l’instant même où éclate cette objurgation, le ciel se zèbre d’éclairs terrifiants, les nuages noirs s’accumulent, le tonnerre roule et les morts sortent des tombeaux façon jugement dernier. Alors, claque dans le vent et les nuées, un deuxième appel « ensemble, n’oublions jamais ! » qui permet de connoter « rouge vif » le propos. C’est qu’il ne s’agirait pas d’oublier dans son coin, individuellement comme si nous prétendions à une conscience personnelle et individuelle, ni de penser tout seul dans son fors intérieur, genre marrane, en laissant l’extérieur s’exprimer autrement ! « N’oublions pas » est un appel aux sentiments collectifs, c’est une instruction donnée aux peuples tentés par les espoirs de temps meilleurs. Un avertissement aux gens qui s’imaginent qu’on doit faire du passé table rase et que demain sera quelque chose !
Et si Vichy m’était décompté ?
« N’oublions jamais que le régime de Vichy profita de l’Occupation pour réinstaller le paternalisme, le cléricalisme, l’ordre moral, la chasse aux hommes, aux juifs, aux étrangers, aux francs-maçons, offrant à la vieille France réactionnaire une revanche sur plus d’un siècle de conquêtes et de combats ». Rien que çà ! ce « n’oublions pas » là, dans cette formule merveilleusement modérée et si intellectuellement honnête, on le retrouve dans la bouche, et dans les hurlements de tous les gens de bonne volonté qui ne veulent pas que les riches heures du passé se transforment en livres d’heures enluminés ou en parchemins jaunis que personne ne déterre plus du fond des bibliothèques. Il est en compétition directe avec le lyrisme créatif de ce génie allemand en évènements médiatiques qui, dans de grandes fêtes pour grands enfants en culotte courtes en appelai à se souvenir de la vieille, de la grande, de la belle Allemagne, celle d’avant les humiliations, celle d’avant les artistes dégénérés et intimait à ses concitoyens « N’oublions jamais, le sacrifice de nos ancêtres, de nos anciens, de nos morts, de nos gueules cassées, de nos gloires aux casques à pointe,…»
« Ces béats de philanthropie faisaient couper le cou à leurs voisins avec une extrême sensibilité, pour le plus grand bonheur de l'espèce ». Le pire est à venir, en particulier quand les intellectuels demandent aux mots d’agir, d’impressionner et mettent en garde contre leur formidable et terrible puissance, lorsqu’ils risquent éventuellement d’effrayer. « N’ayons pas peur des mots. » Bien sûr qu’il ne faut pas avoir peur des mots ! Si les mots disent « guillotinez »! Alors, guillotinons! Les mots ont un sens, il faut le respecter ! Si les mots ont dit « tous les intellectuels, à la campagne, dans les camps polpotiens » eh bien ! Qu’ils aillent à la campagne et que ceux qui auront eu peur des mots, ceux qui se seront laissés allés à imaginer que les mots ne peuvent pas dire des choses effrayantes aient raison d’avoir peur pour leur peau! On n’a pas le droit de jouer avec les mots. Ceux qui ne savent pas prendre les mots au sérieux, on les leur fera avaler avec un bon litre d’huile de ricin pour qu’ils s’en souviennent !
Et s’il était joli garçon l’assassin de papa ?
« Nicoléon est bien celui que nous redoutions, l’héritier de Napoléon-le-Petit et de Vichy réunis». Lorsque la fatigue vient, lorsque l’appel à Vichy, à sa mémoire, à ses horreurs et à ses erreurs ne trouve plus de matériaux solides pour nourrir les invectives du présent, lorsque le scripteur se rend compte qu’il commence à fatiguer tout le monde avec son Maréchal qui ne voit rien venir si ce n’est d’anciens dreyfusards qui viennent à la soupe, alors, on en appelle à Napoléon le Petit, à Badinguet, vous savez, le neveu du grand Napoléon, celui-là qui continue à faire pleurer les chaumières et nos écrivains en panne d’inspiration. Ah ! Ce doux rappel aux malheurs d’il y a 150 ans ! Ah ! Écoutez la plainte qui vient du Styx et de l’Achéron nous dire « n’oubliez pas les horreurs du Second Empire ! » ah ! Qu’ils sont émouvants tous ceux qui savent embrasser les vieilles causes du passé et n’ont pas peur de l’odeur un peu fade de cadavre et de terre de cimetière. « N’oublions pas ! » retentit à nouveau de si loin qu’on peut se demander si ces échos là ne viennent pas des plateaux de Waterloo. N’oublions pas, la dureté des temps quand les croisés mirent Constantinople à sac ! N’oublions pas l’injustice de la défaite des Athéniens, fervents démocrates "Regardeurs de discours et auditeurs d'action". N’oublions l’absurdité d’une victoire arrachée par une Lacédémone qui n’a rien laissé dans l’histoire que le souvenir de ses sales gamins pour-chasseurs d’ilotes, préfigurant tous les nazismes du XXème siècle.
Et si Achille, demeurait immobile à grand pas !
Mais il est vrai que le Président français, n’a pas la belle prestance, de Périclès, et moins encore de l’Empereur d’Amérique ! Mais, allons ! Soyons politiquement justes et rappelons avec toute la presse, qu’il n’a pas de prestance du tout ! Souvenirs du Général qui était si grand dans son dedans et dans son dehors ! Est-ce moins pire que l’ancien sous-secrétaire d’Etat aux Anciens combattants de Vichy, donnant la main à son homologue d’outre-Rhin. Petit gros donne mimine à grand colosse ! En avait-il de l’envergure le Président à francisque ! Le sous-secrétaire qui avait un beau brin de plume et qui, lui, pensait juste quand il méditait sur la terre et les morts tout en haut de sa Roche, lui, qui, au moins, pouvait écrire d’effrayantes banalités du type « paillasson et grain en moins », sans que cela gène.
Et puis, lui, il était français de vieille souche, n’est-ce pas ? Pas métèque comme d’autres, pas compliqué sur le plan des gènes. C’est vrai qu’il avait l’air un peu ridicule, à coté du chancelier allemand, mais, il était malin, il avait appris comment on passe les plats de la maisonnée bourgeoise et provinciale, comment on passe aussi les plats de l’histoire, et comment se servir au passage dans les hôtels du centre de la France. Il avait appris à compenser sa pauvre stature en courant les bas-fonds. Quand on est si petit au rez-de-chaussée, on est un peu plus grand face au peuple des caves. Il savait aider ceux qui le méritent et donner des petits coups de main à la Stasi, la réconforter et lui conseiller de tenir encore un peu. Il est vrai qu’on ne savait pas finalement ce qui pourrait se passer et avec un peu de chances les chars russes sortiraient de leurs garages. Il avait de la noblesse dans son intérieur à défaut de l’extérieur, n’est-ce pas ?
Et si on continuait le travail du siècle dernier : l’organisation des haines politiques ?
Ce n’est pas lui qui se serait laissé aller à parler de « l’identité nationale » et de « la fierté d’être français ». Lui comme ses pairs et compères en politiques humaines et sociales, n’avaient d’ailleurs pas trouvé trop intéressant de s’intéresser à la question durant l’entre-deux guerres. Ils avaient eu raison car tout était simple. Il y avait les ritals dans le bâtiment et tous les boulots rebutant de l’époque quand déjà les français voulaient se consacrer à des travaux à grosse valeur ajoutée. Il y avait les polaks qui venaient faire mineur parce que les français voulaient travailler propres….et les juifs qui déferlaient des anciens pays austro-hongrois, libérés du joug du vieil Empire, ou plutôt chassés par la volonté des jeunes Nations, issues de cette politique française inepte qui reconnut de la nation et de la nationalité à des Etats confettis et à des peuplades ectoplasmes.
N’aurait-il pas été intéressant d’éviter l’atroce « longue léthargie sur le sujet » ?
« Amuse-toi à transposer le “Maréchal nous voilà” en changeant le mot “maréchal” par “Sarkozy”. Passé la phase d’amusement, tu verras, c’est assez terrifiant. Je n’exagère pas.» Magnifique parole qu’on peut tenir en discutant avec les copains, pendant l’entracte d’un match de foot avec quelques bières dans le nez. En revanche, celui qui n’hésite pas à reprendre, par écrit, tel quel, des propos de supporteur de foot à moitié pété, devrait se souvenir de ce socialiste grâce à qui la France, par une loi du 18 décembre 1936, s’est interdite une presse poubelle. Nous n’avons pas les tabloïdes à l’Anglaise, nous n’avons pas la presse à la Murdoch et à la Fox, il faut souhaiter que les beaux esprits dans leurs violences « anti-nicoleon », ne nous les rapportent pas. A moins, qu’il y ait des désirs de réédition de Gringoire qui trainent ici ou là.
A ce moment le plus lamentable de l’histoire française n’aurait-il pas été intéressant de se demander pourquoi, et comment, on est français et quels sont les fondements les plus solides de sa démocratie ? On aurait découvert qu’il y avait à l’époque une « bonne » et une « mauvaise » façon « d’être » français ? Une mauvaise façon qui a poussé ce ministre socialiste au suicide. Mais aussi, on aurait parlé de ces femmes françaises déchues de la nationalité française parce qu’elles s’étaient avisées d’épouser des étrangers. On aurait parlé de ces imbéciles qui osaient, sortant à peine de Normale sup. décrire les horribles hordes d’étranger abattant leurs griffes et leurs crocs de métèques sur le travail des pauvres artisans français. On aurait pu peut-être aussi « Parler de la grandeur de la France » et de ce que cela pouvait bien dire dans un pays à la croisée de tous les flux de pensées, de populations et de réfugiés.
Et si les Français n’étaient pas les plus mauvais ?
Et aujourd’hui… vous n’y pensez pas ! Quand un français écrit quelque chose sur son propre pays, cela commence toujours par "les français sont les plus mauvais de la classe... » Et d’en dénicher toutes les preuves, les plus scientifiques, les plus vraies, les moins françaises en d’autres termes, élaborées par un institut…. anglo-saxon qui s’est habilité lui-même à classer les pays du monde etc. etc.". Mais oui ! Mes amis qui en appelez au jugement de l’histoire, qui rappelez Vichy à l’aide et demandez à Louis-Napoléon de revenir faire peur aux petits enfants. Messieurs, qui vous appuyez sur les colonnes du passé, les colonnes allemandes au besoin, les anglo-saxons sont là pour vous épauler et vous appuyer sur les colonnes du temple là où se trouvent les marchands et les banquiers.
Regardez nous, disent nos bonnes âmes françaises, soucieuses de scientificité et d’intégrité. Regardez l’indicateur sur les performances des universités de Shanghai… lui ne parle pas de Vichy et de Louis-Napoléon…mais, il dit la même chose que nous autres, esprits fins ! Stop !…Au secours ! Nos bonnes âmes sont folles ! Qui a dit que les gens qui se sont intronisés « bench markeurs » du monde avaient les bonnes méthodes et les appliquaient avec toute la rigueur nécessaire ? L’OCDE elle-même en est incapable ! Regardez-là donner de bons points aux politiques de l’emploi des pays qui sont arrivés à contrôler la montée du chômage…et devinez qui gagne ? Evidemment, ce sont ceux dont la population active n’a pas bougé, voire a régressé, en trente ans. Facile de régler la question du chômage quand la population active diminue !!!!
Mais aussi, voyez nos élites qui se précipitent pour recueillir les notations des agences d’américaines et anglaises ! Incroyable, mais vrai , ces agences n’ont pas hésité à se porter candidates pour la délivrance de triple A sociaux ou éthiques après avoir distribué des triple A sur la dette de Lehman et la partie « equity » des CDO « subprime ». Au secours ! Sommes-nous, nous autres français, ces mauvais élèves permanents, et à ce point conscients de l’être que nous procédions à du French Bashing à usage interne encore plus virulent que Murdoch et les excités du conservatisme Bushien et Thatchérien. Si le modèle français n’est pas le paradigme des modèles, il est aussi certain qu’il n’y a aucune raison qu’un français objurgue ses concitoyens à détourner leur regard de la société française comme si çà puait et comme si l’identité française, c’était l’équivalent du fumier sur lequel trône ce couillon de coq ridicule.
Stop ! Vous avez tout faux !
L’identité française çà intéresse les français ! Les anglais aussi, lisez donc « a year in the merde » et « merde again ». Les américains aussi pour qui les français et leur modèle de société sont plus dangereux que les talibans.
Après tout, les faits le montrent, les statistiques le prouvent, la croissance démographique française le crie, Dieu n’est pas le seul à être heureux en France. C’est absurde évidemment ! il y a quelque chose d’anormal avec les Français, une identité disloquée peut-être ?
Citation nombreuses, dans le texte ou détournées, Julien benda, François René de Châteaubriand, Georges Fourest, Peter Slodertijk, Emmanuel Kant, jean Giraudoux, Paul Valery….
Pascal Ordonneau
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20.01.2010
Vichyste(s)
Climat. La prédisposition innée de toute-puissance nourrit toujours les idéologues. C’est même l’une des règles de base des histrions « à la française », utiliser les pouvoirs qui leur sont conférés pour imposer le pire. Pas faute de l’avoir écrit, pronostiqué, dénoncé par avance : avec Nicoléon nous savions à quoi nous attendre. Ceux qui feignent aujourd’hui l’étonnement sont au mieux oublieux du petit-RG de la place Beauvau qui sévissait avant 2007, au pire, complices de la trahison antirépublicaine en cours. Car tout dans le personnage du proconsul-de-Neuilly préfi gurait cette France des copains et des coquins de la fi nance, aux antipodes symboliques du mérite républicain qu’il loue à chacune de ses sorties. Au moins, cette accumulation d’écarts à l’esprit de la France indispose désormais jusque dans les rangs de la droite. L’« absence de contre-pouvoir », les « dérives oligarchiques » (mots entendus) sont depuis peu dénoncées par des députés UMP, des commentateurs du Figaro (oui-oui) et même par quelques ténors de la majorité qui, pour l’instant, n’osent faire apparaître leurs diatribes en public, à l’inverse de Dominique de Villepin, parti en croisade mystico-gaulliste, ou Alain Jupé, jamais avare de preuves d’indépendance. Dans la chaleur du Palais, Nicoléon n’a pas saisi que le pouvoir confi squé à son profi t touchait les limites de l’exercice, bien plus tôt que prévu. Un très haut cadre de l’appareil UMP, dans la pâleur moite d’une soirée sans ivresse, nous livrait l’autre jour cette confession : « Quelque chose a changé dans le climat “interne”. La vieille racine traditionnelle de la droite semble à deux doigts de le lâcher. Ils n’en peuvent plus du mépris d’un homme qui ne respecte plus personne, sauf les siens. Trop c’est trop… »
Assignation. Pas d’emballement. Si certains interlocuteurs ne pensent – déjà – qu’à l’échéance de 2012, ce qui, au passage, en dit long sur la perversité du régime qui installa triomphalement Nicoléon, rien ne dit que celui-ci, avec la détermination de ses relais fi nanciers et l’arrogance crasse dont il est coutumier face au peuple, ne sera pas capable de réinventer l’un de ses bobards « visionnaires » dont il a le secret, pouvant le porter à la réélection. La vérité nous oblige : sauf à négliger une fois encore l’affaiblissement « de la » politique, méfi ons-nous du rite de l’échéance présidentielle mortifère. En 2001, Jacques Derrida déclarait : « Je ne suis pas sûr qu’un nationalisme ne soit pas déjà à l’oeuvre, si discrètement que ce soit, dès le seuil de la plus sympathique conscience nationale. » Le philosophe, prudent et modeste, assignait à son pays une manière de mise en garde. Qui, depuis, a vraiment tiré les leçons du 21 avril 2002 ?
Maréchal. Coup de téléphone d’un ami écrivain et cinéaste : « Amuse-toi à transposer le “Maréchal nous voilà” en changeant le mot “maréchal” par “Sarkozy”, dit-il. Passé la phase d’amusement, tu verras, c’est assez terrifi ant. Je n’exagère pas. »
Identité. La banalisation laisse des traces… L’initiative du ministre de l’Immigration, Éric Besson, de lancer offi ciellement le débat afi n de « défi nir » ce que Nicoléon appelle « l’identité nationale » et « la fi erté d’être français », nous permet, après une longue léthargie sur le sujet, de nous réinterroger sur les fondements idéologiques du pouvoir actuel. Il y aurait donc une « bonne » et une « mauvaise » façon « d’être » français ? Depuis plus de deux ans, l’association des termes « immigration » et « identité nationale », sous la bannière du même ministère, répond consubstantiellement à la question. Pour Nicoléon, l’immigration constitue en soi un « problème » qui met en péril « l’identité nationale ». Cette affi rmation induite reste la fonction « génétique » de ce ministère. Le citoyen Besson parvient-il encore à se regarder dans un miroir ?
Définition. Tenter de donner une défi nition à « l’identité nationale », autrement dit « identifi er » l’ADN de la nation française, sachant que, pour Nicoléon, « la terre fait partie de l’identité nationale », signerait le triomphe des Barrès, Maurras et autres Pétain… L’adhésion à un socle de valeurs communes : voilà la seule source de notre République, qui n’a jamais été qu’un système institutionnel et une succession de régimes, mais également un ensemble de références inaliénables et de pratiques culturelles d’une grande richesse, à la fois acception juridique et politique, mais aussi ensemble complexe de valeurs, de symboles… Oui, il y a un monde irréconciliable entre une vision post-révolutionnaire et jaurésienne de la République (laïque et sociale) et une croyance conservatrice de la République (monarchie républicaine, impériale, etc.). N’oublions jamais que le régime de Vichy profi ta de l’Occupation pour réinstaller le paternalisme, le cléricalisme, l’ordre moral, la chasse aux hommes, aux juifs, aux étrangers, aux francs-maçons, offrant à la vieille France réactionnaire une revanche sur plus d’un siècle de conquêtes et de combats. N’ayons pas peur des mots. Nicoléon est bien celui que nous redoutions, l’héritier de Napoléon-le-Petit et de Vichy réunis. La République est prise en otage : libérons la République !
Jean-Emmanuel Ducoin
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16.01.2010
Piège(s)
Intime. Même pour le bloc-noteur amoureux des courses hippiques et fidèle en diable à son troquet de quartier chaque samedi matin, tout ne saurait être ramené au règne du café du commerce. Loin des rapidités argumentatives du Palais, le temps de la réflexion n’est jamais trop long face à la mise en abime d’un fait d’actualité, repris et commenté par tous de manière plus ou moins expéditive, jusqu’à l’épuisement des auditoires les plus attentifs. Voilà bien le propre de notre époque, martyrisée par deux symptômes d’une même pathologie, l’hyper-pouvoir médiacratique. Le premier symptôme : cette espèce d’exigence absolue de vitesse, syndrome Usain Bolt, réagir plus vite que la maturation de sa pensée, accélérer sans pause, ne pas écouter les autres, dire, s’avancer face aux micros sans précaution, parler puisqu’il faut parler, prendre forcément position si possible par l’apport de mots définitifs, histoire de trancher avec son petit voisin… Le deuxième symptôme : le dévoiement de l’intime, pris en flagrant délit permanent, coincé entre exhibition assumée (depuis Nicoléon et Carla à Disneyland) et mise en pâture subie (tant et tant), comme si notre monde conditionné par l’émotionnel ne pouvait se priver d’une instrumentalisation de la vie privée, risquant de fragiliser la démocratie même, ses fondements, ses frontières, ses limites… De l’orgiaque et ordurier spectacle du Fouquet’s, à aujourd’hui, en moins de trois petites années, le stade de la simple pipolisation a donc été largement dépassé. En nous entretenant de lui-même quotidiennement, avec un art consommé d’occupation du terrain, parlant d’un « nous » captif qui tourne à vide, apologisant ce « nous » privatisé par son « je », Nicoléon a manipulé l’intime pour mieux nier l’idée même de « collectif » et de sens commun. Dès le crépuscule des années quatre-vingt, le pulsionnel menaçait déjà toute la société. Il s’est depuis emparé de tous. Personne n’est épargné.
Camp. « La violence de la société intime offense, mais ne blesse point, au-delà ou en deçà de la justice et de l’injustice », écrivait Levinas. Beaucoup auraient dû méditer à cette phrase afin d’éviter quelques chausse-trapes de « l’affaire Mitterrand », dont l’emballement, l’incroyable emballement, a parfois conjugué la folie furieuse à tous les temps, comme si chacun était sommé de choisir son camp aveuglément. Mais quel camp ? Celui de la littérature contre le tourisme sexuel ? Celui de Gide contre Marine Le Pen ? Celui de la lutte anti-pédophilie contre la liberté artistique ? Celui des escadrons de vertueux réacs et quasi fascisants encadrant une véritable chasse à l’homme, contre le sexe tarifé ? Vous vous déclarez contre le tourisme sexuel ? Vous êtes donc « contre » la liberté artistique de Frédéric Mitterrand. Vous revendiquez la liberté artistique ? Vous êtes donc « pour » le tourisme sexuel… C’est donc ça, l’intelligence française, le sur-moi intellectuel, l’exception du génie nationale ? La bonne blague ! Parlons plutôt du triomphe de la médiocrité, de l’apologie du basique, de l’abaissement funeste, du grand n’importe quoi…
Amalgames. Insupportable collision des mots, où, en accéléré, tout se dit et son contraire, dans un verbiage indécent, finalement inaudible. Drôle d’époque, tout de même, qui assiste impuissante aux amalgames les plus odieux. Souvenez-vous tout de même : voir un ministre de la République contraint de rappeler, au JT de 20 heures, devant des millions de téléspectateurs, qu’être homosexuel n’est pas être pédophile, restera comme un moment d’indignité nationale. Comment croire que cela pourrait encore arriver ? Mais lire dans le même temps, sous la plume d’un philosophe comme Bernard-Henri Lévy, d’hasardeuses comparaisons entre les pires factions moralisatrices du XXe siècle (qui nous conduisirent là où nous savons) et le porte-parole de la « jeune garde socialiste », Benoît Hamon, sous prétexte que ce dernier réclamait des explications publiques de Frédéric Mitterrand à propos de certains passages de « La Mauvaise vie », admettons que le procédé laisse à désirer. Sauf à oublier que ledit Mitterrand de son livre, l’impudique en quête de rédemption, a depuis été nommé ministre de la sarkozie triomphante, célébré telle une « prise de guerre » par les conseillers du Palais, véritable « créature politique » de son maître Nicoléon. En transportant plus ou moins involontairement ses expiations dans le champ politique, Mitterrand est devenu, en quelque sorte, une victime de cette privatisation de l’intime. Le « temps intérieur » est-il irrémédiablement contaminé par le « temps médiatique » ?
Construction. Donc, à vouloir tout mélanger en se disputant les faveurs de la « ménagère de moins de cinquante ans », sans nul autre dérivatif que la liberté du vide et les gros plans sur les coursives des vies privées des « peoples politiques », négligeant les vrais sujets qui préoccupent nos concitoyens, la médiacratie rampante accrédite peu à peu l’idée que les affaires publiques sont affaires de tempérament, de personnalité, avant d’être un combat pour des idées. Voilà le piège tendu par Nicoléon. Obnubilé par la seule affirmation de ses attributs, s’octroyant une réputation de caractère bien trempé, n’hésitant pas à révéler les facettes intimes de sa personnalité, il ne s’emploie qu’à la construction d’un personnage. Encore une fois, que devient la politique dans tout ça ?
Jean-Emmanuel Ducoin
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